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Où allons nous ? « Tout est accompli »...

Vargas, Dugain, Bilal, Haenel, Meyronnis, Retz, Autissier

D 7 mai 2019     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Plusieurs livres sonnent le tocsin : « tout indique que nous entrons dans l’âge de la fin », déclarent les trois mousquetaires de la revue Ligne de Risque dans leur dernier essai « Tout est accompli » paru en ce début de mai chez Grasset.

La dernière émission de « La Grand Librairie » du 1er mai était consacrée aussi à trois livres d’alerte, voire d’alarme, dans des formes différentes (essai, roman d’anticipation, bande dessinée) :

- « L’humanité en péril - Virons de bord, toute ! » le cri d’alarme écologiste de Fred Vargas

- « Transparence » : demain, tous immortels ? de Marc Dugain.

- « Bug, Tome 2 » de l’an 2041 de Enki Bilal

Cette activité littéraire convergente vient aussi se collisionner avec le rapport alarmant de l’IPBES - un groupe d’experts de l’ONU - : la biodiversité se meurt, nos modes de vie sont en sursis.

« La dette est colossale, le chômage explose, les attentats crépitent, les prisons sont pleines, les banques règnent, les lobbys médiatiques sont déchaînés, le climat est détraqué, l’hystérie, et sa voix saccadée, est à son comble, mais l’eau coule toujours sous les ponts, les arbres fleurissent, et, comme d’habitude, ma complicité est totale avec les oiseaux. Apocalypse ? Non, mutation et transmutation ».

Philippe Sollers
Centre, Gallimard, 2018

Un million d’espèces menacées d’extinction, des trajectoires économiques et politiques qui ne permettront ni d’atteindre les objectifs fixés pour 2020, ni les prochaines échéances... Voici quelques-unes des conclusions très inquiétantes du rapport sur la biodiversité publié par l’IPBES lundi 6 mai.

L’IPBES est à la biodiversité, ce que le GIEC est au climat : un comité de scientifiques du monde entier (pas moins de 150) réunis sous l’égide de l’ONU.
Nous ferons appel à Isabelle Autissier, présidente du WWF France pour nous commenter ce rapport.

Fred Vargas : « L’humanité en péril - Virons de bord toute ! »

(Editions Flammarion) :
Le cri d’alarme écologiste de Fred Vargas qui a laissé là, son genre favori le polar, pour reprendre sa casquette aussi de scientifique. Et quand François Busnel la présenta comme romancière, scientifique de formation, Fred Vargas réagit vivement : « Pourquoi de formation ? Je suis une scientifique de profession : 15 ans de pratique de la recherche ». Tout cela, pour justifier son essai. Pas une fantaisie : des faits scientifiquement étayés. Notre humanité est bien en péril.

Pladoyer vibrant, …trop ? François Busnel tenta plusieurs fois de la recadrer lui disant en substance : « Stop, votre plaidoyer devient contre-productif » Mais rien n’arrêtait son cri d’alarme. Je pensais alors au Cri de Munch.


Munch, Le Cri
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Sur le moment, je souscrivais au propos de François Busnel, car c’est vrai que ce cri était dérangeant tant nous ne voulons pas entendre ces propos catastrophiques. Nous nous bouchons les oreilles mais ces propos ont cheminé dans mon esprit et ce sont quelques uns de ses arguments, issus de son déluge de paroles qui ont fait mouche et que je retiens, une semaine après l’émission . Ils ont contribué, chez moi, à une. prise de conscience plus concrète de la gravité de la situation, le premier pas vers l’acceptation des changements de comportements nécessaires. "La maison brûle et nous regardons ailleurs" disait déjà Jacques Chirac, phrase qui lui avait été soufflée par Nicolas Hulot. Mais autant en emporte le vent, quelque dix ans après, le constat est â peu près le même. Même après l ’incendie de Notre Dame de Paris, qui nous rappelle opportunément que rien n’est immuable, trois semaines après, le grand émoi du moment est déjà recouvert du voile de la routine quotidienne, comme le toit de la cathédrale a été recouvert d’une bâche de protection, en même temps que cache misère..Et comme chez Tartuffe j’entends "Cachez ce sein que je ne saurais voir" ! .

Face à l’urgence climatique, Fred Vargas propose un manuel d’information et de survie.
Elle dresse un panorama de toutes les menaces qui pèsent sur la planète et met en avant des motifs d’espoirs, des actions innovantes et des idées simples pour agir, ensemble.

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Présentation de l’éditeur
« Mais bon sang, comment vais-je m’en sortir de cette tâche insensée ? De cette idée de m’entretenir avec vous de l’avenir du monde vivant ? Alors que je sais très bien que vous auriez préféré que je vous livre un roman policier. Il y a dix ans, j’avais publié un très court texte sur l’écologie. Et quand on m’a prévenue qu’il serait lu à l’inauguration de la COP 24, c’est alors que j’ai conçu un projet de la même eau, un peu plus long, sur l’avec de la Terre, du monde vivant, de l’Humanité. Rien que ça. »

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Marc Dugain : « Transparence » : demain, tous immortels ?

