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Dans la forêt divine de Dante Alighieri

700ème anniversaire de la mort en 2021 / Le Chant V de l’Enfer

D 17 octobre 2020     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


2021 sera l’année du 700ème anniversaire de la mort de Dante Alighieri né en 1265 à Florence et mort le 14 septembre 1321 à Ravenne

Gabriella Bosco, fidèle de pileface, dans la proximité de Philippe Forest et Philippe Sollers contribuera à cet événement :

Cher Viktor,

[…] Je viens d’être chargée de l’organisation pour l’Université de Turin de quelques initiatives pour célébrer Dante à l’occasion du 700ème anniversaire de sa mort, du point de vue de sa réception à l’étranger. Il faudra bien que, d’une manière ou d’une autre, PhS soit de la partie. J’aurai à monter une lecture en 16 langues du Ve chant de l’Enfer et à organiser un colloque sur les traductions les plus remarquables des oeuvres de Dante. A suivre, donc !
[…]

Gabriella
26 septembre 2020

France Culture, dès à présent, vient de consacrer quatre émissions pour partir à la découverte du plus grand poète de la langue italienne : Dante Alighieri. Quatre émissions pour découvrir la vie fascinante de Dante ainsi qu’une œuvre immense, acmé de la culture médiévale.

À propos de la série Dante sur France Culture


Épisode 1 : La vraie vie de Dante

Avec Bruno Pinchard, doyen honoraire de la faculté de philosophie de l’université Jean-Moulin-Lyon III et président de la Société Dantesque de France, pour reconstituer avec nous la vie de Dante.

Épisode 2 : L’œuvre d’une vie

Avec Didier Ottaviani, maître de conférences à l’École Normale Supérieure de Lyon, auteur notamment de Dante. L’esprit pèlerin (Points/Seuil, 2016) et de La philosophie de la lumière chez Dante (Classiques Garnier, 2016).


Épisode 3 : La Divine Comédie

Avec Danièle Robert, écrivain ( Les Chants de l’aube de Lady Day, Le Foulard d’Orphée, aux éditions du Temps qu’il fait), critique et traductrice littéraire, membre de la Société Dantesque de France et qui a récemment traduit l’intégralité de La Divine Comédie aux éditions Actes Sud.


Épisode 4 : Les Lectures de Dante

Avec Jean-Pierre Ferrini, écrivain, auteur notamment de Lectures de Dante paru chez Herman en 2006 et Dante et Beckett au même éditeur, en 2003.

Episode 1 : La vraie vie de Dante

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange
Le 12/10/2020

Son œuvre est immense, révolutionnaire, fondatrice. Pourtant, Dante nous est resté très secret : aucun manuscrit de sa main, peu de documents renseignant sur son existence, peu de traces de son passage. C’est ce secret de la biographie que nous tentons de percer aujourd’hui.


Portrait de Dante Alighieri (1265-1321) par Andrea del Castagno. Vers 1448-1449. Fresque, 247 x 153 cm. Galerie des Offices, Florence. • Crédits : Fine Art Images Heritage - Getty

Nous recevons pour cette première émission Bruno Pinchard, doyen honoraire de la faculté de philosophie de l’université Jean-Moulin-Lyon III et président de la Société Dantesque de France, pour reconstituer avec nous la vie de Dante.
Une vie dont nous savons très peu de choses encore aujourd’hui et qui continue de susciter recherches, spéculations et fantasmes.

On n’a aucun document, même pas une signature, même pas une note dans les marges d’un livre. Il y a des contrats qui nous restent, qui ont été faits par des gens de sa famille en son nom mais on n’a pas de contrat signé par lui. On travaille donc dans un système de réputations, d’échos. Et on doit tirer une très large part de ce qu’on sait des œuvres. (Bruno Pinchard)

Sa part d’énigme fait de Dante un personnage d’autant plus fascinant que le peu d’éléments dont nous disposons laissent entrevoir une existence active et même mouvementée, marquée par l’engagement politique, par la guerre et par la grande histoire d’amour avec Béatrice, dont la mort prématurée imprime une trace indélébile au cœur du poète.

