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Les vitraux de Soulages à Conques ou de l’outrenoir à l’outrelumière

L’exposition Soulages au Louvre

D 21 janvier 2020     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« Mon noir, c’est celui dont vient la lumière »
Pierre Soulages

« En art tout est métaphysique »
Pierre Soulages

C’est au début des années 2000 que j’ai découvert, à la fois, l’abbatiale de Conques et Pierre Soulages, à travers les vitraux qu’il a conçus pour cet édifice roman, cistercien. Tandis que Soulages, est exposé au Louvre pour son centenaire, retour sur cette rencontre dont je conserve le souvenir marquant. Là, le maître de l’outrenoir a fait vibrer la lumière d’une autre façon :

« L’outrenoir de Soulages bascule à Conques
dans l’outremiel du ciel »
a dit le peintre François Rouan,

I - LE NOIR

Pierre Soulages, Peinture, 9 mars 2014
Acrylique sur toile — 57 × 81 cm
© Pierre Soulages — Photo : Vincent Cunillère
Courtesy Galerie Karsten Greve Köln, Paris, St Moritz

« Le noir est antérieur à la lumière. Avant la lumière, le monde et les choses étaient dans la plus totale obscurité. Avec la lumière sont nées les couleurs. Le noir leur est antérieur. Antérieur aussi pour chacun de nous, avant de naître, “avant d’avoir vu le jour”. Ces notions d’origine sont profondément enfouies en nous. Est-ce pour ces raisons que le noir nous atteint si puissamment ? Il y a trois cent vingt siècles dès les origines connues de la peinture, et pendant des milliers d’années, des hommes allaient sous terre, dans le noir absolu des grottes, pour peindre et peindre avec du noir. Couleur fondamentale, le noir est aussi une couleur d’origine de la peinture. »

Pierre Soulages

Le Noir, préface de Pierre Soulages


Peinture 324 x 362 cm, 1985 (Polyptyque A) et Peinture 324 x 362 cm, 1985 (Polyptyque E)
© Archives Pierre Soulages - ZOOM : cliquer l’image

Paradoxal que le maître du noir ait été le concepteur à Conques de vitraux blancs trannslucides aux propriétés spécifiques, résultat d’un patient travail de mise au point auprès des industriels et chercheurs du verre. Paradoxal ? Pas vraiment, si l’on note que tant pour ses tableaux que pour ces vitraux, ce qui guide l’artiste et unifie ses oeuvres : une préoccupation constante de la lumière et de ses effets.

Ces vitraux, une oeuvre devenue chef-d’oeuvre dont nous nous proposons de vous conter l’histoire.

Nota : Sollers adore le noir

L’Éclaircie célèbre la lumière du noir de Manet. Le portrait de Berthe Morisot au bouquet de violettes irradie le livre. Berthe tout habillée de noir mais solaire. « Noir vivant », le contraire du noir romantique et lugubre.


Edouard Manet, Berthe Morisot au bouquet de violettes, 1872
huile sur toile, 55 × 38 cm, Mudée d’Orsay.
ZOOM : cliquer l’image

Côté noir & ombre dans l’Eclaircie- (analyse lexicographique)

Un petit échantillonnage parmi les 93 apparitions du noir ou ses variantes

On dirait qu’elle est en grand deuil

« Je pense à toi en voyant le portrait de Berthe Morisot au bouquet de violettes, la future belle-soeur de Manet, que ce dernier a peint en 1872. On dirait qu’elle est en grlass=and deuil, mais elle est éblouissante de fraîcheur et de gaieté fine. Ce noir éclatant te convient. Ce que Manet a découvert dans le noir ? Le regard du regard dans le regard, l’interdit qui dit oui, la beauté enrichie de néant. »

Noir clair

« "Non, Suzanne, s’il te plaît, du Haydn !" Elle sait quelles sonates l’enchantent [Manet], celles qui sont pour lui un encouragement pour ses pinceaux. Énergie et délicatesse, ivresse de la raison, noir clair. Les bougies sont allumées, il y a un feu de cheminée et une carafe de vin sur la table, c’est la fête. »

