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L’écrivain Salman Rushdie poignardé au cou à New York

Premiers Eléments & Nouvelles au jour le jour

D 12 août 2022     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« Je prie pour Salman Rusdie. Mais, malheureusement pour le salopard qui l’a poignardé, mon ami n’a pas l’âme d’un martyr. Il a voulu être Balzac et Dickens. Et, de fait, il l’est devenu. A ce titre, il est immortel. »

Bernard-Henri Lévy sur Twitter

Ajout : Les précisions de la nuit

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Salman Rushdie poignardé

Menacé de mort depuis les années 1980, Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques a été attaqué sur scène ce vendredi 12 août 2022 alors qu’il s’apprêtait à donner une conférence dans l’État de New York. Selon un journaliste d’Associated Press (AP), un homme a pris d’assaut la scène de la Chautauqua Institution, avant de poignarder Salman Rushdie au moment où il était présenté. L’assaillant qui n’a prononcé aucun mot lors de l’attaque a été maîtrisé.


© KENZO TRIBOUILLARD / AFPL’écrivain Salman Rushdie poignardé au cou à New York

La police de l’État de New York a annoncé que Salman Rushdie avait apparemment reçu un coup de couteau au cou, rapporte la BBC. Il a été transporté par hélicoptère vers un hôpital de la région, son état n’est pas connu. Le suspect a été placé en détention, ajoute la police. Ses motivations ne sont pas actuellement connues. Quant à l’Iran, elle se refuse à tout commentaire sur l’évènement.

Depuis 1988, l’ouvrage de Salman Rushdie Les Versets sataniques est interdit en Iran, considéré comme blasphématoire aux yeux de nombreux musulmans. L’année suivante, l’ayatollah Rouhollah Khomeinia émis une fatwa à l’encontre de l’écrivain, demandant sa mort. De plus, une prime de près de 3millions de dollars est offerte à quiconque tuera Salman Rushdie.

Si le gouvernement iranien a depuis longtemps pris ses distances avec la fatwa de Rouhollah Khomeini, l’aigreur envers l’auteur britannique reste vive. En 2012, une fondation religieuse iranienne semi-officielle a fait passer la prime pour sa tête de 2,8 à 3,3 millions de dollars. Salman Rushdie avait rejeté cette menace à l’époque, affirmant qu’il n’y avait « aucune preuve » que des personnes étaient intéressées par la récompense.Cette même année, Rushdie a publié ses Mémoires, Joseph Anton, sur la fatwa.
D’après Le Point

Salman Rushdie en 5 dates clefs

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Les précisions de la nuit

· L’écrivain hospitalisé, a été opéré en urgence


© Twitter / @HoratioGates3 / Reuters Evacuation de Salman Rushdie :

Immédiatement après l’agression Salman Rushdie a été transporté en hélicoptère vers l’hôpital le plus proche où il a été opéré en urgence, a précisé devant la presse le major de la police de l’État de New York, Eugene Staniszewski.

Salman Rushdie est maintenant sous assistance respiratoire mais "les nouvelles ne sont pas bonnes", a déclaré son agent Andrew Wylie au New York Times. "Salman va probablement perdre un œil, les nerfs de son bras ont été sectionnés et son foie a été poignardé et est endommagé", a-t-il ajouté.

Thibault Nadal & AFP
RTL publié le 13/08/2022 à 04:00

· Une deuxième personne blessée "à la tête"

La personne qui devait donner la parole à l’écrivain a été également été "blessée légèrement à la tête", selon la police.

· Le suspect est un jeune homme de 24 ans

Hadi Matar, 24 ans, a été identifié par la police américaine comme suspect principal de l’attaque contre Salman Rushdie qui a eu lieu dans l’État de New York.
"Nous pensons que l’agresseur" a agi "seul", a affirmé lors d’un point-presse le capitaine de la police de l’État de New York Eugene Staniszweski
Hadi Matar "avait une carte d’accès au lieu" de la conférence "comme n’importe quel autre participant", ont précisé les autorités. Après avoir agressé le célèbre auteur, l’assaillant a été maîtrisé par des membres du public, avant que la police ne le mette en garde à vue.
"Il est encore trop tôt pour indiquer les motivations de cet acte (...) mais la cause de cet attentat sera déterminée", promet Eugene Staniszweski, qui indique que l’enquête a été confiée au FBI.