Il y a effectivement une jeune femme qui porte ce nom, qui s’est mariée, qui est morte probablement en couches […]. Elle est un point d’attraction pour un nombre de sentiments, de connaissances, et de tensions politiques tellement inouïs que lui donner un visage… C’est comme si vous me demandiez qui est Isolde, qui est Brunehilde. C’est quelque chose d’inépuisable, c’est une sorte de dévoration du monde à partir du pouvoir des yeux, et d’ailleurs de la bouche, parce que Dante explique bien que le pouvoir d’une femme porte sur la connexion entre ses yeux et sa bouche. (Bruno Pinchard)

À l’instar d’Homère, Dante apparaît comme une figure largement mythifiée. Si son existence ne fait aucun doute, elle n’a cessé d’intriguer par le voile de mystère qui l’enveloppe, voile que tâche de lever pour nous Bruno Pinchard, en reportant notamment l’interrogation sur les écrits du poète. Quand l’histoire se dérobe, peut-on chercher des réponses du côté de l’œuvre elle-même ? Le mystère de Dante redouble ainsi le mystère de La Divine Comédie dont la dimension biographique a été longuement débattue.

C’est une œuvre immensément autobiographique. Ce n’est rien d’autre qu’une rétrospection de sa propre vie, construite jusqu’à l’infini, dans sa complexité […]. Ce sujet qui dit moi devient, peu à peu, graduellement, le monde, le monde qui essaie de se dire dans sa totalité. (Bruno Pinchard)

Dans L’Enfer, Dante traverse le monde des morts comme un vivant, mais sa vraie vie, il semble l’avoir traversée comme une ombre.

En fin d’émission vous pourrez retrouver la chronique de Philippe Roger, directeur de la revue Critique. Il nous parle du dernier numéro de Critique, consacré au philosophe Jacques Rancière.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Episode 2 : L’œuvre d’une vie

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange
Le 13/10/2020

Dante ne vécut que 56 ans mais laissa derrière lui une production abondante. À côté de la Divine Comédie, son œuvre la plus connue, il composa d’autres œuvres poétiques, des textes de philosophie, de politique et même de linguistique, qui justifieraient à eux seuls la postérité de leur auteur.


La Dispute du Saint-Sacrement, détail représentant Dante Alighieri, par Raphaël Sanzio (1483-1520). Fresque, 500 x 770 cm, salle de la Signature, Vatican.• Crédits : Art Media Print Collector - Getty

Nous sommes en compagnie aujourd’hui de Didier Ottaviani, maître de conférences à l’École Normale Supérieure de Lyon, auteur notamment de Dante. L’esprit pèlerin (Points/Seuil, 2016) et de La philosophie de la lumière chez Dante (Classiques Garnier, 2016).

Il nous présente l’œuvre de Dante, une œuvre qui n’a rien perdu de son actualité malgré les sept siècles qui nous en séparent. Dante nous apparaît en maître de sagesse, pour qui l’humanité est à conquérir en chacun et la vie un pèlerinage. En effet, Dante aborde à travers ses écrits de grands sujets, d’une portée universelle, comme l’amour, la mort, la foi, la morale.

Avec la Vita Nova, Dante rédige un poème d’amour sensible, empruntant aux codes de l’amour courtois et illuminé par la figure idéalisée de Béatrice.
Il y a toujours Béatrice. De toute manière dans toutes les œuvres Béatrice est là. Ce n’est pas forcément la même personne, parce qu’il y a plein de Béatrice […]. Il y a Bice Portinari, ça c’est la vraie Béatrice. Mais il y a la Béatrice de la Vita nova. La Béatrice de la Vita Nova est déjà symbolique, puisque dans l’extrait qui a été lu elle est dite être amour. Donc elle est une figure qui peut être une figure de Jésus Christ, qui peut être une figure déjà semi théologique mais qui est aussi la figure de la dame courtoise, donc elle a déjà beaucoup d’aspects complètement différents, mais par la suite on va retrouver Béatrice qui sera une figure de la dame philosophie… (Didier Ottaviani)
Dante fait également œuvre de linguiste et de théoricien du langage dans le traité qu’il rédige en latin, le De Vulgaris Eloquentia (De l’éloquence vulgaire) qui intéressa beaucoup, entre autres, Roland Barthes. Enfin, à côté du grand traité politique qu’est le De Monarchia (De la Monarchie) c’est un Dante philosophe qui se fait jour dans le Convivio (Le Banquet) où il développe les leçons d’Aristote, notamment sur l’éthique.

