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Méditation historiale

Polar métaphysique

D 18 avril 2020     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


J’ai reçu ce courriel d’Alessandro Mercuri...


Photogramme extrait du Bureau des légendes.
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Cher Albert,
J’espère que vous allez bien.
En pièce-jointe, un photogramme des plus énigmatiques.
Vu au cours du premier épisode de la cinquième saison de la série française Le Bureau des légendes. Jean-Jacques Angel de la DGSE interprété par Mathieu Amalric s’apprête à ouvrir le tiroir de son bureau dans lequel se trouve son pistolet. Sur le bureau, un exemplaire de L’infini. Quel en est le numéro ? La DGSE cherche-t-elle à faire passer un message à Philippe Sollers ? Autant de questions auxquelles il semblerait qu’Harry Mathews ait déjà répondu dans My Life in CIA : A Chronicle of 1973 (2005) - Ma vie dans la CIA : une chronique de l’année 1973.
Amitiés
Alessandro.

Cher Alessandro,
Merci pour ce photogramme énigmatique. Le livre de Mathews, Ma vie dans la CIA, sorti en 2005, parle effectivement de Sollers et de Pleynet [ un agent secret, connu de nos services sous le nom de Kirtov (un agent double ?), l’avait repéré ]. Chronique de l’année 1973 ? le numéro de L’Infini posé sur le bureau est, si mon déchiffrement est exact, le numéro 73... Clin d’oeil ? Message subliminal au camarade Sollers ? Il (me) faudrait voir la série pour savoir s’il y a d’autres allusions ! C’est en tout cas un n° 73 (printemps 2001) très riche où je redécouvre qu’il y a un texte de Sollers (Méditation historiale) et un de Pleynet (Poésie et politique) où il est beaucoup question de Heidegger qui est au centre de mes lectures actuelles (Méditation). Doublement merci pour votre oeil de fin limier. Tenez-moi au courant de votre enquête !
Je vais bien. Je suis jusqu’ici passé entre les gouttes !
Amitiés
Albert

Note (18/04/20) : Alessandro Mercuri est né en ... 1973. Son site : alessandromercuri.com. Revue numérique : Parislike.


Photogramme extrait du Bureau des légendes.
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Ligne de risque n°5, janvier 2001. L’Infini n°73, printemps 2001.
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Méditation historiale, le texte de Sollers publié dans L’Infini, est une réponse à un interrogatoire serré des agents infiltrés Yannick Haenel et François Meyronnis dont le procès-verbal avait été publié quelques mois auparavant dans le numéro 5 de la revue Ligne de risque qui avait pour titre « Du Néant comme adversité et comme révolution ». Bien que l’entretien ne soit pas repris dans Complots, le recueil d’essais publié par Sollers en 2016, on est bien obligé de se poser la question : quel obscur projet de conjuration réunit ces hommes ? Je lis en effet : « Si la police, dans l’horizon de la subjectivité absolue, s’apercevait que, ici ou là, à L’infini ou à Ligne de risque par exemple, le Néant se pense, alors la répression serait violente. Le point de vue révolutionnaire, si on le répertorie comme tel, fait toujours l’objet d’un traitement spécial de la part des organes ». C’est signé Sollers, « l’inapparent » (un pseudo ?). Est-ce pour ces phrases compromettantes que le personnage de Jean-Jacques Angel (qui n’est pas un ange) joué par Amalric dans Le Bureau des légendes a sur son bureau ce numéro suspect de L’Infini de 2001 ? Est-ce une pièce à conviction ? Est-ce une métaphore de La lettre volée ? Cette Lettre dont il est question dans la « méditation historiale » et dont Sollers disait déjà peu de temps auparavant dans ses entretiens avec Benoît Chantre : « La Lettre volée d’Edgar Poe pourrait là nous servir un bref instant de référence, pour signifier que tout est fait en quelque sorte par et pour la police, de façon à ce qu’elle fouille partout pour ne pas trouver ce qui est là, retourné sous ses yeux. Je pense que c’est une fable qui nous interpelle maintenant, pour la bonne raison que les livres seraient là, partout, y compris, là sous nos yeux, comme La Divine Comédie de Dante, mais qu’il n’y aurait plus personne pour les lire [1]. » Tout est à disposition, mais il n’y a plus de lecteurs : voilà le problème [2]. Il n’est pas nécessaire de tomber dans la paranoïa : la « répression », de nos jours, peut prendre l’aspect de la « poubellication », de la censure molle ou de la simple surdité quant à ce qui est dit dans ce qui s’écrit. Peut-être n’est-il pas inutile de le rappeler pour penser ce qui advient aujourd’hui, dans les temps obscurs et contagieux du « nihilisme achevé » ou, comme aime dire Sollers, à « l’ère de la perversation planétaire » quand « la mort est désormais transformée en épisode du mourir et instrumentalisée comme telle »...


