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Lettres de Philippe Sollers à André Breton

Les archives de l’Atelier André Breton

D 4 septembre 2007     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Voici une série de 13 lettres manuscrites ou tapées à la machine à entête de Tel Quel adressées par Philippe Sollers à André Breton entre le 12 mars 1960 et le 10 mai 1963.

Au moment où débute cette correspondance, Sollers a 23 ans, Breton a 64 ans, le Manifeste du surréalisme date de 1924. Sollers a publié deux ans plus tôt son premier roman Une curieuse solitude
et est en train de lancer sa revue Tel Quel. Ni lui, ni encore moins Breton, savent que l’aventure durera vingt-deux ans et se prolongera par celle de L’Infini. On y découvre un Sollers, jeune, essayant d’obtenir une rencontre avec le maître. A l’arraché, il finit par l’obtenir. Voulant consolider l’avantage, c’est un article de Breton pour sa nouvelle revue qu’il sollicite. Là Breton se fait franchement tirer l’oreille, ne répondant pas aux courriers de Sollers qui, pugnace, pendant trois ans, poursuit sa quête...

C’est cette quête de la caution d’André Breton que content ces lettres de Philippe Sollers. C’est aussi l’occasion de découvrir le style et les traits de caractère qui aboutiront au Sollers que l’on connaît aujourd’hui et, finalement, à cette dédicace d’André Breton sur une réédition des Manifestes du surréalisme qu’aime rappeler Sollers :

« A Philippe Sollers, l’aimé des fées »

Chronologie des lettres

1960 : 8 lettres (12 mars, 19 mars, 26 mars, avril, 29 avril, 24 mai, 8 août, 25 novembre)
/ Fondation de Tel Quel

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1961 : 2 lettres ( 1er avril, 15 septembre)
/ Philippe Sollers reçoit le prix Médicis pour son roman Le Parc.

/ Convocation à l’hôpital militaire Villemin à Paris pour examen du cas médical de Philippe Joyaux, alias Sollers dont le sursis pour accomplir ses obligations militaire est arrivé à expiration. C’est la guerre d’Algérie. Sollers raconte l’épisode dans L’Année du Tigre. Moment difficile pour lui. Sollers simule des crises d’asthme, crises qu’il a bien connues dans son enfance.

Gérard de Cortanze dans Philippe Sollers Vérités et Légendes Editions du Chêne, 2001 : « Philippe Sollers erre des semaines, en pyjama, dans les couloirs de l’hôpital. Incompétence des médecins, suspicion de la hiérarchie militaire, les examens s’éternisent....[...] transfert à l’hôpital Percy à Clamart [...] déclaré bon pour le service [...]

« Le seul moyen de m’en sortir était d’avoir un pic de 39° de fièvre pour être accepté à l’infirmerie »
Sollers va gravement mettre en danger sa santé pour aggraver son cas au maximum poursuit G. de Cortanze « C’est dans Paradis, lire les pages 92 à 97. Les tests psychiatriques s’enchaînent. ». Transfert à l’hôpital militaire de Belfort. « Situation physique alarmante , nous dit encore G. de Cortanze, Pour forcer la dose, Philippe Sollers commence une grève de la faim, décide de ne plus parler pendant trois semaines - « cette petite mise en scène m’a beaucoup appris : je ne répondais plus, je regardais par terre » — et simule une dépression nerveuse. [...]

Ces trois mois qui viennent de s’écouler sont comme trois siècles [...] Dans l’hôpital on vit en pyjama, toutes les affaires et effets personnels ont été confisqués. Défilent ici beaucoup de soldats devenus fous en Algérie, des mutilés, d’horribles blessés. De plus en plus faible, prostré, usé, insondable, miné par la mélancolie. [...]

Les jours passent. Francis Ponge intervient auprès de Gaëtan Picon, chef de cabinet d’André Malraux. Jean Lacouture et les éditions du Seuil, à l’instigation de Jean Cayrol, écrivent au ministère des Armées.

Enfin, le 9 mars 1962, alors que le malade commence à délirer, la Commission de réforme de Strasbourg décide de renvoyer le soldat Joyaux dans ses foyers. Motif inscrit sur le livret militaire : « réformé numéro 2 sans pension, terrain schizoïde aigü. [1].

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1962 : 0 lettre . Une lettre sans date attribuée figure cependant dans les archives présentées par l’Atelier André Breton. Cette lettre commence ainsi :

« Paris, vendredi
Cher Monsieur,

Gravement malade depuis le début de l’année jusqu’au mois dernier, je n’ai pu, comme je l’aurais désiré vous écrire. [...] »

A la lumière des éléments autobiographiques ci-dessus il est raisonnablement permis de dater cette lettre de 1962 et même d’avril 1962.

