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Exposition à la BnF : « Guy Debord un art de la guerre »

Sollers : « La vision du monde et de l’Histoire de Guy Debord passe par la pensée poétique »

D 19 mars 2013     A par A.G. - C 11 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Compléments :
Ph. Sollers, « La vision du monde de Guy Debord passe par la pensée poétique »
Visites guidées de l’exposition (interview de Michèle Bernstein en sept. 1960)
Controverses : Emission spéciale Guy Debord (avec Emmanuel Guy et Cécile Guilbert)
"Commentaires des Commentaires", de Stéphane Zagdanski (20-04-13)
France Culture : « Une vie une oeuvre » (20-04-13) et « Projection privée : autour de Guy Debord » (04-05-13)

Mis à jour le 04 mai 2013.

Guy Debord

un art de la guerre

Communiqué de presse

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Guy Debord, années 50

A la fois poète, artiste, penseur révolutionnaire, directeur de revue et cinéaste, Guy Debord (1931-1994) a livré, avec ses archives, non seulement l’histoire d’une œuvre, mais aussi celle d’aventures collectives dont il se fit souvent le stratège. L’exposition racontera la théorie, les pratiques et les combattants d’une lutte ininterrompue
contre la société du spectacle.
Outre les manuscrits, tracts, affiches, documents préparatoires des films, photographies, œuvres de Guy Debord et de ses compagnons de route, l’exposition présentera
l’ensemble inédit de ses fiches de lecture, centre permanent de l’œuvre et miroir d’une vie. Autant de documents qui permettront de mieux comprendre le parcours d’un auteur dont les thèses continuent de porter le fer contre nos sociétés contemporaines.
«  La BnF se réjouit de présenter aujourd’hui l’essentiel des archives de Guy Debord, un ensemble exceptionnel classé Trésor national et acquis en 2011. L’exposition va faire revivre une avant-garde dont le rôle est capital, comme on peut le voir tous les jours. » déclare Bruno Racine, président de la BnF.

Paris, 1953, au fond de la rue de Seine, un jeune homme écrit sur un mur en hautes lettres :

NE TRAVAILLEZ JAMAIS !

Guy Debord n’a jamais travaillé. Il a beaucoup marché dans les rues de Paris, bu — et lu — certainement plus que d’autres et a forgé dans ses œuvres, écrites ou filmées, les armes théoriques d’une critique sans concession de la société moderne. Les mouvements d’avant-garde dont il fut l’initiateur, l’Internationale lettriste (1952-1957) puis l’Internationale situationniste (1957-1972), furent les
points d’appui de cette lutte organisée pour combattre tout ce qui fait entrave à la vie véritablement
vécue.
Guy Debord fut avant tout le stratège d’une guerre de mouvement contre les faux-semblants de notre société, dont il démontra très tôt et très précisément le mécanisme pervers dans son livre La Société du spectacle (1967). Alimenté par le pouvoir, les médias, la culture et la foule de représentations qu’ils génèrent, le spectacle régit nos existences, fait écran entre nous et les autres et se
montre redoutable envers toute contestation qu’il récupère et modèle à son image. Aliénation diffuse et illusionniste, il est une culture au sens large, que régit la logique de la marchandise, relayée au quotidien par ses produits. Le combattre implique donc de concevoir et de manier un véritable art de la guerre.
C’est sous cet angle de la stratégie que seront abordés l’œuvre et le parcours de Guy Debord et de ses compagnons d’armes, dans l’exposition que lui consacre la BnF au printemps 2013.
Conçu dès 1956, le Jeu de la guerre de Guy Debord constitue à la fois la synthèse stratégique de son œuvre et le principe structurant de l’exposition.
Toutes les époques et les œuvres seront présentées dans cette perspective d’une guerre à mener pour se maintenir sans cesse hors du champ de contrôle de nos vies par le système organisé de consommation de marchandises sans cesse renouvelées.
Le parcours de l’exposition se déroule autour d’un centre, constitué de l’inédite collection de fiches de lecture de Guy Debord : sur des centaines de feuillets, ce lecteur infatigable a reporté les passages à retenir, les commentant à l’occasion, et préparant ainsi de futurs détournements ou aiguisant ses armes et ses concepts au contact d’autres auteurs.
« Pour savoir écrire, il faut avoir lu. Et pour savoir lire, il faut savoir vivre ». Ainsi, de ce centre d’où tout s’élance et où tout revient, seront présentés, époque après époque, les œuvres, le regard et la pratique de Guy Debord, mais aussi l’aventure collective de ceux qui unirent leurs efforts pour concevoir une société à leurs yeux moins absurde que le système d’une économie capitaliste marchande, alors en plein essor.

