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Le théâtre d’opérations de Métie NAVAJO

D 30 décembre 2009     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Les combattants des Guerres irrégulières de Sprezzatura (suite) : Métie NAVAJO (section internationale).

Nota : Illustration en regard de cette page : Andrea MONTAGNA, Christ mort (1490), Pinacoteca di Brera, Milan.
Et cette citation de Sun Tsu :

Enfin dans les lieux de mort, je faisais croire à l’ennemi que je ne pouvais survivre

Q&R

Q. : Vous avez publié « L’ailleurs mexicain ( chroniques d’une indienne invisible) »[ed. L’Esprit frappeur, 2009] où vous racontez votre voyage initiatique en pays zapatiste... Dans ce titre je retiens « ailleurs » et « invisible » que l’on retrouve dans l’article que vous signez dans Sprezzatura, un texte très personnel, un texte poli par un lapidaire de talent. Un texte qui découvre un peu de votre ailleurs :« Je garde de mes ancêtres un je ne suis pas d’ici qui vient d’ailleurs, je ne suis pas un arbre ou aux racines aériennes. Enfant peureuse, je déteste être foncée[...] » et plus loin « je vais partout et me disparais à l’intérieur de moi ».
Que vous a révélé votre invisibilité au Mexique et que vous racontez en partie dans « L’ailleurs mexicain » ? Mais vous entendez bien que m’intéresse aussi que vous nous parliez de votre invisibilité là-bas et de votre visibilité ici. Surtout quand on a le statut, de fait, d’égérie du groupe.

Q. : Ai noté que dans la discussion inaugurale, vous aviez, dans la première partie, une position plutôt en retrait : pas de développement de votre pensée, seulement des questions brèves. Un retrait en forme de réserve naturelle ? Un retrait avant d’exprimer votre adhésion ? Qu’est-ce qui vous retenait ?

Q. : « L’écriture est une question de souffle, on en manque parfois » dîtes-vous. Un questionnement que vous vous adressez. Qu’est-ce que le souffle pour vous ?

Q : Vous évoquez votre professeure de Kung Fu. Un art martial, je crois, où la respiration est importante, où l’on apprend à souffler en frappant... parlez nous du Kung Fu, de ce qui vous y a conduit, de ce que vous y trouvez...

Q. : Quand repartez-vous au Mexique, ou ailleurs ? Quand votre prochain livre ? Un sujet en tête ?

R. : Quelques mots en réponse à vos questions personnelles :

Ne m’appelez pas statut d’égérie. Mes amis ont la qualité de ne me figer en aucune pose féminine, ils sont peu idolâtres.

Je n’ai pas quitté le Mexique. L’ailleurs n’est pas un pays, mais un autre ici, construit et gagné sur le temps, dans lequel je me débats, mais qui n’est pas mon temps (B. Traven). Un trou dans la surface, une bulle où je respire, un pli dans la chronologie... Malgré la petitesse des esprits dont il faut sans cesse éviter la contagion, le ravage méthodique du monde qui m’environne, je ne renonce pas à y vivre. Je veux dire à y vivre, ne serait-ce que par moments. Un sursaut d’âme saisi dans un visage une parole ou un lieu, en plein milieu du désastre, la chance insolente qui me guide vers de belles personnes me donnent le désir de rester, de flotter au moins, de passer. Il y a un ailleurs parisien comme il y a un ailleurs mexicain, toujours présent, ici ; je m’efforce, en les superposant, d’entrer dans le non-frayé, de ne pas marcher dans mes propres traces, de n’être pas parlée par la langue mais de parler mon langage, l’étrangère parole que j’ai sans cesse à apprivoiser, celle qui est infiniment désirable.... Avec elle vient la musique, la « petite musique » dit Céline, des mots sur un air que je sifflote, que je gueulerais à plein poumons si j’avais assez de souffle. Assez de souffle, entendez : je ne parle pas seule, je nourris l’ambition énorme de gonfler ma toute petite voix du vent de milliers de paroles libres, ainsi voudrais-je déployer ma parole-pensée dans le monde. J’y travaille, mais de manière discontinue, car fréquemment encore je cède aux devoirs et obligations (les poids familiaux sociaux pseudo amicaux qui compriment l’esprit), je suis bien moins libre que je pourrais l’être.

Personne ne m’a révélé mon invisibilité. Elle m’apparaît souvent. Par exemple : une nuit nous nous amusons avec Gambler et un autre Indien à marcher sur la petite ceinture parisienne, alors encore en-dessous de la réalité, c’est-à-dire peuplée d’ombres... Nous émergeons tout à coup dans l’espace visible. Nous sommes bruyamment à vue, exposés, et pourtant personne, de part et d’autre de la voie ferrée désaffectée, ne nous voit. Personne ne peut nous voir, ni même nous deviner... Il n’est pas si facile de disparaître, mais se rendre invisible aux yeux qui ne voient plus, muets aux oreilles qui n’entendent plus, rien de bien compliqué... quelques séances de Kung fu avec une bonne maîtresse suffisent à faire un ninja, mais vous préfèrerez sans doute m’appeler kunoichi.
Retrait et déploiement. Pensée et silence.
Timidité et obscénité (dit Ada)

Q. : En prolongement ou à côté de Sprezzatura, dans quels domaines déployez-vous votre propre guerre du goût ? D’autres occupations plus prosaïques ? Vos lectures en cours ou récentes ?