Ligne de rique n°5, janvier 2001.
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Je voudrais commencer par critiquer votre formulation. Le terme « acquis » pose problème. Il ne me paraît pas convenir à ce dont vous parlez. « Posons pour acquis que nous en sommes à l’âge du nihilisme achevé », dites-vous. Il s’agit bien entendu d’une formulation rhétorique. Car personne ne tient cela pour acquis, et aucun « nous » ne peut revendiquer un tel savoir. Si une telle chose était acquise, on pour­rait considérer qu’un pas énorme aurait été fait. Évidemment, ce n’est pas le cas. Pour cette raison, la situation ne va faire que s’aggraver. Pourquoi ? Parce que aucune communauté — fût-elle inavouable, comme dirait Blanchot, ou encore invisible — n’est en mesure de coïncider avec un tel jugement, lequel repose sur une méditation historiale. La question du Néant interdit absolument de poser la moindre communauté. C’est même sa signature.
Qu’en est-il du moment historique actuel ? Pour le dire d’une formule : nous sommes passés au-delà des particules élémentaires. La recherche fondamentale en physique et en biologie se poursuit, bien sûr, mais curieusement sans qu’on ait besoin d’en penser quoi que ce soit. Pour parler d’un événement de la pensée à pro­pos de la science, il faudrait quelque chose de radicalement différent du calcul inhérent à la technique. Or le calcul de la technique est lié au chiffrage de l’argent, et aujourd’hui, comme vous le dites à votre manière, rien n’existe qu’en rapport avec ce chiffrage.
Le second point touche à ce que j’appellerais la fin imminente d’une grosse blague, d’un bobard très répandu concernant la prétendue mort de Dieu, cette farce dont on nous rebat les oreilles depuis maintenant plus d’un siècle. C’est à mourir de rire, même si ça n’a aucune relation avec l’anecdote inventée par Nietzsche sur la mort des dieux terrassés par leur propre hilarité devant la prétention du dieu biblique à être le seul. La mort de Dieu implique évidemment celle de l’homme : on suit la logique. Néanmoins, ces jours-ci, allez savoir pourquoi, la mort de Dieu me paraît soudain très risible. Peut-être cette intuition provient-elle de ce que, ces derniers mois, je me suis intéressé à un massif très difficile : La Divine Comédie de Dante. En revenant sur Dante, je prenais sept siècles en perspective, histoire de comprendre pourquoi depuis le Florentin personne n’a été au paradis. Dans cette affaire, j’avais à traiter des fausses représentations de Dieu : parmi celles-ci, les­ quelles peuvent être considérées comme mortes ? C’est la question. À moins que la mort de Dieu ne renvoie carrément à la forclusion de la représentation.

