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Dans la forêt divine de Dante Alighieri

700ème anniversaire de la mort en 2021 / Le Chant V de l’Enfer

D 28 février 2021     A par Viktor Kirtov - Danièle ROBERT - C 6 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


28/02/2021 :Ajout section "Dante une passion italienne", un long article de la presse italienne : IL VENERDÌ DI REPUBBLICA (ROME) à l’occasion de l’année du 700ème anniversaire de la mort de Dante.

2021 sera l’année du 700ème anniversaire de la mort de Dante Alighieri né en 1265 à Florence et mort le 14 septembre 1321 à Ravenne

Gabriella Bosco, fidèle de pileface, dans la proximité de Philippe Forest et Philippe Sollers contribuera à cet événement :

Cher Viktor,

[…] Je viens d’être chargée de l’organisation pour l’Université de Turin de quelques initiatives pour célébrer Dante à l’occasion du 700ème anniversaire de sa mort, du point de vue de sa réception à l’étranger. Il faudra bien que, d’une manière ou d’une autre, PhS soit de la partie. J’aurai à monter une lecture en 16 langues du Ve chant de l’Enfer et à organiser un colloque sur les traductions les plus remarquables des oeuvres de Dante. A suivre, donc !
[…]

Gabriella
26 septembre 2020

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France Culture, dès à présent, vient de consacrer quatre émissions pour partir à la découverte du plus grand poète de la langue italienne : Dante Alighieri. Quatre émissions pour découvrir la vie fascinante de Dante ainsi qu’une œuvre immense, acmé de la culture médiévale.

À propos de la série Dante sur France Culture

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Épisode 1 : La vraie vie de Dante

Avec Bruno Pinchard, doyen honoraire de la faculté de philosophie de l’université Jean-Moulin-Lyon III et président de la Société Dantesque de France, pour reconstituer avec nous la vie de Dante.

Épisode 2 : L’œuvre d’une vie

Avec Didier Ottaviani, maître de conférences à l’École Normale Supérieure de Lyon, auteur notamment de Dante. L’esprit pèlerin (Points/Seuil, 2016) et de La philosophie de la lumière chez Dante (Classiques Garnier, 2016).


Épisode 3 : La Divine Comédie

Avec Danièle Robert, écrivain ( Les Chants de l’aube de Lady Day, Le Foulard d’Orphée, aux éditions du Temps qu’il fait), critique et traductrice littéraire, membre de la Société Dantesque de France et qui a récemment traduit l’intégralité de La Divine Comédie aux éditions Actes Sud.


Épisode 4 : Les Lectures de Dante

Avec Jean-Pierre Ferrini, écrivain, auteur notamment de Lectures de Dante paru chez Herman en 2006 et Dante et Beckett au même éditeur, en 2003.

Episode 1 : La vraie vie de Dante

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange
Le 12/10/2020

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Son œuvre est immense, révolutionnaire, fondatrice. Pourtant, Dante nous est resté très secret : aucun manuscrit de sa main, peu de documents renseignant sur son existence, peu de traces de son passage. C’est ce secret de la biographie que nous tentons de percer aujourd’hui.


Portrait de Dante Alighieri (1265-1321) par Andrea del Castagno. Vers 1448-1449. Fresque, 247 x 153 cm. Galerie des Offices, Florence. • Crédits : Fine Art Images Heritage - Getty
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Nous recevons pour cette première émission Bruno Pinchard, doyen honoraire de la faculté de philosophie de l’université Jean-Moulin-Lyon III et président de la Société Dantesque de France, pour reconstituer avec nous la vie de Dante.
Une vie dont nous savons très peu de choses encore aujourd’hui et qui continue de susciter recherches, spéculations et fantasmes.

On n’a aucun document, même pas une signature, même pas une note dans les marges d’un livre. Il y a des contrats qui nous restent, qui ont été faits par des gens de sa famille en son nom mais on n’a pas de contrat signé par lui. On travaille donc dans un système de réputations, d’échos. Et on doit tirer une très large part de ce qu’on sait des œuvres. (Bruno Pinchard)

Sa part d’énigme fait de Dante un personnage d’autant plus fascinant que le peu d’éléments dont nous disposons laissent entrevoir une existence active et même mouvementée, marquée par l’engagement politique, par la guerre et par la grande histoire d’amour avec Béatrice, dont la mort prématurée imprime une trace indélébile au cœur du poète.

Il y a effectivement une jeune femme qui porte ce nom, qui s’est mariée, qui est morte probablement en couches […]. Elle est un point d’attraction pour un nombre de sentiments, de connaissances, et de tensions politiques tellement inouïs que lui donner un visage… C’est comme si vous me demandiez qui est Isolde, qui est Brunehilde. C’est quelque chose d’inépuisable, c’est une sorte de dévoration du monde à partir du pouvoir des yeux, et d’ailleurs de la bouche, parce que Dante explique bien que le pouvoir d’une femme porte sur la connexion entre ses yeux et sa bouche. (Bruno Pinchard)

À l’instar d’Homère, Dante apparaît comme une figure largement mythifiée. Si son existence ne fait aucun doute, elle n’a cessé d’intriguer par le voile de mystère qui l’enveloppe, voile que tâche de lever pour nous Bruno Pinchard, en reportant notamment l’interrogation sur les écrits du poète. Quand l’histoire se dérobe, peut-on chercher des réponses du côté de l’œuvre elle-même ? Le mystère de Dante redouble ainsi le mystère de La Divine Comédie dont la dimension biographique a été longuement débattue.

C’est une œuvre immensément autobiographique. Ce n’est rien d’autre qu’une rétrospection de sa propre vie, construite jusqu’à l’infini, dans sa complexité […]. Ce sujet qui dit moi devient, peu à peu, graduellement, le monde, le monde qui essaie de se dire dans sa totalité. (Bruno Pinchard)

Dans L’Enfer, Dante traverse le monde des morts comme un vivant, mais sa vraie vie, il semble l’avoir traversée comme une ombre.

En fin d’émission vous pourrez retrouver la chronique de Philippe Roger, directeur de la revue Critique. Il nous parle du dernier numéro de Critique, consacré au philosophe Jacques Rancière.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Episode 2 : L’œuvre d’une vie

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange
Le 13/10/2020

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Dante ne vécut que 56 ans mais laissa derrière lui une production abondante. À côté de la Divine Comédie, son œuvre la plus connue, il composa d’autres œuvres poétiques, des textes de philosophie, de politique et même de linguistique, qui justifieraient à eux seuls la postérité de leur auteur.


