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LEGENDE, Roman, par Philippe Sollers, écrivain

De quelle légende s’agit-il ? Y-a-t-il une légende Sollers ?

D 24 mars 2021     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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24/03/2023 : ajout DIACRITIK, le grand entretien

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Radiographie de l’époque, Légende, "La légende du siècle" de Sollers.

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Avec ce livre, l’auteur continue à recenser et dénoncer les tics et les tocs – Troubles Obsessionnels Convulsifs – de l’époque avec une large mise en perspective historique et une dose d’ironie coutumière, c’est la première partie du livre. Puis le livre revisite une partie du Panthéon littéraire et artistique de Sollers.
Sollers s’est toujours révéle pour moi, un "passeur" avisé dans la Bibliothèque universelle : "ce qui doit-être lu". C’est aussi l’étymologie du mot "légende".

Vous avez dit Légende

De quelle légende s’agit-il ? Sollers a pris soin de nous donner une réponse, à sa façon, c’est-à-dire en laissant ouvertes toutes les significations, mais en nous rappelant d’entrée que « légende », au sens étymologique, c’est « ce qui doit être lu », …ce à quoi le commun des mortels pense d’emblée, bien sûr. C’est dans le bulletin Gallimard Mars-Avril 2021 :

« Les représentants du vieux Dieu mort et de la vieille littérature sont destitués, mais continueront à parler et à écrire comme si de rien n’était, ce qui est sans importance, puisque plus personne n’écoute ni ne lit vraiment. »

Dans quel sens comprendre le titre ? Au sens étymologique de « ce qui doit être lu » ? Ou de « texte qui accompagne et explique une image » ?

Ce qui doit être lu sonne comme une nouveauté considérable au moment où l’on peut dire qu’une multitude de livres ne demandent pas d’être lus. Lire est une activité de plus en plus ruinée par le numérique, et, ne serait-ce que pour cela, le titre a été choisi consciemment. Le texte qui accompagne et explique une image me convient aussi dans la mesure où le livre est le commentaire d’une image constante en mouvement. Mais, plus sérieusement encore, c’est un volume métaphysique en dialogue avec La Légende des siècles de Victor Hugo, ce dernier étant convoqué à plusieurs reprises en tant que personnage romanesque.

De cette évocation de La Légende des siècles, nous avIons envisagé de titrer « La légende du siècle », de son siècle...

Le commun des mortels pense aussi aujourd’hui à la série télévisée « Le Bureau des légendes ». Il est fréquent pour un agent secret de devoir faire usage d’une fausse identité ou d’une fausse qualité : c’est ce qu’on appelle une couverture. Et le Bureau des légendes est là pour leur fabriquer une « légende », cet ensemble d’informations fictives, étayées par divers documents, qui permet à un agent de renseignement agissant sous couverture de ne pas être démasqué.

Y-A-T-IL UNE LEGENDE SOLLERS ?

VOIR AUSSI

Sollers, lui, a commencé par changer d’identité en troquant son nom de famille Joyaux par son nom d’écrivain Sollers. Dans trois romans de ses romans– La Fête à Venise, Le Secret, et Studio – le narrateur-protagoniste est un agent secret ; dans tous les autres depuis Femmes (1983), le personnage central moulé sur l’auteur se comporte en « agent secret » de sa propre existence. Ce personnage se présente et en même temps présente Philippe Sollers comme observateur clandestin de notre société en souffrance [1].