Marc Dugain imagine le monde tel qu’il pourrait être en 2060. Le romancier dépeint une planète sur laquelle règnent le contrôle et la surveillance généralisée. Avec « Transparence » publié aux éditions Gallimard, il signe un formidable roman d’anticipation, sous forme de critique de la révolution numérique et de ses dérives.

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Une femme transhumaniste prend le pouvoir pour sauver l’humanité. Elle promet l’immortalité à ceux qui adopteront une attitude éthique. Un récit glacial et effrayant.

En 2068, une société installée discrètement dans un fjord islandais annonce qu’elle a réussi à ressusciter une personne dans un corps minéral en conservant sa sensibilité, son esprit et son âme, mais en évacuant ses besoins physiologiques. La nouvelle provoque un krach financier mondial. Transparence, c’est le nom de la société, avait prévu le coup et vendu à terme des titres pour plusieurs milliards de dollars. Avec l’argent gagné, elle prend le contrôle de Google - et donc celui de la planète.

Cette histoire est racontée par la fondatrice et présidente de Transparence, qui s’est elle-même suicidée pour renaître dans un corps de pierre. Cela explique peut-être le ton glacial du récit. Française, née en 2018, d’un père écrivain qui a éveillé son esprit critique tandis que ses contemporains s’abêtissaient dans leurs miroirs technologiques, elle s’est sentie très jeune investie d’une mission : sauver l’humanité de l’idolâtrie consumériste qui ruinait la planète (Crédit : Le Figaro)

Présentation de l’éditeur

A la fin des années 2060, la présidente française de Transparence, une société du numérique implantée en terre sauvage d’Islande, est accusée par la police locale d’avoir orchestré son propre assassinat. Or au même moment, son entreprise s’apprête à commercialiser le programme Endless, un projet révolutionnaire sur l’immortalité, qui consiste à transplanter l’âme humaine dans une enveloppe corporelle artificielle. Alors que la planète est gravement menacée par le réchauffement climatique, cette petite start-up qui est sur le point de prendre le contrôle du secteur numérique pourra-t-elle sauver l’humanité ? Ce roman d’anticipation éblouissant nous dévoile le monde de demain pour mieux nous révéler celui d’aujourd’hui et mettre en lumière la plus grande révolution technologique de notre histoire.

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Enki Bilal : « Bug, Tome 2 » de l’an 2041

L’avenir de l’humanité à l’ère du numérique, c’est aussi ce qu’explore Enki Bilal. Le dessinateur revient sur notre plateau pour le tome 2 de sa bande dessinée « Bug » aux édition Casterman BD. Il interroge notre dépendance croissante au numérique, mais aussi les risques du transhumanisme et la folie des hommes dans leur course au pouvoir.

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Présentation de l’éditeur

Dans un avenir proche, en une fraction de seconde, le monde numérique disparaît, comme aspiré par une force indicible. Un homme, seul, malgré lui, se retrouve dans une tourmente planétaire. Détenteur de l’ensemble de la mémoire humaine, convoité par tous, il n’a qu’un seul but : survivre pour sauver sa fille.

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« Tout est accompli »

Présentation de l’éditeur
Dans quelle époque vivons-nous ? Tout indique que nous entrons dans l’âge de la fin : quand l’humanité vit entièrement sous la menace de sa disparition. De toutes parts, on sent croître l’emprise des réseaux numériques, l’intelligence artificielle décide pour nous et les transhumanistes promettent déjà les noces de la biologie et des algorithmes. La terreur nous saisit, de même que l’impossibilité d’agir.

Si ce livre nous fait voir la catastrophe qui vient, il ne nous laisse pas pour autant dans le désespoir. Devant cette nouvelle situation mondiale, il enseigne l’art de n’être ni sourd ni aveugle. Il ouvre une brèche où la plénitude devient accessible, car le sauf n’est pas hors d’atteinte. Et par là, surmonte le nihilisme de notre temps. »

Portant un regard neuf sur les trois derniers siècles qui ont accouché du nôtre, Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz dégagent les forces à l’œuvre dans l’Histoire. Une Histoire qui, sous son aspect strictement profane, laisse entrevoir une trajectoire cachée, une certaine « courbure du temps » qui trouve son origine dans les deux maisons d’Israël, l’Église et la Synagogue.

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Entretien animé par Josyane Savigneau sur RCJ

Entretien autour de "Tout est accompli », un essai à trois voix mais un seul texte (Y Haenel, F. Meyronis, V. Retz), tous trois Mousquetaires de la revue Ligne de risque.
Et aussi « La Solitude Caravage de Y. Haenel.