De politique en éthique et de poésie en théorie du langage, Didier Ottaviani nous accompagne pour cette traversée de l’écriture.
Dante ne se lit pas seulement. Dante est un auteur qui se relit beaucoup. C’est-à-dire que, une fois qu’on a terminé, il faut recommencer au départ parce qu’à ce moment-là on découvre dans la première œuvre quelque chose qui finalement nous a été appris par la dernière œuvre […]. Tout est cyclique chez lui. C’est cette espèce d’éternel retour, mais pas du même. Il y a une thématique très classique à l’époque qui vient du pseudo-Denys de l’aréopage qui est la thématique d’une élévation spirituelle qui serait un peu comme une spirale, qu’on retrouve dans la spirale du Purgatoire... (Didier Ottaviani)

En fin d’émission Nathalie Iris, de la librairie Mots en marge à La Garenne-Colombes et contributrice à la revue Pages des libraires viendra nous présenter sa chronique, chronique consacrée à deux livres : Aria de Nazanine Hozard (Stock, 2020) et Une soif de livres et de liberté de Janet Skeslien Charles (Lattès, 2020).

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Épisode 3 : La Divine Comédie

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange
Le 14/10/2020

C’est la Divine Comédie qui inspira à Balzac le titre de Comédie humaine qu’il donna à l’ensemble de son œuvre. Le romancier avait en effet bien perçu la portée immense du poème de Dante, œuvre monumentale, œuvre monde ou, pour reprendre le qualificatif que lui appliqua Boccace, œuvre "Divine".


Illustration de la Divine Comédie. Les Cercles de l’Enfer, par Sandro Botticelli (1445-1510).. Bibliothèque apostolique vaticane.• Crédits : Fine Art Images Heritage - Getty

Pour cette émission nous sommes en compagnie de Danièle Robert, écrivain (Les Chants de l’aube de Lady Day, Le Foulard d’Orphée, aux éditions du Temps qu’il fait), critique et traductrice littéraire, membre de la Société Da/ntesque de France et qui a récemment traduit l’intégralité de La Divine Comédie aux éditions Actes Sud.

Je pense qu’il est très important qu’un écrivain de cette dimension, qu’un poète de cette dimension soit lu, encore lu et traduit, et traduit dans toutes les langues et à toutes les époques. (Danièle Robert)

Danièle Robert nous aide à cerner les particularités de ce poème immense qu’elle a entrepris de traduire, à commencer par l’importance qu’y prend l’amour, au centre des enjeux narratifs de la grande aventure qu’est la Comédie et au centre de la pensée philosophique de Dante.

[L’amour est] le sujet global, et qui englobe tous les autres sujets. Tous ramènent à l’amour dans la pensée de Dante. Mais quand on dit l’amour, c’est avec un grand A, c’est-à-dire que l’amour auquel il pense est ce qui permet de se transformer totalement, de se transfigurer, de se transhumaner… (Danièle Robert)

Concentrant les thématiques essentielles de l’œuvre de Dante, La Divine Comédie résonne avec les autres textes de l’écrivain, comme l’atteste l’important appareil critique fourni par Danièle Robert à sa traduction. Sise au centre de l’œuvre dantesque, La Divine Comédie est également située à un carrefour d’influences diverses. Influences latines, avec Virgile, Ovide ou les poètes élégiaques comme Tibulle et Catulle, mais aussi influences contemporaines de Dante comme celle de son grand ami, le poète Guido Cavalcanti.

Si les sources de l’inspiration dantesque remontent à un passé lointain avec les poètes antiques, son œuvre apparaît cependant très novatrice. Écrite en langue vulgaire à une époque où le latin domine encore les pratiques d’écriture courantes, touchant à des thématiques atemporelles qui n’ont pas cessé de résonner jusqu’à aujourd’hui, novatrice aussi dans sa facture poétique, La Divine Comédie est bien, pour reprendre une expression de Bruno Pinchard, un « laboratoire de l’avenir ».
Nos auditeurs pourront à la suite de cette émission écouter la chronique d’Alexis Brocas, écrivain et critique, directeur-adjoint au nouveau magazine Lire-Magazine littéraire. Il nous présente le contenu du dernier numéro du magazine avec au menu : la philosophe Barbara Cassin, l’écrivain Pascal Quignard, le dernier roman de Mathias Énard et la réédition de Philip K. Dick en Quarto, entre autres.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Épisode 4 : Les Lectures de Dante

La Compagnie des oeuvres par Matthieu Garrigou-Lagrange
Le 15/10/2020

Dante s’est imposé aujourd’hui comme un jalon majeur de la littérature occidentale, notamment grâce à la Divine Comédie, dont la lecture s’est constamment renouvelée au cours des siècles. Retour sur quelques-unes des lectures les plus stimulantes de cette œuvre inépuisable.


