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Picasso et Le Déjeuner sur l’herbe (d’après Manet)

D 26 décembre 2006     A par A.G. - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1962-1963.
Zoom : cliquez l’image.


Ajouts 27-01-16 :
Photographies de l’exposition « ¡ Picasso ! » au musée national Picasso-Paris
Picasso à l’heure de Manet
Le Déjeuner sur l’herbe, histoire d’une oeuvre
Vincent Corpet revisite le Déjeuner sur l’herbe d’Edouard Manet
Ajout 18-07-16 : le Déjeuner sur l’herbe d’Edouard Manet

Manet, Le Déjeuner sur l’herbe

De Manet à Picasso. Présentation du musée d’Orsay


(durée : 6’08" — Musée d’Orsay [1])


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Picasso, Le Déjeuner sur l’herbe d’après Manet

« Quand je vois le déjeuner sur l’herbe de Manet
je me dis des douleurs pour plus tard ».
Picasso [2].

En 1960 à Vauvenargues, en 1961 et en 1962 à Mougins — il a 80 ans —, Picasso dessine ou peint des dizaines de Déjeuners ou de Déjeuners sur l’herbe, parfois plusieurs le même jour. Retour à Manet. Pourquoi ?

Philippe Sollers, dans PICASSO, le héros, nous l’explique :

Pourquoi aller déjeuner sur l’herbe chez Manet ? S’attarder au bordel avec Degas ? S’immiscer dans l’intimité de la famille royale, sous Vélasquez, à l’Escurial ? S’inviter dans le ménage de Rembrandt ? Pour voir. La nature se répète, la peinture jamais. Elle n’en finit pas de devenir autre chose.
Si je vais déjeuner chez Manet, sur l’herbe, c’est pour reprendre un bain de couleurs et de nus, mais, attention, en gardant mes distances. Plonger dans le blanc, le vert, la fraîcheur, oui, mais comprendre du même coup ce que fait cette grosse femme penchée dans le fond, là, en train de ramasser une fleur. Baignoire, baignade, modification des dimensions féminines, mimiques des corps, conversation impossible. Les voilà qui grandissent et s’effilent, les femmes, elles, défient l’observateur qui devient un sorcier, la situation l’y oblige. Manet a inventé un paradis avec de drôles de houris. Avec Picasso, le revoici, au carré, au cube.

Brassaï compare un manuscrit de commande de couleurs de Picasso aux voyelles de Rimbaud. Pourquoi pas ?

« Blanc permanent
d’argent
Bleu céruléum
cobalt
Prusse
Jaune cadmium citron (clair)
de strontium
Laque de garance bitume
bleue et brume
violet bleu
Noir d’ivoire
Ocre jaune et rouge
Outremer clair et foncé
Terre d’ombre naturelle et brumée
Rouge persan
Terre de Sienne naturelle et brumée
Vert de cadmium clair et foncé
Vert émeraude
Japon clair et foncé
Véronèse
Violet de cobalt clair et foncé
 »

Finalement, la seule trame de l’action s’appelle le peintre et son modèle. Qui est la cause, qui est l’effet ? Est-ce lui ? Est-ce elle ? Les paris sont ouverts. De quel côté la fascination va-t-elle jouer ? La contorsion se nouer ? Déjeuners, étreintes, affrontements directs ou distanciés, la question reste la même, perpétuel retour différent dans l’écoulement du temps. Nous ne sommes pas dans l’éternité et le peintre suscite, avec un glaive nu, son siècle épouvanté de n’avoir pas connu qu’Eros triomphait dans cette main étrange. Les coups de pinceaux abolissent le hasard : la vie des dieux brille.

On était parti du bordel d’Avignon traité à Paris, au début du siècle, dans la clandestinité : faux titre, fausse adresse. Interdiction de révéler qu’on est dans une ruelle de prostitution à Barcelone [3]. Mais on réalise malgré tout la prophétie puisqu’on revient, en pleine gloire, faire scandale à Avignon [4] en foutant un bordel mémorable dans la peinture : Alpha, Oméga.

De même qu’il fallait oser l’équation : « ça pleure, et il y a une femme dedans », de même, ici, on peut entendre : « ça baise, et il y a un couple dedans. » La relativité restreinte ouvre sur la relativité généralisée. La physique emprunte ses nouvelles lois gravitationnelles. Qui trop embrasse bien étreint. Rien ne sert de partir, il faut courir à point. On a envie contre la levée de boucliers des dévotes et des dévots et, devant l’incroyable tollé indigné ou gêné des cléricaux de tous bords ayant accueilli ces tableaux, de parler comme Eschyle du « rire ensoleillé des dieux ».

Ils sont là, en effet, dieux et déesses, copulant ou se reposant, s’embrassant et s’embrassant, mousquetaires et danseuses, sous la tonnelle ou sur un banc.

Philippe Sollers, PICASSO, le héros , Editions Cercle d’art, 1996, p. 100, p. 109 [5].



1960, Vauvenargues.

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27-02-1960
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28-02-1960
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28-02-1960
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04-03 au 30-07-1960
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03-03 au 20-08-1960

05 mars 1960. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

1961, Mougins.

17 mars 1961. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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19-04-1961
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17-06-1961
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18-06-1961
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10-07-1961
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13-07-1961
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10-08-1961

12 juillet 1961. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.


Picasso est mort le 8 avril 1973 à Mougins. Il est enterré, sous l’herbe, dans le parc du château de Vauvenargues.

En 1962, Marcelin Pleynet intitulera la première partie de son recueil Provisoires amants des nègres : « Le petit déjeuner sous l’herbe ».

