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Clausewitz

De la guerre

D 14 mai 2006     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le mot guerre fait partie du vocabulaire sollersien (cf. sa Guerre du Goût) ainsi que les références à Clausewitz. Sollers le secret, Sollers l’ancien maoïste révolutionnaire, Sollers le stratège en font même un art de vivre.
Voici quelques références à Clausewitz, dans ses écrits. Le dernier en date est dans son Journal du mois (Journal du Dimanche du 30 avril 2006)

Clausewitz


Le De la guerre, de Clausewitz (1780-1831) est un chef-d’oeuvre, méconnu comme tous les chefs-d’oeuvre. En voici une édition abrégée, traduction de l’allemand et présentation de Nicolas Waquet [1]. Tentative unique en Occident pour penser le phénomène de la guerre ?
Mais oui. On connaît la phrase fameuse : « La guerre n’est que la poursuite de la politique par d’autres moyens. » Mais il faut entrer dans les détails de ce livre prodigieux de clarté et d’intelligence. Guy Debord l’aurait mis dans sa poche, tout en considérant avec un sourire la parution de ses propres Oeuvres dans la collection Quarto [2]. Il relirait une fois de plus ce passage : « Nous voyons donc que, dans le fond, l’absolu, la prétendue mathématique ne trouve aucune base ferme pour les calculs de l’art de la guerre. Dès le début s’y mêle un jeu de possibilités, de probabilités, de chance et de malchance qui court dans tous les fils fins ou épais de sa trame ; de toutes les ramifications de l’activité humaine c’est du jeu de cartes que la guerre se rapproche le plus. »

Voilà, le Quarto Debord, Clausewitz, vous avez vos lectures de base, vous entrez dans la véritable histoire du temps, le jeu, la guerre.
Clausewitz : « Si nous allons plus loin dans ce que la guerre exige de ceux qui s’y consacrent, nous rencontrons, dominante, la puissance intellectuelle. La guerre est le domaine de l’incertitude. Les trois quarts des éléments sur lesquels se fonde l’action flottent dans le brouillard d’une incertitude plus ou moins épaisse. C’est donc dans ce domaine plus qu’en tout autre qu’une intelligence fine et pénétrante est requise, pour discerner la vérité à la seule mesure de son jugement. » Clausewitz insiste sur le « coup d’oeil » et la « présence d’esprit » comme « capacité supérieure à vaincre l’imprévisible ». Et encore : « Répétons-le : une âme forte n’est pas une âme simplement susceptible de puissants élans, mais une âme capable de garder son équilibre dans les élans les plus puissants. Si bien que, malgré les tempêtes qui se déchaînent dans sa poitrine, son discernement et ses convictions conservent toute leur finesse pour jouer leur rôle, comme l’aiguille du compas sur le navire en pleine tourmente. » Et encore : « Il faut croire solidement à la vérité supérieure des principes éprouvés et ne pas oublier que, dans leur vivacité, les impressions momentanées détiennent une vérité d’un caractère inférieur. Grâce à cette prérogative que nous accordons dans les cas douteux à nos convictions antérieures, grâce à la fermeté à laquelle nous nous y tenons, notre action acquiert cette stabilité et cette continuité que l’on nomme caractère. »

Philippe Sollers, Le Journal du mois,
Le Journal du Dimanche du 30 avril 2006.


Le Secret (1993)

Rencontre avec Philippe Sollers, à l’occasion de la parution du livre.

Un titre bref, Le Secret...

Philippe Sollers [...] Secret au sens aussi d’art de vivre. C’est un art qu’il s’agit maintenant de défendre comme dans une guerre. Le secret de la défensive ne consiste pas simplement à parer les coups, mais suppose une grande activité. La défensive, au sens où l’emploie Clausewitz, est une activité intense. Elle ne consiste pas à se retirer dans des forteresses, dans des bunkers ou dans des vies privées. Il faut être partout et nulle part, c’est la dispersion des forces, le fait de former un bouclier avec des coups habilement donnés. Ça a l’air paradoxal, mais c’est en réalité le grand secret, méconnu, de l’art militaire.

