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Un été avec Rimbaud par Sylvain Tesson

Suivi de « Quand Rimbaud rencontre Cocteau : l’envers de l’enfer » & PLUS

D 30 juin 2020     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Crédit image Christian Serrano


Si stupide que soit l’existence l’homme s’y rattache toujours

Arthur Rimbaud

PARTIE 1 : ETE 2020 AVEC RIMBAUD

Episode 1 : Au fronton des lycées, Arthur Rimbaud


Arthur Rimbaud par Picassso, 1960

Au fronton des lycées, Arthur Rimbaud

Par Sylvain Tesson

C’est l’éternelle histoire d’une époque pas digne de son barde

Elle le découvre trop tard. L’enfant était démoniaque de n’avoir pas su se conformer à son temps. Reste à relire les fruits de sa saison plutôt qu’à nous exciter de ses embardées. Ou alors, faisons comme Patti Smith, aimons les deux : Le Rimbaud noir des nuits d’alcool et le Rimbaud du verbe pur.

Rimbaud est un bon candidat pour la société du spectacle.Mais il serait dommage de préférer ses frasques à son chant.


Mon cœur, couvert de caporal

Cet été, nous tenterons de déchiffrer cette partition, sans insulter sa mémoire,en faisant dire à ses vers ce que personne ne sut comprendre et ce que chacun croit savoir.


Comment agir, ô coeur volé ?

Episode 2

Comme une trainée de poudre, Arthur Rimbaud

Par Sylvain Tesson

Episode 3 :


Tir réussi, cible ratée, Arthur Rimbaud

Par Sylvain Tesson

Rimbaud ne saura rien de sa propre gloire. A 19 ans, après avoir publié "Une saison en enfer", et rédigé "Les Illuminations", il prend la route pour de bon. Il se tait, on ne l’y reprendra plus. Il a dit ce qu’il avait à dire. Cela suffit pour des siècles. Désormais, il errera aux confins, tentera de gagner son pain.


Statue d’Arthur Rimbaud par l’artiste Hervé Tonglet à Charleville-Mézières © Getty / Elise HARDY/Gamma-Rapho

Verlaine se chargera de faire connaître Arthur Rimbaud après sa mort. Il avait déjà signalé en 1888 qu’un jeune poète avait écrit "une prose de diamants qui est sa propriété exclusive", et qu’il appartenait à un cercle de poètes maudits où gravitaient Corbières, Mallarmé, Lautréamont, et Marceline Desbordes-Valmore.

Rimbaud ne saura rien de sa propre gloire

À 19 ans, après avoir publié Une saison en enfer et rédigé Les Illuminations, il prend la route pour de bon. Et il se tait. On ne l’y reprendra plus. Il a dit ce qu’il avait à dire. Cela suffit pour les siècles.

Kenneth White, poète : "Il n’est plus écrivain, il n’est plus poète, il n’est plus philosophe et n’est plus chef de groupe comme il a pu l’être. Il devient le piéton dans la grand route"

Désormais, il ira dans les confins gagner son pain, s’offrira au soleil d’Afrique. Rimbaud, "trafiquant d’armes", Rimbaud "du vent dans les voiles", Rimbaud "Soleil"succède à Rimbaud, "troubadour des Ardennes, amant des Nuits fauves de Verlaine et comètes poétiques dans le ciel de charbon du dix neuvième siècle épuisé".

Le voyage de lecteurs en quête de Patagonie lointaines, c’est à dire d’exil intérieur, ceux-là seront déçus, car il ne reste plus rien d’Arthur dans les sables d’Afrique, sinon le soleil mortifère.

[...] Puis, en 1891, retour dare dare à Marseille pour mourir d’un cancer du squelette dans les bras de sa soeur.

Episode 4 :


Arthur Rimbaud, le Bateau-mère

Par Sylvain Tesson

Personne ne se souvient du premier cri d’Arthur Rimbaud. Le père, Frédéric est capitaine d’infanterie. Il est né sous Napoléon Ier, et s’est engagé sous Napoléon III. La mère s’appelle Catherine Vitalie Cuif. Le père, c’est l’absence, la guerre... Un homme, quoi ! La mère, c’est la sévérité, la loi, le giron.