La Dispute du Saint-Sacrement, détail représentant Dante Alighieri, par Raphaël Sanzio (1483-1520). Fresque, 500 x 770 cm, salle de la Signature, Vatican.• Crédits : Art Media Print Collector - Getty
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Nous sommes en compagnie aujourd’hui de Didier Ottaviani, maître de conférences à l’École Normale Supérieure de Lyon, auteur notamment de Dante. L’esprit pèlerin (Points/Seuil, 2016) et de La philosophie de la lumière chez Dante (Classiques Garnier, 2016).

Il nous présente l’œuvre de Dante, une œuvre qui n’a rien perdu de son actualité malgré les sept siècles qui nous en séparent. Dante nous apparaît en maître de sagesse, pour qui l’humanité est à conquérir en chacun et la vie un pèlerinage. En effet, Dante aborde à travers ses écrits de grands sujets, d’une portée universelle, comme l’amour, la mort, la foi, la morale.

Avec la Vita Nova, Dante rédige un poème d’amour sensible, empruntant aux codes de l’amour courtois et illuminé par la figure idéalisée de Béatrice.
Il y a toujours Béatrice. De toute manière dans toutes les œuvres Béatrice est là. Ce n’est pas forcément la même personne, parce qu’il y a plein de Béatrice […]. Il y a Bice Portinari, ça c’est la vraie Béatrice. Mais il y a la Béatrice de la Vita nova. La Béatrice de la Vita Nova est déjà symbolique, puisque dans l’extrait qui a été lu elle est dite être amour. Donc elle est une figure qui peut être une figure de Jésus Christ, qui peut être une figure déjà semi théologique mais qui est aussi la figure de la dame courtoise, donc elle a déjà beaucoup d’aspects complètement différents, mais par la suite on va retrouver Béatrice qui sera une figure de la dame philosophie… (Didier Ottaviani)
Dante fait également œuvre de linguiste et de théoricien du langage dans le traité qu’il rédige en latin, le De Vulgaris Eloquentia (De l’éloquence vulgaire) qui intéressa beaucoup, entre autres, Roland Barthes. Enfin, à côté du grand traité politique qu’est le De Monarchia (De la Monarchie) c’est un Dante philosophe qui se fait jour dans le Convivio (Le Banquet) où il développe les leçons d’Aristote, notamment sur l’éthique.

De politique en éthique et de poésie en théorie du langage, Didier Ottaviani nous accompagne pour cette traversée de l’écriture.
Dante ne se lit pas seulement. Dante est un auteur qui se relit beaucoup. C’est-à-dire que, une fois qu’on a terminé, il faut recommencer au départ parce qu’à ce moment-là on découvre dans la première œuvre quelque chose qui finalement nous a été appris par la dernière œuvre […]. Tout est cyclique chez lui. C’est cette espèce d’éternel retour, mais pas du même. Il y a une thématique très classique à l’époque qui vient du pseudo-Denys de l’aréopage qui est la thématique d’une élévation spirituelle qui serait un peu comme une spirale, qu’on retrouve dans la spirale du Purgatoire... (Didier Ottaviani)

En fin d’émission Nathalie Iris, de la librairie Mots en marge à La Garenne-Colombes et contributrice à la revue Pages des libraires viendra nous présenter sa chronique, chronique consacrée à deux livres : Aria de Nazanine Hozard (Stock, 2020) et Une soif de livres et de liberté de Janet Skeslien Charles (Lattès, 2020).

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Épisode 3 : La Divine Comédie

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange
Le 14/10/2020

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C’est la Divine Comédie qui inspira à Balzac le titre de Comédie humaine qu’il donna à l’ensemble de son œuvre. Le romancier avait en effet bien perçu la portée immense du poème de Dante, œuvre monumentale, œuvre monde ou, pour reprendre le qualificatif que lui appliqua Boccace, œuvre "Divine".


Illustration de la Divine Comédie. Les Cercles de l’Enfer, par Sandro Botticelli (1445-1510).. Bibliothèque apostolique vaticane.• Crédits : Fine Art Images Heritage - Getty
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Pour cette émission nous sommes en compagnie de Danièle Robert, écrivain (Les Chants de l’aube de Lady Day, Le Foulard d’Orphée, aux éditions du Temps qu’il fait), critique et traductrice littéraire, membre de la Société Da/ntesque de France et qui a récemment traduit l’intégralité de La Divine Comédie aux éditions Actes Sud.

Je pense qu’il est très important qu’un écrivain de cette dimension, qu’un poète de cette dimension soit lu, encore lu et traduit, et traduit dans toutes les langues et à toutes les époques. (Danièle Robert)

Danièle Robert nous aide à cerner les particularités de ce poème immense qu’elle a entrepris de traduire, à commencer par l’importance qu’y prend l’amour, au centre des enjeux narratifs de la grande aventure qu’est la Comédie et au centre de la pensée philosophique de Dante.

[L’amour est] le sujet global, et qui englobe tous les autres sujets. Tous ramènent à l’amour dans la pensée de Dante. Mais quand on dit l’amour, c’est avec un grand A, c’est-à-dire que l’amour auquel il pense est ce qui permet de se transformer totalement, de se transfigurer, de se transhumaner… (Danièle Robert)

Concentrant les thématiques essentielles de l’œuvre de Dante, La Divine Comédie résonne avec les autres textes de l’écrivain, comme l’atteste l’important appareil critique fourni par Danièle Robert à sa traduction. Sise au centre de l’œuvre dantesque, La Divine Comédie est également située à un carrefour d’influences diverses. Influences latines, avec Virgile, Ovide ou les poètes élégiaques comme Tibulle et Catulle, mais aussi influences contemporaines de Dante comme celle de son grand ami, le poète Guido Cavalcanti.