© www.gallimard.fr

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La Guerre du Goût (1994)

« [...] Le livre de Sollers, son titre l’indique assez, se présente comme une machine de guerre. Citant Debord et Clausewitz, Sollers élabore une stratégie de défense guerrière « où la victoire n’est pas seulement plus probable, mais où elle doit atteindre la même ampleur et la même efficacité que dans l’attaque ». Dans cette optique, on voit que chaque objet particulier (il y en a une cinquantaine dans le livre) est le lieu et l’enjeu d’une bataille que Philippe Sollers, en habile tacticien, remporte le plus souvent avec brio. »

Jean-Michel Olivier
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La Guerre du Goût, l’arche de Sollers
La Guerre du Goût, Portrait de 1994
La Guerre du Goût, Le Quattocento Piero et Paolo


Eloge de l’infini (2002)

En exergue de son Eloge de l’infini cette citation du Houai-nan-tse (grand taoïste du IIe siècle avant J.-C.) : « Tout l’art de la guerre consiste à montrer de la faiblesse pour faire valoir sa force ; à se replier pour mieux se déployer au contact de l’ennemi. Vous vous dirigez vers l’ouest ? Faites semblant d’aller à l’est ; montrez-vous désunis avant de manifester votre solidarité. »
La tactique de Sollers est là, concentrée en trois phrases, dit même Olivier Le Naire dans L’Express du 05/09/2002
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[1Rivages poche

[2Gallimard

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4 Messages

  • anonyme | 23 mai 2010 - 23:27 1

    On peut se demander si cette philo consistant à dire que l’attaque est la meilleure défense n’a pas pour conséquence de valoriser les envieux... On voit bien que dans une confrontation, l’envieux est toujours celui qui attaque.

    Voir Rimbaud : le fort est bon.

    "Sérieuse furieuse"


  • Marie Gabrielle | 19 mars 2008 - 08:34 2

    L’areté, telle que vous la veillez, Viktor, est d’après moi ce qui se trouve être toujours "le plus sexy" (on le dit aujourd’hui - plutôt bien, de la tâche dite accomplie...), existentiellement parlant ou partant, certes, mais d’abord humainement.

    Pardonnez-moi Viktor, d’avoir (en le faisant encore ?) bien ri à la lecture de ce récit-version des chutes, au cri de la finalité. J’aime encore tant les toits d’ardoise... à cause du soleil de coins bleus, d’un ciel inoubliable.

    Grands dieux... pour l’épilogue ! Je préfère encore les géants, moi, Viktor - aux démons de papier, apprends à les compter. Ce qui souscrit, Viktor, à la fuite des morts, fait qu’au cours de la vie, un courant puissant s’adapte à la grandeur de l’âge, exigeant donc de la discipline, une certaine écoute, le bon vouloir et la vision unique de l’objet constant de notre désir.

    Je plongerai vers "c’est ici", Viktor... et, moi d’abord ?! Toutefois, oui, vous avez raison, je ne fais pas user que d’un langage de guerrière. Preuve en est la fin de mon "Livre de l’Anomalie", que je vous sers ici :

    " (...) L’anomalie... c’est moi : densité poids vérité du moi... solidité de roi.

    La gratuité du don empêche que nous perdions notre temps, l’espace auquel nous appartenions.
    Ce ne sont ni les mots, ni les idées, ni les ponts, ni non plus d’avoir raison, ni de percevoir la rançon - ni de comprendre votre jargon... ni de jouir de votre illumination !
    C’est l’amitié du rond pendant la reddition lors de la rémission.

    A la vie, à la mort - à ce panier d’erreurs et de déglutitions...
    A l’oubli de mon nom !".

    Vous m’avez soulagée, Viktor, en démontrant l’éventail de style... je vous en remercie, le plus généreusement.