Ancienne maison d’Arthur Rimbaud devenue le Musée Rimbaud à Charleville-Mézières dans les Ardennes © Getty / Elise HARDY/Gamma-Rapho

Si elle n’avait pas été la mère de Rimbaud, elle aurait été une paysanne chez Maupassant délocalisée à "Charlestown", c’est ainsi qu’Arthur Rimbaud appelle Charleville-Mézières

Il y a de l’amour, peut être, mais il y en a peu de trace dans les écrits de Rimbaud. Dans un poème intitulé Mémoires il ne se souviendra que du sel des larmes d’enfance :

L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance,
l’assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;

Les parents se séparent quand Rimbaud a 4 ans. Le père rejoint son corps, comme disent les chamanes et les militaires. Rideau, papa Rimbaud. On ne verra plus le capitaine. Des générations de commentateurs psychanalysants pourront voir dans les amitiés viriles d’Arthur la recherche du père. La mère excite l’aversion des rimbaudphiles. On la juge avare, hermétique à la poésie, brutale, en somme, pas prête aux Illuminations. Mais que sait-on vraiment des pensées d’une mère le soir, à la chandelle, quand son fils est en train de s’autodétruire ?

Henri Guillemin, historien : "Rimbaud parle très mal de sa mère, mais en réalité, devant sa mère, il est beaucoup plus gentil que ça". La preuve, sa première fugue quand il s’est sauvé de Charleville-Mézières pour venir acclamer la République à Paris, il avait voyagé partiellement, sans billet. Dès qu’il arrive à la gare de Paris, on le met en prison, parce qu’il n’a pas payé son billet. Qu’est ce qu’il fait en prison ? Il est écrit à l’un de ses professeurs :" Je vous en supplie, allez trouver ma pauvre mère, pour la consoler".

Donc, il y a une tendresse profonde, cachée chez lui à l’égard de cette mère qu’il fait semblant de maudire.

Moi, je l’aime bien, celle qu’Arturo appelait la "daromphe". Elle surplombait la petite ferme. Elle royaumait sa terre. Elle retenait son fils dans le provincialisme de l’Ardenne. Elle voyait d’un œil suspicieux le fils prodige, à défaut de prodigue, élaborer une langue inconnue, fréquenter des faunes, boire de la verte et s’engager à bord de bateaux fous.

Episode 5 :

Frère et soeur d’Arthur Rimbaud

Par Sylvain Tesson

Entre Frédéric, l’ainé gommé de la photo par la mère pour cause de déclassement social, et la soeur Isabelle, très catholique, pièce maitresse de son enfance, le poète n’est pas seul. Isabelle se chargera ensuite de gommer les ombres du mythe, mais elle sera restée auprès de lui jusqu’au bout, à Marseille.


Peinture éphémère d’Arthur Rimbaud dans la Tour par Jimmy C en juillet 2013. Un événement, Tour Paris 13, organisé par le galiériste Mehdi ben Cheikh © AFP / JOEL SAGET

C’est moche l’annulation d’un homme. Émilie Rimbaud, la fille de Frédéric Rimbaud, le frère d’Arthur, se souvient de sa première et dernière rencontre avec sa grand-mère qui l’a mise dehors de chez elle à coup de balais. Son crime ? Son père avait épousé une ouvrière...

Vitalie, la mère, porte mal son nom. C’est une fleur pas très vitale. Elle naît en juin 1858, et meurt en 1907 d’une maladie au nom désuet qui fleure le transat et le sanatorium, la synovite tuberculeuse.

Isabelle est la deuxième sœur née en 1860. Elle est la pièce maîtresse du dispositif familial. Le mari d’Isabelle, Paterne Berrichon, épousé en 1897, s’occupera avec elle de retricoter le mythe à la sauce bigote, de lisser le portrait d’Arthur Rimbaud, et d’en gommer les ombres.

Ils n’ont pas envie d’un enfant barbare, ils veulent un génie catholique et propre

Le programme ? Prouver que les relations avec Verlaine furent chastes, accréditer l’Arthur converti au catholicisme lors de l’agonie à Marseille. Et accessoirement, recueillir les dividendes des publications qui commencent à se diffuser au début du vingtième siècle.