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Isabelle AUTISSIER, présidente du WWF France : « On ne peut pas survivre sur une planète qui serait un désert »

Par Julien Da Sois
cnews.fr, le 06/05/2019


Isabelle Autissier
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Pour Isabelle Autissier, l’une des solutions pour enrayer la perte de biodiversité serait d’interdire l’utilisation des pesticides. [Capture d’écran Vimeo - L’Atelier Transmedia]

Une nouvelle alerte pour la planète. Environ un million d’espèces sont menacées d’extinction, d’après un rapport sans précédent publié ce lundi 6 mai par l’IPBES, un groupe d’experts de l’ONU. Une étude capitale selon Isabelle Autissier, présidente du WWF France, car elle permet de mettre un coup de projecteur sur la biodiversité, souvent oubliée au profit du réchauffement climatique.

En quoi ce rapport sur la biodiversité est-il novateur ?

Il n’est pas très nouveau pour les associations de protection de la nature comme le WWF, puisque cela fait des années que nous alertons sur la perte de biodiversité. Par contre, il est assez inédit pour tout-un-chacun, qui ne se rendait peut-être pas compte de l’ampleur et de la gravité de ce phénomène.
Il touche en effet tous les espaces : marins, terrestres... L’IPBES parle d’un million d’espèces à risque sur les quelque huit millions qu’il y a sur cette planète. C’est alarmant, car chaque espèce permet d’en alimenter une autre. On a une chaîne qui est en train de se rompre.

Pourquoi la biodiversité est-elle essentielle pour l’Homme ?

Si vous respirez aujourd’hui, c’est parce qu’il y a du plancton et des arbres qui vous fournissent de l’oxygène. Si vous buvez de l’eau pur, c’est parce qu’il y a des organismes qui épurent les eaux à travers le sol. Si vous mangez, c’est parce qu’il y a des insectes et des oiseaux qui pollinisent les plantes. A tous les coins de rue, la biodiversité supporte la vie. On n’existe pas sans elle. On ne peut pas survivre sur une planète qui serait un désert.

Pourtant cette biodiversité paraît souvent oubliée...

Elle est le deuxième grand challenge de nos sociétés humaines aujourd’hui, avec le climat. Jusqu’à maintenant, elle était un peu le parent pauvre. Ce rapport va permettre de porter ce sujet au niveau international et des gouvernements, tout comme le grand sommet prévu l’année prochaine en Chine. Ce dernier doit être à peu près l’équivalent pour la biodiversité de la COP21 sur le climat à Paris en 2015.

Quel est le lien entre réchauffement climatique et perte de biodiversité ?

Par exemple, lorsque l’on coupe des arbres, c’est une atteinte à la biodiversité, mais aussi au climat, car la forêt aide à capturer les gaz à effet de serre. De même pour l’eau de mer. C’est le plancton qui fournit l’oxygène et, si sa quantité se réduit, la fourniture d’oxygène diminue. A l’inverse, le réchauffement climatique menace les espèces, car il modifie leurs milieux de vie.

Quelles sont les autres causes de disparition de la biodiversité ?

Aujourd’hui, ce qui affecte le plus la biodiversité, ce sont les méthodes d’agriculture industrielle, avec la déforestation, la surpêche, et l’utilisation des pesticides. En effet, celles-ci détruisent les habitats naturels des espèces.

Ce rapport peut-il provoquer une prise de conscience ?

Il s’agit du premier grand rapport de l’IPBES, qui est une organisation beaucoup plus jeune que le GIEC pour le climat. C’est la première fois que tous les scientifiques mondiaux qui s’intéressent à ces questions sont d’accord et produisent ensemble une étude. Cela devrait faire réagir les décideurs de manière importante.

Quelles solutions sont possibles pour enrayer ce fléau ?

L’une des solutions serait d’arrêter d’utiliser des pesticides. Certains endroits dans le monde le font, comme l’Etat de Sikkim en Inde, et cela marche très bien. On peut très bien utiliser la biodiversité pour les cultures. Les oiseaux consomment en effet énormément d’insectes, et aident donc à lutter contre les maladies des plantes. Mais si on tue tous les insectes, les oiseaux meurent de faim. Et s’il n’y a plus d’oiseaux, on est obligé d’utiliser encore plus de pesticides. On est dans un circuit nocif, mais on peut faire autrement.

Cela nécessite un véritable changement de mentalité et de modèle...

Pas tant que cela. Les pesticides sont une innovation qui a seulement quelques dizaines d’années, car elle est née après la Seconde Guerre mondiale à peu près. Aujourd’hui, il y a des modèles extrêmement précis et sérieux, qui montrent que, en utilisant seulement de l’agroécologie au niveau européen, on nourrirait mieux les humains, tandis que l’agriculture européenne continuerait à pouvoir exporter.