Paris, 2013, sur les quais de la Seine, Guy Debord, classé Trésor national, entre pour de bon dans le spectacle, dont il fut le plus intransigeant des critiques. Mais avec lui, pour le combattre encore, son art de la guerre.

Exposition

Guy Debord

27 mars - 13 juillet 2013
Grande Galerie - BnF I François-Mitterrand, Quai François-Mauriac, Paris XIIIe

Du mardi au samedi 10h > 19h - Dimanche 13h > 19h
Fermeture lundi et jours fériés
Entrée : 7 euros, tarif réduit : 5 euros
Réservations : FNAC au 0892 684 694 (0,34 euros TTC/mn) et sur www.fnac.com

Conseiller scientifique
Olivier Assayas
Commissariat
Laurence Le Bras, conservateur, département des Manuscrits, BnF
Emmanuel Guy, chargé de recherches documentaires, département des Manuscrits, BnF

Publication
Guy Debord
un art de la guerre

sous la direction de Laurence Le Bras et Emmanuel Guy
Coédition BnF / Gallimard

Projections

La filmographie de Guy Debord sera projetée en continu dans une salle attenante à l’exposition et librement accessible :
Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps (1959), Critique de la séparation (1961), La Société du spectacle (1973), Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film « La Société du spectacle » (1975), In girum imus nocte et consumimur igni (1978), Guy Debord, son art, son temps (1994) et deux projections de : Hurlements en faveur de Sade (1952)

Colloque
24 et 25 mai 2013 | Petit Auditorium, BnF et Institut suédois (Paris 3e)
En partenariat avec l’Institut suédois [1]

Contacts presse
Claudine Hermabessière, chef du service de presse et des partenariats médias
01 53 79 41 18 - 06 82 56 66 17 — claudine.hermabessiere@bnf.fr
Hélène Crenon, chargée de communication presse , 01 53 79 46 76 helene.crenon@bnf.fr

*


« La vision du monde de Guy Debord passe par la pensée poétique »

Nathalie Crom : Il existe, entre Guy Debord et vous, des points de rencontre : l’importance des lectures, une clandestinité revendiquée, l’intérêt pour la stratégie militaire...

Philippe Sollers : Le point de rencontre, s’il y en a un, c’est la question du style. Non pas dans l’écriture, mais dans la façon de vivre. La phrase de Debord que je préfère et que je réemploie volontiers, c’est : « Pour savoir écrire, il faut avoir lu, et pour savoir lire, il faut savoir vivre. » Guy Debord a fait de son existence tout entière, avec un acharnement remarquable, jusqu’à la suppression de soi, une épreuve de liberté constante. En n’adhérant jamais à rien, et en restant toujours dans une position de clandestinité, autrement dit de guerre. Ce qui est impressionnant, chez lui, c’est cette fermeté, cette tenue. Ses façons de procéder sont absolument différentes des miennes — je n’ai pas choisi, comme lui, la position du retrait, plutôt celle de l’utilisation à haute dose de la technique médiatique, mais le but est le même.

Comment définiriez-vous la guerre de Debord, quel est l’ennemi ?

L’ennemi, c’est le formatage des cerveaux, l’ignorance, l’analphabétisme virulent. « En poésie, c’est toujours la guerre », disait déjà Mandelstam.

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Une des quelques 1400 fiches de lecture de Guy Debord

L’importance des citations, dans l’élaboration de vos textes, vous est aussi commune. Citer un auteur, un poète, cela prouve, écrivez-vous, « une certaine continuité secrète et claire de l’Histoire et du temps ».