Reprenons ici le texte de Heidegger, recueilli dans Chemins qui ne mènent nulle part : « Le mot de Nietzsche : "Dieu est mort" ». Ce texte propose de poser « un jour », dit-il, la question de l’« essence du nihilisme ». « Un jour », si cela est possible ; car rien n’est plus difficile que de poser enfin l’« essence » de cette chose bizarre : le nihilisme. Que dit Heidegger ? Ceci : « Après le retournement opéré par Nietzsche, il ne reste plus à la métaphysique qu’à se dénaturer en sa propre perversion. » Il se pourrait, en effet, que nous en ayons pour très longtemps, à constater comment la métaphysique se dénature dans sa propre perversion. J’attire ici votre attention sur le mot « perversion », auquel j’ai tendance à préférer, pour éviter de mêler à tout cela je ne sais quelle couleur sexuelle, le mot « perversation ». Nous sommes entrés dans l’ère de la perversation planétaire. Que nous ne soyons pas prêts d’en sortir, voilà qui me paraît le prolongement naturel de ce constat. Lorsque je dis « nous », je n’entends bien sûr aucune communauté humaine. D’ailleurs, n’ayant aucun horizon communautaire, je n’emploie jamais la première personne du pluriel sans la plus extrême réserve.
J’entends par « perversation » la dénaturation de la métaphysique à l’heure de son achèvement. Cela suppose une certaine compétence en matière de perversion. Cette compétence est nécessaire pour ne pas se laisser engluer dans la névrose qui rêve de perversion, ou dans la psychose qui l’hallucine. Impossible de poser la question de l’essence du nihilisme sans prendre en compte la dénaturation de la métaphysique induite par son achèvement. Sur ce problème, seul Heidegger tient le coup. Voilà pourquoi il demande à être relu, et toujours relu, indéfiniment, ce qu’on n’est malheureusement pas nombreux à faire. Voici ce que montre ce texte en s’ouvrant devant vous : la dévalorisation du suprasensible entraîne celle du sensible, la destitution du premier provoquant celle du second. Faisons maintenant une expérience : je pose devant vous ce briquet rouge. Dans l’ère où nous entrons, la présence du briquet rouge sur cette table ne va plus de soi. Un interlocuteur à qui on demanderait de statuer sur elle, au lieu d’invoquer le témoignage de ses sens, répondrait avec naturel : « Le briquet rouge ? Que me donnez-vous pour reconnaître sa présence devant moi ? » C’est comme ça que ça se passe aujourd’hui. Je grossis à peine le trait afin de faire mieux toucher du doigt la perversation. Y a-t-il réellement un briquet rouge ici ? Eh bien, ça dépend de combien vous me donnez. Ça signifie que l’objet lui-même — ce briquet rouge — n’est pas là, simplement présent, sur cette table. Plus d’objet, plus de chose, à moins d’être photographiés ou filmés.
Les proportions d’arraisonnement deviennent à ce point déraisonnables qu’elles aboutissent à l’« insensible », et même, dit le texte, à l’« in-sensé ». Est-il concevable de répondre à cette perte du sens par un nouvel octroi de sens ? C’est la position humaniste. Malheureusement, elle ne peut déboucher que sur l’impuissance : on ne pare pas à l’« in-sensé » par un colmatage. Le seul recours consiste, plus modestement, à préparer « une démarche simple et inapparente de la pensée ». Permettez-moi, messieurs, d’insister fermement sur l’« inapparence ». Heidegger en parle comme d’une « semence inaperçue ». Le mot « semence » est là à sa place, puisque le transgénique tambourine à la porte de l’actualité. Aucune revendication d’authenticité ne le freinera, celui-là, vous pouvez en être sûrs. Aucune protestation humaniste. « Semence inaperçue » pour laquelle, dit Heidegger, vous n’obtiendrez aucun« crédit public » et qui n’aura« aucune utilité ». Voilà qui insiste judicieuse­ment sur l’extrême gratuité de la démarche inapparente de la pensée. Comme par hasard, cette extrême gratuité, « simple et inapparente », constitue la pierre de touche qui permet de décider si oui ou non vous êtes entré dans « la méditation historiale ». De cette méditation, le besoin se fait cruellement sentir, à la fois comme possibilité terrible d’adversité, et pourquoi pas, de révolution. Car nous sommes ici, vous en avez bien conscience, dans une question éminemment politique. Vous citez la phrase de Lacan : « Hitler, au fond, était un précurseur. » Voilà un énoncé aventureux que, contrairement à ce qu’imagine le clergé humaniste, la lecture de Heidegger est seule susceptible d’éclairer.

