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L’intime radical

D 3 juillet 2007     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



C’est le moment d’être un peu absolu, et de rouvrir les Hymnes spéculatifs du Véda, par exemple Bénédiction des armes :
_
« Celui, proche ou lointain ou même
étranger, qui veut nous tuer,
que les dieux le détériorent !
La cuirasse est mon intime formule. »

Intime, du latin intimus, est le superlatif d’interior, intérieur, et signifie l’essence d’une chose, ce qui est inhérent à sa nature. On peut avoir une conviction intime contre toutes les apparences. Il paraît qu’il existe des amis intimes, et même que certains rapports le seraient. Pascal va même jusqu’à dire qu’on pourrait se trouver « dans l’intime de la volonté de Dieu. »
Tout cela nous paraît désormais douteux, voire violemment dépassé par le monde tel qu’il se fabrique : marchés financiers, publicité généralisée, indiscrétion systématique, perte de confiance globale, ommandos-suicides, Allah à tout faire, puritanisme ou pornographie, mauvais goût à tous les étages, bavardages, confusion, chaos.
Plus d’intime : bruit et fureur, escroqueries sentimentales, somnambulisme ambiant, mauvaise humeur, jalousie, envie. On ne s’entend plus, d’où le mot déjà ancien, mais pas assez médité, de Lautréamont : « La mouche ne raisonne pas bien, à présent. Un homme bourdonne à ses oreilles. »
« Trouver le lieu et la formule », disait Rimbaud. Oui, l’« intime formule ».
Cela exige une clandestinité, au moins égale à celle d’un terroriste en action.
On veut briser votre intimité ? Défendez-la les armes à la main. Armes mentales, bien entendu, sans cesse en alerte. Soyez invisible en plein jour, multipliez les leurres, jouez des rôles, cloisonnez, changez d’identité, ne soyez jamais à la même place, faites travailler vos ennemis, ne permettez pas à vos amis de devenir ennemis, méfiez-vous de tout le monde et d’abord de vous-même, ne croyez pas vos rêves, ne demandez surtout pas la définition de votre sexualité.
Fermez votre porte. Silence.

Lisez.
Dieu vous a oublié ? Tant mieux. Vous n’avez aucun rapport avec la police ou le milieu ? Encore mieux. La marchandise vous a lâché ? C’est parfait. Je vous permets d’écouter pour la centième fois la Fantaisie en ut mineur K475 de Mozart, dans l’interprétation de Friedrich Gulda. Soyez attentif à la main gauche. Imaginez que vous êtes au-dessus du piano, planant ou nageant.
Levez la tête.
Achetez une fleur.
Dormez bien.
Rouvrez les Hymnes spéculatifs, ils sont très frais par les temps qui courent :
« Ils entrent dans d’aveugles ténèbres,
ceux qui croient dans le non-devenir ;
et dans plus de ténèbres encore
ceux qui se plaisent dans le devenir. »
Vous préférez une Upanishad du yoga ? La méditation parfaite ? Libre à vous :
« Le Son qui ne sonne pas
parce qu’il est au-delà du son,
l’adepte qui le trouve
est délivré du doute. »
Voilà. Tout le reste est littérature.

Philippe Sollers
in L’Infini N°79, Eté 2002




Les Upanishads du sanskrit upa, déplacement physique, ni, mouvement vers le bas et shad, s’asseoir, soit littérallement « venir s’asseoir respectueusement au pied du maître pour écouter son enseignement ». Spéculations philosophiques qui éclairent le texte auquel elles se réfèrent, chacune se réclamant d’une partie du Veda.
Crédit : Wikipedia

Fantaisie en ut mineur K475 de Mozart

*

Les Hymnes spéculatifs du Véda sur

Mozart et Friedich Gulda sur

La nébuleuse Cat’s eye sur le site de la Nasa

oOo



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