Debord est une bibliothèque ambulante. Sa culture est considérable, son art des citations le prouve. C’est aussi un grand poète. L’écriture de Debord, c’est de la grande prose, venue des maîtres du genre qu’il connaît par cœur : Saint-Simon, Retz, Bossuet... La poésie pense davantage que la philosophie, je le crois vraiment. La vision du monde et de l’Histoire de Guy Debord passe par la littérature, la pensée poétique. Ont compté pour lui Dante, Shakespeare, Cervantès, les historiens grecs, les poètes chinois. Et, du côté des écrivains français, Villon, Montaigne, évidemment Lautréamont...

Quel est, selon vous, le grand malentendu sur Guy Debord ?

On en fait un sociologue, ou un idéologue politique, alors qu’il est un grand écrivain métaphysique, voilà le grand malentendu. C’est un métaphysicien, et ce qui l’intéresse, donc, c’est la question du temps. Et celle de l’espace. Le corps de l’individu dans le temps et dans l’espace. La faculté de la poésie à inventer une façon singulière d’être dans le temps, à proposer une autre vision de l’Histoire, où les morts peuvent être plus vivants que les vivants. Tout cela est sévèrement réprimé par l’ignorance contemporaine. On a accusé Debord d’être complotiste, paranoïaque. Mais, bien sûr, il y a complot ! De la marchandise, contre l’intelligence. Debord évoque à ce sujet le diable, « l’adversaire » — c’est en cela qu’il est métaphysicien.

Propos recueillis par Nathalie Crom, Télérama, 20 mars 2013.

*


Visites guidées de l’exposition

Pierre Haski, Cinq choses à ne pas rater à l’exposition Guy Debord à la BNF.

L’interview de Michèle Bernstein

C’est un des petits bijoux de l’expo, une vidéo de l’INA qui passe en boucle dans un coin et qu’il ne faut rater sous aucun prétexte. Pour ceux qui ne pourront pas s’y rendre, nous vous offrons ici cette interview de Michèle Bernstein par Pierre Dumayet, dans sa célèbre émission de l’ORTF « Lecture pour tous », en septembre 1960.

Michèle Bernstein est alors auteur d’un premier roman, « Tous les chevaux du roi ». Elle sera pendant une décennie l’épouse de Guy Debord, membre éminent de l’Internationale situationniste, dont elle démissionnera en 1967.

Dans cette interview, elle se révèle d’une malice incroyable, jouant avec le vieil intervieweur rusé qu’est Dumayet, qui se laisse volontiers faire et souhaite bien du succès à ce premier roman.

Dans ce jeu du chat et de la souris entre la jeune écrivaine, qui se joue des codes de la littérature et de l’édition « bourgeoises », et le sérieux animateur de télévision sous le charme, c’est la première qui sort gagnante. Jubilatoire.

*

Lire aussi Guy Debord à la Bibliothèque nationale de France, par "Lunettes rouges" qui conclut ainsi :

« Debord aurait-il accepté cette exposition ? C’est une question vaine et sans réponse ; ses veuves, Michèle Bernstein comme Alice Ho l’ont soutenue. Mais lui ? Lui qui n’aimait rien tant que les losers magnifiques, Don Quichotte, le consul Geoffrey Firmin, ou Uncle Toby de Tristram Shandy (et aussi le cardinal de Retz, rebelle à sa classe) ? ... »

*


Controverses

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Guy Debord photographié passage Molière à Paris en juin 1954.

Emission spéciale Guy Debord, France Inter, 10 avril 2013

Downtown reçoit le commissaire de l’exposition Emmanuel Guy et la romancière Cécile Guilbert pour son ouvrage "Pour Guy Debord" (éditions Gallimard). Tensions.

crédit France Inter

Et aussi : Guy DEBORD (1931-1994)

Avec les participations volontaires et involontaires de : Guy Debord, Romain de Becdelièvre, Christophe Bourseiller, Boris Donné, Michèle Bernstein, Michel Hazanavicius, Jean-Michel Mansion, Ralph Rumney, Daniel Blanchard, Gérard Berréby, Augustin David, Anselm Jappe, Charles de Gaulle, Systaime, Christine Ockrent, Olivier Poive d’Arvor, Michel Naudy, Marc Voinchet, Sandrine Treiner, David Pujadas, Jacqueline de Jong, Philippe Baudouin, Thibaud Cavaillès, Serge Daney, Pierre Bourdieu, etc.