Statue de Dante Alighieri, Piazza dei Signori, Vérone.&#8226. Crédits : Anke Thomassullstein bild - Getty

Nous sommes en compagnie de Jean-Pierre Ferrini, écrivain, auteur notamment de Lectures de Dante paru chez Herman en 2006 et Dante et Beckett au même éditeur, en 2003.
Il revient sur les différentes lectures de Dante qui ont été faites au cours des siècles. L’occasion pour nous d’aborder l’histoire de la réception d’une œuvre dont la popularité a connu des hauts et des bas, entre la perte d’intérêt dont elle a été victime au XVIIème et au XVIIIème siècles, et sa redécouverte au XIXème siècle. À partir de cette période, nombreux sont ceux qui se sont réclamés ou inspirés de Dante, aussi bien en France que dans le reste de l’Europe : Schelling, Hegel et Goethe, en Allemagne ; Hugo, Nerval, Baudelaire et Balzac en France ; Shelley et William Blake en Angleterre. Le XXème siècle comptera aussi de grands lecteurs de Dante avec le poète américain Ezra Pound, mais aussi Beckett, Pasolini, Gramsci et en France Philippe Sollers, qui voue à La Divine Comédie un véritable culte.
À travers leurs regards, notre émission s’attache à démultiplier nos lectures de Dante.
La chronique de milieu d’émission nous donnera l’occasion d’évoquer plus précisément le livre d’Ossip Mendel’stam intitulé Entretien sur Dante avec Pierre Cattaneo, étudiant en philosophie et ancien stagiaire de la Compagnie des œuvres.
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)
MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Crédit : France Culture - Dans la forêt divine de Dante Alighieri (4 épisodes)


L’Enfer - Chant V

Le Chant V de l’Enfer est le chant d’amour de Francesca et Paolo. Lorsque Dante les rencontre, les âmes des deux amants sont emportées pour l’éternité dansle tourbillon...


Paolo et Francesca par Ingres (Détails) — 1850-1860 — Museo Soumaya (Mexico City) — Photo:Dornicke —Domaine public

A propos de la traduction de Danièle Robert

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C’est la plus récente traduction en français et la plus novatrice. Une traduction qui respecte la métrique et la prosodie telles que voulues par Dante. Un véritable défi. Publiée chez Actes Sud, cette édition permet d’aller plus avant dans la découverte de la beauté inventive, de la puissance, de la modernité de ce chef-d’oeuvre universel. Michele Tortorici, poète italien et grand connaisseur de l’œuvre de Dante, nous en parle :

Un véritable événement éditorial, de dimension européenne, qui a fait souffler un vent de nouveauté dans l’air jusqu’ici bien calme baignant l’attente du centenaire dantesque de 2021

[…] Voilà pourquoi j’ai parlé d’événement à propos de la traduction de Danièle Robert : cette exceptionnelle traductrice [1] a voulu, une fois pour toutes, affronter le nœud central de la question du rythme de la Commedia. Et s’agissant d’un nœud ô combien complexe, elle a voulu, au lieu de le dénouer, le trancher par une décision non moins résolue que celle avec laquelle, d’après la légende, Alexandre le Grand aurait tranché d’un coup d’épée le nœud gordien. Trêve de tous les “maquillages” ou “travestissements” par lesquels, dans l’histoire des traductions françaises de la Commedia du XVIe siècle à nos jours, tant d’autres ont tenté de déplacer d’une langue à l’autre l’enchaînement de la terzina. Danièle Robert a choisi la solution à la fois la plus facile et la plus difficile : traduire le poème selon les terzine dantesques – elles qui, enchaînées à la rime du vers médian, acquièrent un rythme de “vagues” ; soit, dans ce cas, une alternance libre de décasyllabes et d’hendécasyllabes pour mieux répondre – comme elle l’explique dans son introduction – à l’extrême variété de l’endecasillabo italien.