Energie sombre

Sollers ne dédaigne pas une petite digression de vulgarisation scientifique :

« Résumons : la matière ordinaire de l’Univers, la seule visible, n’est que de 4 %. La matière noire, indétectable, représente 23 % de la masse totale du cosmos, et on l’appelle parfois matière exotique. Mais c’est l’énergie sombre qui défie la pensée. Cette force répulsive, dont la nature est inconnue, occuperait 73 % du contenu cosmique. C’est elle qui est responsable de l’accélération, commencée il y a environ 3,5 milliards d’années, de l’expansion de l’Univers

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II -DECOUVERTE DE PIERRE SOULAGES A CONQUES

C’est donc dans les années 2000 que j’ai découvert, à la fois, l’abbatiale Sainte Foy de Conques et Pierre Soulages, à travers les vitraux qu’il a conçus pour cette abbatiale, joyau de l’art roman, sur les chemins de Compostelle. Après une petite journée de marche, avec mes compagnons, nous approchions de notre étape du jour : Conques.


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Petite cité médiévale accrochée à flanc de mont très escarpé, en Aveyron, hors des grandes voies de circulation qui ont remodelé les territoires ruraux, laissant de côté quelques trésors anciens - certains oubliés que ces chemins nous font redécouvrir, mais celui-ci est mythique pour tous les marcheurs ou pélerins du chemin (nous nous qualifions plutôt de marcheurs, aimant la nature, les vieilles pierres, l’Histoire, la bonne chère quand c’est possible, et la convivialité des gîtes d’étape, mais un dicton du chemin dit : « on part marcheur et on arrive pélerin »). Par une journée ensoleillée de septembre, la haute façade en pierre ocrée nous apparaissait par petits pans entre les arbres feuillus d’un chemin caillouteux, en descente (c’est appréciable quand on marche depuis déjà sept heures).

Mais, il n’est encore que 16 heures et le soleil éclaire la façade. Sa majesté se révélera complètement lorsque nous atteindrons son parvis, via les contre-rues pavées. Façade étonnamment élancée pour une abbaye romane. Pointe déjà l’élancement qu’apportera le gothique, bien que l’édifice soit pleinement roman, pour notre goût et notre plaisir. Nous savons déjà que le lieu comporte deux grands pôles d’intérêt pour nous : …en tant que marcheurs, vient en pôle position : « l’hôtellerie », l’hébergement des prémontés qui jouxte l’abbaye où nous trouverons le gîte dans d’immenses dortoirs, et le couvert dans le réfectoire des prémontrés et en leur compagnie. Nous savons aussi que l’abbaye jouit d’une grande notoriété pour les vitraux que Soulages y a créés. C’est bien sûr notre deuxième priorité. Il y a aussi un troisième trésor à Conques : le trésor de Sainte Foy que nous n’avions pas placé dans nos priorités, mais nous le visiterons aussi avant de quitter les lieux.


Peinture 324 x 362 cm, 1985 (Polyptyque A) et Peinture 324 x 362 cm, 1985 (Polyptyque E)
© Archives Pierre Soulages - ZOOM : cliquer l’image

LES VITRAUX DE PIERRE SOULAGES A CONQUES

A notre entrée dans l’abbaye, nous sommes saisis par la hauteur de la travée centrale.

La deuxième chose qui nous frappe c’est le dépouillement absolu, dans l’esprit cistercien prôné par Saint Bernard. Et ce dépouillement dans une forêt de colonnes élancées vers le ciel, sied bien au lieu et propice à révéler le sacré qui baigne dans ce lieu et auquel concoure indirectement ces vitraux à l’étrange clarté diffuse qui se révélera changeante selon l’heure du jour, l’inclinaison su soleil, ces vitraux en verre non coloré et translucide prenant même des nuances pastel – « l’outremiel du ciel » selon la formule du peintre Francis Rouan - en fonction de l’éclairage extérieur.