Ariel Guez
.BFMTV Le 12/08/2022 à 23:18

· Un fervent défenseur de la liberté d’expression

Salman Rushdie, citoyen américain depuis 20 ans, avait l’habitude de participer à ce genre de conférences où il était devenu un symbole et un défenseur de la liberté d’expression et de la lutte contre l’obscurantisme religieux. Trés actif dans le milieu politique et sur les réseaux sociaux, l’écrivain était très présent sur la scène médiatique et autres salons littéraires.

À l’époque, c’est le deuxième chapitre (quelques dizaines de pages sur plusieurs centaines) de son livre Les Versets sataniques qui fait scandale. Salman Rushdie y dépeint des scènes où le personnage, vaguement ridicule, du prophète Mahound - allusion au fondateur de l’islam, Mahomet -, abusé par Satan, prêche la croyance en d’autres divinités qu’Allah, avant de reconnaître son erreur.

· Une protection policière allégée à sa demande

Salman Rushdie était contraint dès lors de vivre dans la clandestinité et sous protection policière depuis le 14 février 1989. L’écrivain avait l’habitude d’aller de cache en cache, il se faisait appeler Joseph Anton. Installé à New York depuis quelques années, sa protection policière avait été nettement allégée ces dernières années, à sa demande. Salman Rushdie avait toutedois repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l’irrévérence.

Crédit :.BFMTV

Un nouveau Tweet de Bernard-Henri Lévy

La presse conservatrice iranienne félicite l’agresseur de Salman Rushdie

Le pouvoir iranien n’a pour le moment pas commenté cette attaque, mais de nombreux journaux qualifient Salman Rushdie d’« apostat ».

En Iran, l’agression de Salman Rushdie a été très commentée dans la presse. Le principal quotidien ultraconservateur iranien, Kayhan, a félicité, samedi 13 août, l’homme ayant poignardé la veille aux États-Unis l’écrivain britannique, auteur des Versets sataniques, cible depuis plus de 30 ans d’une fatwa de l’Iran. « Bravo à cet homme courageux et conscient de son devoir qui a attaqué l’apostat et le vicieux Salman Rushdie », écrit le journal, dont le patron est nommé par le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.
« Baisons la main de celui qui a déchiré le cou de l’ennemi de Dieu avec un couteau », poursuit le texte.
Le pouvoir iranien n’a pour le moment pas commenté officiellement la tentative d’assassinat sur l’intellectuel de 75 ans.

« Le cou du diable »

Suivant la ligne officielle, l’ensemble des médias iraniens ont qualifié Salman Rushdie d’« apostat », à l’exception d’Etemad, journal réformateur. Le quotidien Iran, journal étatique, a estimé que « le cou du diable » avait été « frappé par un rasoir ». « Je ne verserai pas de larmes pour un écrivain qui dénonce avec une haine et un mépris infinis les musulmans et l’islam », a écrit dans un tweet Mohammad Marandi, conseiller de l’équipe de négociateurs sur le dossier nucléaire. « Rushdie est un pion d’empire qui se pose en romancier postcolonial », a-t-il ajouté.

AFP - Le Point

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Au 20H de TF1, samedi 13 août : Un peu plus sur l’agresseur

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Salman Rushdie va mieux / Son agresseur plaide non coupable

MSN, Dimanche 14 août 2022.. L’état de santé de Salman Rushdie s’améliore
Salman Rushdie va mieux. Après la prise de parole de son agent samedi, c’est Michael Hill, le président de l’institution Chautauqua où l’attaque a eu lieu, qui a annoncé sur Twitter l’arrêt de l’aide respiratoire apportée à l’écrivain toujours hospitalisé dans un état grave mais qui a pu dire quelques mots samedi soir.

Son agresseur plaide "non coupable"

Les procureurs ont estimé que l’attaque de Salman Rushdie était préméditée. A 75 ans, l’intellectuel a été poignardé au moins à dix reprises au cou et à l’abdomen.
Le suspect, qui vit dans le New Jersey, a plaidé "non coupable" par la voix de son avocat et comparaîtra une nouvelle fois le 19 août.
Lors d’une audience de procédure au tribunal de Chautauqua, Hadi Matar, 24 ans, poursuivi pour "tentative de meurtre et agression", a comparu en tenue rayée noire et blanche de détenu, menotté et masqué, et n’a pas dit un mot, d’après le New York Times (NYT).

Crédit : MSN

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Salman Rushdie sur le site de La Règle du Jeu

Parmi les nombreux articles consacrés à Salmon Rushdie dans la revue de Bernard-Henri Lévy nous avons sélectionné celui qui suit pour une première évocation de l’écrivain.