    Voir en ligne : http://mariegabrielle.hautetfort.com


  • V.K. | 18 mars 2008 - 19:11 3

    Faut-il remonter aux Dialogues de Platon sur l’areté - entre son maître à penser Socrate et Ménon - pour comprendre vos propos ?
    _
    _ - Ménon : « Dis-moi donc Socrate, à ton avis, peut-on enseigner l’aretè ? »
    _ - Socrate : « C’est quoi, pour toi, l’aretè ? »

    _ ... Où Socrate brouille les cartes quand il donne des exemples de concepts géométriques simples « carré » (ou rond), justement pour faire prendre conscience à Ménon, que l’areté de l’homme n’est ni carré, ni rond. « Définir » l’aretè de l’homme, c’est se demander ce qu’est « être un homme », c’est énorme dirait Fabrice Luchini. Et l’important pour Socrate n’est pas ce que lui peut en dire, mais que ses lecteurs apprennent à penser par eux-mêmes et trouvent leurs propres réponses : le « connais-toi toi-même » de Socrate gravé au fronton du temple de Delphes, plus justement traduit par « apprends à te connaître toi-même », disent ceux qui se nourrissent de racines grecques.

    _ Même en ne me laissant pas leurrer par la simpliste beauté d’un rond, d’un carré - ou d’un triangle en fronton de Delphes, même en sachant que je me connais peu et donc connais peu, que le dialogue avec nos obsessions et l’inconscient est un sujet infini, je bats des bras au milieu de « ...l’essaim - donneur de brouille, oeil visqueux et mort vitale... mais l’ire récupérable. ». Au secours !
    _ ...Enfant, j’ai glissé sur un triangle d’ardoises en forme de toit. Sagesse de l’enfant qui apprends à se connaître soi-même ? Ardoises humides, glissade, tête en avant, les crochets des ardoises qui griffent les mollets. Un crochet plus vigilant qui stoppe la descente en enfer.
    _ Suspendu au croc comme un gibier de garenne... ou de potence. Là, pas de crochet, je dévisse. Au secooouuuurrrrrrrrrs...
    _
    _ Epilogue : Coma par surdosage serum antitétanique administré. Dose adulte, au lieu de dose enfant. Les adultes ont aussi le droit à l’erreur. Sortie de coma... J’ai vu l’ire récupérable . Je ne savais pas que c’était une ire. Vous me l’apprenez. Plutôt un délire, je crois. Long combat infini dans le tourbillon visqueux d’un puits de grand diamètre. Plutôt une citerne. En son centre, l’ ?il du tourbillon, dans son creux. Tournez manège ! Tourbillon infernal, sas de l’Enfer. Force d’aspiration de l’ ?il visqueux. Oui, il était visqueux. Combat pour ne pas être aspiré, maintenir la tête à la surface. Force centrifuge et centripède qui se combattent. Tournis, tournis, nausée, combat épuisant. Et ca n’en finit pas ! Hésitations entre état de coma et état de conscience...
    _ Mort vitale ? Ou vie mortelle ? La mort, l’autre face de la vie.
    _
    _ Postépilogue : je suis sorti du coma, et apprécie la beauté simple et parfaite d’un rond ou d’un triangle.
    _ Il semble aussi que le délire, ou la guerre, fût-elle contre des démons de papier, ne soit pas votre seul mode d’expression, si j’en juge par vos interventions sur d’autres blogs.
    _ ...La guerre, Clausewitz, c’était, faut-il s’en souvenir, le point de départ de votre réaction. Pour ceux qui veulent continuer avec Clausewitz, René Girard auteur d’un récent Achever Clausewitz vous en dira plus. C’est ici.

    —oOo—


  • Marie Gabrielle | 18 mars 2008 - 13:14 4

    Philippe Sollers, au dos donc... du Secret ?

    "Il faut être partout et nulle part, c’est la dispersion des forces, le fait de former un bouclier avec des coups habilement donnés.",

    A ne pas confondre avec l’essaim - donneur de brouille, oeil visqueux et mort vitale... mais l’ire récupérable.


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Mots-clés

La Guerre du Goût Eloge de l’infini Le Secret Debord (Guy) Clausewitz guerre Entretien