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Sandrick Le MAGUER ne s’en remet pas qu’à Marie

D 30 décembre 2009     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’armée irrégulière de Sprezzatura
 ; la filière bretonne avec Sandrick LE MAGUER.

Nota : Illustration en regard de cette page : BRONZINO, Présentation de Marie au Temple, 1598, San Martino, Lucques.
Et cette citation de Sun Tsu :

[...] vous saurez interpréter la volonté du souverain suivant les circonstances, quels que puissent être les ordres que vous en avez reçus ; vous le servirez véritablement en suivant vos lumières présentes, vous ne contacterez aucune tache qui puisse souiller votre réputation, et vous ne serez point exposé à périr ignominieusement pour avoir obéi.

Q&R

Q. : Vous remercie de m’avoir fait connaître votre revue, occasion d’un premier contact avec des textes et une pensée riches. Pas seulement ! Les êtres de chair qui soufflent ces pensées m’intéressent tout autant. Complémentaire ! Vide et plein chinois, comme l’explique bien François Jullien, pile et face... Et le fait que vous ayiez publié dans la collection L’Infini de Ph Sollers « Portrait d’Israël en jeune fille, (Genèse de Marie) » , 2008 faisait aussi de vous une cible naturelle pour pileface. Marie, un thème sollersien par excellence ! Ma première question concernera donc Sollers et vous ? Quel contact avez-vous pu établir avec Philippe Sollers ? Qu’en retenez-vous ?

R. : Je n’ai rencontré qu’une seule fois Sollers chez Gallimard pour la publication de mon livre. Je pense qu’il voulait savoir quelle était la main derrière le manuscrit qu’il avait reçu.
Nous avons beaucoup ri. Je raconterai cela un jour en détail. Rapidité et intelligence, je n’ai pas été déçu de rencontrer un des écrivains vivants les plus importants à mes yeux. Il m’a fait confiance, je l’en remercie.

Q. : Un détail ?

R. : Il connaissait parfaitement mon manuscrit (c’en était impressionnant). Il m’a interrogé sur une citation de Debord dans mon livre : "Ne m’appelle que pour une véritable révolution". Il a décroché le téléphone à côté de lui et dit "Oui, j’écoute." "Alors, Le Maguer, qu’est-ce que vous me dites ?" Nous avons alors parlé du détournement, du suicide de Debord, de l’enterrement catholique de Lautréamont en pleine Commune, etc. Bref, un entretien à vitesse maximale.

Q. : J’ai commencé à lire votre livre : un style allègre, vif, démonstratif, un parti-pris de convaincre. CQFD. Argumenté, érudit, mené comme une enquête policière (section police scientifique) ...Jusqu’à apprendre l’hébreu après le grec pour que la démonstration soit la plus convaincante possible ! Réussi. Vous avez souligné le rôle qu’a joué Bernard Dubourg dans votre démarche, l’étincelle qui a mis le feu à la plaine... « Il suffit d’une étincelle ... » disait Mao. Mais l’étincelle ne fait pas la plaine, quelle était votre plaine ?

R. : Merci pour vos compliments. Je m’intéressais (comme je m’intéresse toujours) à la littérature « classique » en général (dont la Bible faisait partie) mais aussi aux « avant-gardes ». C’est dans l’Histoire de Tel Quel de Forest que j’ai entendu parler de Dubourg pour la première fois (deux lignes). La chance a fait que quelques jours plus tard je suis tombé nez à nez avec ses ouvrages (je le raconte en introduction de mon livre). J’ai l’habitude de m’embarquer dans des aventures de longue haleine, c’est en tout cas le mode de fonctionnement que je me suis reconnu. J’ai travaillé dix ans sur le sujet (les nuits y furent courtes mais merveilleuses). Il s’agit de mon baptême en littérature : faire revivre un texte, le ressusciter. Je crois que la grande chance que j’ai (la reconnaître est une des figures de la sprezzatura) est que ce livre ouvre sur cent livres nouveaux. Je ne m’en suis rendu compte que très récemment. Je peux donc maintenant voguer vers d’autres îles.

Q. : Dans la discussion inaugurale à la naissance de Sprezzatura, d’emblée vous faîtes référence à Guy Debord au sujet de l’individu au sein de La Société du Spectacle : « Il voudra sans doute se montrer ennemi de sa rhétorique, mais il emploiera sa syntaxe », c’est très pertinent, mais le chemin de Debord a été très emprunté. ..
Vieille garde soixante-huitarde ! non ? et vous n’étiez pas né quand il s’exprimait ainsi.
Dans la jeune-garde internationale - et l’I.S. n’est pas invoquée ici - Qui aujourd’hui, selon vous, prolonge le mieux sa pensée ?

R. : Vous avez raison de mettre cela sur le plan de la pensée et non - comme ON le fait toujours - sur le plan de l’action révolutionnaire, qui est une dimension à laquelle il est généralement réduit. Les deux sont en réalité complémentaires - je l’évoque dans mon article. Etrangement, pour prolongement de Debord, je pense à nos amis de Ligne de risque (sur des plans très différents mais extrêmement pertinents) qui, au passage, ont réservé un accueil enthousiaste à Sprezzatura. Je pense aussi à Stéphane Zagdanski qui a produit le seul véritable ouvrage de pensée sur Debord et dans le prolongement de sa pensée. Ce qui m’intéresse aussi c’est la dimension stratégique de Debord. Sa pensée est pensée de la stratégie et stratégie de la pensée. Il me semble d’une extraordinaire fraîcheur en ce sens (et Sollers, par exemple, ne s’y est pas trompé). C’est pourquoi mon article met en regard Debord avec le stratège le plus inventif de son siècle (que curieusement il ne cite jamais, mise à part une allusion dans une lettre à Lebovici).