Est-ce que le nihilisme attaque « jusqu’à la source du langage », comme vous le dites ? Franchement, je ne crois pas. Parce que la source du langage s’avère la même chose que l’être et le penser, pour paraphraser Parménide. La dévastation qui est en cours sous les espèces du nihilisme renvoie à un« essentiel non-penser à l’essence du Néant », dit Heidegger, essentiel non-penser qui recoupe à sa façon l’histoire de la métaphysique depuis le commencement. La métaphysique est incapable de penser l’« essence du Néant », donc, et cela revient au même, de penser la « vérité de l’être ». Cette incapacité en quelque sorte droguée devient de plus en plus pathétique à l’heure de sa perversation nihiliste. « La vérité de l’être, dit Heidegger, est restée suspendue dans la pensée en tant qu’expérience possible ». Une telle « expérience », qu’est-ce que c’est ? Eh bien, la « méditation historiale » elle-même. « Adversité » et « révolution », dites-vous. Permettez-moi de citer encore Heidegger : « Histoire : non pas une succession d’époques, mais une unique proximité du même, qui concerne la pensée en de multiples modes imprévisibles de la destination et avec des degrés variables d’immédiateté. » Qui ne pense aujourd’hui l’histoire comme une succession d’époques ? C’est devenu presque pavlovien, n’est-ce pas ? Cela se rencontre dans l’histoire politique, mais aussi bien dans l’histoire de l’art, et dans celle de la littérature, et plus spécifiquement encore dans l’histoire des avant-gardes. Comment faire comprendre que l’histoire n’est pas une succession d’époques ? Prenez une date, par exemple 1300. Transportez cette date, qui est celle d’un jubilé, en 2000, autre jubilé, et observez ce qui arrive. Il arrive que l’on traverse les époques historiques, avec une petite clef — celle du catholicisme — dont vous savez que je l’emploie comme un passe, pour prendre à revers les représentations les plus couramment historicistes qui encombrent les cerveaux français et leur ressentiment contre Rome.
Ces représentations renvoient au poids du XIXe siècle, et participent plus profondément encore à la façon dont on fait de LA mort le « maître absolu », selon la formule de Hegel. LA mort est désormais transformée en épisode du mourir et instrumentalisée comme telle. Dieu est mort ? Dans cette expression, il n’y a que la copule, notée EST, qui, implacablement, tient le coup. Et cela, jusque dans le plus négatif, jusque dans un énoncé qui porte sur l’être comme mort universelle. « Dieu est mort » conserve le est. C’est intéressant. « L’Homme est mort », par comparaison, apparaît un énoncé d’une grande platitude. Inévitable, d’ailleurs. Et logique. Mais terriblement plat. EST, donc — l’être. « Unique proximité du Même » écrit Heidegger. « L’essentiel non-penser à l’essence du Néant », qui est le nihilisme lui-même en tant qu’il accomplit la métaphysique, a pour conséquence de nous faire tout éprouver comme « in-sensible » et « in-sensé ». Ce qui est le symptôme d’un véritable refus de l’être. On passe donc devant le plus proche, devant l’être, sans le discerner. Voilà certainement l’assassinat le plus radical — celui par lequel on fait disparaître le plus proche, dont les trois lettres, EST, constituent l’emblème. Ma petite fable du briquet rouge ne fait qu’indiquer cette disparition criminelle, dont chaque humanoïde se révèle aujourd’hui, fût-ce à son corps défendant, le complice. Le discours humaniste sur la dignité du prochain véhiculé en permanence par tous les médias n’est là que pour mieux masquer le crime perpétré journellement contre le plus proche. « Proximité du Même », est-il dit — pas de l’Autre ! Heidegger ajoute donc : « qui concerne la pensée en de multiples modes imprévisibles ». En effet, si on s’intéresse à l’être — au plus proche —, impossible de rien prévoir. La pensée se trouve là, en face de l’imprévisibilité même qui se décompose en plusieurs modes, nourrissant chacun à leur guise la méditation. Ces modes ont cette particularité de récuser par avance toute position de maîtrise : méditer historialement détruit la moindre velléité de découpage historique et, plus généralement, la mise à disposition de l’histoire au profit d’une subjectivité en surplomb. Une expérience temporelle d’un genre qui excède le déroulement chronologique s’offre alors, ce que Heidegger note comme « des degrés divers d’immédiateté »·
Vous avez raison d’affirmer que l’époque actuelle permet une ouverture telle qu’aucune période historique ne l’a connue. J’apporterai cette précision : on ne peut coïncider avec cette ouverture qu’à la condition de penser l’essence du Néant, et de faire de cette pensée une expérience. Qui la ferait, cette expérience ? Eh bien, celui qui parviendrait à cette « démarche simple et inapparente » dont je parlais tout à l’heure, et qui en tirerait des formulations imprévisibles. Que je fasse, moi Sollers, l’éloge de l’inapparence peut sembler paradoxal à la société parvenue au stade de la subjectivité absolue qu’illustre la fable du briquet rouge. Pour les sociomanes, personne n’est plus apparent que moi. Je les invite, ces bienveillants, à reprendre La lettre volée d’Edgar Poe. Et si j’étais, malgré tout ce qui se voit, et tout ce qui se propage dans la sphère du on-dit, l’un des écrivains les plus inapparents de son temps ? Une telle hypothèse, je le devine, fera l’objet d’un tollé auprès des bienveillants sociomanes. E pur si muove.