Vous avez dit roman

Le mot figure sur la couverture et dès les premières pages, afin de donner le change, Sollers introduit le personnage de Daphné « mon grand amour de jeunesse. Daphné ! Daphné ! Daf ! Ma nymphe ! Ma lycéenne chérie ! Ma petite brune aux yeux verts ! Ma tendresse ! Ma vicieuse gaieté ! Comment ai-je pu l’oublier si longtemps ? »
« Elle a 13 ans, moi 15. Elle est de loin la meilleure en latin et en grec. Comme je ne fous rien, elle me refile en douce ses copies à la belle écriture. Elle m’a choisi . « c’est une spécialiste des sous-bois.[…]. On s’embrasse comme des fous, on se fait jouir, on s’endort, et retour vers la ville, à la tombée du soleil.
Daphné est une bourgeoise, fille unique d’un couple de médecins réputés, donc solidarité de classe sociale entre nous contre les petits-bourgeois du lycée, professeurs et élèves. Ses parents habitent une grande maison confortable, et sont souvent absents puisqu’ils travaillent dans le centre-ville. On peut donc souvent se cacher chez elle, ce qui donne, sur les lits, des après-midi de cinglés. »

Le personnage est campé il servira de fil rouge pour lier les chapitres entre eux d’autant que Daphné est une déesse mythologique, quelle s’est transformée en laurier ce qui offre à Sollers d’autres possibilités romanesques, comme ces jeux de mots

LAURIER
L’OR Y EST
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LAURIER !
LAURE Y EST !

« Daphné, Laure, voilà des rencontres. Elles ne doivent rien au hasard, et donnent l’impression d’avoir été secrètement voulues . Vous vous souvenez de la devise qu’André Breton a fait inscrire sur sa tombe : « Je cherche l’or du temps. » Pas de hasard dans ces rapprochements apparemment fortuitsé »
Laure ! Le prénom de la plus spéciale de mes tantes ! Celle que j’appelle Edith dans mon roman Femmes , pour une description détaillée de voyeurisme érotique réciproque ! Je lui rends ici son prénom, non révélable à l’époque. Un esprit curieux se reportera aux pages 38 et 39 de l’édition « Folio », n o 1620. Le rêve sait lire, il m’a trouvé.

Daphné servira aussi à introduire un chapitre sur l’évolution sociétale. Il la revoit vingt ans plus tard à Paris :

« Je ne suis pas surpris de la retrouver en couple avec une autre avocate plus âgée qu’elle. Elles m’apprennent beaucoup de choses sur les réseaux gays féminins, leurs lieux de rendez-vous et de drague, leurs dissimulations multiples, leur étrange somnambulisme sentimental, leur vision décapante des hétéros-ploucs. Ah, si Proust avait eu une Daphné dans ses aventures, il aurait gagné un temps fou ! Le plus bizarre, dans cette communauté de plus en plus affirmée, est la façon dont mes amies parlent souvent de leurs « ex ». Daphné a déjà deux « ex » très sympathiques, et son mari-femme en a trois, des féministes radicales, et non sans humour. »

Mais au fil des pages, le fil rouge Daphné va devenir de plus en plus ténu, pour devenir un pointillé occasionnel. Exit Daphné au fur et à mesure que les grandes figures historiques du panthéon sollersien dont évoquées

LE DEBUT DU LIVRE

Sollers a souvent déclaré qu’il soigne avec une application particulière le début de ses livres. Comment commence-t-il celui-ci

Dédicace


« Pour Pierre Leroy »

En fin de notre article sur Le journal du mois de Juin 2007, tenu alors par Philippe Sollers, nous notions :,

PARIS, 27 juin 2007 (AFP) - Un exemplaire des Fleurs du Mal offert par Baudelaire à Delacroix, l’un des clous de la vente de la Collection Pierre Leroy, grand bibliophile, a enregistré un record mondial de 510000 euros (sans les frais),pour une édition originale de littérature française, selon Sotheby’s.

L’ouvrage daté de 1857 avait été offert par le poète au peintre Eugène Delacroix, en "témoignage d’une éternelle admiration", comme le souligne la dédicace manuscrite et signée. L’exemplaire, qui comporte trois corrections autographes, était estimé 300000-400000 euros.
Crédit : Journal du mois de juin 2007

Une façon pour Sollers de nous rappeler l’importance qu’il attache à l’écrit et aux manuscrits, à commencer par les siens, puisqu’il écrit ses textes à la main, avec un stylo à l’encre bleue, achetée à Venise, du temps où il y allait y retrouver Dominique Rolin, deux fois par an, au printemps et au début de l’automne. Depuis son décès en 2012, il n’y va plus.