Si les sources de l’inspiration dantesque remontent à un passé lointain avec les poètes antiques, son œuvre apparaît cependant très novatrice. Écrite en langue vulgaire à une époque où le latin domine encore les pratiques d’écriture courantes, touchant à des thématiques atemporelles qui n’ont pas cessé de résonner jusqu’à aujourd’hui, novatrice aussi dans sa facture poétique, La Divine Comédie est bien, pour reprendre une expression de Bruno Pinchard, un « laboratoire de l’avenir ».
Nos auditeurs pourront à la suite de cette émission écouter la chronique d’Alexis Brocas, écrivain et critique, directeur-adjoint au nouveau magazine Lire-Magazine littéraire. Il nous présente le contenu du dernier numéro du magazine avec au menu : la philosophe Barbara Cassin, l’écrivain Pascal Quignard, le dernier roman de Mathias Énard et la réédition de Philip K. Dick en Quarto, entre autres.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Épisode 4 : Les Lectures de Dante

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange
Le 15/10/2020

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Dante s’est imposé aujourd’hui comme un jalon majeur de la littérature occidentale, notamment grâce à la Divine Comédie, dont la lecture s’est constamment renouvelée au cours des siècles. Retour sur quelques-unes des lectures les plus stimulantes de cette œuvre inépuisable.


Statue de Dante Alighieri, Piazza dei Signori, Vérone.&#8226. Crédits : Anke Thomassullstein bild - Getty
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Nous sommes en compagnie de Jean-Pierre Ferrini, écrivain, auteur notamment de Lectures de Dante paru chez Herman en 2006 et Dante et Beckett au même éditeur, en 2003.
Il revient sur les différentes lectures de Dante qui ont été faites au cours des siècles. L’occasion pour nous d’aborder l’histoire de la réception d’une œuvre dont la popularité a connu des hauts et des bas, entre la perte d’intérêt dont elle a été victime au XVIIème et au XVIIIème siècles, et sa redécouverte au XIXème siècle. À partir de cette période, nombreux sont ceux qui se sont réclamés ou inspirés de Dante, aussi bien en France que dans le reste de l’Europe : Schelling, Hegel et Goethe, en Allemagne ; Hugo, Nerval, Baudelaire et Balzac en France ; Shelley et William Blake en Angleterre. Le XXème siècle comptera aussi de grands lecteurs de Dante avec le poète américain Ezra Pound, mais aussi Beckett, Pasolini, Gramsci et en France Philippe Sollers, qui voue à La Divine Comédie un véritable culte.
À travers leurs regards, notre émission s’attache à démultiplier nos lectures de Dante.
La chronique de milieu d’émission nous donnera l’occasion d’évoquer plus précisément le livre d’Ossip Mendel’stam intitulé Entretien sur Dante avec Pierre Cattaneo, étudiant en philosophie et ancien stagiaire de la Compagnie des œuvres.
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Crédit : France Culture - Dans la forêt divine de Dante Alighieri (4 épisodes)

L’Enfer - Chant V

Le Chant V de l’Enfer est le chant d’amour de Francesca et Paolo. Lorsque Dante les rencontre, les âmes des deux amants sont emportées pour l’éternité dans le tourbillon...


Paolo et Francesca par Ingres (Détails) — 1850-1860 — Museo Soumaya (Mexico City) — Photo:Dornicke —Domaine public
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Paolo et Francesca Par Benoît Monneret (benoit.monneret@gmail.com)
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A propos de la traduction de Danièle Robert

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C’est la plus récente traduction en français et la plus novatrice. Une traduction qui respecte la métrique et la prosodie telles que voulues par Dante. Un véritable défi. Publiée chez Actes Sud, cette édition permet d’aller plus avant dans la découverte de la beauté inventive, de la puissance, de la modernité de ce chef-d’oeuvre universel. Michele Tortorici, poète italien et grand connaisseur de l’œuvre de Dante, nous en parle :

Un véritable événement éditorial, de dimension européenne, qui a fait souffler un vent de nouveauté dans l’air jusqu’ici bien calme baignant l’attente du centenaire dantesque de 2021

[…] Voilà pourquoi j’ai parlé d’événement à propos de la traduction de Danièle Robert : cette exceptionnelle traductrice [1] a voulu, une fois pour toutes, affronter le nœud central de la question du rythme de la Commedia. Et s’agissant d’un nœud ô combien complexe, elle a voulu, au lieu de le dénouer, le trancher par une décision non moins résolue que celle avec laquelle, d’après la légende, Alexandre le Grand aurait tranché d’un coup d’épée le nœud gordien. Trêve de tous les “maquillages” ou “travestissements” par lesquels, dans l’histoire des traductions françaises de la Commedia du XVIe siècle à nos jours, tant d’autres ont tenté de déplacer d’une langue à l’autre l’enchaînement de la terzina. Danièle Robert a choisi la solution à la fois la plus facile et la plus difficile : traduire le poème selon les terzine dantesques – elles qui, enchaînées à la rime du vers médian, acquièrent un rythme de “vagues” ; soit, dans ce cas, une alternance libre de décasyllabes et d’hendécasyllabes pour mieux répondre – comme elle l’explique dans son introduction – à l’extrême variété de l’endecasillabo italien.

Certes, ce choix pouvait comporter le risque d’une traduction pour ainsi dire archéologique, voire embaumée, momifiée dans un langage déterminé par le choix métrique et rimique plutôt que par les nécessités du développement narratif du poème : un langage figé, peu vivant, n’adhérant pas à la diversité des situations constamment changeantes proposées par le poème. C’est en cela que résidait la difficulté majeure, propre à éloigner des siècles durant les traducteurs de cette solution. Mais Danièle Robert échappe à ce risque car elle est par ailleurs une auditrice passionnée de musique [2]. Ses oreilles en sont si pleines qu’elle n’a eu aucun problème à trouver la “musique des mots ” dont elle avait besoin au fur et à mesure [3]. Elles se succèdent avec une fluidité si naturelle que le lecteur en reste comme surpris : on peut dire qu’il n’en croit pas ses oreilles.

Mais il y a plus. Dans cette traduction, la musique des mots se lie spontanément à un style qui est, lui aussi, un fidèle miroir de celui de Dante : fidèle même lorsque la forme originelle de Dante présente des difficultés non négligeables pour le lecteur italien. Fidèle comme une copie ? Non. Danièle Robert ne copie pas, elle réinvente. Et le fait avec une extraordinaire vitalité créatrice.