*


"Commentaires des Commentaires", de Stéphane Zagdanski

Comme Cécile Guilbert l’a souligné judicieusement sur France-Inter le 10 avril dernier, et comme certains visiteurs moins « brouteurs d’images » que d’autres ont pu le constater, les Commentaires sur la Société du Spectacle sont étrangement absents de l’exposition falsificatrice de la BNF. Très significativement, l’essai le plus actuel de Debord est placé derrière une vitrine, transformé par conséquent en simple image offerte à la passivité des spectateurs de cette vitrification spectaculaire du nom de Debord par la BNF...
Quant à la « bibliographie sélective » du catalogue, elle censure carrément les impérissables Commentaires au même titre que Debord ou la diffraction du temps.
Plutôt que de dépenser le prix d’un ticket pour visiter cette lamentable entreprise de récupération collectiviste de la radicalité debordienne (relire dans Pauvre de Gaulle ! la description de la BNF en Bunker Néo Fasciste), on fera un meilleur profit de son argent en imprimant le texte complet des Commentaires, disponible gratuitement en ligne ici, puis, tout ordinateur, tout téléphone portable, toute machine à images éteints , en le lisant crayon en main. Alors tout s’éclairera. Les censeurs falsificateurs de la BNF seront révélés pour ce qu’ils sont, que Debord avait si bien nommés dès 1966 : des « valets du spectacle culturel du pouvoir » :

« Les valets du spectacle culturel du pouvoir, qui veut employer vite et récupérer à son usage les termes les plus brûlants de la pensée critique moderne, ne voudront jamais admettre que les concepts les plus importants et les plus vrais de l’époque sont précisément mesurés par l’organisation sur eux de la plus grande confusion et des pires contresens : aliénation ou dialectique, ou communisme. Les concepts vitaux connaissent à la fois les emplois les plus vrais et les plus mensongers, avec une multitude de confusions intermédiaires, parce que la lutte de la réalité critique et du spectacle apologétique conduit à une lutte sur les mots, lutte d’autant plus âpre qu’ils sont plus centraux. Ce n’est pas la purge autoritaire c’est la cohérence de son emploi, dans la théorie et la vie pratique, qui révèle la vérité d’un concept." internationale situationniste N° 10, Mars 1966.

En attendant d’autres truculentes révélations sur cette drôlatique affaire BNF, voici, à l’attention de ceux qui ne broutent pas, les pages de Debord ou la diffraction du temps précisément consacrées aux Commentaires sur la Société du Spectacle.
Les commissaires d’expositions ne sauraient envisager qu’on ne censure pas si facilement ce à quoi ils sont eux-mêmes absents : la pensée.
Ou pour le dire comme Heidegger : « L’ombre est le témoignage aussi patent qu’impénétrable du radieux en son retrait. »
Affaire à suivre...

*


Le 20 avril 2013 sur France culture

Une vie, une oeuvre

Avec les participations volontaire et involontaire de :
Guy Debord, Romain de Becdelièvre, Christophe Bourseiller, Boris Donné, Michèle Bernstein, Michel Hazanavicius, Jean-Michel Mansion, Ralph Rumney, Daniel Blanchard, Gérard Berréby, Augustin David, Anselm Jappe, Charles de Gaulle, Systaime, Christine Ockrent, Olivier Poivre d’Arvor, Michel Naudy, Marc Voinchet, Sandrine Treiner, David Pujadas, Jacqueline de Jong, Philippe Baudouin, Thibaud Cavaillès, Nicolas Sarkozy, Serge Daney, Pierre Bourdieu etc.

Une vie, une oeuvre

*

Le samedi 4 mai 2013 à 15h

Projection privée.

Une émission détonnante, avec :
Olivier Assayas, cinéaste et conseiller de l’exposition, Emmanuel Guy, Commissaire de l’exposition et auteur de « La fabrique du cinéma de Guy Debord », paru en avril 2013, aux Editions Actes Sud (Beaux Arts, Hors Collection), Cécile Guilbert, auteure de Pour Guy Debord collection « L’Infini » aux Editions Gallimard, Stéphane Zagdanski pour Debord ou la diffraction du temps, série Blanche aux Éditions Gallimard.