La formule « Dieu est mort », énoncée en 1882 dans Le Gai Savoir [3], est, comme le rappelle Heidegger, une façon de reformuler au moins vingt siècles d’histoire occidentale. On en aurait fini avec ce que la métaphysique appelle le Summun Ens. Et que désigne Heidegger, commentant la formule de Nietzsche, comme le blasphème suprême ? Ce n’est pas d’attaquer Dieu, de le maudire ; c’est au contraire d’en faire une « valeur ». Transformer le Suprêmement Étant de la métaphysique en valeur est le véritable blasphème. Mais qui soutient une pareille chose ? L’espèce humaine n’est-elle pas chaque jour assignée à rendre gloire aux valeurs qui, censément, fondent sa dignité ? Sur cette affaire du nihilisme comme dénaturation de la métaphysique dans l’élément pervers, je renvoie aux livres inégalés, à mon avis, de Dos­toïevski, le meilleur, sur cette question, étant Les possédés. A notre époque, le nihilisme prend la forme d’une société de surveillance, dans laquelle nous vivons sous l’emprise d’une indiscrétion généralisée. C’est la mort qui change d’axe, la mort, beaucoup plus que le Néant, qu’il serait de toute façon impossible de caractériser.
Le Néant se refuse à la caractérisation parce qu’il est essentiellement refus de l’être lui-même. Le Néant néantise : voilà tout ce que l’on peut en dire. Le Néant ferme. Si on le prend d’un point de vue nietzschéen, en rapport avec l’avènement du nihilisme, « néant » signifie au contraire : « absence d’un monde suprasensible à pouvoir d’obligation » (Heidegger). Cela, Nietzsche le voit très bien : c’est le renversement du platonisme. Ce qu’il ne voit pas, en revanche, c’est que la destitution du suprasensible à pouvoir d’obligation détermine celle du sens. Ce qu’on peut constater tous les jours. Les hommes entrent dans l’in-sensé, donc s’enfoncent à la fois dans l’absurdité la plus complète, et dans l’in-sensible le plus stéréotypé. « N’errons-nous pas, dit Nietzsche, à travers un Néant infini ? » Eh bien, pas d’accord. Les mortels à double tête, selon l’expression de Parménide, s’épuisent en effet dans cette errance ; mais celle-ci n’a rien de fatal.
« L’étant est englouti comme objectif en l’immanence de la subjectivité. » C’est ici l’ère de la subjectivité absolue, où le briquet rouge existe et n’existe pas, selon ce que décide le marché filmique. « L’horizon ne rayonne plus à partir de lui-même », résume Heidegger. Il faut avoir à l’esprit que l’assassinat radical consiste à vouloir tuer à la racine. Nous sommes devant une insurrection spirituelle, celle de la volonté de volonté. Le non-être demande génétiquement à être, et cette demande refaçonne à mesure la réalité dans laquelle les humains passent leurs jours. La volonté de volonté n’a rien d’humain. Les observateurs distraits se laissent abuser par ceci : l’avènement de la volonté de volonté coïncide avec celui de l’anthropomorphisme absolu. Que le langage échappe à cette prise anthropologique et surgit aussitôt un événement de nature révolutionnaire. L’une des façons de secouer cette prise consiste à réactiver de façon inattendue la question Dieu. En musique, par exemple. Prenons si vous voulez les Vêpres solennelles pour un confesseur de Mozart.

Mozart : Vesperae solennes de confessore
Nikolaus Harnoncourt

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C’est du grégorien jubilatoire ordonné en baroque vers la jouissance. Cette réactivation musicale du divin permet d’aborder avec la distance requise l’angoisse de l’angoisse que suscite chez l’humain posthumaniste la soi-disant mort de Dieu. Mon Paradis n’a pas d’autre sujet, au fond. Ça débouche sur un comique très particulier. Pourquoi ai-je parlé, à ce propos, de l’« immense humour du non-être » ? Eh bien, parce que le non-être, dont nous n’avons pas à suivre la voie, selon la déesse de Parménide, se manifeste en général sur un mode qui n’a rien d’humoristique. C’est particulièrement vrai à l’heure du nihilisme en cours d’achèvement indéfini, où la volonté d’être, manifestée avec une insistance pénible par le non-être, revêt la forme d’expériences plus ou moins désastreuses. La mort veut vivre, chers amis ! Et sans humour encore, sans le moindre humour. Grandes trémulations hystériques à examiner en direct, sur le terrain. Le désir de vivre qu’a la mort provoque en moi un type très particulier de rire : un fou rire d’un genre spécial, un fou rire qui met à nu l’hystérie fondamentale de l’espèce. Comme dirait Rimbaud : « une expression bouffonne et égarée au possible » devant le mauvais rapport des mortels envers le négatif. C est peut-être cela qu’on a du mal à me pardonner. Ce rire qui met à nu la nature profondément névrotique du mourir humain — c’est-à-dire sa lourdeur non musicale.