Par Félix Le Roy

Au commencement il y a un livre, Les Versets sataniques. Ce roman, écrit par Salman Rushdie, vaudra à son auteur de voir s’abattre sur lui, en 1989, une fatwa – une condamnation à mort pour blasphème envers l’islam – lancée par l’ayatollah Khomeiny. Bernard-Henri Lévy a soutenu Rushdie dès les premiers instants de ce sombre épisode, lui offrant une maison symbolique : sa revue La Règle du jeu. Un soutien qui demeure inébranlable. Récit.


Bernard-Henri Lévy et Salman Rushdie à Londres en avril 1994. ©Jean Cazals

Les Versets sataniques  : le droit à la fiction contre l’intégrisme islamique

« Salman Rushdie, mon ami [1] ». Peut-être faut-il commencer par-là : le lien qui unit Bernard-Henri Lévy et Salman Rushdie est un lien d’amitié, fondé sur un mouvement de solidarité du premier envers le second au moment de l’édiction, le 14 février 1989, d’une fatwa iranienne qui condamne Rushdie à mort, alors que les télévisions du monde entier rapportent des images d’autodafés au cours desquels sont détruits Les Versets sataniques. Lévy réagit immédiatement car « Les principes ne se divisent pas. Ils ne souffrent ni nuances ni exceptions. Et s’il est un principe qui, dans l’ordre de l’esprit comme dans les autres, ne peut supporter le moindre compromis, c’est bien celui de ne céder jamais, en aucune circonstance et sous aucun prétexte, au fanatisme ou au chantage [2]. » Il propose très vite des pistes pour soutenir Rushdie. Premièrement, pour manifester la solidarité des écrivains, il lance l’idée d’une édition du texte avec des préfaces conjointes comme ce fut le cas pour Pierre Guyotat dont le livre Éden, Éden, Éden, censuré vingt ans auparavant, avait été préfacé par Michel Leiris, Roland Barthes et Philippe Sollers. Deuxièmement il lui semble important de prêter main forte à l’éditeur qui prendra le risque courageux de publier le livre en France, et propose à l’ensemble des grandes maisons d’édition d’en racheter les droits pour éviter que n’apparaisse aux yeux des intégristes une cible unique et pour témoigner d’un vaste soutien. Enfin, Bernard-Henri Lévy interroge le gouvernement français sur ses rapports avec le régime de Téhéran. Fraternité d’homme à homme donc, mais aussi d’écrivains. Vingt ans plus tard, dans l’un de ses bloc-notes, Lévy se souviendra :

Comme nombre d’autres écrivains, ma réaction est immédiate et s’oppose aux prudences des responsables politiques et religieux de la planète : solidarité d’instinct, inconditionnelle, avec le romancier. Et cela parce que je sens, à la seconde, que quelque chose d’essentiel se joue là, sous nos yeux, dans le bruit et la fureur des émeutes de Karachi, Delhi ou Londres : la vie d’un homme, sans doute ; le droit d’un romancier à continuer de forger ses fictions, naturellement ; mais, aussi, un séisme durable, profond, dans le paysage idéologique contemporain[3].

Alors de quoi cette « affaire Rushdie » est-elle le nom ? De quel virus est-elle le symptôme ? Celui de la montée de l’intégrisme islamisme à la fin du XXe siècle, et l’émergence de ce nouveau fascisme qu’est le fascislamisme :

Elle aura été l’une des dates, sinon la date, marquant l’apparition de cette nouvelle variante du fascisme qu’est le fascislamisme. […] Le premier temps de la séquence fut – cela m’apparaît, rétrospectivement, soudain très clair – cette condamnation à mort d’un écrivain pour cause d’offense à la lettre du Coran [i]