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Lorsque notre regard va vers ces vitraux, outre la lumière, c’est le dessin des plombs qui capte le regard : une rythmique tendue faîte lignes inclinées, légèrement incurvées, variations dans ces lignes, dans leur inclinaison, entre des barlotières, traverses horizontales marquées, rompent subtilement la verticalité de l’édifice. C’est épuré, harmonieux, c’est simplement beau ! En parfait accord avec l’abbatiale Sainte Foy et sa sobre esthétique romane et cistercienne.


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Toute l’intelligence de l’artiste a consisté à savoir établir une filiation moderniste avec la sobre esthétique romane, par la création d’un verre microbillé capable de produire une opalescence à l’intérieur même de sa matière, et de tendre ainsi un double miroir à l’extérieur et à l’intérieur de l’édifice.

La splendeur de cette vitrerie modeste participe de son pouvoir à diffracter les différentes couleurs du spectre. C’est radical, élégant et en harmonie en tout point avec le matériau constructif de l’abbatiale. Les couleurs des schistes, des lauzes viennent se confronter aux sanguines, aux violines ou aux orangés du couchant... Comme sur ses tableaux, l’outrenoir recueille l’empreinte des creusements du plan par la brosse et le couteau, mais ici les gestes et leur action d’empreinte sont confiés à la puissance du ciel.

François Rouan
Le Un, hors série Soulages au Louvre

COMPLIES DANS L’ABBATIALE

Un autre moment privilégié, à ne pas manquer, dans cette abbatiale : l’office de complies, le soir à 20H30. Le frère Jean-Daniel était à l’orgue ce soir-là : la musique et la couleur de jeux de lumière animée sur la pierre et l’édifice conféraient une nouvelle perception du lieu. Une veillée son et lumière ! Il y avait de la féérie et de la magie dans cette abbatiale. Mirage ? Effet du chemin ? Effet de l’esprit des lieux où depuis des siècles se sont succédés les pélerins. Nous marchons dans leurs pas. L’office se termine d’ailleurs par leur bénédiction. Reste le souvenir d’un moment privilégié, hors du temps dont on sait déjà qu’il est le résultat d’une alchimie fugace, non reproductible à la demande. Mais il a été éprouvé par d’autres :

Frère Jean-Daniel au grand orgue de l’abbatiale

« Au son de l’orgue, la nef,
fine comme un lys, semble
grandir vers le ciel.

La perfection de l’architecture,
les volutes de la musique,
les jeux de lumière dansant
sur la pierre et les vitraux de Pierre Soulages :
l’instant est sacré. »
[d’après [lepelerin.com-https://www.lepelerin.com]


La nef centrale élancée de l’abbatiale

Sans oublier la grille du chœur de l’abbatiale, comme dédiée à pilefaceavec son motif spirale :


La grille du chœur de l’abbatiale

III - LA GENÈSE D’UNE ŒUVRE

« Conques est le lieu de mes premières émotions artistiques ». C’est la découverte de cette église, chef-d’œuvre de l’art roman occidental sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et près de sa ville natale Rodez, qui a déterminé son choix de se consacrer à la peinture :« Lorsque j’ai eu quatorze ans, c’est devant l’abbatiale de Conques que j’ai décidé que, seul l’art m’intéressait dans la vie (...). »

En 1986, après avoir refusé plusieurs projets pour différents édifices, Pierre Soulages accepte avec enthousiasme la proposition du ministère de la Culture de réaliser, dans le cadre d’une commande publique de la Délégation aux Arts Plastiques et de la Direction du Patrimoine, cent-quatre nouveaux vitraux pour l’église Sainte-Foy de Conques début, je n’ai été animé que par la volonté de servir cette architecture telle

« Dès le début, je n’ai été animé que par la volonté de servir cette architecture telle qu’elle est parvenue jusqu’à nous, en respectant la pureté des lignes et des proportions, les modulations des tons de la pierre, l’ordonnance de la lumière, la vie d’un espace si particulier. Loin de tout Moyen Âge reconstitué, imité ou rêvé, j’ai cherché, avec des technologies de notre époque un produit verrier en accord avec l’identité de cette architecture sacrée du XIe siècle et de ses pouvoirs d’émotion artistique ». [1]

AU SERVICE DE L’ARCHITECTURE

Une question de proportions

Pierre Soulages se trouve alors face à un immense défi : habiller de lumière l’un des joyaux de l’art roman, mondialement connu pour son architecture et pour son prestigieux Trésor d’orfèvrerie abritant notamment, la statue-reliquaire de sainte Foy.