La subjectivité absolutisée se donne maintenant comme généralité marchande. Elle est ce non-être qui s’efforce par tous les moyens d’advenir à l’être. Ce non-être à prétention exorbitante n’est soluble que dans un certain rire, dont la littérature, celle qui tient le coup, n’est que la transposition en phrases. Quel effet produit ce rire ? Il confronte la subjectivité absolutisée, qui coïncide avec le social lui-même, à cette réalité déplaisante, à savoir qu’elle pète plus haut que son non-être. Du coup, la commutation dont vous parlez entre l’oral et l’écrit peut être définie moins comme une expérience que comme une révélation. J’emploie ce terme, avec sa connotation religieuse, pour bien faire sentir que je ne me situe pas dans la perspective classique. Celle-ci consiste à croire qu’il y aurait eu une fois dans le passé une révélation, après quoi il ne resterait plus qu’à s’en instituer le fonctionnaire. Cette perspective classique, entre nous, est très humaine : elle ne joue pas que pour le religieux explicite ; elle joue également pour ce qui se voudrait révolutionnaire, quelle que soit l’inflexion que l’on accorde à ce mot. On pose une révélation à l’origine : la Bible, les Évangiles, le Coran, la Déclaration des droits de l’homme, Das Kapital, et après il n’y aurait qu’à faire le ménage du sommeil. Je garde le mot « révélation » pour indiquer que ce que la société recouvre, un écrivain peut le faire surgir. Il devient alors le négatif du négatif sur lequel se fonde le lien social. Un livre comme Paradis provoque un malaise évident par rapport à la société dont le sujet humain n’est plus aujourd’hui qu’un appendice dérisoire. Qu’est-ce que la publicité, sinon l’expression de l’emprise sociale comme subjectivité absolue ? « Il y a, dit Marx, des moments de la chronologie où la phrase déborde le contenu, mais il y a aussi des moments où, au contraire, le contenu déborde la phrase. » La commutation immédiate de l’oral et de l’écrit éclaire la révélation dont je parle : l’absolutisation de la subjectivité se traduit immanquablement par la survenue de véritables embarras de langage — c’est-à-dire par une pathologie venant perturber le rapport de l’oral avec l’écrit. Lacan, que vous avez cité, est le représentant le plus manifeste de cette pathologie. La trouvaille venait chez lui à l’oral, tandis que l’écrit induisait toujours un tarabiscotage. Réciproquement, il arrive qu’à une facilité d’écriture corresponde une inhibition de l’oralité. À cet égard, les exemples abondent. Ils vont parfois jusqu’à l’aphasie. C’est observable. La commutation de l’oral et de l’écrit participe du rapport à l’être. Un embarras avec le langage redouble et signe un mauvais rapport avec lui. Un bon rapport introduit au contraire à cette commutation immédiate entre l’oral et l’écrit. Dans un sens, il est inutile de se préoccuper du langage. Le bon rapport avec lui doit venir de surcroît. Ceux qui se bloquent sur la langue, qui se raidissent sur la phrase et son articulation, manquent l’essentiel, qui est la relation que l’on entretient avec l’être lui-même — donc avec le Néant. C’est la raison pour laquelle, à l’opposé des « voyous publics », avec une pensée émue pour le « Forcené » nietzschéen, on peut se diriger vers cette éclaircie que j’appelle devant vous « révélation ».
Cette révélation dégage celui qui en fait l’expérience de la contre-Trinité rica­nante sur laquelle repose le psychisme humain à l’heure du nihilisme achevé : à savoir Thanatos, Pathos, Muthos. Il existe heureusement une forme inverse de cette trinité maléfique dont le ricanement, bien sûr, n’a rien à voir avec le rire qui pulvérise la tyrannie du non-être. « Avant les autres dieux, dit Parménide, Éros. » Tiens, tiens... Platon trouvait Parménide « vénérable et redoutable », malgré sa vieillesse. Il le dote d’ailleurs perversement d’un mignon, en l’occurrence Zénon d’Élée. Moi, je veux bien, seulement le char du mortel choisi est tiré par des cavales, donc des juments, et il est précédé par des jeunes filles qui, d’après moi, ne sont pas des métaphores. Et où les cavales amènent-elles l’élu ? Eh bien, vers une Déesse qui, elle non plus, n’est pas une métaphore. Tout ça pour apporter cette révélation, au fond très mystérieuse, que l’être est, et que le non-être n’est pas, selon la formule du Poème. L’érotique parménidienne se distingue nettement, comme vous le voyez, de l’Éros platonicien. Car c’est bien en fonction de son érotique que Platon, contre Parménide, admet un certain être du non-être. Aristote, ici, est amusant : « Les platoniciens ont cru que tous les êtres ne devaient former qu’une réalité, à savoir l’être identique, à moins que l’Un ne parvînt à réfuter et à abattre la sentence de Parménide : "On ne pourra jamais par la force prouver que le non-être a l’être." Toujours est-il qu’ils jugeaient nécessaire de montrer que le non-être est. » Admirable Aristote ! Et surtout admirable Parménide ! Qui nous conseille en passant de résister « à l’habitude et aux abondants prétextes ». Quand l’hésitation pilote un esprit « à double tête », comme il dit, l’humain s’enferme dans « un chemin qui retourne sur lui­ même », ce qui est mauvais signe pour sa liberté. « Les mortels à double tête ont un œil aveugle, une sourde oreille, une bouche qui ne dit rien », dit Parménide. Et cette situation désastreuse du mortel errant débouche immanquablement sur le pire, comme l’histoire humaine en témoigne jusqu’à nos jours. Le plus drôle étant que les mortels s’aveuglent d’abord sur ce pire, qui les gouverne : c’est en effet la dernière chose qu’ils soient capables d’apercevoir. Les « grandes juments bleues et noires » dit Rimbaud dans les Illuminations... Est-ce que ça ne vous rappelle pas les cavales parménidiennes ? Le traitement de l’énorme prétention du non-être à être relève avant tout du comique issu tout spontanément d’une expérience avec Éros. Si quel­qu’un pressent cela, c’est Dante. Effrayé qu’il est dans sa forêt devant des animaux peu rassurants, il rencontre enfin Virgile, un brin enroué de n’avoir rien dit depuis treize siècles. Et puis, au terme d’un long parcours initiatique, Dante expose ce qu’il y a derrière « l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles ». Qu’arrive-t-il une fois qu’on est passé soi-même du côté de cet « amour » dont parle Dante ? Ça suppose bien sûr que l’on traverse et l’Enfer et le Purgatoire, pour atteindre cette région qui n’intéresse personne, sauf moi : le Paradis. C’est de là, aujourd’hui, qu’il faudrait partir, pour commencer à penser : pourquoi en effet ne pas ouvrir la méditation historiale sur une jouissance infinie ?