Pour avoir un premier exemple de cette vitalité, nul besoin d’attendre : on le trouve dans le premier vers : “Étant à mi-chemin de notre vie”, avec cette absolue nouveauté d’écrire “mi-chemin” au lieu du “milieu du chemin” comme presque toutes les traductions du xxe siècle[5] ; non seulement celle-ci restitue avec précision le rythme de : “Nel mezzo del cammin di nostra vita”, mais elle introduit le poème avec une expression adverbiale du vocabulaire courant, discursif, qui correspond parfaitement au choix qu’a fait Dante d’un niveau de langue “comique” (par opposition à “tragique” – d’où le titre de l’œuvre).

Michele Tortorici (extrait)

Crédit : altritaliani.net

Sur le Padadis de Dante, traduit par Danièle Robert ( voir aussi article A.G., ICI )

Le texte du Chant V

Ai choisi d’illustrer la traduction de l’Enfer de Dante par Danièle Robert avec le Chant V, car comme indiqué en début d’article, c’est le choix de l’Université de Turin pour honorer le 700ème anniversaire de la mort de Dante, à travers le projet conduit par Gabriella Bosco.
J’ai découvert le chant V de l’« l’Enfer » dans la version bilingue italien-français, traduite par Danièle Robert.
Je dois dire, que même sans connaître l’italien, la proximité de nos deux langues permet de bien voir comment elle s’y prend pour restituer des rimes en inversant souvent l’ordre des mots dans le vers. La rime s’applique alors le plus souvent à un mot différent de l’original, mais la rythmique et la musicalité du poème sont sauvegardées. J’ai aimé cette traduction, mais d’autant plus apprécié que je disposais de l’original italien en regard, c’est pourquoi ai souhaité restituer sur pileface le poème en version française, avec aussi en regard l’italien original.

Le format standard de la zone texte des articles de pileface, dimensionnée à 640 caractères ne s’y prête pas bien, c’est pourquoi, ai créé, à cette occasion, un modèle d’affichage grand format ( pleine largeur), afin d’honorer « dignement » Dante et sa traductrice. Mais ne saurais trop vous recommander de lire le texte dans l’édition originale papier qui reste indépassable au niveau esthétique et lisibilité. Merci à Daniele Robert d’avoir communiqué, via A.G., sa traduction française du chant V, en espérant sa compréhension pour l’initiative prise, ici, d’y ajouter l’original en italien.

Le texte bilingue du Chant V, ICI


Dante, une passion italienne

IL VENERDÌ DI REPUBBLICA (ROME)

(repris PAR COURRIER INTERNATIONAL)

En cette année du 700e anniversaire de la mort de Dante Alighieri, la mémoire de l’auteur de La Divine Comédie reste plus vivante que jamais. Illustration avec ce reportage dans la ville de Ravenne, sur la côte Adriatique, qui veille jalousement sur la tombe du poète florentin.

Heureusement, ici, Dante n’a pas encore été transformé en souvenir pour touristes. Son image n’est pas placardée à l’entrée de restaurants sans charme, ni sur le bric-à-brac qui se vend dans tous les tabacs. C’est ici, à Ravenne, que le poète est enterré, et l’endroit qui entoure sa sépulture s’appelle la “zone du silence”.

Une fois trouvée ladite zone, après être sorti de la gare et s’être faufilé dans les ruelles à l’arrière de la piazza del Popolo, on constate qu’elle correspond bien au nom que lui ont donné [au XXe siècle] les architectes Gustavo Giovannoni et Corrado Ricci. Bien sûr, l’anéantissement de la vie sociale parle Covid-19 joue un rôle dans cette atmosphère méditative, mais il y a une sobriété toute ravennate dans les soins dont est entourée la dépouille de Dante.

Je suspecte même de l’indifférence, jusqu’à ce qu’on me raconte l’histoire de ces ossements.“Il y a quelques mois, me dit le maire, Michele De Pascale, qui me reçoit dans son bureau, il a de nouveau été question de transporter provisoirement les restes de Dante à Florence [la ville dont il était originaire et dont il a été exilé ; voir la chronologie ci-dessous]. Jamais je n’avais vu pareille réaction. Les gens m’ont écrit, ils m’ont téléphoné, ils m’ont arrêté dans la rue pour me dire qu’il ne fallait surtout pas prendre ce risque.”

La proposition émane de Cristina Mazzavillani, la fondatrice du Ravenna Festival [un festival d’opéra et de musique classique], qui a bien circonscrit la durée de l’opération :“Une semaine.” Comment cette idée lui est-elle donc venue ? Et, après toutes ces protestations, s’est-elle ravisée ?“ Je n’ai pas du tout renoncé”, répond l’intéressée, qui se trouve être l’épouse du chef d’orchestre Riccardo Muti.“Nous sommes encore dans les temps. Je ne veux pas changer l’histoire. Je voudrais seulement que les ossements de Dante soient transportés, le temps des festivités, dans la ville où il aspirait à retourner. Qu’est-ce que cela coûte aux Ravennates ?”

Une vieille rivalité avec Florence

La dame ignore sans doute que certains affronts sont difficiles à pardonner après seulement cinq siècles. En effet, en 1519, les Florentins ont presque réussi à mettre la main sur la dépouille du poète. Le pape (un Médicis) les avait autorisés à exhumerses restes pour les emporter à Florence, mais, à leur arrivée, ils trouvèrent le sarcophage vide. Les frères franciscains les avaient pris et si bien cachés qu’ils ne furent retrouvés, par hasard, que trois siècles et demi plus tard, en1865.

“Mon grand-père, raconte Cristina Mazzavillani, était ferblantier. Il a été chargé de refaire la petite cassette de zinc qui contient les ossements de Dante, car la précédente était usée. Il a sorti les os de l’ancienne et les a déposés dans la nouvelle. À l’intérieur, en caractères minuscules, il a gravé son nom ainsi que la date, le 28octobre 1923. Puis il est rentré chez lui, et, caressant le chef de ses enfants, il leur a dit :‘Puisse-t-il vous rester dans la tête quelque chose de ce grand homme.’ Ensuite, pendant des jours et des jours, il ne s’est pas lavé les mains.”

