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CD - Déroulement du Dao (II)

L’érotisme chinois

D 28 octobre 2008     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’extrait sonore


L’érotisme chinois :
- Les canards mandarins
- De la joie suprême
- La vie sexuelle dans la Chine ancienne
9’31


Déroulement du Dao

in L’Infini N° 90, Printemps 2005, extrait p.166-167

Sur la couverture de l’édition de poche de Studio [1], on peut voir un paysage de Shitao avec un poème adjacent. C’est un rouleau qui nous permet de comprendre que le tout petit personnage qui se trouve dans cette petite maison à flan de montagne est l’auteur. Donc nous ne sommes plus dans l’anthropomorphisme occidental. C’est ce petit homme là qui pense tout ça [2].

Quand un occidental rentre dans le bureau de L’Infini, il voit un rouleau sur le mur qui représente des signes chinois, et il croit que c’est décoratif. Alors qu’un chinois va immédiatement voir que c’est un poème, un très beau poème taoïste qu’il va commencer à lire de droite à gauche, et de haut en bas. Ce poème raconte l’histoire d’un voyageur qui va chercher la maison d’un moine au-delà d’un fleuve, pendant que dans les montagnes fleuries les oiseaux chantent.

Maintenant nous allons aller du côté de Passion fixe où, là aussi il y a beaucoup de chinois et pas une seule mention n’en est faite dans la critique littéraire. Il faut s’y faire. Tout ça passe inaperçu, mais c’est pourtant là.

C’est même d’autant plus étonnant que ce livre utilise beaucoup le Yijing. Tout le monde connaît le Yi King, mais ici personne n’y fait attention.

Il y a pourtant dans ce livre beaucoup de signaux imprimés. Ces traits brisés et ces traits pleins, ce n’est pas de la décoration. C’est par exemple, page 3902, le 55 hexagramme : Fong,
qui veut dire l’abondance ou la plénitude.
Le trigramme du haut est composé de deux traits brisés et un trait plein, caractère qui veut dire l’éveilleur, le tonnerre. Le trigramme d’en bas signifie le feu, ce qui s’attache. C’est comme une sorte de divination opérée sur place, que je mets là précisément à la fin du livre. C’est un caractère d’action.

L’idéogramme représente un navire chargé de grain ou une corne d’abondance.

Le commentaire : il s’agit maintenant d’être expansif, et même exubérant. Il faut être comme le soleil de midi qui éclaire toutes choses et chasse l’ombre de la terre.

De la guerre on peut aussi passer à l’amour, ce qui est évidemment la même chose. Passion fixe.

En chinois, les canards mandarins, yuan yang, sont réputés inséparables. L’expression est devenue le symbole du couple amoureux. Que font, par ailleurs, les amants ? Ils sont souvent à cheval (faire l’amout), ils descendent de cheval (jouir). Ils connaissent l’âme dissoute, xiao hun, c’est-à-dire ce que nous nommons du terme technique et réfrigérant d’orgasme. Ça les détend. Il leur arrive de jouer de la flûte ou d’allumer le feu de l’autre côté de la montagne, ce qui se comprend sans peine. La branche fleurie désigne le sexe masculin, la chambre des fleurs, ou la pivoine, le sexe fémimn.

Pour tout ça, il faut aller voir la bibliothèque chinoise qui est énorme.

Voilà une question de jardin, nous surmontons notre nature mammifère. Une femme qui monte un homme est dite avaler et cracher, le libertinage, lang, est comparé à un flot d’écume, le printemps, cela va de soi, fait allusion à l’excitation. Tout cela fait partie du jeu des nuages et de la pluie, yun yu, rien de bien nouveau sous la lune.

Le saule est l’arbre par excellence de cette région. Il évoque la taille féminine souple, et, au pluriel, la formule, « fleurs et saules », indique les bordels, les lupanars ou, comme on disait autrefois, les maisons closes.

Pour plus de renseignements (liés aussi bien à l’alchimie qu’à l’art de la guerre), on consultera, parmi bien d’autres traités aussi explicites que fastidieux, le Dale lu, ou Essai poétique sur la Joie suprême. Le type qui a écrit ça, Bo Xingjian, est mort en 826 de notre ère. Nous sommes ici chez les Tang. Un érudit a ajouté à ce traité un commentaire, en le signant du surnom « Ermite à cheval sur un Crâne ». Celui-là n’avait pas froid aux yeux.

Au passage je signale qu’un de mes livres, qui s’appelle Femmes, paru en 1983, a surtout défrayé la chronique parce qu’on y repérait des personnages masculins... Il n’a jamais été dit qu’il y avait beaucoup de personnages féminins... Comme c’est étrange. Dans ce livre, il y a même une relation très étroite avec une Chinoise, Ysia, qui est un agent des services secrets de la Chine populaire. Tout cela est passé sous silence, comme c’est étrange. Pourtant, ce livre s’est beaucoup vendu. On en a beaucoup parlé. Il s’appelle Femmes et on ne parle pas des femmes qu’il y a dedans, et surtout pas de la Chinoise... Dans quel monde vivons-nous ?

oOo

Crédit : La librairie sonore (Frémiaux)

Sur amazon : Déroulement du Dao


[1Folio 3168.

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