Lettre d’Isabelle Rimbaud du 28 octobre 1892 à sa mère :

"Quand je suis rentrée près Arthur, il était très ému. Mais il ne pleurait pas. Il était anxieux, mais pas désespéré, comme les autres jours. Je le voyais très bien qu’il désirait ardemment les sacrements, et la communion, surtout. Depuis, il ne blasphème plus jamais. Il appelle le Christ en croix et il prie."

On peut reprocher ses propagandes à Isabelle la catholique. Reste qu’elle fut là à la dernière heure à l’hôpital de Marseille, veillant sur Rimbaud comme une bonne dame blanche.


Illustration pour le centenaire de Rimbaud. Supplément LA GRIVE N° 83 , Octobre 1954


GIF PARTIE 2 :Quand Rimbaud rencontre Cocteau : l’envers de l’enfer

50 ans séparent la genèse de la Saison en enfer de Rimbaud de celle du Mystère de Jean l’oiseleur de Jean Cocteau. Pourtant, le procédé de sublimation est le même.

Par Jessica Nelson Éditrice et cofondatrice des éditions des Saints Pères

Le HuffPost  :

Un éditeur est si peu de chose face à la force de la poésie : pourtant il la partage et possède cet étrange pouvoir enivrant, quand elle a sombré dans l’oubli, de la remettre en lumière.

C’est dans cette optique, et parce qu’il existe de subtiles correspondances entre les deux œuvres, que nous avons choisi de faire se côtoyer Une saison en enfer et Le Mystère de Jean l’oiseleur dans nos collections. Le livre unique que Rimbaud fit imprimer de son vivant est connu : son manuscrit, trois feuillets rescapés du temps, l’est beaucoup moins ! L’encre fiévreuse de Rimbaud esquissant Mauvais sang, Nuit de l’enfer et Alchimie du verbe –avec au verso, les fragments de ce que la postérité appellera "Proses évangéliques"– est le témoignage incroyable d’un moment où sa vie bascule. Nous sommes en juillet 1873. Blessé par balle par Verlaine, son amant, lors d’une dispute, le jeune homme qui n’a pas encore dix-neuf ans se réfugie chez sa mère. Dans le grenier de la propriété familiale, sa plume file, comme dans une tentative d’oublier la séparation d’avec son éternel et diabolique amour.

Cinquante ans séparent la genèse de la mythique Saison en enfer d’Arthur Rimbaud de celle du Mystère de Jean l’oiseleur, œuvre quasi-inédite de Jean Cocteau. Un demi-siècle, et pourtant le procédé de sublimation qui consiste à transformer l’enfer des amants maudits –Rimbaud-Verlaine d’une part, Cocteau-Radiguet d’autre part– en paradis de la création, est le même. Face au désespoir amoureux, il s’agit de trouver une autre réalité, plus grandiose, moins terre-à-terre –plus divine ?– dans laquelle abriter la soif du Beau et la perte.


Editions des Saint-Peres

Rimbaud se serait reconnu dans les lignes du Mystère : "J’ai basculé dans un monde qui me rend la signification du nôtre très obscure". Et similaire est l’expérience vécue par Jean Cocteau, qui n’a tiré sur personne mais qui a été mortellement blessé au cœur : en effet, Radiguet a été emporté d’une fièvre typhoïde quelques mois auparavant, en décembre 1923. À Villefranche-sur-Mer, dans une petite chambre d’hôtel, perfusé à l’opium, seul poison qui lui tient lieu de remède, le dessin prend le relai de l’écriture qui se dérobe. Face au miroir dans lequel il cherche des reflets autres que le sien –celui du défunt ?– une série d’autoportraits splendides ponctués d’aphorismes voit le jour, intitulée Le Mystère de Jean l’oiseleur.

Telle une Belle au bois dormant, cette œuvre a sommeillé cent ans ou presque. Publiée en 1925 en une centaine d’exemplaires seulement, elle est connue de rares initiés. C’est une émotion que seul un éditeur peut connaître que de réveiller cet étonnant Oiseleur, et de lui offrir la lumière dont il a besoin pour déployer ses ailes et toucher les amoureux des mots, de l’infini, de la Poésie.