Culte digne d’un saint

Avec ces os, Ravenne a retrouvé son disparu et l’Italie a trouvé son saint. Benedetto Gugliotta me raconte que “les restes de Dante sont entourés d’un véritable culte, un culte similaire à celui dont on entoure les reliques d’un martyr. Etl’épicentre de ce culte était Ravenne.” Historien, Gugliotta est responsable de la sauvegarde et de la valorisation de la Biblioteca Classense [la bibliothèque publique de Ravenne], logée dans un splendide monastère camaldule du VIe siècle.“ Figurez-vous que, quand les os de Dante ont été exposés [au moment de leur redécouverte, au XIXe siècle], ils ont laissé des sortes de poussières sur le drap sur lequel ils avaient été déposés. Eh bien, ces poussières ont été recueillies et vendues comme les cendres de Dante. Elles ont été vénérées par un cercle de personnes dévouées au culte du poète, des personnes éduquées, laïques, parmi lesquelles figurait même Enrico Pazzi, le sculpteur qui a réalisé la statue de Dante sur la place Santa Croce, àFlorence.”

La colère d’un spécialiste

Aujourd’hui encore, le tombeau du poète a quelque chose de sacré. Lors du premierconfinement, il a été fermé. Lors du second, on a fait en sorte de le laisser ouvert au public. Ces jours-ci, les visiteurs se font rares. Mais par le passé, c’était un lieu de pèlerinage, d’abord littéraire. Dans le roman d’Ugo Foscolo [auteur des Dernières Lettres de Jacopo Ortis,un célèbre roman épistolaire paru en 1802], le personnage principal s’agenouille face au tombeau,“la tête appuyée sur [l]e marbre”, avant de se suicider. Plus récemment, le poète américain John Berryman [1914-1972] est venu composer ici une ode qui sera publiée dans la New York Review of Books.

La municipalité vient de restaurer le mausolée ainsi que toute la “zone du silence”. Je lis dans Il Resto del Carlino [le quotidien régional d’Émilie-Romagne] une lettre de Nullo Pirazzoli, qui fait part de son amertume à la vue des travaux dans le jardin qui jouxte le sépulcre du poète : il ne manque que “Béatrice et les sept nains”, écrit-il. Et ce n’est pas n’importe qui, ce Pirazzoli : il a enseigné la théorie de la restauration à l’université de Venise, et il est le plus grand spécialiste vivant de Camillo Morigia, l’architecte qui a conçu le tombeau. Je vais sur place voir ce qui l’indigne tant : le “sol industriel” (le gravier d’origine a été remplacé par un revêtement à base de plastique), les“parterres fleuris”, les arbustes plantés dans des“baquets tyroliens”. Le fait est que ce n’est pas du plus bel effet. Pour Pirazzoli, ces travaux “inqualifiables”n’ont “aucun rapport avec ce lieu historique”. Ils l’ont “dégradé”.

Je rencontre les organisateurs des célébrations [du 700e anniversaire de la mort de Dante, qui sera commémorée tout au long de l’année] : la municipalité mais aussi le Ravenna Festival et Dante2021 [une manifestation qui regroupe des événements liés à l’année Dante dans la région de Ravenne]. Une importante exposition rendra hommage à l’auteur de La Divine Comédie à Forlì – et non à Ravenne [les deux villes sont séparées d’une trentaine de kilomètres]. Du reste, en septembre dernier, le festival [d’arts vivants] qui se tenait depuis dix ans autour de l’œuvre du poète [le Festival Dantesco] a dû être annulé.“Le Covid nous en a privés”, me dit le président de la fondation qui le finance. Voilà un signal qui n’est pas encourageant. Même si on comprend qu’il est difficile d’organiser un événement de la sorte en ces temps de pandémie.

Le centenaire précédent, ce fut une tout autre histoire. Les célébrations ont été frénétiques. On peut s’en rendre compte en voyant les photos d’“Inclusa est flamma”, une exposition consacrée à l’anniversaire de 1921 [à laBiblioteca Classense jusqu’au 17 juillet] : un très bel ensemble qui fait sentir la ferveur que suscitait Dante à l’époque. C’est le ministre de l’Instruction publique, un certain Benedetto Croce [un intellectuel célèbre en Italie], qui avait inauguré un an auparavant les festivités dans une salle pleine à craquer, avec un discours abordant certains des thèmes de l’essai qu’il publiera l’année suivante, La poesia di Dante[“La poésie de Dante”, inédit en français], et qui deviendra un classique. Benedetto Croce pensait que beaucoup célébreraient “en Dante l’apôtre le plus inspiré de la nationalité italienne”, tandis qu’il invitait ses concitoyens à mettre de côté le “symbole” pour se concentrer sur ce qui a fait de Dante Dante, c’est-à-dire sapoésie.

Récupération fasciste

On ne l’écoutera pas.La Première Guerre mondiale, vue comme le dernier épisode du Risorgimento [période d’unification de l’Italie], était finie depuis quelques années. L’anniversaire de la mort de Dante à Ravenne apparut comme l’occasion de fêter la réunion de tous les Italiens, qui, enfin, se reconnaissaient comme les enfants d’un même père : Dante. Ravenne devint alors la capitale morale de l’Italie. Dans un tel climat, il semble presque naturel qu’en septembre 1921 trois milliers de Chemises noires aient marché sur Ravenne, guidées par Italo Balbo et Dino Grandi [deux figures du fascisme se soient arrêtées sur le tombeau du poète pour lui rendre hommage, puis se soient adonnées à des dévastations dans ce qui apparaît comme la répétition générale de la Marche sur Rome [menée le 28 octobre 1922 par Mussolini, en prélude à sa prise du pouvoir].

Une photo montre les fascistes durant l’hommage sur le tombeau, sombres et électrisés, quelques instants à peine avant de saccager la Chambre du travail, les cercles socialistes, le siège de la Fédération des coopératives.

Une icône du street-art

Aujourd’hui, à Ravenne, Dante est aussi une icône du street art. Je suis un itinéraire qui part du centre – Kobra, un artiste brésilien, l’y a dessiné aux couleurs de l’arc-en-ciel à l’entrée d’une école – et qui s’étire jusqu’en périphérie de la ville. Ce ne sont pas des créations dirigées contre l’ordre établi mais des peintures murales faites d’amour, avec l’accord des autorités. Autorités qui, ici, depuis les années 1970, sont toujours restées à gauche. En périphérie de la ville, dans le quartier de Darsena, Dante apparaît sur une double fresque de dix mètres sur huit, signée Millo, peinte sur la façade de deux immeubles de logements sociaux. On y voit d’un côté Virgile, de l’autre Dante, tous deux représentés enfants. J’y suis conduit par Marco Miccoli, le commissaire de l’exposition “Dante Plus”[organisée tous les ans à la bibliothèque Alfredo Oriani], qui me raconte pourquoi l’éminent poète est peint en train de jouer, sous une couverture rouge, avec Devilman, un super-héros de mangas.