L’artiste se livre d’abord à une analyse méticuleuse et objective de l’architecture « pour mettre en retrait l’affectivité liée aux souvenirs d’enfance ». Le plan massif de cette grande église à déambulatoire et chapelles rayonnantes, ses belles proportions, sa nef très élancée (une des plus hautes de l’art roman avec une élévation qui représente plus de trois fois sa largeur) confèrent au lieu une sensation d’harmonie et de calme, alliée à la douceur du modelé des colonnes engagées, alternant avec la fermeté des arêtes vives des pilastres et au caractère finement ciselé des pierres venues de trois carrières différentes : calcaire jaune, grès rose et schiste gris-bleu

L’importance de la lumière

Si l’église est petite (56 mètres de longueur), elle possède pourtant un nombre étonnant d’ouvertures (95 fenêtres et 9 meurtrières). Pierre Soulages note ainsi « l’importance de l’organisation de la lumière dans ce bâtiment ». C’est donc la recherche d’une qualité de lumière adaptée à cet espace qui va guider l’artiste dans ses recherches et ses travaux, de 1987 à 1994.

CRÉER LE VERRE, MODULER LA LUMIÈRE

« L’espace créé est tel que l’on n’a pas envie d’avoir le regard sollicité par l’environnement extérieur. Il me fallait donc trouver un verre qui ne soit pas transparent, laissant passer la lumière mais pas le regard (...). C’est ce qui m’a conduit à fabriquer un verre particulier, un verre à transmission à la fois diffuse et modulée de la lumière ».

Pierre Soulages.

Un patient travail de recherche

Pierre Soulages fait de longues recherches - près de 400 essais - au CIRVA (Centre International de Recherches sur le Verre et les Arts-plastiques) à Marseille en 1988, puis 300 autres essais au centre de recherche de Saint-Gobain Vitrage à Aubervilliers. Il obtient alors un matériau verrier nouveau, réalisé à partir de verre incolore.

Le résultat est un verre translucide et non transparent, traversé par la lumière mais opaque au regard : un verre à transmission diffuse de la lumière qui ne la produit pas par un effet de surface, mais par la manière dont sa masse est constituée. Cette modulation de la translucidité est la conséquence naturelle d’une répartition variée de menus fragments de verre, de grosseurs différentes, et de leur dévitrification partielle en cours de fusion.

« Ce qui m’a guidé, c’est la volonté de faire vivre la lumière en la modulant - ce que nous avons nommé ici l’outrelumière - et de créer une surface apparaissant comme émettrice de clarté, en accord avec le caractère de l’architecture et des pouvoirs d’émotion artistique ou sacrée qui lui sont propres ».

Paradoxalement, Pierre Soulages à Conques a fait le choix de verres dits blancs, c’est-à-dire incolores - qui respectent les longueurs d’ondes de la lumière naturelle - pour ses vitraux destinés à remplacer des panneaux historiés et polychromes mis en place après la seconde guerre mondiale.

L’ARTISTE LE MAÎTRE VERRIER : Pierre Soulages et Jean-Dominique Fleury

« C’est de la lumière et du matériau qu’elle traverse que devraient naître les formes et leur organisation ».

Généralement, le travail d’un artiste chargé de concevoir des vitraux consiste à réaliser des esquisses colorées remises au verrier qui interprète et transcrit sa pensée d’origine. Pour Pierre Soulages, « les vitraux ne pouvaient être la reproduction en verre d’une maquette née d’un procédé pictural quel qu’il soit ». À Conques, il ne fait pas acte de peindre ; après avoir examiné tous les verres industriels existants sans trouver ce qu’il désire, il décide de fabriquer son propre matériau.