Q. : « Dans l’idolâtrie, et je crois avoir commencé de le montrer dans mon Portrait d’Israël en jeune fille, tout est en jeu, le temps, l’espace, tous les rapports pervers au temps, tout est en jeu à chaque fois. » dîtes-vous. Je crois que votre réflexion actuelle porte particulièrement sur le temps.
Alexandre G. qui est allé réfléchir sur la guerre au Kosovo avait, lui, noté cette phrase d’un ancien officier de l’UCK « "War becomes real when everything is a matter of hours".
Avait-il bien dit ça ? "la guerre devient réelle quand tout est une question d’heures" Ou encore : "la guerre devient réelle quand tout n’est plus qu’une question d’heures ?" »

A.G. ajoutant « On est en guerre quand on se pose à chaque heure très sincèrement la question ; Est-ce que tout ne peut pas se produire, là, maintenant, tout de suite ? »

La guerre qui débouche sur une interrogation sur le temps, votre fréquentation des textes bibliques qui débouche aussi sur une interrogation sur le temps !
Où en êtes-vous dans votre réflexion sur le temps ? Que pouvez-vous nous en dire ?

R. : Je ne peux répondre que brièvement car je suis actuellement en pleine réflexion sur ce sujet et les dimensions en sont multiples ainsi que non- réductibles (voyez Heidegger et l’ajointement des trois dimensions classiques du temps dans Temps et Etre). Cela rejoint la réponse sur mon livre. Toutes les réflexions théorisantes sur le temps m’ont toujours parues plates. Le pire étant celles que formulent les scientifiques (dont j’étais jusqu’à hier) même lorsqu’ils invoquent des dimensions philosophiques ou littéraires (cf. par exemple, les livres d’Etienne Klein). C’est le judaïsme qui m’a ouvert les yeux et les oreilles sur des intuitions fondamentales de notre rapport au temps, ou plutôt sur le rapport que le temps entretient avec nous. C’est donc mon point de départ. Beaucoup d’écrivains se sont penché sur le temps : Proust (en épiphanies), Nabokov (Ada), Sollers (Le C ?ur absolu), etc. Mais je crois que personne ne l’a fait vivre massivement. Cela pose un réel problème de langage, tout en évitant l’illisibilité. Bref, ce livre (car ce sera un livre) est impossible, ce pourquoi il m’intéresse de tenter de l’écrire. J’ai le temps.

Q. : Vos lectures en cours ou récentes ?

R. : Mes (re-)lectures récentes : tout Sade.

- Infiniment merci,


Nota : mise en page écran : pileface

A propos de l’auteur

Note pileface [1]

Sandrick Le Maguer est né en 1971. Etudes scientifiques. Il vit et écrit à Brest ou navigue au large.
Enseignant-chercheur à l’Institut Télécom Bretagne (campus de Brest), département Mico-Ondes. A soutenu, avec succès son Habilitation à diriger des recherches (HDR), le 26 novembre 2009. (crédit)

Ultime diplôme de l’université ! Dans les jours qui suivirent, Sandrick Le Magueur a démissionné pour se consacrer à l’écriture.

Il a traduit le Midrash sur les proverbes (Nouveaux Savoirs, 2005) et publié Portrait d’Israêl en jeune fille, Genèse de Marie (Gallimard/L’Infini, 2008)

Sandrick Le Maguer

Portrait d’Israël en jeune fille - Genèse de Marie, (présentation) Gallimard, 2008

Le Midrash sur le Livre des Proverbes, (présentation) Nouveaux Savoirs, 2005

_______

Portrait d’Israël en jeune fille

Présentation de l’éditeur

Les Marie du Nouveau Testament ont toujours été l’objet de spéculations aussi spectaculaires que fragiles puisque reposant sur une méfiance à l’égard du texte dont elles jaillissent. Pourtant, il semble que la vérité sur ce point soit tout autre : à l’examen attentif du Nouveau Testament, il faut se rendre à l’évidence qu’il appartient à la classe des textes que l’on nomme, dans la tradition juive, midrash. C’est-à-dire qu’il s’agit d’un puissant et virevoltant commentaire de la Bible hébraïque (l’" Ancien Testament "). A l’appui de cette thèse, ce livre démontre pas à pas, à travers une initiation simple aux techniques de l’herméneutique juive, comment et pourquoi les multiples Marie du récit (mère de Jésus, Madeleine, s ?ur de Marthe, femme de Clopas) furent inventées et écrites. Avec l’aide des textes juifs eux-mêmes (Talmud, Midrash Rabba...), il permet non seulement de comprendre la vaste architecture que constituent les Marie néotestamentaires, ses articulations subtiles, les détails narratifs du Nouveau Testament, mais aussi de montrer l’extrême cohérence de celui-ci avec les textes apocryphes chrétiens. Ce retour aux origines du texte permet en outre de jeter un regard neuf sur les dogmes catholiques (Virginité, Immaculée Conception...), et de donner enfin accès aux enjeux littéraires d’un des textes fondateurs de notre civilisation.

Interview vidéo en deux parties

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[1reconstituée à partir d’informations disponibles sur le Net. M’interrogeant, suite à différents indices, sur son éventuelle démission, elle m’a été confirmée par S. L-M.

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