Mon interlocuteur éveille la curiosité de gamins qui font du vélo autour de nous. Ils s’arrêtent et lui demandent de répéter ce qu’il a dit “Je disais que le créateur de Devilman s’appelle Go Nagai et qu’il adore La Divine Comédie. Enfant, il a dévoré la version illustrée de Gustave Doré et sa représentation de Lucifer l’a touché au point de lui inspirer son plus célèbrepersonnage.”

Quand Dante servait à vendre des laxatifs

Depuis qu’elle existe, La Divine Comédie a toujours été mise en images. “Mais entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, explique Giovanni Boccardo, italianiste à l’université de Pavie, les images sont devenues indépendantes du texte. Dante et La Comédiese sont retrouvés dans des films, des bandes dessinées, des jeux vidéo, partout, sans plus aucune référence au texte.”

Actuellement, Boccardo prépare un projet consacré au Dante pop [à voir en juillet prochain], le poète apparaissant dans presque tous les domaines de la culture populaire contemporaine, jusque dans la publicité.Publicité où il s’est un jour métamorphosé en promoteur de laxatifs, par le biais d’une poétique association entre le purgatoire et l’effet purgatif recherché.

Revenir à la poésie

Dieu soit loué, le grand Francesco De Sanctis [un écrivain et homme politique du XIXe siècle] n’a pas eu à subir ce spot publicitaire. Déjà, en 1865, après s’être rendu à Florence pour les 600 ans de la naissance de Dante, il écrivait à son épouse, Maria :“J’entends dans la rue la voix de vendeurs de broches à quatre sous qui représentent Dante. Ils le ridiculisent. On vend même des dragées Dante !” Les craintes d’Eugenio Baroncelli, aujourd’hui, sont similaires :

On parle de Dante comme on parlerait d’une Maserati. Ce n’est plus un poète, c’est une marque.”

Baroncelli, qui vit à Ravenne, est un écrivain qui aiguise l’italien au point de lui donner une sonorité luisante.Je le rencontre chez l’éditeur de livres d’art raffinés Danilo Montanari. “Le fait que Dante soit mort à Ravenne n’ajoute rien à son œuvre. Ses ossements certifient seulement que même Dante n’était pas immortel. Sa poésie est la seule chose qui compte. Quel dommage que personne ne la lise plus. Même pas ceux qui s’affairent à lui rendre hommage.” Et de lâcher, avant de me saluer et de s’en retourner chez lui :“C’est cela qui manque, dans toutes ces festivités : lapoésie.”

Nicola Mirenzi

Cet article a été publié dans sa version originale le 31/12/2020 (IL VENERDÌ DI REPUBBLICA– ROME)

La Divine Comédie. en poche. Traduction Danièle Robert-

La Divine Comédie : L’enfer - Le Purgatoire - Le Paradis , en un seul volume

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le livre sur amazon.fr

de Dante Alighieri (Auteur),
Danièle Robert (Traduction)
Parution en Poche – Actes Sud,
10 mars 2021

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Carte blanche à Claude Minière, autour de la publication en poche de la traduction de "La Divine Comédie" de Dante par Danièle Robert

La forme d’un esprit. - Est-ce que leurs formes matérielles influent sur le contenu des livres ? Évidemment. Évidemment dirons-nous, ou bien… silencieusement, insinueusement. Voici posé sur mon bureau le volume “Babel” de La Divine Comédie de Danièle Robert (on peut le dire ainsi, n’est-ce pas ?). C’est un lingot d’or aux reflets moirés dans la lumière oblique d’hiver, cinq heures de l’après-midi. Un “dépôt de savoir et de technique” (Denis Roche), et d’enchantements. De rêve. Il est arrivé là, il y restera. Tous les critiques se sont accordé à dire que Danièle Robert avait rendu la structure d’ensemble de l’œuvre du Florentin. Et c’est un “miracle” : de la plus petite cellule textuelle jusqu’à l’ensemble de l’organisme : la structure.
Les différentes “parties” de l’œuvre ont été publiées à des dates différentes au cours de l’avancée dramatique de son écriture par Dante, la traduction de Danièle Robert a été éditée selon trois livraisons successives par Actes Sud, mais aujourd’hui les voici rassemblées, unies, tenues, inséparables, concentrées, rayonnantes, en un “coffret” vibrant sur la table où la main ira le prendre, l’ouvrir, le poser, le reprendre ; ou l’œil, de côté, s’assure qu’il est toujours là.

Le texte, l’idée que l’on se fait du texte, le sentiment que l’on entretient de lui en sont colorés, pondérés. C’est une forme, non un objet. C’est une clef, une petite clef pour tout l’univers, un pain de chaque jour. C’est de la physique.

Claude Minière

Dante Alighieri, La Divine Comédie, traduit de l’italien, présenté et annoté par Danièle Robert, Actes Sud, coll. “Babel”,
916 pages, 13,50 €

Crédit : poezibao, 8 mars 2021.

PLUS Sur pileface


[1Danièle Robert, mises à part ses autres traductions de textes latins – pour lesquelles elle a reçu des prix prestigieux – et d’auteurs contemporains anglais et italiens, est déjà connue, pour qui s’intéresse à la littérature italienne des XIIIe et XIVe siècles, pour sa si belle traduction des Rime de Guido Cavalcanti (Senouillac, vagabonde, 2012).

[2Il est peut-être utile de rappeler ici la belle biographie de Billie Holiday qu’elle a publiée en 1993 sous le titre Les Chants de l’aube de Lady Day (Cognac, le temps qu’il fait). Une biographie qui montre à chaque page l’extraordinaire passion qu’elle nourrit à l’égard de la musique.

[3Je me permets d’utiliser ici une expression qui constitue le titre de l’un de mes récents volumes d’études littéraires, La musica delle parole. Come leggere il testo poetico e altri saggi, Roma, Editoriale Anicia, coll. “Teoria e storia dell’educazione”, 2016. Dans l’essai qui donne son titre à l’ensemble, j’aborde précisément la question du rythme dans le texte poétique.