Exergue


« Heureux celui dont la façon de procéder rencontre la qualité des temps. »
MACHIAVEL

Un peu de mystère et de culture pour conforter, d’entrée de jeu, l’idée que le livre mérite d’être lu puisque c’est la première des définitions de Légende qui nous ait été proposée.

Les premières lignes

Les sections sont titrées avec un seul nom, comme il avait l’habitude de le faire pour son Journal du mois dans le JDD. Le premier chapitre est intulé APPEL : :

APPEL

Cette fois, l’appel a été très net. Plus profond, d’accord, mais très net. C’était d’autant plus étonnant que je marchais dehors en plein bruit de la circulation. Comme je l’ai déjà dit, j’habite près d’un hôpital, et les sirènes n’arrêtent pas d’envahir l’espace. Les pompiers et les ambulances se précipitent sous mes yeux aux urgences. Je les vois s’engouffrer sur une rampe, s’arrêter, repartir. Les urgentistes sont constamment débordés, surtout, comme ces jours-ci, quand il y a des manifestations à risques. Les casseurs cassent, la police réplique, c’est un programme codé. De mon côté, je me tiens à l’écart le plus possible, je suis, moi aussi, urgentiste , mais dans une autre dimension.

J’emploie le mot « appel » pour dire un choc, non enregistrable, de silence fort. Il s’agit d’une demande d’attention. À quoi ? Pourquoi ? Aucune réponse. « Sois attentif. » Heureusement, ce genre d’injonction est rare, et je n’ai rien à redouter de ma santé physique ou mentale. Je dois seulement m’habituer à être un passager de l’espace-temps, c’est-à-dire d’un espace à quatre dimensions dont les points sont des événements. Voilà ma singularité : être un point où la courbure de l’espace-temps devient infinie. J’ai dit « appel », je devrais plutôt dire, scientifiquement, courbure .

Une réplique inattendue, l’après-midi même, au bord du sommeil. Pour une fois, j’ai à la fois le son et l’image. Le son, d’abord, avec deux « hello ! » jetés par une voix jeune et joyeuse, avec, ensuite, le mot « laurier » prononcé de façon anormalement distincte. Le plus curieux est que je vois ce mot, devenu une inscription jaune sur fond blanc, disant :

LAURIER !
L’OR Y EST !

L’espace-temps est donc surréaliste, mais l’essentiel n’est pas là : laurier déclenche immédiatement le nom de Daphné, mon grand amour de jeunesse. Daphné ! Daphné ! Daf ! Ma nymphe ! Ma lycéenne chérie ! Ma petite brune aux yeux verts ! Ma tendresse ! Ma vicieuse gaieté ! Comment ai-je pu l’oublier si longtemps ?

La fin

VERBE

Jean vient très vite révéler la clef fondamentale du roman : le Verbe est Dieu, il est au commencement avec Dieu, rien ne s’est fait sans lui, il est la lumière que les ténèbres ne peuvent ni saisir ni comprendre. On ne doit adorer le Verbe qu’en Esprit et en Vérité.

Les représentants du vieux Dieu mort et de la vieille littérature sont destitués, mais continueront à parler et à écrire comme si de rien n’était, ce qui est sans importance, puisque plus personne n’écoute ni ne lit vraiment. Les Banques, le Sexe, la Drogue et la Technique règnent, la robotisation s’accélère, le climat explose, les virus poursuivent leurs ravages mortels, et la planète sera invivable pour l’humanité dans trente ans. Malgré tout, un nouveau Cycle a déjà commencé, et les masques tombent. À vous de juger.