*

[1Plus d’informations sur fabula.org.

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11 Messages

  • V.K. | 14 mai 2013 - 16:29 2

    DEBORD GUY-ERNEST (1931-1994)
    dans l’Encyclopédie Universalis

    Peut-on parler du situationnisme et, singulièrement, de Guy Debord ? Le premier s’est paradoxalement ingénié à rassembler des révolutionnaires qui refusaient de devenir un parti politique ou un mouvement artistique d’avant-garde ;
    le second a construit sa vie en n’en livrant que le mythe fragmentaire, du lieu même qui était le sien, c’est-à-dire la clandestinité intellectuelle et la mystification.
    De là une double gêne : il y a de l’imposture à résumer la vie de qui s’est acharné à dénoncer l’aliénation de la vie par sa mise en spectacle ; de l’imposture aussi à rédiger le formulaire hâtif d’une pensée hégélienne dans son principe, qui s’impose dialectiquement de porter en elle sa propre critique et qui méprise l’argumentation ou l’art dès lors qu’ils ne se réalisent pas dans la praxis et l’accomplissement révolutionnaire de la vie quotidienne.
    Debord propose précisément la critique radicale de cette vie quotidienne, que le capitalisme moderne a organisée en “spectaculaire diffus” et le bloc des pays de l’Est en “spectaculaire concentré”.
    Ce système totalitaire d’illusions sera réanalysé plus tard sous le concept de “spectaculaire intégré” (Commentaires sur la société du spectacle, 1988), quand le discours médiatique aura définitivement assis le pouvoir des propriétaires du monde.
    Il n’y a pas de distinction à opérer entre de bonnes et de mauvaises représentations : le faux est la règle commune [...]
    C’est la révolution qui peut détruire l’aliénation des individus, expulsés de leur propre vie par le spectacle qui s’offre à eux comme seul substitut possible.
    Quant aux intellectuels, ils s’emploient à diffuser une idéologie de la survie dans la consommation du vide, interdisant de la sorte l’usage de la vie librement réinventée.

    *

    La biographie connue de Debord se réduit à peu de chose : Panégyrique (1989) ruine le projet autobiographique au moment même où il l’annonce. _ Le mystère est entretenu sur les activités, les lieux, les amours de cet esprit subversif qui se fixe comme géographie mentale le réseau des cafés du monde où il a beaucoup bu.
    Le même brouillage des pistes se lit dans les Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici (1985), ou encore Cette Mauvaise Réputation... (1993).
    Que sait-on néanmoins ?
    Que Guy Debord est né en 1931 dans une famille bourgeoise et qu’il fit ses études à Pau et à Cannes, avant de venir à Paris. Il participa au mouvement lettriste d’Isidore Isou, et tourna son premier film, Hurlements en faveur de Sade, en 1952. En 1957, il fonda, avec d’autres, l’Internationale situationniste (I.S.).
    Il fut le directeur de la revue qui portait le même nom, et dont les collaborateurs les plus importants furent Raoul Vaneigem, Mustapha Khayati et René Viénet, jusqu’en 1969, où la publication cessa.
    En 1967 parut aux éditions Buchet-Chastel La Société du spectacle, qui fixe l’apport personnel de Guy Debord au situationnisme.
    C’est le monde existant dans sa totalité qui est critiqué, à travers la dénonciation du fétichisme de la marchandise et du spectacle dans la société moderne.
    Autant dire qu’il fut, avec le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem, paru la même année, un inspirateur, souvent ignoré comme tel, du mouvement de mai 1968.
    Des films comme Critique de la séparation (1961) et In girum imus nocte et consumimur igni (1978), atypiques et anticinématographiques, poursuivirent l’entreprise d’analyse démystificatrice, tout en se démarquant d’un faux révolutionnaire comme Godard et en proposant un cinéma sans spectacle (Œuvres cinématographiques complètes, 1978).
    Enfin, son nom fut évoqué au moment de l’assassinat de son ami et éditeur Gérard Lebovici, en 1984. Guy Debord s’est suicidé en 1994.