/ Réédition des Manifestes du surréalisme. Envoi d’André Breton : « A Philippe Sollers, l’aimé des fées »

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1963 : 2 lettres (3 avril, 10 mai)
/ publication d’un essai Logique de la fiction, collection Tel Quel. Envoi d’un exemplaire autographe à André Breton. Cet exemplaire, signé Philippe Sollers, figure dans la collection de L’Atelier André Breton)

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Crédit : www.andrebreton.fr, excellent site incontournable (signalement de D. Brouttelande).

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VOIR AUSSI :

Sollers et le roman

« aimé des fées »
« Breton manifeste »


D’autres dits et écrits de Sollers sur Breton


1972 (juin) Le magazine littéraire n°65

publie un article devenu une référence : Philippe Sollers : « ébranler le système ». Propos recueillis par Jean-Jacques Brochier

Dans cet entretien, Sollers se fait critique par rapport au surréalisme et évoque « l’influence après coup des choix et des filtrages du surréalisme. » :
_ « Le surréalisme a mis Lautréamont ou Raymond Roussel en avant, mais aussi et du même coup les a refoulés. Il faut voir que ce qui a pu passer au début du siècle pour avant-garde, a joué un rôle très ambivalent, comme nous aussi peut-être aujourd’hui, en mettant en avant un certain nombre de choses, mais en les défigurant et en refoulant un certain nombre d’autres.
Prenons un exemple précis : la censure sur Joyce opérée en France. Joyce est relégué dans un discours universitaire généralement très plat et je crois qu’on peut dire sans grand risque de se tromper que ni « Ulysse », pourtant paru dès 1921, ni à plus forte raison « Finnegans Wake » n’ont été véritablement lus et qu’il n’y a jamais eu un véritable effort pour faire connaître Joyce en France. Cette censure sur Joyce est pour une grande part imputable au surréalisme.
Cette position censurante du surréalisme à l’égard de Joyce, qui est un continent beaucoup plus important que la plupart des surréalistes, on peut la déchiffrer aussi bien dans la théorie de l’écriture automatique, que dans un texte comme « Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non », de Breton. Joyce y est renvoyé à l’arbitraire pur et simple et condamné pour crime de retour au romanesque. [...] Or si on pense, comme je le pense, que Joyce représente avec Artaud la plus grande révolution du langage du XXe siècle, on est encore loin du compte pour faire avancer les choses. [...]

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1994 André Breton dans La Guerre du goût

13 entrées André Breton dans La Guerre du goût dont un texte de six pages intitulé « Breton manifeste » signé Philippe Sollers.

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1998 (9juin) C’était quoi les surréalistes, la mode situ ?

Dans un article du Monde intitulé « Mai 68, demain », 30 ans après, Philippe Sollers revisite Mai 68 :

On aura tout vu, tout entendu, tout lu. En mai 98, le film Mai 68 n’a pas cessé un instant, les acteurs ont joué leurs rôles, les archives ont déferlé, les témoignages ont afflué, tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes possibles, puisque l’ordre devait être rétabli, comme chacun sait, à la fin du mois. Sur un point aussi sensible (qui a mis en cause sa substance même), le spectacle pouvait difficilement faire mieux. Il est tout-puissant, il organise le passé et ses perspectives, il ne peut pourtant pas cacher sa fatigue, on dirait même qu’il s’ennuie, qu’il n’arrive pas à se convaincre vraiment d’avoir un seul spectateur. Peu importe, d’ailleurs, puisqu’il s’agit simplement d’occuper la scène.

[...]
La société, donc, doit avoir peur. Elle est minée, rongée, sapée dans ses fondements mêmes. De ce foyer infectieux peuvent venir des « revendications inconsidérées », par exemple « soyez réalistes, demandez l’impossible ». C’est là, nous dit un autre docteur, « une sorte de surréalisme politico-poétique à la mode situ. » Drôle de mot, ce situ, on se demande ce qu’il peut bien vouloir dire. Et surréalisme ? Chacun est censé savoir de quoi il s’agit, André Breton doit être un best-seller ces temps-ci. De toute façon, rien n’est plus grave que « l’individualisme tyrannique » sous lequel nous sommes maintenant obligés, paraît-il, de vivre. Mai 68, c’est pêle-mêle, la débauche autorisée, la violence chronique, l’enseignement piétiné, la jeunesse déboussolée, le libéralisme sauvage, l’irresponsabilité illimitée, bref tout ce qu’il peut y avoir de dissolvant en ce monde. Attention, attention, et, comme le dit notre noble académicien péremptoire, formons un cordon sanitaire, tirons un trait.