Cette approche inédite dans la technique du vitrail entraîne aussi une profonde remise en cause du métier pour le maître verrier Jean-Dominique Fleury, chargé avec Pierre Soulages de la réalisation des vitraux de Conques : « Mon écriture était devenue prévisible. Soulages est venu la bouleverser par sa vision. Ce qui se passera au cours de ces trois années sera à chaque étape du travail, imprévisible, à la hauteur de la puissance de la charge du départ. Le résultat va nous dépasser, il va falloir repenser nos habitudes. Le matériau nous y contraindra par sa force ».

·


ZOOM : cliquer l’image

LA NAISSANCE DU CHROMATISME

Ici pas de polychromie : seule la volonté de faire entrer la lumière naturelle a guidé ses travaux. En installant un premier essai de vitrail avec le maître verrier Jean-Dominique Fleury, Pierre Soulages raconte leur surprise en découvrant comment d’une modulation des intensités de la lumière naissait un chromatisme.

« Lorsque vue de l’intérieur, une partie du vitrail est très lumineuse, elle apparaît plus bleutée que dans une partie voisine où l’intensité est moindre et d’un ton plus chaud. S’il y manque du bleu, c’est que celui-ci est reflété à l’extérieur. Dès lors, découvrant cette relation, j’ai conçu des vitraux en fonction de leur vue de l’intérieur et de l’extérieur. À l’intérieur, ils ne sont plus les surfaces noirâtres habituelles. Intérieur ou extérieur, nés de la lumière qu’ils reçoivent, ils sont ainsi en accord avec le bâtiment qui reçoit la même ».

L’ÉLAN DU GRAPHISME

Les lignes

Le matériau mis au point, la lumière produite et ses modulations ont été, autant que l’architecture, à l’origine du dessin des maquettes : « j’ai éprouvé le besoin de différencier le monde de la lumière et celui de l’opacité. Celui des baies de celui des murs [...]. Sans en prendre réellement conscience, j’ai instinctivement évité des redites formelles dans le dessin des plombs et des verres. J’ai préféré des obliques, plutôt fluides, c’est-à-dire légèrement courbes, plus ou moins tendues, cette tension le plus souvent dirigée vers le haut. Il n’y a pas d’orthogonales mais des lignes souples évoquant plutôt un souffle que la pesanteur. Elles accompagnent la modulation de la lumière sur toute l’étendue de la baie, dont l’unité n’est pas rompue par des contrastes ».

De la même manière, Pierre Soulages a supprimé la bordure habituelle des vitraux qui souligne généralement le contour des fenêtres ; il a souhaité ainsi garder la pureté et la puissance du dessin architectural de la baie, ce qui rapproche involontairement ces œuvres des premiers panneaux d’albâtre utilisés dans les églises avant l’emploi du verre.

Le travail sur les cartons

Le travail sur les cartons a débuté avec Jean-Dominique Fleury et Eric Savalli dans les ateliers de l’artiste à Paris et à Sète ; il s’est poursuivi dans l’atelier du maître verrier à Toulouse. Un procédé particulier a été utilisé : les plombs ont été dessinés avec un ruban adhésif noir de la même largeur qu’eux, appliqué sur une surface blanche et lisse de la dimension de la baie. Pouvant être déplacé de nombreuses fois, le ruban adhésif permettait, avec un contrôle visuel à distance d’arriver progressivement au trait juste. Jean-Dominique Fleury évoque ainsi « l’œil de Soulages dessinant à distance, dirigeant le tracé, les bandes de ruban adhésif se mettant en tension, en espacement, en rectitude sur le carton, donnant le noir, l’épaisseur, l’élan du graphisme ».