    *

    Rebelle radical, analyste suraigu, Debord est d’abord l’homme d’un style, rigoureux, impeccable, emprunté à des modèles comme le cardinal de Retz, qui fait de sa pensée un gai savoir et lui donne une gravité enjouée, à l’opposé de la langue débraillée et pesante qui est souvent l’apanage de la littérature contestataire.
    Tout au long de ses analyses, qui excluent le doute, l’indignation bien-pensante ou la prise de conscience de l’humanisme engagé, ce “professionnel” (“mais de quoi ?”) sème les pavés qui enragent et découragent les critiques et journalistes façonnés par trente ans de sartrisme.
    La passion contenue de cette écriture, l’humour dont Lautréamont pourrait être le modèle, l’usage systématique du chiasme, qui, de figure de rhétorique, se métamorphose en schème du penser révolutionnaire, classent Debord parmi les classiques paradoxaux de notre temps.
    Le goût de la violence polémique chez ce grand lecteur des théoriciens de la guerre ou de la politique -car il a autant réfléchi sur Machiavel, Gracián, Clausewitz ou Sun Tse que sur le jeune Marx, les anarchistes du xixesiècle ou Dada-, il en donne la pleine mesure dans la distance hautaine avec laquelle il considère tant ses détracteurs que ses admirateurs, lorsqu’ils restent les agents, même critiques, de l’organisation du spectacle.
    L’histoire a tragiquement illustré des thèses formulées voici plus de trente ans, mais l’éthique de ce conspirateur cynique de la révolution totale reste un modèle admirable.
    L’appel à une vie qui serait une poésie sans poèmes, la conscience du temps dans l’angoisse de l’histoire qui échappe aux hommes se changent, comme chez Chateaubriand qu’il évoque à plus d’un titre, en “une sombre mélancolie, qu’ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue” (Panégyrique).

    Michel P. SCHMITT

    Crédit : Encyclopédie Universalis
    http://www.universalis.fr/


  • D.B. | 6 mai 2013 - 19:21 3

    En marge (?), on signale la réédition aux Editions Allia de La Nuit, roman de Michèle Bernstein.


  • A.G. | 4 mai 2013 - 16:49 4

    Projection privée : autour de Guy Debord (France Culture, 4 mai 2013). Écoutez l’émission.


  • A.G. | 12 avril 2013 - 01:43 6

    Emission spéciale Guy Debord, France Inter, mercredi 10 avril 2013.
    Avec le commissaire de l’exposition Emmanuel Guy et Cécile Guilbert. A écouter ici.


  • A.G. | 30 mars 2013 - 22:20 7

    Exposer Guy Debord à la Bibliothèque François Mitterrand, c’est prendre le risque d’une mise en abîme vertigineuse. L’auteur de la critique de la « Société du spectacle » donné en spectacle dans l’un des temples de la culture institutionnelle, la BNF ?

    La question est purement rhétorique, puisque la BNF, avec le soutien de la veuve de Guy Debord, a acheté le fond d’archives de son mari (pour empêcher qu’il aille outre-Atlantique, à l’université de Yale qui le convoitait), objet d’une grande exposition, « Guy Debord, un art de la guerre », pleine de trésors. Pierre Haski, rue89.


  • A.G. | 30 mars 2013 - 11:17 8

    Guy Debord livré en spectacle par Benoît Duteurtre

    « A New York, en 1990, un journaliste américain m’avait entraîné dans les rayons d’une libraire d’East Village pour me montrer l’édition américaine de la Société du spectacle. A côté, en bonne place, figurait Lipstick Traces, le livre de Greil Marcus, publié l’année précédente, où apparaissait l’influence des situationnistes sur le mouvement punk. De quoi réjouir un jeune Français qui venait de découvrir avec passion Guy Debord et de dévorer ses livres... » Cf. marianne.


  • A.G. | 26 mars 2013 - 18:49 10

    Guy Debord, un regard radical sur notre société

    Guy Debord dénonçait les dérives de notre société marchande dès les années 50. Retour sur l’œuvre d’un insurgé, à qui la BnF (Paris) consacre une expo qui démarre ce mercredi 27 mars 2013. Nathalie Crom, Télérama, 23-03-13.