[...]

Trente ans après, donc, la droite française en arrive où elle en est, c’est-à-dire à un somnambulisme de complaisance pour un nouveau fascisme. Était-elle donc déjà cela en mai 68 ? Sans doute, et il n’y a pas de quoi se vanter. Quant à la gauche, devenue « plurielle », pourra-t-elle se multiplier ? On peut le penser, mais rien n’est sûr, tant est lourd son héritage dix-neuviémiste, aussi bien intellectuel qu’esthétique. Mai 68, oui, est bien ce feu intérieur poétique qui brûle où il veut quand il veut, et il est vain de vouloir le réduire ou le prédire. Son symbole pourrait être celui, célébré par Breton, de « la claire tour qui sur les flots domine ». Surréaliste, 68 ? Mais oui et à la stupeur générale. Situ ? Mais comment donc.

Philippe Sollers
Le Monde, 9 juin 1998

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2005 (février) Simone Breton à propos d’André Breton et des surréalistes.

Dans son journal du mois du 27 février 2005, Sollers met en relief les Lettres de jeunesse (1919-1929) de Simone Breton à sa cousine Denise Lévy publiées aux éditions Joelle Losfeld.

Simone Breton, à propos d’André Breton :
_ Une personnalité de poète très spéciale, éprise de rare et d’impossible, juste ce qu’il faut de déséquilibre, soutenu par une intelligence précise même dans l’inconscient, pénétrante avec une originalité absolue que n’a pas compromise une belle culture littéraire, philosophique et scientifique.

ou encore, cet autre passage sur la vie en commun avec Breton et ses amis surréalistes :

Tu ne sais pas quelle vie merveilleuse je mène, au coeur de "l’esprit" dans sa plus récente évolution. Toutes les manifestations nouvelles de l’esprit humain, je n’ai pas besoin même d’acheter une revue, un journal ou un livre. Il suffit que je me tourne vers l’un, vers l’autre de ceux qui m’entourent quotidiennement. Elles sont dans l’air que je respire.

Philippe Sollers
Le Journal du mois

Le Journal du Dimanchedu 27février 2005.

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2007 (février) André Breton

Je vous ai déjà recommandé de lire l’excellente biographie de Marcel Duchamp par Judith Housez (1). Et en voici une autre, bien documentée, de Bernard Marcadé (2). Vive Duchamp, nom de Dieu, qui a osé faire écrire sur sa tombe : « D’ailleurs ce sont toujours les autres qui meurent. » Après son incinération, on a retrouvé dans l’urne ses clés qui n’avaient pas fondu. On les a laissées là, c’est juste. Un conseil de Duchamp aux vrais artistes en tous genres ? « Prenez le maquis, ne laissez croire à personne que vous êtes en train de travailler. » Et puis, cet émouvant hommage à Breton, en 1966 : « Je n’ai pas connu d’homme qui ait une plus grande capacité d’amour, un plus grand pouvoir d’aimer la grandeur de la vie. On ne comprend rien à ses haines si on ne sait pas qu’il s’agissait pour lui de protéger la qualité même de son amour de la vie, du merveilleux de la vie. Breton aimait comme un c ?ur bat. Il était l’amant de l’amour dans un monde qui croit à la prostitution. C’est là son signe. »
J’ouvre le premier Manifeste du surréalisme , et je lis :

«  Le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore. Je le crois propre à entretenir, indéfiniment, le vieux fanatisme humain. Il répond sans doute à ma seule aspiration légitime. Parmi tant de disgrâces dont nous héritons, il faut bien reconnaître que la plus grande liberté d’esprit nous est laissée. À nous de ne pas en mésuser gravement.  »

(1) Grasset.
(2) Flammarion.

Philippe Sollers
Le Journal du mois

Le Journal du Dimanchedu 25 février 2007.

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Voir aussi le site dédié à André Breton : www.andrebreton.fr

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[1Gérard de Cortance,Vérités et Légendes p. 115-117. qui apporte aussi les précisions suivantes :
« Neuf jours plus tard, les accords d’Evian sont signés. En Algérie, le cessez-le feu est effectif le 19 à partir de midi. C’est André Malraux qui est personnellement intervenu pour engager la procédure de réforme. Lorsque Philippe Sollers lui écrit pour le remercier, il reçoit la réponse suivante, libellée au dos d’une carte de deuil : « C’est moi qui vous remercie, Monsieur, d’avoir rendu au moins une fois l’univers moins bête ».

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