Certes, ce choix pouvait comporter le risque d’une traduction pour ainsi dire archéologique, voire embaumée, momifiée dans un langage déterminé par le choix métrique et rimique plutôt que par les nécessités du développement narratif du poème : un langage figé, peu vivant, n’adhérant pas à la diversité des situations constamment changeantes proposées par le poème. C’est en cela que résidait la difficulté majeure, propre à éloigner des siècles durant les traducteurs de cette solution. Mais Danièle Robert échappe à ce risque car elle est par ailleurs une auditrice passionnée de musique [2]. Ses oreilles en sont si pleines qu’elle n’a eu aucun problème à trouver la “musique des mots ” dont elle avait besoin au fur et à mesure [3]. Elles se succèdent avec une fluidité si naturelle que le lecteur en reste comme surpris : on peut dire qu’il n’en croit pas ses oreilles.

Mais il y a plus. Dans cette traduction, la musique des mots se lie spontanément à un style qui est, lui aussi, un fidèle miroir de celui de Dante : fidèle même lorsque la forme originelle de Dante présente des difficultés non négligeables pour le lecteur italien. Fidèle comme une copie ? Non. Danièle Robert ne copie pas, elle réinvente. Et le fait avec une extraordinaire vitalité créatrice.

Pour avoir un premier exemple de cette vitalité, nul besoin d’attendre : on le trouve dans le premier vers : “Étant à mi-chemin de notre vie”, avec cette absolue nouveauté d’écrire “mi-chemin” au lieu du “milieu du chemin” comme presque toutes les traductions du xxe siècle[5] ; non seulement celle-ci restitue avec précision le rythme de : “Nel mezzo del cammin di nostra vita”, mais elle introduit le poème avec une expression adverbiale du vocabulaire courant, discursif, qui correspond parfaitement au choix qu’a fait Dante d’un niveau de langue “comique” (par opposition à “tragique” – d’où le titre de l’œuvre).

Michele Tortorici (extrait)

Crédit : altritaliani.net

Sur le Padadis de Dante, traduit par Danièle Robert ( voir aussi article A.G., ICI )

Le texte du Chant V

Ai choisi d’illustrer la traduction de l’Enfer de Dante par Danièle Robert avec le Chant V, car comme indiqué en début d’article, c’est le choix de l’Université de Turin pour honorer le 700ème anniversaire de la mort de Dante, à travers le projet conduit par Gabriella Bosco.
J’ai découvert le chant V de l’« l’Enfer » dans la version bilingue italien-français, traduite par Danièle Robert.
Je dois dire, que même sans connaître l’italien, la proximité de nos deux langues permet de bien voir comment elle s’y prend pour restituer des rimes en inversant souvent l’ordre des mots dans le vers. La rime s’applique alors le plus souvent à un mot différent de l’original, mais la rythmique et la musicalité du poème sont sauvegardées. J’ai aimé cette traduction, mais d’autant plus apprécié que je disposais de l’original italien en regard, c’est pourquoi ai souhaité restituer sur pileface le poème en version française, avec aussi en regard l’italien original.

Le format standard de la zone texte des articles de pileface, dimensionnée à 640 caractères ne s’y prête pas bien, c’est pourquoi, ai créé, à cette occasion, un modèle d’affichage grand format ( pleine largeur), afin d’honorer « dignement » Dante et sa traductrice. Mais ne saurais trop vous recommander de lire le texte dans l’édition originale papier qui reste indépassable au niveau esthétique et lisibilité. Merci à Daniele Robert d’avoir communiqué, via A.G., sa traduction française du chant V, en espérant sa compréhension pour l’initiative prise, ici, d’y ajouter l’original en italien.

Le texte bilingue du Chant V, ICI

[1Danièle Robert, mises à part ses autres traductions de textes latins – pour lesquelles elle a reçu des prix prestigieux – et d’auteurs contemporains anglais et italiens, est déjà connue, pour qui s’intéresse à la littérature italienne des XIIIe et XIVe siècles, pour sa si belle traduction des Rime de Guido Cavalcanti (Senouillac, vagabonde, 2012).

[2Il est peut-être utile de rappeler ici la belle biographie de Billie Holiday qu’elle a publiée en 1993 sous le titre Les Chants de l’aube de Lady Day (Cognac, le temps qu’il fait). Une biographie qui montre à chaque page l’extraordinaire passion qu’elle nourrit à l’égard de la musique.

[3Je me permets d’utiliser ici une expression qui constitue le titre de l’un de mes récents volumes d’études littéraires, La musica delle parole. Come leggere il testo poetico e altri saggi, Roma, Editoriale Anicia, coll. “Teoria e storia dell’educazione”, 2016. Dans l’essai qui donne son titre à l’ensemble, j’aborde précisément la question du rythme dans le texte poétique.

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