Les barlotières

Le cahier des charges demandait, entre autre, une remise en ordre des barlotières et un montage des plombs. Pierre Soulages a voulu que ces barres d’acier, indispensables pour rigidifier et soutenir le vitrail, « participent fortement à l’organisation plastique, tout aussi motivées par les rythmes choisis, ceux des plombs et des formes que par un rôle de soutien ». Elles ont été choisies horizontales et en nombre pair pour éviter qu’elles ne divisent la surface en son milieu. Lors de l’installation d’une baie témoin, Pierre Soulages et Jean-Dominique Fleury eurent la surprise de découvrir qu’elles correspondaient précisément aux emplacements des barlotières d’origine : le tracé de l’artiste coïncidait avec celui des constructeurs de l’édifice...  [2]

IV - L’EXPOSITON SOULAGES AU LOUVRE

Pierre Soulages, « peintre de l’outrenoir », est une figure majeure de la peinture non figurative, reconnue comme telle depuis ses débuts. Né le 24 décembre 1919 à Rodez (Aveyron), Pierre Soulages, qui continue de peindre aujourd’hui à un rythme soutenu, vient donc de fêter son centième anniversaire ! À cette occasion, le musée du Louvre lui consacre une exposition exceptionnelle dans le Salon carré, situé entre la galerie d’Apollon et la Grande Galerie et qui abritait jadis le Salon des Académies, jusqu’au 9 mars. Seuls Chagall et Picasso, à l’occasion de leurs 90 ans, ont bénéficié avant lui de telles retrospectives au Louvre.

V - LE MUSEE DE RODEZ ASSOCIE A LA RETROSPECTIVE DU LOUVRE

Le musée du Louvre a prêté plusieurs oeuvres au musée Soulages de Rodez, sa ville de naissance, pour un parcours inédit. Parmi elles le "Prince de Gudea" une statue de Mésopotamie.

C’est la pièce maîtresse de ce parcours inédit proposé au coeur de l’exposition permanente du musée Soulages de Rodez. Une statue originaire de Mésopotamie, datant de 2000 avant JC. Le prince de Gudéa est prêté par Le muséedu Louvre, comme d’autres antiquités, pourmettre en lumière les liens entre le peintre et les civilisations anciennes. A découvrir jusqu’au 12 avril 2020.

AUX SOURCES DU NOIR

Le Prince de Gudéa, notamment, a été sculpté dans de la diorite, cette pierre sombre qui n’est pas sans rappeler la teinte préférée du maître de l’outrenoir. "C’est la première fois que l’on confronte les oeuvres de Soulages avec ce qui pourrait être des sources. Le noir de Pierre Soulages, c’est ce noir de la diorite, trèsparticulier, qui à la fois absorbe et renvoie la lumière" explique Benoit Decron, le conservateur du Musée Soulages. "Et puis, l’oeuvre de Soulages va puiser des influences dans cescivilisations immémoriales".

"Pierre Soulages, le Louvre, etc..." , au Musée Soulages,Jardin du Foirail, Avenue Victor Hugo, 12000 Rodez -jusqu’au 12 avril 2020


VI - UNE REVUE DE PRESSE (EXTRAITS)

Le 1, hors série « Pierre Soulages », hiver 2019.Textes de Christian Bobin, Jochen Gerner, Alfred Pacquement, Lou Héliot, Claude Lévi-Strauss / Pierre Soulages, Fabienne Verdier, François Rouan, Maxence Collin. Photo de une, Richard Dumas.

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The Art Newspaper Édition Française Numéro 14, décembre 2019

L’intégrale pdf ICI

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Du noir à l’outrenoir

Alors que nous descendons vers l’atelier, je ne peux m’empêcher pour la énième fois de demander à Pierre Soulages ce qui l’a guidé vers le monochrome noir. Et il répond tout de go, comme si cette phrase datait d’hieralors qu’elle figurait déjà dans le catalogue de 1948 :« Une peinture est un tout organisé, un ensemble de relations entre des formes (lignes, surfaces colorées…) sur lequel viennent se faire et se défaire les sens qu’on lui prête ». De ses premiers goudrons sur verre jusqu’aux derniers et vastes polyptyques, il y a bien sûr le noir, mais celui-ci est diversement employé. D’abord pour inscrire des signes, des traces primitives. Au milieu des années 1950, il s’agit de coups de brosse ou de spatule étalant le noir, révélant des rouges, des bruns, des bleus, des blancs sous-jacents. Viennent ensuite les grandes calligraphies noires sur fond blanc des années 1970. Puis la période de l’outrenoir, le noir unique« aux textures lisses, fibreuses, calmes, tendues ou agitées qui, captant ou refusant la lumière, font naître les noirs gris ou les noirs profonds ». Mais comment expliquer la force de ces grands panneaux monochromes ? Comment la toile devient-elle vibration lumineuse ?« Le mot outrenoir,explique Pierre Soulages,permet de ne pas se limiter au phénomène optique, car voir les reflets sur une surface noire, c’est un phénomène optique. Celui-ci agit d’ailleurs sur la sensibilité, l’imaginaire de quelqu’un quand il aime un tableau. Alors j’ai trouvé qu’il fallait un autre mot que le noir lumière, que j’employais alors, et c’est à ce moment-là que j’ai pensé à outrenoir. Il s’agit de la réflexion de la lumière sur les états de surface du noir. »