PARTIE 3 : Plus de Rimbaud sur France Inter

Rimbaud et Verlaine par Guillaume Gallienne



Les deux poètes maudits, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine
© AFP / Bertrand Guay / ZOOM : cliquer l’image

Ça peut pas faire de mal continue en nouvelles diffusions d’émissions antérieures.
Cette fois, il s’agit de l’émission, Rimbaud et Verlaine, du samedi 16 juin 2012.
Dans cette émission, Guillaume Gallienne nous fait redécouvrir les œuvres respectives de Rimbaud et Verlaine, non seulement à travers leurs poèmes, mais aussi leur correspondance.

« Je est un autre. J’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.

La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend.

Dès qu’il la sait, il doit la cultiver. Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens… »

Ce texte visionnaire est l’oeuvre d’un génie, un jeune homme de dix-sept ans, Arthur Rimbaud.

À l’époque, ce fervent lecteur de Victor Hugo ne se doutait pas qu’il écrivait le manifeste de la poésie moderne. Ces quelques lignes sont extraites d’une lettre, rédigée le 15 mai 1871 et adressée à son ami, le poète Paul Demeny.
Cela fait déjà deux ans que Rimbaud écrit des poèmes. Il a pour projet de "révolutionner" le langage poétique, ou plutôt de le "dérégler", d’en montrer toutes les facettes et toutes les couleurs. Il y parviendra, et laissera à la postérité des chefs-d’œuvre tels que Une Saison en Enfer, ou Les Illuminations.
Reste aussi, et surtout, le mythe de Rimbaud, et celui de sa relation passionnée avec le poète Paul Verlaine, de dix ans son aîné. Ils se rencontrent à l’automne 1871, et se déparent deux ans plus tard après une violente dispute. Rimbaud partira sur les routes d’Orient, et Verlaine, en Belgique, puis en France, et va se détruire à petit feu.
Découvrons donc les œuvres respectives de ces deux "poètes maudits", à travers leurs poèmes, mais aussi leur correspondance.
Voyelles, extrait de Poésies, d’Arthur Rimbaud (1870) : à la recherche d’une poétique de la sensation,

Le Bateau Ivre, extrait de <bPoésies, d’Arthur Rimbaud (1871), ce poème est lu par le comédien, Denis Lavant,

Ariettes oubliées, extrait de Romances sans Paroles, de Paul Verlaine (1870). Le poète tiraillé entre sa femme et l’amour qu’il porte à Rimbaud,

Correspondance : lettre du 3 juillet 1873 de Verlaine à Rimbaud, suivie de deux lettres de Rimbaud à Verlaine, datées du 4 et 5 juillet 1873,
• Ouverture du recueil, Une Saison en Enfer,/b> d’Arthur Rimbaud, (1873),

La Vierge Folle, second extrait du recueil, Une Saison en Enfer, d’Arthur Rimbaud, (1873),

Art Poétique, extrait de Jadis et Naguère, , de Paul Verlaine (1884),

Laeti et Errabundi, , extrait de Parallèlement, de Paul Verlaine (1889), ce poème est lu par le, Clément Hervieu-Léger.

Archives INA

Avec les voix de Paul Léautaud, Maria Casarès et Jean Paulhan.

Programmation musicale

• Léo Ferré - On n’est pas sérieux quand on a 17 ans
• Charles Trenet - Verlaine

Rimbaud, l’homme aux semelles de vent par Daniel Fiévet


A vingt-ans, Arthur Rimbaud cesse d’être poète pour se lancer dans une vie d’explorateur, commerçant, journaliste. Le bivouac, au départ des Ardennes françaises vous entraîne de l’Abyssinie à Aden au Yémen, dans les pas de celui qui avait toujours rêvé d’ailleurs.


Arthur Rimbaud au Musée de Charleville-Mézières
© AFP / GERAULT Gregory / hemis.fr / Hemis
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Par Daniel Fiévet, comédien

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n’a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements » avait-il écrit dans Une saison en enfer à l’âge de dix-neuf ans. Arthur Rimbaud avait, depuis le temps de l’enfance à Charleville dans les Ardennes, la volonté de vivre intensément, d’être sans cesse en mouvement dans une quête éperdue vers l’inconnu, l’inexploré.


L’aventure continue
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