Un chapitre intermédiaire

A titre d’illustration, voici un chapitre intermédiaire MYTHE dédié à Victor Hugo. Le choix a été difficile car nombreux sont les chapitres qui méritent intérêt. Nous aurions pu aussi choisir un passage dédié à la poésie chinoise, au Tao… Mais voici un portrait de Victor Hugo façon SOLLERS :

MYTHE

Les séances de spiritisme et de tables tournantes de Victor Hugo nous font rire, mais nous avons tort. Il doute, il cherche, il pleure, il se redresse, le gouffre le guette, la bouche d’ombre le suit comme son ombre. Il est très loin de ce livre-ci, puisqu’il a écrit : « Dieu bénit l’homme, non pour avoir trouvé, mais pour avoir cherché. » Dieu parle à Hugo, l’infini l’habite, des craquements mystérieux se font entendre dans les murs de sa chambre, les morts le recherchent, il est à leur service, il est en grand deuil de sa fille de 20 ans noyée, dès son mariage, en même temps que son mari. Il est inconsolable, il adore les enfants, ses fréquentations dans l’au-delà sont prestigieuses, ce qui ne l’empêche pas d’être progressiste et tout dévoué au peuple.
Le désespoir le ronge, mais l’amour triomphe. « Amour » est le mot qui revient sans cesse pour le sauver. Cinquante ans de liaison avec Juliette Drouet, et voilà un roman sublime, mais ce qui intrigue le plus, chez Hugo, c’est la surpuissance sexuelle dont Dieu semble l’avoir doué. Il note toutes ses cabrioles hétéros, est surpris par la police en plein adultère, mais comme il est pair de France, il est aussitôt relâché. La France a été séduite par ce grand pécheur innocent, qui, aujourd’hui, comme Gide, aurait des problèmes avec l’opinion. On retient, pour le faire acquitter, qu’il est contre la peine de mort, pour la liberté de la presse et, constamment, pour l’amnistie des Communards. Sa mort et son transfert au Panthéon ont mis dans la rue une foule immense, vite alcoolisée et orgiaque, puisque même les prostituées (dont Hugo faisait grand usage) ont, cette nuit-là, souvent opéré gratis.

J’aime le Hugo direct et très simple : « On vit, on parle, on a les nuages sur la tête. » Ou bien : « On était peu nombreux, le choix faisait la fête. » Je l’aime aussi quand il délire, et il délire sans arrêt : « L’abîme semble fou sous l’ouragan de l’être. » J’ai parlé de son courage, qui est évident. Ainsi d’une de ses premières notations, en exil, après le coup d’État de Napoléon le Petit, à Bruxelles, en décembre 1851 :
« Une fois ceux que j’aime en sûreté, qu’importe le reste : un grenier, un lit de sangle, une chaise de paille, une table et de quoi écrire, cela me suffit. »
Quant aux délires récurrents, le voici à Guernesey, à Hauteville House, dans une nuit d’avril 1856 :

« Réveillé au milieu de la nuit par trois coups vifs, secs et distincts, sur mon mur en dedans de ma chambre. Rien ensuite. Rendormi. »

La plus belle nuit est celle du 9 au 10 avril :
« Je suis rentré et je me suis couché à minuit. Sitôt ma bougie soufflée, la chambre a été comme remplie d’un bruit singulier. C’était comme si les papiers jetés dans ma cheminée et ceux entassés sur ma table entraient en mouvement tous à la fois. Il y avait au dehors quelques souffles de vent, mais quand les fenêtres sont fermées, même un vent très violent n’agite les papiers ni sur ma table ni dans ma cheminée... Le bruit était si vif, si persistant, si compliqué de frémissements étranges, quelques-uns dans l’intérieur même du mur, qu’il m’a tenu éveillé, et, en l’écoutant, je priais pour les êtres qui souffrent. Plusieurs fois, j’ai dit dans ma pensée : “Si quelqu’un est là, qu’il frappe trois coups sur le mur”, alors j’entendais non des frappements distincts comme ceux que j’ai déjà constatés, mais de petits battements obscurs, fébriles, dépassant de beaucoup le nombre trois, et comme impatients. Le bruit durait encore quand je me suis endormi, vers trois heures. J’ajoute qu’à un certain moment j’ai cru sentir un bercement dans mon lit, mais très vague. »