Pour Bernard-Henri Lévy, Salman Rushdie symbolise « le proscrit, incarnation de la résistance aux fondamentalismes terroristes [3] » par la littérature. Il est un héritier de Voltaire, « il a, ce voltairianisme contemporain, le visage de Salman Rushdie quand il réclame, au moment des Versets sataniques, le droit à la fiction jusques et y compris dans sa lecture d’un épisode de la geste de Mahomet [4]. » L’engagement de Bernard-Henri Lévy aux côtés de Rushdie est un combat qui vise à défendre les mots et leurs lumières, la littérature et ses Lumières « car, pour Salman Rushdie, la littérature est un roc. Et il est lui-même, à son image, un roc de courage et de mots sur lequel s’est brisée la vague islamiste [5]. » Il vise également à mettre en avant la laïcité, « la vraie laïcité. Celle qui, par-delà la querelle scolaire, nous permettrait de penser, et combattre, la montée des intégrismes. […] La laïcité contre les fondamentalismes, c’est-à-dire les pensées du fondement, ou les délires de pureté [6] ». Ainsi il regrettera, après avoir rencontré, à Helsinki, l’auteur des Enfants de minuit, en compagnie de Gabi Gleichman, d’apprendre que la France a refusé par trois fois de l’accueillir : la France n’est pas à la hauteur de ses Lumières et se couche sous la pression des ayatollahs. En octobre 1992 il adresse une lettre ouverte à Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, dans laquelle il déclare inviter Rushdie à Paris en son nom et au nom de sa revue La Règle du jeu, et somme le gouvernement de rendre cette rencontre possible : la France redeviendrait alors pour lui « celle de Voltaire et de l’honneur [7]- ». Quelques mois plus tard l’accord est donné, Salman Rushdie entre sur le territoire français. Mais la fatwa court toujours, la menace est belle et bien là. Bernard-Henri Lévy n’aura de cesse de maintenir chacun en garde face au moindre relâchement, car il comprit très vite que l’affaire Rushdie ne s’arrêterait jamais, jamais vraiment. Cette liberté en trompe l’œil permet de comprendre l’évolution protéiforme de la menace terroriste à la fin du siècle dernier et l’apparition de ceux que l’on désignera, quelques années plus tard, comme des « loups solitaires » :

Et dans le cas où, de guerre lasse, l’État iranien annulerait la condamnation, s’il ne se trouvera pas, toujours, des fanatiques pour s’en souvenir [8] ?

Rien ne permet d’exclure que l’on voie un jour surgir un Ramon Mercader chiite qui, au terme d’une longue traque, et pour le compte d’un pouvoir qui se serait, d’avance, innocenté, exécuterait une sentence dont on nous rappelle, par ailleurs, qu’elle est théologiquement imprescriptible. Prudence, donc. Vigilance. Et frivolité de ceux qui […] crient naïvement victoire, s’exclament « l’affaire Rushdie est terminée et, en échange de bonnes paroles, s’apprêtent à tourner la page. […] L’affaire Rushdie n’est pas finie [9].

L’« affaire » est-elle, pour autant, terminée ? Non. Car il reste toujours, chacun le sait, l’hypothèse du tueur isolé, ivre de haine et de foi, qui aurait le sentiment, non de désobéir, mais d’être fidèle au contraire à l’esprit de la sainte foi […]. Qu’est-ce qu’un terroriste ? Ce n’est pas seulement un tueur, c’est un juge doublé d’un tueur. C’est un juge qui s’est donné le pouvoir d’exécuter lui-même la sentence. Alors, Salman sait bien qu’une nouvelle affaire est sans doute en train de naître : plus d’Iran pour commanditer le crime ; plus de Grande-Bretagne pour l’en tenir, un jour ou l’autre, pour responsable ; mais une fatwa miniaturisée, sans auteur ni vrai coupable – et d’autant plus redoutable. [10]

La Règle du jeu , un refuge

Pour venir en aide à l’écrivain dans la tourmente, Bernard-Henri Lévy décide, en 1990, de lui ouvrir les portes de sa revue, La Règle du jeu. Salman Rushdie intègre le comité éditorial dès le premier numéro, et publiera dans le deuxième numéro de la revue une nouvelle inédite : Un bon conseil est plus rare que des rubis [11]. L’asile français, s’il peine à être mis en place physiquement, Bernard-Henri se charge de le mettre en place littérairement. Il publiera ensuite dans le n°7 un texte intitulé « Comment se réalisèrent les liens qui unissaient Isabelle d’Espagne et Christophe Colomb », puis dans le n°9 un texte vibrant au titre éloquent : « Le roman est la preuve de la démocratie ». Cette collaboration se poursuivra dans le n°11 avec « Un critique en liberté », dans le n°13 avec « L’entretien d’Arte ». Le n°10 de la revue consacrera un dossier à Salman Rushdie pour lequel se mobiliseront de nombreux écrivains tels que Fernando Arrabal, Maurice Blanchot, Jacques Chessex, Carlos Fuentes, Claudio Magris, Florence Malraux, Jorge Semprun, Claude Simon, Philippe Sollers, Mario Vargas Llosa ou encore Elie Wiesel. En octobre 2009, alors que La Règle du jeu fait un « pari sur l’archive [12] », la revue consacre le dossier de son 41ème numéro à « Salman Rushdie, vingt ans après la fatwa » : une plongée au cœur de cette affaire « qui donna, il y a vingt ans, le coup d’envoi des sombres temps où nous sommes toujours [13] ». Un numéro dans lequel on découvre un portrait de l’auteur par Richard Avedon et un texte poignant où Rushdie revient sur le cauchemar de la clandestinité : « Une malédiction littéraire ». Par ailleurs le n°69/70 de La Règle du jeu qui retranscrit les diverses versions de la pièce de Bernard-Henri Lévy, Looking for Europe, rapporte l’intervention amicale de Salman Rushdie, lors d’un appel vidéo joué sur les scènes de nombreuses capitales européennes. Ainsi, lorsqu’il s’agira de fêter les différents anniversaires de sa revue, Bernard-Henri Lévy ne manquera pas de citer le nom Salman Rushdie :