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6 Messages

  • Elizabeth Prouvost | 14 avril 2021 - 06:31 1

    J’aimerais vous présenter un travail photographique réalisé sur l’enfer de Dante . Ce livre a été édité en 2015 aux éditions La Sétérée Jacques Clerc.
    Serait-il possible de participer à votre événement par une exposition de ce travail ?
    Mon site : elizabethprouvost.com


  • Viktor Kirtov | 26 mars 2021 - 10:59 2

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    Crédit : Le Point 25/03/2021

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    DANTE. La vraie vie de Dante, 1265-1321

    Alessandro Barbero

    Flammarion 17 Février 2021

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    À propos

    « Je ne cherche pas à expliquer pourquoi, sept cents ans après la mort de Dante, il vaut encore la peine de lire La Divine Comédie : je raconte la vie d’un homme du Moyen Âge, qui eut des parents, des oncles, des tantes et des grands-parents, qui alla à l’école, tomba amoureux, se maria et eut des enfants, s’engagea dans la politique et fit la guerre, connut des succès et des malheurs, la richesse et la pauvreté. Sauf que cet homme est l’un des plus grands poètes qui aient jamais foulé la terre. » C’est ainsi que l’auteur de cette biographie trépidante nous plonge au coeur de la société violente et multiforme du XIIIe siècle, retraçant ici une bataille au côté d’un Dante chevalier, dévoilant là les mystères entourant son mariage alors qu’il était encore enfant.
    Dante fut un citoyen aisé de Florence, la plus riche ville italienne, c’est-à-dire, à l’époque, la plus riche d’Europe. Une ville guelfe, protégée par le pape, amie du roi de France, où l’on trouvait en abondance argent, immigrants, commerces, chantiers... Dante, lui, ne s’intéressait pas aux affaires, il vivait de rentes et pouvait s’adonner à ses passions, l’étude et l’écriture. Vers l’âge de trente ans, il se découvrit une autre passion, la politique, et s’y jeta à corps perdu - ce qui lui valut le bannissement de la ville.
    En associant la rigueur historiographique à la clarté de l’écriture, comblant les lacunes des précédentes biographies, Alessandro Barbero brosse le portrait vivant d’un homme de son temps, éloigné de la sacralisation du Poète à laquelle nous sommes habitués.

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    DANTE : Des vies nouvelles

    de Giuliano Milani et Elisa Brilli

    Fayard, 24 février 2021

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    Quatrième de couverture :

    Dante Des vies nouvelles Écrire une biographie de Dante est un défi auquel se sont confrontés nombre de chercheurs. Tandis que les archives se taisent le plus souvent sur la vie du Florentin ou sont d’interprétation délicate, son oeuvre contient tant de passages personnels qu’elle pourrait aisément se lire comme une autobiographie. Mais naïve serait la démarche qui prendrait Dante pour un témoin fidèle de sa vie. Dans une enquête conduite à quatre mains, où documents et oeuvre littéraire se font écho, Elisa Brilli et Giuliano Milani renouent les fils de ce destin singulier. Celui d’un homme aux prises avec les bouleversements politiques de son temps, à la charnière des XIIIe et XIVe siècles, et dont les expériences, horizons et réactions changent en fonction des contextes qu’il traverse (municipal, seigneurial, impérial, courtisan) ; celui d’un homme qui tenta à plusieurs reprises de façonner sa vie par l’écriture, inventant une forme de récit de soi, aux contenus toujours changeants, entre mémoire individuelle et universelle. Là est sans doute la contribution essentielle de Dante à la culture occidentale.

    A propos des auteurs

    Elisa Brilli est professeure de littérature italienne médiévale à l’université de Toronto. Elle a publié Firenze e il profeta (Rome, 2012), dirigé le "Forum" sur les études biographiques de Dante (Dante Studies, 136 en 2018) et avec J. Steinberg et W. Robins le International Seminar on Critical Approaches to Dante.

    Giuliano Milani est professeur d’histoire médiévale à l’université Gustave Eiffel Paris-Est. Il est l’auteur de L’homme à la bourse au cou (Rennes, 2019) et avec T. De Robertis, L. Regnicoli et S. Zamponi du Codice diplomatico dantesco (Rome, 2016). Il a dirigé avec A. Montefusco le projet Dante attraverso i documenti (2016-2020)


  • Viktor Kirtov | 25 mars 2021 - 17:31 3

    Cette version du texte en néerlandais a été pensée pour « ne pas blesser inutilement ». Le style a été adapté pour être plus accessible, notamment auprès des jeunes et quelques coupes ont été faites

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    Dans cette illustration, realisée à l’occasion du 600e anniversaire de la mort de Dante, Amos Nattini représente le poète et son guide Virgile dans la forêt, une scène de L’Enfer. PHOTO/ALFREDO DAGLI ORTI/AFP
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    La nouvelle traduction néerlandaise de L’Enfer de Dante ne passe pas. Le texte, pensé pour être plus accessible aux jeunes lecteurs, a été amputé de sa référence au prophète Mahomet afin de « ne pas blesser inutilement », comme le raconte Courrier International. Cette décision prise à titre préventif est décriée depuis la diffusion d’une émission sur la station belge Radio 1. L’une de ses invités était Lies Lavrijsen, la traductrice signant De Hel, la nouvelle mouture néerlandaise du texte de Dante éditée par la maison Blossom Books. Le texte datant du XIVe a été traduit « comme si Dante était un slameur des XIIIe et XIVe siècles », indique Radio 1 sur son site.

    Plus que cette réécriture assez audacieuse du texte, c’est un passage bien précis qui suscite la polémique. Lies Lavrijsen l’a résumé sur Radio 1 : lorsque Dante pénètre dans l’Enfer, il en visite les neuf cercles concentriques. Il rencontre alors les nombreuses personnes - dont certaines sont des figures historiques - qui y sont châtiées en raison de leurs péchés. Arrivé au huitième cercle, le poète rencontre le prophète Mahomet, puni « parce qu’en diffusant sa religion il aurait semé la discorde sur la Terre » rapporte le quotidien belge De Standaard. Ce passage a ainsi été partiellement amputé dans la nouvelle traduction.