Toute sa vie, Hugo sera poursuivi par des bruits bizarres, en général trois coups, comme frappés au marteau, dans le mur de ses chambres, ou sur le montant de ses lits. Il a un corps sonore qui perturbe l’espace. Trois coups, donc, comme au théâtre, le rideau se lève, et vous assistez au mythe Hugo. À son retour d’exil, comme s’il rentrait vivant de Sainte-Hélène, Napoléon le Grand s’appelle Victor Hugo. Les foules l’acclament mais lui, habilement, crie « Vive la République ! ». La République, c’est lui. En 1873, il note :
« Que suis-je ? Seul, je ne suis rien. Avec un principe, je suis tout. Je suis la civilisation, je suis le progrès, je suis la Révolution française, je suis la révolution sociale. »

Le mythe a marché, il marche toujours. De nos jours, il aurait sans doute des ennuis avec les réseaux sociaux à cause de son agitation sexuelle. Son Dieu humaniste est mort, mais sa bonne pensée généreuse est respectée partout. Pour le monde entier, c’est le sage et voyant Grand-Père.

Une critique : « Les urgentistes, par Philippe Sollers, écrivain »

Une critique de « Légende » par Fabien Ribéry

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le 3 mars 2021

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« Vous revenez sur terre pour apprendre que la biodiversité est gravement menacée. Vous avez à peine le temps de vous identifier aux espèces visibles et invisibles qui, comme vous, vont disparaître ; abeilles, papillons, éléphants, rhinocéros blancs, flamants roses, poissons et plancton. Vous sortez, vous levez les yeux vers le ciel et sa merveilleuse indifférence, et vous vous sentez brusquement, comme lui, tout bleu. »

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C’est entendu, il n’y a presque plus personne à qui parler, le monde habitable disparaît à vue d’œil, l’esprit est en berne, l’ennui progresse considérablement, la mascarade morale bat son plein, et dans trente ans tout sera pire.

Alors, comme Philippe Sollers, si l’on n’a pas abandonné l’art de la conversation à la française, et la vivacité voltairienne, autant continuer à écrire des livres pour les quelques amis qui restent, pour personne, pour soi.
Ainsi Légende, livre bourré aux amphétamines exaltant l’intelligence, précis de navigation en temps de détresse.

De courts chapitres brillamment rédigés, d’illustres morts bien vivants agissant à la façon des meilleurs urgentistes (Victor Hugo, Mozart, Céline, Genet, Melville, Manet, Mallarmé, Nietzsche, Heidegger, Poussin, Picasso, Rimbaud, Artaud), des femmes sachant rire d’avoir été bien aimées, « branlées » disait le docteur Destouches, expert en sarabandes.

Le diagnostic est clair, sur les manipulations génético-familiales, sur l’égalitarisme assassin, sur le triomphe de la petite-bourgeoisie inculte et donneuse de leçons, sur les réseaux sociaux omnipotents, sur le règne aveugle de la Technique, mais Philippe Sollers ne sera pas le chantre de la légende douloureuse, surtout pas.

L’écrivain entend des voix – définition de la littérature, n’est-ce pas ? -, des discours parfaits, des appels.
Il est guidé, il guide, la nymphe Daphné, amour de jeunesse, « spécialiste des sous-bois », ne le quitte pas.

Il y a les somnambules, les parqués, les asservis plus ou moins volontaires, et il y a les quelques autres, les élus, les messagers.
Les uniques : Pétrarque, Dante, Marco Polo, De Gaulle, Roosevelt, Chuchill, André Breton.