Ce comité´, on l’aura compris, n’est pas dans notre esprit l’un de ces catalogues de noms dont les jeunes revues aiment se dire qu’ils parrainent leur entreprise. S’ils sont là, c’est qu’ils partagent avec nous une idée de la littérature ainsi qu’un pari sur son pouvoir – et qu’ils composent de la sorte l’une de ces sociétés électives, faites d’affinités et d’amitiés, qui forment à nos yeux la seule communauté´ qui vaille. Tous (à l’exception, de Salman Rushdie qui, lui, nous a écrit et dont la présence ici, avait, pour le coup, valeur emblématique), nous sommes allés les voir. Et à tous nous avons dit : « cette revue est la vôtre ; elle attend vos suggestions et vos interventions ; vos textes et vos impressions [14] ».

Nos lecteurs, du reste, retrouveront presque inchangé´ le groupe d’écrivains qui avait, il y a quinze ans, constitué notre comité´ éditorial. Ils retrouveront les noms et, au fil des mois, les signatures de György Konrad, Claudio Magris, Fernando Savater, Peter Schneider, Jorge Semprun, Mario Vargas Llosa : je ne veux citer, ici, que les plus actifs – à commencer, bien sûr, par Salman Rushdie qui fut, on s’en souvient, l’un des piliers de la revue (en même temps que son sort, sa vie, sa liberté´ d’écrire menacée, furent contre les raisons d’État, l’un de nos combats les plus entêtés [15]).

Qu’il me suffise de préciser que les couleurs portées par les membres historiques du comité´ éditorial (Salman Rushdie par exemple, ou Amos Oz, ou Carlos Fuentes, ou Jorge Semprun, ou Peter Schneider) seront celles qui, demain comme hier, nous serviront d’étendard. […] La Règle du jeu et ses étoiles fixes. La Règle du jeu et ses théorèmes fondamentaux [16].

Bernard-Henri Lévy lecteur de Salman Rushdie

Certes le lien qui unit Bernard-Henri Lévy et Salman Rushdie est celui du combat pour la liberté de penser, d’écrire, de croire et de ne pas croire, et de le dire, mais c’est aussi un lien cristallisé par la littérature : « Défi par la littérature. Résistance par le roman [17] », écrit Bernard-Henri Lévy à propos du Dernier Soupir du Maure,« son livre le plus beau, le plus littéraire, le plus libre [18] ». Avant d’être un « cas », Rushdie est aussi, et avant tout, un écrivain. Et si l’homme Rushdie est menacé de mort, c’est aussi cet écrivain que l’on veut anéantir par la peur. Or ce dernier a continué d’écrire, et son ami n’a pas manqué de se réjouir de cela à travers la lecture de ses livres :

Salman Rushdie ne fait plus de politique mais revient au roman. C’est la preuve que les autres – les ayatollahs et leurs complices – ont réellement perdu. Car que voulaient-ils au fond ? Le tuer, certes. Mais aussi tuer en lui – et, peut-être, à travers lui – le désir même d’écrire. Victoire de la littérature. C’est-à-dire de la liberté [19].

Tuer l’écrivain en lui : ils n’y sont pas parvenus puisque le « condamné » n’a pas cessé, depuis, d’écrire – cette semaine encore, le très beau recueil de nouvelles que publie Plon, Est, Ouest [20].

Salman Rushdie publie son plus beau livre : La terre sous ses pieds (Plon). Le plus fou et le plus abouti. Le plus épique et, néanmoins, le plus drôle. Le plus monstrueusement inventif, baroque, foisonnant et, en même temps, le plus sentimental, le plus lyrique, le plus tendre – branché, dit-il, et c’est vrai, sur le « cœur timide et honteux du monde ». Un récit classique, pétri de mythologie – et une narration hypermoderne, une épopée pop, le grand roman du rock, du foot, de la photo, des tremblements d’encre et de terre qui font l’âge contemporain. Bref, un bonheur de lecture extrême. Un bonheur tout court pour ses amis qui voient s’éloigner, petit à petit, jusque dans son œuvre, le spectre de la fatwa : quelle belle idée notamment, quelle idée d’écrivain, d’avoir choisi de raconter son propre séjour en enfer de cette manière biaisée, détournée, à travers une réécriture de la fable d’Eurydice et d’Orphée [21] !