*

PS : A noter que c’est en 1959 que le cinéaste Jean Renoir — fils d’Auguste Renoir — a réalisé, lui aussi, son Déjeuner sur l’herbe (film prémonitoire sur beaucoup de points [6]).

*

Exposition « ¡ Picasso ! »

Musée national Picasso-Paris, le 20 janvier 2016.


Picasso. Carnet 50 : le buste des 4 personnages. Vallauris, 26-29 juin 1954.
Crayon graphite, crayon cire, crayon feutre sur papier. 8 feuillets.
Zoom : cliquez l’image.



Picasso. Le déjeuner sur l’herbe d’après Manet.
Vauvenargues, 3 mars - 20 août 1960. Huile sur toile. Zoom : cliquez l’image.



Picasso. Variations sur Le déjeuner sur l’herbe d’après Manet.
Mougins, 4 juillet 1961. Linoléum gravé à la gouge. Plateau principal 1er état.
Epreuve d’artiste sur papier vélin filigrané. Galerie Louise Leiris 1963.
Zoom : cliquez l’image.



Picasso. Le déjeuner sur l’herbe d’après Manet.
Mougins, 13 juillet 1961. Huile sur toile. Huile sur toile. Zoom : cliquez l’image.



Picasso. Le déjeuner sur l’herbe d’après Manet. I.
Mougins, 26-30 janvier 1962. Linoléum gravé à la gouge. 1er état. Epreuve gravé sur papier.
Rehaussé aux crayons de couleur. Zoom : cliquez l’image.



Picasso. Le déjeuner sur l’herbe d’après Manet.
Mougins, 30 janvier 1962. Huile sur toile. Zoom : cliquez l’image.



Picasso. Le déjeuner sur l’herbe d’après Manet.
Mougins, 17 juin 1962. Pastel gras et crayon graphite sur papier.
Zoom : cliquez l’image.

Photos A.G., 20 janvier 2016 (Nikon, sans flash).

Et, pour (ne pas) finir, cette gravure réalisée par Picasso le 5 avril 1970, à quatre-vingt-neuf ans, trois ans avant sa mort...


Picasso, Peintre cul-de-jatte dans son atelier peignant “Le déjeuner sur l’herbe”.
Gravure, 5 avril 1970. Zoom : cliquez l’image.



« La fin du tête-à-tête Picasso-Manet se situe peut-être dans une gravure intitulée Peintre cul-de-jatte dans son atelier peignant le "Déjeuner sur l’herbe" datée 5 avril 1970. Picasso a quatre-vingt-neuf ans. Son peintre n’est pas âgé mais il est diminué. Il ressemble toujours au "Causeur" des tableaux de 1961 mais il s’est projeté hors de la toile. A sa gauche, une femme (Jacqueline) se tient alignée le long du tableau. Tous deux regardent la composition. Victorine Meurent s’y abandonne dans les bras de son voisin (habillé). Le "Causeur" (habillé), désabusé, observe une poseuse nue que Manet n’avait pas imaginée.
La baigneuse du fond s’est éloignée. Le "Causeur" ne domine plus la situation, le peintre non plus. Les personnages et la peinture ont pris le pouvoir. Ultime chahut que Picasso impose à Manet. Et à travers Manet, à Giorgione, à Raphaël et à Marcantonio Raimondi et à Cézanne. A toute la peinture en somme. » (Musée d’Orsay).

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Picasso à l’heure de Manet

RTF, JT 20h, 28 juil. 1962

Adam Saulnier commente les dessins et peintures publiés dans un double album aux éditions du "Cercle d’art", des variations de Pablo Picasso sur le tableau "Le déjeuner sur l’herbe" de Manet, en présence de l’éditeur Charles Feld.

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DOCUMENTS

Le déjeuner sur l’herbe, histoire d’une oeuvre

Documentaire réalisé par Thomas Boucher et Anais Hatchane pour les étudiants en Histoire de l’art de Bordeaux III.

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Vincent Corpet revisite "le Déjeuner sur l’herbe" d’Edouard Manet

Réalisation Olivier Taïeb
Montage - Julien Roland
Musique - Igor Stanislas
Moyens technique : Loca-Images
Production - Noir Bleu Productions
Remerciements - Patrick Evra / Daniel Goriounov


Vincent Corpet " le Déjeuner sur l'herbe" d...

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« Le déjeuner sur l’herbe » d’Édouard Manet

France Culture, Les Regardeurs, 19 juin 2016.

Rejetée par le jury du Salon de 1863, cette oeuvre est exposée par Édouard Manet sous le titre "Le Bain" au "Salon des Refusés" accordé cette année là par Napoléon III. Elle en constitua la principale attraction, objet de moqueries et source de scandale...

Aujourd’hui, nous observons ensemble le célèbre « Déjeuner sur l’herbe » peint par Edouard Manet en 1863 et refusé par le jury du Salon de cette même année. C’est une huile sur toile de 2,08 m de haut x 2,645 cm de large, conservée au Musée d’Orsay à Paris.

Avec Nadeije Laneyrie-Dagen, Professeure d’histoire de l’art à l’Ecole Normale Supérieure et l’artiste Ariane Michel.

*

[2Au dos d’une enveloppe de la galerie Simon, probablement en 1932.

[3Il s’agit des Demoiselles d’Avignon (printemps-été 1907).

[4Exposition Picasso au Palais des Papes d’Avignon en juillet 1970.

[5Les petites reproductions des Déjeuners sur l’herbe suivantes ont été prises sur le site artcyclopedia.com. D’autres tableaux figurent dans le livre de Sollers.

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