Que l’essentiel soit l’amour, ce n’est pas rien. L’amour, ça se cherche une bougie à la main : entre nous, hein, voilà bien quelque chose qui est effarant d’absence. Dans la vie courante, chaque proche devient aussitôt un reproche : « tu haïras ton prochain comme toi-même », semble dire le catéchisme humain. Et soyez certains que cela ne va pas s’arranger avec le temps. Nous sommes au début de ce triomphe universel de la haine du prochain envers le prochain. Dans ces histoires d’amour — le mot est à prendre avec toute l’ironie requise — le discernement manque. Pas d’Éros, donc pas non plus d’Éthos. Voilà la trinité bénéfique que j’oppose à la trinité négative que je mentionnais tout à l’heure : Éros, Logos, Éthos. C’est cette trinité que nous avons à penser pour sortir de l’égarement qui nous enfonce dans l’abjection routinière du pire. Il y a bien aujourd’hui la possibilité d’effectuer cette expérience dans la mesure où, comme le dit Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Tant que l’on n’a pas la révélation de l’extrême péril concernant non pas la source du langage, mais l’essence de l’homme qui lui est liée (je dis bien : l’essence, et pas l’anthropos tel que le définissent les sciences dites humaines), on n’a pas non plus la révélation d’un salut possible. Malheureusement, la société produit beaucoup de discours sur de faux périls, et autant sur de faux saluts, ce qui obture la possibilité même de cette double révélation. Pourtant, à chaque détresse correspond une éclosion de grâce. Ou si vous préférez, plus crûment, l’absence de jouissance pointe dans sa plombante morosité le jouir lui-même. Ce que vous nommez « animalisation drastique » opère à ce niveau, celui d’une forclusion de la jouissance. Elle recroise ensemble le peu de jouir avec le très peu de dire. Ce qui amène, comme conséquence, un manque absolu d’Éthos. Les prétendues œuvres d’art que produit l’époque — romans, films — n’ont pas d’autre horizon : ce que suffirait à démontrer la moindre documentation un peu précise. La destitution à l’œuvre dans le destin humain aux prises avec le nihilisme a toujours un rapport avec la jouissance. L’accent porté désormais sur la sexualité a pour fonction de recouvrir cette évidence, tout en donnant à cette occultation l’apparence d’une ouverture. Vous avez cité Lacan. Il avait inventé, une nuit, un concept dont il était particulièrement content : le « plus-de-jouir ». Très bien. Encore faudrait-il cerner ce qu’il en est vraiment du jouir, et là nous sommes loin du compte. Le point faible de la représentation que le clergé se fait de Heidegger porte sur Eros. C’est sur ce point qu’il faudrait reprendre systématiquement la question Heidegger. On aurait alors beaucoup de surprises, et d’abord celle de découvrir que cette immense pensée ne ressemble absolument pas à son travestissement, travestissement auquel parfois participent ses épigones, à force d’être en deçà de leur prétendu maître. Pour reprendre l’affaire à partir d’Éros, la question du Néant constitue à mon avis le meilleur angle d’attaque. Ne pas penser le Néant revient à refuser de penser Éros : à ne rien vouloir savoir, en somme, de la jouissance. Mettre en rapport le déni du Néant avec le déni d’Éros n’est pas dépourvu d’une certaine efficacité, même si le clergé philosophique n’a pas l’air de s’en apercevoir.