C’est injuste peut-être, mais c’est ainsi, on ne choisit pas la grâce.
Si vous ne savez plus comment faire, comment ne pas agir, comment oublier ce qui encombre, consultez un peu le Ji Jing, faites confiance à la mantique chinoise, ou au laurier craquant sous vos doigts.

Vous pouvez aussi prier : « Notre Père », « Je vous salue Marie », ne doutez pas, l’Imprononçable vous répondra.

[…]

Légende est sous-titré roman, terme qu’il faut comprendre comme une aventure initiatique.

Voir l’intégrale sur le site de Fabien Ribéry

Entretien avec Claire Chazal dans "Passage des Arts"

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Légende (Gallimard) est publié simultanément avec
Agent secret, un autoportrait publié aux éditions Mercure de France. Les deux livres se complètent et se répondent.

Diacritik : Le grand entretien : Philippe Sollers, la littérature absolue (Légende et Agent secret)

Arnaud Jamin signe dans l’excellent site DIACRITIK, un long entretien de référence  :

Quand un écrivain que vous considérez comme un mythe vivant publie un roman intitulé Légende (Gallimard), c’est probablement que le temps d’initier une rencontre est venu. D’autant que cette parution est doublée de l’ouvrage Agent Secret, un récit plus personnel qui paraît au même moment dans la collection Traits et Portraits du Mercure de France. Philippe Sollers, 84 ans, dont une soixantaine joyeusement vécue au cœur de la création littéraire entre romans, essais et édition, reçoit dans son bureau au 5, rue Gaston Gallimard.

Espion de l’Église catholique romaine… Franc-maçon trop cultivé… A refusé l’Académie Française, imagine le culot… Punk balladurien qui a délaissé l’avant-garde… Dangereux stratège chinois… Maoïste jamais repenti… Obscur dix-huitièmiste… Encyclopédiste du vingtième… Révolutionnaire bourgeois provocateur… Vous aurez beau piocher une à une les cartes qui lui ont été accolées dans le grand jeu spectaculaire depuis tant d’années, vous n’épuiserez pas l’identité de Sollers.
L’être futé nommé Philippe Joyaux, opérant depuis une infinie constellation de citations, vous répondra qu’il continue tout simplement et en secret de Traverser la mer à l’insu du Ciel comme l’y invite l’ancien mais revigorant Manuel secret des 36 stratagèmes convoqué dans Légende : « L’occulte est au cœur du manifeste et non dans son contraire. Rien n’est plus caché que le plus apparent. »

Pour commencer, je voudrais lire l’incipit au rythme quasi trinitaire de votre roman Studio paru en 1997 : “J’ai rarement été aussi seul. Mais j’aime ça. Et de plus en plus.” La solitude, marque persistante chez les narrateurs de vos romans, est-elle le centre, le point de capiton de la littérature ?

Une curieuse solitude [1958], c’est par là que je commence… À partir du moment où vous vous mêlez de dire la vérité du langage ou du moins la façon dont il vous fait signe, vous êtes par définition étranger à la Société, quelle qu’elle soit.
Là, il y a deux possibilités. Soit vous assumez complètement ce destin qui peut – ô combien – être tragique ; soit vous avez la possibilité de ruser, d’être l’homme aux mille tours, l’Ulysse polytropos, et vous vous transformez — ce que j’ai voulu éclaircir — en agent secret. Par définition, celui-ci est seul. Surtout s’il n’est pas affilié à un État constitué ou qu’il n’attend pas la moindre validation. Être agent secret pour son propre compte, c’est-à-dire pour affirmer sa liberté à travers des aventures multiples, voilà la question que j’ai résolue à ma façon.

LA SUITE ICI Vaut le détour.
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[1Cf. Armine KOTIN MORTIMER, « Philippe Sollers, Secret Agent ». Journal of Modern Literature, n° 23, 1999-2000, p. 309-327.

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