L’intégrale sur Internet ICI

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Feuilleter ICI]

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L’article (pdf)

Différents enregistrements audio de Pierre Soulages dans « La Dispute » sur France Culture.

oOo

[1Crédit : d’après tourisme-conques.fr

[2}(Crédit : d’après [tourisme-conques.fr -https://www.tourisme-conques.fr/fr/conques/vitraux-de-soulages}

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2 Messages

  • Albert Gauvin | 25 janvier 2020 - 12:50 1

    Le livre a paru en novembre 2019 aux éditions Cercle d’art.

    Comment la création artistique de Soulages enrichit-elle notre recherche d’un sens, au coeur du visible, au coeur du monde sensible ? Quel processus de découverte, de connaissance, engage la peinture ? « C’est à travers ce dispositif, qu’Alain Badiou dialogue avec son contemporain, Pierre Soulages », annonce Wald Lasowski dans son introduction.
    Alain Badiou, philosophe aussi populaire que médiatique, a été captivé dès 1951 par l’artiste. En menant un entretien vivant et adressé à un large public, le jeune philosophe Aliocha Wald Lasowski permet de renouer avec une tradition des Éditions Cercle d’Art qui ont publié d’importants essais où un intellectuel croise un artiste : Bernard Noël / Zao Wou-ki, Philippe Sollers / Pablo Picasso, etc.
    Ne négligeant aucune période de la vie de l’artiste — tout en mettant l’accent sur les polyptyques Outrenoirs —, l’entretien permet de traverser l’oeuvre de Soulages en dialogue et en miroir avec l’histoire de la peinture, de Manet à Klein, du Tintoret à Malevitch, en passant par Mark Rothko, Jackson Pollock et Nicolas de Staël.
    L’objectif ? Montrer la continuité d’une oeuvre élaborée à partir d’une rupture. Comprendre la vitalité, la productivité et l’obstination d’une dialectique entre le noir et la lumière, entre le temps et l’espace, entre la matière et le reflet, entre l’unité et la multiplicité. Ou comment, en huit décennies de travail acharné, un peintre réinvente l’art de créer.

    Un livre de texte n’interdit pas une recherche de finition soignée : choix du papier, typographie, mise en valeur des visuels qui rendent la lecture à la fois aisée et attractive. (Editions Cercle d’art)

    LIRE AUSSI :
    Badiou Soulages
    Alain Badiou - Pierre Soulages, un peintre affirmationniste ?
    Soulages selon Badiou : Réinventer l’artiste par Aliocha Wald Lasowski (2014)
    Pierre Encrevé : Soulages le réfractaire (entretien, 2010)


  • Viktor Kirtov | 25 janvier 2020 - 11:54 2

    Un rare document (vidéo) où Sollers évoque Soulages. C’était le 30 mai 1996, dans l’émission Le Cercle de Minuit animé par Laure Adler

    C’était à l’occasion de la parution du 2e tome du catalogue raisonné du peintre Pierre SOULAGES et de l’exposition qui lui était consacrée au Musée d’art moderne de la ville de Paris, Laure ADLER recevait Pierre ENCREVE rédacteur du catalogue.

    Pierre ENCREVE présente l’oeuvre de SOULAGES puis Philippe SOLLERS intervient et explique que, comme BALTHUS, la peinture de SOULAGES témoigne de l’embarras à représenter la figure humaine au XXe siècle