    À lire aussi : Dix petits nègres d’Agatha Christie débaptisé

    « De tous les pécheurs qui figurent dans L’Enfer, il est décrit de la façon la plus atroce et dénigrante, justifie la traductrice au micro de Radio 1. Le but de l’éditeur était de rendre L’Enfer accessible à un public le plus large possible, et notamment le public jeune, et on savait que si on laissait ce passage tel quel on aurait blessé inutilement une grande partie des lecteurs. » Le passage a été conservé, mais le nom de Mahomet en a été supprimé. La traductrice ajoute que ce retrait a été décidé de concert avec l’éditeur, dans un contexte crispé par l’assassinat de Samuel Paty.

    Mais la décision est décriée tant auprès des auditeurs de l’émission que de ceux qui y ont réagi les jours suivants, observe De Standaard. « Beaucoup jugent qu’il s’agit d’une intervention dénigrante à la fois vis-à-vis des musulmans, mais aussi des jeunes lecteurs, dont on suppose qu’ils ne sont pas capables de remettre un livre du XIVe siècle dans son contexte », écrit le quotidien belge De Standaard.

    « Un drôle de choix »

    « C’est un drôle de choix », réagit une traductrice là encore dans De Standaard. « Pour moi, c’est de la censure, ajoute Peter Vestegen, auteur d’une précédente traduction de Dante. « La Divine Comédie » est un chef-d’œuvre sacro-saint, on ne peut pas le découper comme ça. Aux Pays-Bas, on ne me l’a jamais demandé. C’est vrai que, dans le cas d’une adaptation, on a plus de liberté, mais alors il faut indiquer sur le livre qu’il s’agit d’une adaptation et pas d’une traduction. En tout cas, personne n’a demandé cette capitulation. »

    Ce geste revient à «  s’incliner pour éviter des problèmes qui ne seraient très probablement jamais survenus », déplore quant à lui l’écrivain Abdelkader Benali. L’auteur de nationalités marocaine et néerlandaise explique avoir étudié des traductions modernes du texte en arabe. Résultat, les traducteurs ont conservé le passage en l’état, « souvent avec des notes de bas de page expliquant qu’il s’agit d’un auteur littéraire et d’une scène qu’il faut replacer dans son époque et son contexte politique ».

    Crédit ; Le Figaro 25/03/2021


  • Viktor Kirtov | 4 mars 2021 - 15:08 4

    La Divine Comédie : L’enfer - Le Purgatoire - Le Paradis, collection BABEL, Actes Sud en un seul volume. Traduction Daniele Robert. Voir ICi


  • Viktor Kirtov | 3 mars 2021 - 14:45 5


    Où il est question d’un vieux procès avec possible "instrumentation politique de la justice afin d’abattre un adversaire”…
    Tout parallèle avec l’actualité politico-judiciaire française impliquant un haut magistrat, un avocat, et un ancien président de la République, ne pourrait-être que fortuit.
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    COURRIER INTERNATIONAL (PARIS), 03/03/2021

    Un avocat florentin en est persuadé : la justice italienne pourrait être en mesure d’annuler les peines d’exil et de mort prononcées à l’encontre de l’auteur de La Divine comédie au XIVe siècle. En cette année du 700e anniversaire de sa mort, il a invité un descendant du poète à participer à une fausse audience de révision.

    Dans le civil, Sperello di Serego Alighieri est un astrophysicien, membre de l’observatoire d’Acetri, à Florence. Mais il est aussi un descendant de dix-neuvième génération de Dante, ce qui lui confère certaines responsabilités vis-à-vis de son très lointain et très prestigieux aïeul.Tel est en tout cas l’avis d’un avocat florentin, l’honorable Alessandro Traversi, qui a invité le scientifique à représenter les intérêts de son ancêtre lors de l’examen d’une fausse requête en révision du procès de Dante.

    Organisée à l’occasion du 700e anniversaire de la mort du poète, la fausse audience prendra la forme d’un congrès qui doit se tenir le 21 mai prochain, selon les informations du Corriere della Sera. Elle réunira“des hauts magistrats, des juristes, des historiens et des linguistes qui auront pour mission de vérifier tous les aspects techniques possibles”d’une éventuelle demande officielle de révision. Ce faisant, les experts du XXIe siècle rouvriront “le cold case le plus célèbre de l’histoire”, s’amuse le Corriere.

    À lire aussi : Divin. Dante, une passion italienne

    L’affaire a piqué la curiosité du quotidien britannique The Guardian, lequel précise que les condamnations visant Dante sont au nombre de deux : une première peine d’exil pour “concussion”, prononcée en 1301, alors que le poète setrouvait à Rome dans le cadre de ses fonctions politiques dans la ville de Florence ; et une condamnation au bûcher prononcée par contumace en mars 1302. Florence était alors déchirée par une guerre de factions qui opposait les blancs (réunis autour de la famille Cerchi et opposés à l’ingérence du pape dans l’administration de la ville) aux noirs (affiliés aux Donati).

    Ainsi que le souligne le Corriere, Traversi est loin d’être un hurluberlu.Professeur de procédure pénale à l’université de Florence, il dirige “l’un des cabinets d’avocats les plus réputés” de la ville. S’appuyant sur trois articles du Code de procédure pénale italien, il est persuadé que la perspective d’une annulation de la peine de Dante n’a rien d’une utopie. Selon les termes du Corriere della Sera, “toute peine devenue exécutoire est susceptible de révision dans le cas où émergent des preuves nouvelles allant dans le sens de l’innocence ducondamné”.

    Un descendant du magistrat devrait aussi assister àl’audience

    Comme l’explique Alessandro Traversi, les experts réunis en mai se demanderont “si ces peines ont été prononcées dans le cadre d’une procédure judiciaire régulière, ou si, au contraire, elles étaient le fruit empoisonné d’une instrumentalisation politique de la justice afin d’abattre unadversaire”.

    Outre l’astrophysicien Sperello di Serego Alighieri, devrait aussi être présent lors de l’événement de maiAntoine de Gabrielli, un descendant dupodestat (comme on appelait auMoyen Âge le plus haut magistrat des villes italiennes) qui a prononcé la condamnation à mort de Dante.

    Delphine Veaudor


  • Viktor Kirtov | 28 octobre 2020 - 13:44 6

    Dante : Ajout texte bilingue italien-français du Chant V de l’Enfer dans la traduction de Danièle Robert.
    VOIR ICI