R. : J’ai passé en d’autres temps les concours qui permettent d’enseigner les lettres et d’en gagner quelque argent, malgré de très belles rencontres je me suis assez vite désolidarisée de l’Education Nationale, présentement je suis à mon propre compte...
Je lis et relis Kafka, en ce moment sont à mes côtés Calasso, Traven, Mac Carthy, Nabokov, Artaud, Rimbaud, Heidegger, Borges, Rulfo, des contes persans, et je m’essaye ponctuellement à quelques Âranyaka.

*

Merci Métie Navajo d’avoir finalement accepté de répondre à mes questions de côté... - l’inévitable visite des souvenirs et la séance des rythmes (qui touche au souffle et à l’intime).

*

A ces quelques questions Métie N. répond beaucoup plus largement dans ses textes. Lisez-là. C’est la seule façon d’entendre la petite musique qui s’en dégage au fil des pages.
Musique de fond de son univers qui reste dans l’oreille une fois la dernière page tournée (cf. L’ailleurs mexicain...).


Opéradique et souffle

Le théâtre d’opérations de Métie Navajo, n’oublie pas les échappées dans l’imaginaire de Rimbaud des Illuminations avec Nocturne vulgaire, et ses « brèches opéradiques »

Un poème dont la syntaxe narrative, tente l’écriture du rêve : « défilé rapide des images s’enchaînant comme autant de décors sur une scène d’opéra » [1]

Et « Un "souffle", celui de la création plus que celui de la tempête, abolit soudain tout ce qui enferme et limite : "cloisons", "toits" ... Le narrateur, pris de vertige (tout "vire", "pivote", "tournoie" devant ses yeux), s’échappe par cette "brèche"[...] » [2]

Pour Métie N. position de départ différente, LE MONDE REEL : « Je ne vis pas dans un songe, un monde enchanté, un fantasme entend-je, mais dans le monde "réel" » dit-elle.
Position suivante, FORET DES INDIENS : « Allons. La vraie vie est absente. La cherchant de mon pas léger (hélas, j’ai du mal à peser), j’entre irrégulièrement en guerre. [...] »

La suite dans Sprezzatura.

A propos de l’auteure

(note pileface) [3]

Métie Navajo est née en 1978. Etudes de lettres et de philosophie à Paris avec agrégation de lettres modernes. A enseigné entre 2004 et 2007 dans le cadre de l’Education Nationale. De son passage en banlieue réputée difficile - par choix, je pense -, on trouve quelques échos sur son blog. Conforme à son engagement humain qui se manifeste aussi dans l’assistance aux exclus. Année sabbatique, immersion mexicaine de novembre 2007 à mai 2008. Elle détache la ceinture de sécurité de l’Education Nationale Diifférentes cordes à son arc et sa lyre pour subvenir à ses besoins : la corde d’origine maternelle, l’américain, en fait partie et elle en joue en "freelance"...
Juillet 2009, publication de L’ailleurs mexicain...

Rien ne naît de rien. Métie N. a publié des nouvelles et chroniques dans différentes revues dont Barataria.
Elle a créé une installation plastique « Mon corps étranger », présentée à Paris (Paris Jeunes Talents 2007) et au Festival Traverse Vidéo de Toulouse (mars 2009), la représentation du corps à travers le discours médical. Transposition artistique d’un accident de la vie - au sens le plus vital, et le sien.
Elle collabore aussi en tant qu’auteure et conseillère artistique avec une compagnie théâtrale depuis plusieurs années.

L’ailleurs mexicain


Quatrième de couverture

Récit de la voyageuse au Mexique : de Paris à Mexico, de la ville monstre au Chiapas zapatiste, du Chiapas à l’armée des cactus d’Oaxaca, et l’envers. Les yeux et le coeur grands ouverts, l’oreille tendue aux histoires des hommes et de la terre, aux silences de la guerre, elle rentre à l’intérieur des paysages, en quête du pays invisible.

L’écriture de Métie Navajo regarde et fixe l’instant, dévoile les différents moments d’une vie, entraînée dans un tourbillon mexicain de danse et d’ivresse - elle-même se regarde et regarde les autres - partant d’un temps infini.

Le récit est littérature. L’écriture morcelée, au rythme saccadé, invente une langue.

Ces chroniques mexicaines ne décrivent pas une traiectoire linéaire ni les traces qu’un voyageur laisse à son passage. C est une aventure de l’esprit, une quête de soi à travers les paysages inconnus ; une errance personnelle qui s’agrandit dans un périple dont le seul but est de cheminer, cheminer hors de soi jusqu’à soi.

(préface) Jorge Hernandez Pieldivina

Le témoignage de Joani Hocquenhem

EXTRAIT DE L’EMISSION (15’)

Sur L’ailleurs mexicain...


Crédit : Terre et Liberté

Dialogue entre Joani Hocquenhem et Métie Navajo sur Radio libertaire dans l’émission spéciale « Terre et Liberté » du 20 juillet 2009. Joani Hocquenheim écrivain et cinéaste a beaucoup écrit sur le peuple mexicain. Son commentaire sur le livre de du livre de Métie Navajo, L’ailleurs mexicain, chroniques d’une indienne invisible, aux éditions L’Esprit frappeur n’en a que plus de valeur. Ecoutez le. Vous entendrez aussi Métie Navajo développer le thème de l’invisibilité, celui que l’on retrouve dans le sous-titre du livre.

Sur Publico :
L’ailleurs mexicain...

Sur Amazon :
L’ailleurs mexicain...

Le blog de Métie Navajo : nomsdefleurs


[2ibid.

[3constituée à partir d’éléments disponibles sur le Net. Information non communiquée par l’auteure

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