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D 13 avril 2007     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


La Bibliothèque n’est pas en cours de destruction, c’est nous qui sommes en destruction par rapport à elle. Ecrire et lire sont comme deux fonctions s’éloignant de plus en plus l’une de l’autre : tout le monde se croit capable de la première (d’où le nombre des prétendants), mais personne ne s’imagine capable de la seconde (et pourtant, il est facile de constater à quel point la misère de la lecture s’accroît.

Philippe Sollers

In préface de Pourquoi lire les classiques ?, Italo Calvino, traduit de l ?italien par Jean-Paul Manganaro, Editions du Seuil, 1993- collection Points, 1996,

Sur le thème Ecrire et promo, on peut aussi lire cette entrée dans son journal du mois de janvier 2006 :

ECRIRE est, du moins pour moi, une joie constante, publier est une autre affaire. On va sur le terrain, on s’agite, on est réduit à quelques phrases, presque toujours les mêmes, on passe d’un plateau à l’autre, d’un studio à l’autre, d’un journal à l’autre, d’une indifférence plus ou moins bien dissimulée à l’autre, beaucoup de taxis, d’embouteillages, de courses dans les couloirs, c’est amusant, crevant, consternant. Pas de quoi se plaindre, c’est le jeu, il a ses bons moments de rire intérieur. Pour équilibrer la déperdition d’énergie qui s’ensuit, j’ai ma méthode. Avant de plonger dans le spectacle, lecture de livres les plus difficiles possible, par exemple un peu de Hegel, La phénoménologie de l’esprit : « La mort est ce qu’il y a de plus terrible et maintenir l’ ?uvre de la mort est ce qui demande la plus grande force. » Voilà de quoi tenir le coup, lorsque à une heure très tardive il faut expliquer en une minute, devant les caméras, ce que Nietzsche entendait par « Eternel Retour ».

L’animateur s’en fout éperdument, il a fait donner, juste avant, une pseudo-critique littéraire débraillée pour stigmatiser, de façon confuse, ma « misogynie », la seule chose qui compte est de savoir si la couverture du livre est bien passée à l’antenne. Oui ? Alors tout va bien.

A part quelques injures rituelles, les articles sont plutôt très bons, avec, parfois, une couleur un peu paternaliste qui me plaît et me rajeunit.

Quand j’étais au lycée, mon professeur de français, un bon vieux gros communiste qui me reprochait de préférer La Fontaine à Paul Eluard, me donnait une bonne note en dissertation, non sans me dire chaque fois : « Ne soyez pas trop content de vous. » Je retrouve avec délice cette tonalité de dérision et de tendresse jalouse sous la plume de Patrick Besson :« Sollers explose de contentement de soi. Chacune de ses pensées le ravit et tous ses raisonnements l’enchantent. Quant à ses phrases, il est tellement content de les avoir écrites qu’il doit se faire, la nuit, plein de bisous sur les mains. » Ici, question : comment Patrick Besson a-t-il eu connaissance de ce détail intime ? Ai-je été trahi par une de mes anciennes amies, surprise de me voir soudain, à trois heures du matin, m’embrasser les mains avec effusion ? Non, Besson est seulement un bon écrivain, donc il a un don de voyance. C’est vrai, je l’avoue, je me fais souvent des bisous sur les mains la nuit. Elles le méritent, ces pauvres mains de forçat de la littérature. C’est ma petite prière dans les ténèbres, ma pilule de philosophie



Italo CALVINO (1923- 1985) :

Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : « Je suis en train de le relire... » et jamais : « Je suis en train de le lire »

Toute relecture d’un classique est une découverte, comme la première lecture.

Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire.

Et aussi :

Alors qu’on préparait la ciguë, Socrate était en train d’apprendre un air de flûte. A quoi cela servira-t-il ? lui demande-t-on. - A savoir cet air avant de mourir.

Italo Calvino partage avec Sollers une érudition hors pair et l’intelligence de savoir la distiller à l’intention de ses lecteurs, à doses tolérables par tous. Sauf des allergiques ! Autre contre-indication possible : effet d’accoutumance. On peut y prendre goût.

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écriture Préfaces Calvino (Italo) Bibliothèque