Bernard-Henri Lévy lecteur de Rushdie donc. Mais Salman Rushdie lecteur de Bernard-Henri Lévy aussi, lorsqu’il rend hommage à ce dernier en écrivant à propos de Sur la route des hommes sans nom :

This is a book born out of an extraordinary life, much of it spent plunging into the world’s most troubled and crucial places, a life committed to an internationalism that is not owned by the powerful, and to visions of France, Europe and liberty that can’t be understood by bureaucrats.A passionate, engaged book that combines philosophy, war reportage, and autobiography, the creation of a brilliant, brave and passionate mind./Ce livre est né d’une vie extraordinaire, plongée dans les recoins les plus troublés et les plus critiques du monde, une vie vouée à un internationalisme qui n’est pas celui despuissants, et des visions de la France, de l’Europe et de la liberté qui ne peuvent pas être comprises par les bureaucrates. Un livre passionnant, engagé, qui combine philosophie, reportage de guerre, autobiographie, et la création d’un esprit brillant, courageux et passionné.

L’engagement de Bernard-Henri Lévy pour Salman Rushdie, son indéfectible soutien, est à la fois une histoire d’amitié, d’admiration entre écrivains, et un combat pour la liberté d’imaginer et de créer, une défense de la littérature, un combat pour la liberté face au fascisme islamique, c’est-à-dire un combat qui dépasse, et de loin, ces deux hommes.

Crédit : https://bernard-henri-levy.com/fr/lexique/salman-rushdie/

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Sollers à propos de Salman Rusdie

L’on ne sait pas si l’attentat a des motivations religieuses. L’Iran ne commente pas. L’agresseur n’a rien dit lors de l’attentat et la police ne communique pas pour l’instant sur le résultat de ses interrogatoires, mais ceci n’exclue pas de rappeler ces quelques mots de Sollers :


« Le message de Benoît XVI en 2006 sur la conférence de Ratisbonne, il parle de l’islam qui engendre la violence. Ça a déclenché partout des émeutes. Vous êtes en France, alors, tout à coup vous voyez que quelqu’un qui s’appelle Salman Rushdie obtient une fatwa à cause des Versets sataniques. Là, nous entrons dans une histoire surréaliste extraordinaire avec des morts. Et là, on se prend à considérer le Coran. Mais personne ne l’a lu, le Coran. Moi, si. Je sais ce qu’il y a dans le Coran. Non pas seulement des bribes. Je sais ce qu’il y a dans la Bible. Je sais ce qu’il y a dans le Coran. Je sais pourquoi Rimbaud parle de la sagesse bâtarde du Coran ».

Ph. Sollers

Extrai ici


« Quand, en 1987, j’ai décidé de consacrer un numéro de la revue L’Infini à Voltaire, cela paraissait incongru[2]. Mais le numéro est paru en pleine affaire Rushdie et. au Trocadéro, on pouvait voir un type avec une petite pancarte : « Voltaire, réveille-toi ! ». »

Ph. Sollers

Extrait de L’Art peut-il tout dire

Ou encore ces mots de Sollers l’ironique voltairien :


« Et soudain, l’imam ! Millions de dollars offerts pour tuer un tranquille citoyen britannique, un Indien musulman ayant blasphémé contre Mahomet, donc contre un milliard de fidèles ! C’est une plaisanterie ? Une crise d’épilepsie ? Une grosse colère en cours de signature de contrat ? Vous n’allez quand même pas me dire que les affaires seraient perturbées par une lubie de ce genre ? Attendons et voyons. Ça va lui passer. J’étais à Berlin, en 1936, quand on brûlait quelques livres. Les modérés d’alors, dans l’entourage du chancelier, me téléphonaient souvent pour m’avertir que ce n’était là que divertissement de masse, folklore local, exorcisme joyeux, catharsis. Ne gênons jamais les modérés, ne les poussons pas dans les bras des Russes, telle est notre devise.