Vous parlez de la difficulté, malgré leur visibilité médiatique, à percevoir ce que mettent en jeu mes livres. Éros, voyez-vous, est simple et inapparent, et celui qui met en évidence son rapport essentiel avec le Néant d’une part, avec le Logos d’autre part, a toutes les chances de ne pas se faire entendre. Peu importe si son image est largement véhiculée par les médias ; ce qu’il fait demeure lettre close pour les « mortels à deux têtes ».
Résumons-nous : Dieu serait mort, et ce Dieu-mort servirait à produire industriellement du vivant. On met donc à la place du Dieu conçu comme Être suprême une forme de vie artificielle. Le plus grand danger, pour les salariés du Dieu-mort, serait qu’on pose vraiment la question d’Éros. Le Dieu-mort cherche en permanence à dénaturer la nature d’Éros dans sa propre perversion, et tout ce qui ne participe pas à ce programme se voit systématiquement minoré par la société de surveillance en place de nos jours. On est sur ce point d’une vigilance extrême chez les salariés du Dieu-mort. D’une vigilance qui emploie l’hystérie. Mon cas est donc à évaluer à l’aune de cette pression sociale, qui ne va pas néanmoins jusqu’à fixer le prix à payer pour que je me taise. Mais le prix est sans prix, pour qui s’intéresse à une richesse sans lien avec l’argent. Alors bon, les prix montent et je continue à ne pas me taire. « Leurs railways flanquent, creusent, surplombent les dispositions dans cet Hôtel, choisies dans l’histoire des plus élégantes et des plus colossales constructions de l’Italie, de l’Amérique et de l’Asie, dont les fenêtres et les terrasses à présent pleines d’éclairages, de boissons et de brises riches, sont ouvertes à l’esprit des voyageurs et des nobles. » Relecture indéfinie de Rimbaud, qui permet sans cesse de rebrasser Éros, Logos, Éthos, en se situant en avant de la Bibliothèque. Vous avez, avec Para­dis, le récit de cette expérience étrange dans laquelle on peut dire que le Néant lui­ même jouit. C’est une offre qui engage le destin. Elle exprime une démarche, celle de quelqu’un qui aurait la bizarrerie de prétendre n’avoir jamais rien goûté d’aussi savoureux que le Néant. Quelqu’un qui ose aller à la rencontre de « la richesse abyssale qui s’abrite dans le Néant essentiel ». Dès lors, ce qu’il dit depuis cette expérience peut être indéfiniment redit. Se situer dans l’ « unique proximité du Même » ouvre à une dimension spécifique du langage. Dans cette dimension, se retrouvent la simplicité et l’inapparence évoquées tout à l’heure. Quoi de plus clair, en effet, que le paradis, même si personne ne s’en avise ? Si un individu rencontre cette évidence, la police sociale essaie de recourir immédiatement à la psychiatrie. Il se trouve, malgré quelques tentatives piteuses, que, dans mon cas, la police a dû renoncer à ce genre de plaisanterie. Simplement, celui qui met en rapport Logos, Éros et Éthos s’expose à étonner ses contemporains, voire à détonner parmi eux. C’est un motif à persécution. Mon hypothèse, c’est que la haine n’est soluble que dans un surcroît d’apparence. Un apparaître à outrance : voilà mon choix. Croyez bien qu’il s’agit d’un choix médité. Que la haine soit soluble dans l’apparence ne signifie pas qu’on puisse la faire disparaître. On la neutralise, un point c’est tout. Il faut apprendre, c’est un conseil que je vous adresse en passant pour le futur, à être comme un poison dans l’eau. Si la police, dans l’horizon de la subjectivité absolue, s’apercevait que, ici ou là, à L’infini ou à Ligne de risque par exemple, le Néant se pense, alors la répression serait violente. Le point de vue révolutionnaire, si on le répertorie comme tel, fait toujours l’objet d’un traitement spécial de la part des organes. Heureusement, l’appréciation de la police tombe dans mon cas à côté de la plaque. Le malentendu inhérent à l’apparence protège ceux qui ont choisi l’inapparence essentielle, dont la démarche fait passer le Néant, comme vous dites, de l’adversité à la révolution. Ce qui signale aux connaisseurs — il y en a quand même quelques-uns qui servent dans la police — qu’une personne s’engage véritablement dans cette inapparence essentielle, c’est avant tout l’indication érotique. Sans elle, on peut gloser sur qui on veut, prendre les positions qu’on veut, ça n’a aucune importance. Éros montre qui il a élu. La preuve ici est exigible. L’indication érotique manifeste que l’on est capable d’attribuer un coefficient de jouissance au Néant. Une telle capacité se prouve en actes, non par des déclarations. Son allure est celle du laisser-être, autrement dit d’une sérénité incompréhensible puisqu’elle n’est pas réactive. Voilà la révolution.

Philippe Sollers
Propos recueillis par François Meyronnis et Yannick Haenel.

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La mutation du divin
Il faut parler dans toutes les langues
Sur les dieux grecs

Bernard Sichère, Heidegger après Nietzsche


[2Quant à la DGSE, si j’en crois le dernier article de Marianne, Coronavirus : comment les services secrets français n’ont rien vu venir, ça ne va pas mieux !

[3« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. — Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? La grandeur de cet acte n’est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement — ne fût-ce que pour paraître dignes d’eux ? »

Le Gai Savoir, Livre troisième, 125.

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