Vous avez lu ce roman, vous ? Le "Satanique" ? Franchement, ça vous parait méchant ? Quand on trouve chez nous Sade en livre de poche ? Nous publierons ce "Satanique", soit, puisque notre abstention se verrait trop. Quoi encore ? Vous prétendez que plus personne n’ouvre un livre ? Ne ressent ce qui s’y déploie ? Que l’infâme, pardon , l’imam, est le dernier lecteur planétaire ? Mais il ne lit rien, pas plus que le cardinal Decourtray qui me disait hier : « Je n’ai pas vu ce film, mais il me blesse ; je n’ai pas lu ce livre, mais il choque profondément ma conviction de croyant. » Spectacle, mon cher, Spectacle ! Je vous accorde que nous aurions dû prévoir que ce "Satanique" était une provocation. Eh bien, nous serons plus vigilants à l’avenir. Nous renforcerons une littérature sans danger. C’était notre programme ; il sera désormais appliqué sans faiblesse.

Au fond, l’imam nous aide, le cardinal aussi. Nous retiendrons les manuscrits gênants à la source. »

Ph Sollers
Extrait de : La littérature est-elle dangereuse


[1Bernard-Henri Lévy, Questions de principe VII : Mémoire vive, Paris, Grasset, coll. « Le Livre de poche/ Biblio essais », 2001, p. 400.· Bernard-Henri Lévy, Questions de principe VI : Avec Salman Rushdie, Paris, Grasset, coll. « Le Livre de poche/ Biblio essais », 1999, p. 19.

[2Bernard-Henri Lévy, Questions de principe XII : Début de siècle, Paris, Grasset, coll. « Le Livre de poche/ Biblio essais », 2013, p. 204.

[iIbid., p. 206

[3Bernard-Henri Lévy, Questions de principe IX : Récidives, Paris, Grasset, 2004, p. 818.

[4Bernard-Henri Lévy, Questions de principe XI : Pièces d’identité, Paris, Grasset, 2010, p. 584.

[5Bernard-Henri Lévy, Questions de principe VII : Mémoire vive, op. cit., p. 361.

[6Bernard-Henri Lévy, Questions de principe V : Bloc-notes, Paris, Grasset, coll. « Le Livre de poche/ Biblio essais », 1995, p. 97.

[7Bernard-Henri Lévy, Questions de principe VI, op. cit., p. 46.

[8Ibid., p. 29..

[9Bernard-Henri Lévy, Questions de principe V : Bloc-notes, op.cit., p. 286-288.

[10Bernard-Henri Lévy, Questions de principe VII : Mémoire vive, op. cit., p. 362.

[11Noter la référence.

[12Bernard-Henri Lévy, Questions de principe XI : Pièces d’identité, op.cit., p. 1270.

[13Idem.

[14Bernard-Henri Lévy, Questions de principe IX : Récidives, op.cit., p. 799.

[15Ibid., p. 901.

[16Bernard-Henri Lévy, Questions de principe XI : Pièces d’identité, op.cit., p. 1272.

[17Bernard-Henri Lévy, Questions de principe VI : Avec Salman Rushdie, op.cit., p. 116.

[18Idem.

[19Bernard-Henri Lévy, Questions de principe VII : Mémoire vive, op. cit., p. 73.

[20Ibid., p. 195.

[21Ibid., p. 469-470.

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2 Messages

  • Viktor Kirtov | 24 août 2022 - 12:01 1

    Il y a peu, la tension Chine-Etats Unis faisait la une à propos de Taïwan, le 12 août et les jours qui suivirent ce fut l’attentat contre Salman Rushdie. Les questions soulevées n’ont pas pour autant disparu mais une information pousse l’autre, les médias sont aujourd’hui passés à autre chose.

    Nous avons cherché à savoir ce que devenait Salman Rushdie, comment évolue son état de santé ? Mystère (le dernier bulletin de santé, à notre connaissance, date du 14 août, deux jours après son agression, et indiquait un mieux).

    Nous avons néanmoins trouvé l’écho du soutien de figures du monde littéraire américain, comme les écrivains Paul Auster et Gay Talese qui se sont rassemblées vendredi 19 août pour une lecture de l’oeuvre de Salman Rushdie. Notre recherche nous a aussi signalé une chronique ancienne dans « La Règle du jeu » à propos de la fatwa dont il était victime. Elle date de 2009 mais, peu ou prou, toujours d’actualité, c’est pourquoi nous vous la proposons (aussi notre forme de modeste soutien à Salman Rushdie, à la hauteur de nos moyens)

    SALMAN RUSHDIE. Par-delà le bien et le mal

    par Milan Kundera
    26 septembre 2009

    _ Milan Kundera

    « Je demande à tous les musulmans de le tuer où qu’ils le trouvent », a proclamé solennellement l’imam Khomeiny, et Salman Rushdie est devenu un homme traqué. L’Europe a réagi alors par une solidarité spontanée. Je garderai toujours de l’admiration pour ceux qui se sont mis alors activement du côté de l’auteur condamné et ont risqué leur vie en continuant à l’éditer, à le traduire (son traducteur italien a été gravement blessé, son traducteur japonais tué), à réciter publiquement sa prose (comme Isabelle Adjani), à le visiter en cachette et à l’interviewer.

    Pourtant, à la sensation de cette belle solidarité, j’ai dû bientôt apporter quelques nuances : des représentants officiels de la politique européenne accompagnaient leur condamnation de la fatwa de grandes réserves à l’égard de l’auteur dont ils jugeaient le livre « profondément offensant », « insultant », « misérable ». Ils déclaraient n’avoir « aucune estime pour monsieur Rushdie… aucune estime pour ceux qui utilisent le blasphème pour faire de l’argent ». Je ne veux pas être trop méchant à leur égard. Sans doute voulaient-ils se placer au-dessus de la mêlée et prouver leur sens de l’objectivité. D’ailleurs, rien n’était plus facile pour eux, vu que le livre incriminé, j’en suis sûr, ils ne l’avaient jamais lu.

    Et les gens de lettres ? Il y en avait beaucoup parmi eux qui tenaient à bien marquer leurs distances face au livre de Rushdie : le verdict de Khomeiny était-il condamnable ? Bien sûr que oui ; mais était-ce une raison pour considérer Les Versets sataniques comme une œuvre de valeur ? Bien sûr que non ; même si « le verdict de Khomeiny lui garantissait de gros tirages », c’était un roman « médiocre ». Mais ce roman, l’avaient-ils vraiment lu ? Pour paraître intelligents, originaux, mordants dans cette discussion (toujours moraliste, jamais esthétique), il leur suffisait de réagir à ce qu’en disaient les autres. C’est le trait commun que les hommes politiques et ces intellectuels partageaient avec les fanatiques islamistes : ils ne sentaient aucun besoin de lire ce livre – d’ailleurs si impoliment épais, si impoliment compliqué.

    Je pense aux romans de Rushdie et l’image d’une fille de quatorze ans resurgit devant mes yeux : elle se glisse dans une chapelle où elle voit sa grand-mère ; celle-ci prie, agenouillée devant l’autel et, soudain, s’écroule, frappée d’une attaque ; la fillette sait bien qu’elle devrait appeler du secours, mais puisqu’elle déteste sa grand-mère, elle s’approche, la regarde et ne bouge pas ; la vieille, agonisante, ne peut plus bouger ni parler, seul son regard maudit sa petite-fille, maudit sa méchante immobilité qui est en train de la tuer. C’est ainsi qu’Aurora entre sur la scène d’un autre roman de Rushdie, une femme fascinante qui, dès sa première apparition, nous révèle l’inextricable enchevêtrement du bien et du mal, l’enchevêtrement dont aucun de nous ne peut trouver le moyen de s’évader.

    Aysha, la jeune fille qui dans Les Versets sataniques conduit les villageois dans un long pèlerinage vers la mort commune, est un monstre de fanatisme ; mais elle est en même temps ravissante, envoûtante (auréolée de papillons qui l’accompagnent partout) et, souvent, touchante. Rushdie n’accuse pas, ne condamne pas ; il n’est ni pour Aysha ni contre elle ; il est le contraire d’un pamphlétaire ; il est romancier, romancier, rien que romancier.

    Grand apatride, il a vécu d’abord en Inde, puis en Angleterre, enfin en Amérique. Son unique patrie, il l’a trouvée dans l’art du roman tel que cet art est né en Europe au temps de Rabelais (Rabelais, son plus grand, son unique maître). Dans l’histoire du roman, l’œuvre de Rushdie est un événement : une polyphonie inédite où, dans un seul livre, l’humour s’épanouit à proximité du tragique, où différentes époques historiques cohabitent, où la fantaisie affolée jaillit de la connaissance lucide du monde. L’orage qui a éclaté après la parution des Versets sataniques me fait moins penser aujourd’hui à Rushdie qu’à l’époque qui est la nôtre ; celle où la voix de l’art, affaiblie, devient à peine audible ; celle où l’Europe s’oublie elle-même et s’en va.
    La Règle du Jeu


  • Viktor Kirtov | 14 août 2022 - 13:23 2

    Plus sur son état de santé et son agresseur
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