Les Etats sont-ils prêts ?

Visiblement pour l’instant non. On espère que ce rapport va les réveiller. Il y a des petites choses qui se font, mais les réponses ne sont pas à la hauteur des enjeux. Les Etats ont pourtant un rôle important à jouer, car ils sont prescripteurs et ont entre les mains la loi et l’argument fiscal. Ils peuvent encourager ou décourager la transition écologique avec leur politique.

Crédit : www.cnews.fr

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3 Messages

  • Viktor Kirtov | 13 juillet 2019 - 20:54 1

    Publié le 13 juillet 2019
    Atlantico.fr

    Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz publient "Tout est accompli" aux éditions Grasset. Dans quelle époque vivons-nous ? Tout indique que nous entrons dans l’âge de la fin. Le livre surmonte le nihilisme de notre temps. Les auteurs dégagent les forces à l’œuvre dans l’Histoire.


    Georg Heinrich Sieveking / d’après une gravure allemande de 1793. © Wikipedia
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    Avec Yannick Haenel, François Meyronnis, Valentin Retz

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    Le souverain établissait la communication entre ce monde et les mondes supérieurs : il était un pont entre Dieu et les hommes – celui qui fait le passage. Ainsi, quand la tête de louis XVI tombe dans le panier à 10 h 22, il ne s’agit pas seulement d’un meurtre, mais aussi d’un sacrilège. Avant de mourir, le roi tente de s’adresser à son peuple : « je meurs innocent – dit il – de tous les crimes qu’on m’impute, je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe pas sur la France. »

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    Selon l’ancienne conception, il n’y avait qu’un seul Roi – le Christ. Et si un roi de France a porté cela jusqu’au bout, ce fut Louis XVI, en acceptant de mourir en victime émissaire. Comme l’anthropologie nous l’enseigne, tous les trônes sont fondés sur la pierre sacrificielle, et la grandeur du dernier roi fut d’imiter en conscience celui qui a porté la couronne d’épines.

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    À bien y réfléchir, la République commence avec la décapitation du roi, qui est aussi une décapitation de Dieu. Quand Freud, un siècle plus tard, écrit dans Totem et Tabou que « toute société est fondée sur un meurtre commis en commun », il ne fait au fond que décrire ce qui s’est passé à Paris : le meurtre du Père par les Fils. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la place de la Révolution, où le roi fut guillotiné, a été rebaptisée au XIXe siècle place de la Concorde.

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    Dans un discours prononcé à la convention le 13 novembre 1792, Saint Just admet à sa manière que la République ne peut vivre que de la mort du Roi. « Pour moi – dit il –, je ne vois pas de milieu : cet homme doit régner ou mourir. » À ses yeux, on ne peut juger Louis, puisque ce serait appliquer la loi, donc un rapport de justice, et qu’il n’y en a aucun entre l’humanité et les rois. Ainsi Louis est il un « étranger parmi nous » – un « barbare » qu’il ne faut pas juger comme « citoyen », mais comme « rebelle » ; car il n’est « plus rien dans le contrat qui unit les Français » – sinon un « coupable de la dernière classe de l’humanité ».
    Extrait du livre de Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz, "Tout est accompli", publié aux éditions Grasset.

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  • Viktor Kirtov | 2 juillet 2019 - 19:26 2

    Bernard-Henri-Levy,

    La Règle du Jeu, 1 juillet 2019

    Erdogan, Henri Michaux, Yannick Haenel, Carlos Ghosn... Bernard-Henri Lévy fait la revue de l’actualité éditoriale et politique.

    Erdogan battu à Istanbul… Babis, Premier ministre de la République tchèque, conspué à Prague par une foule immense… Le Chinois Xi Jinping humilié, à Hongkong, par des manifestations monstres… Les cinq rois, un à un, vacillent. Ces régimes illibéraux, que l’on nous disait invincibles, tremblent sur leurs bases. Sans parler des élections européennes qui ont douché les espoirs des populistes et de Poutine. Les peuples sont aussi démocrates et ils n’ont pas dit leur dernier mot.
    Fin de mon « Looking for Europe ». Qui a dit : « un texte n’est jamais fini, il est juste définitivement inachevé » ?

    Mélenchon enlisé dans ses maladresses, ses contradictions, sa mégalomanie. Où ai-je lu : « la façon d’entrer dans une époque compte moins que la façon d’en sortir » ?
    Toute cette part de la gauche qui, notamment chez les écolos, reproche à Cohn-Bendit d’être devenu un agent du macronisme triomphant. Qui a le plus changé ? Lui ou cette gauche ? Ce libertaire conséquent, fidèle à l’internationalisme de sa jeunesse, donc viscéralement européen – ou les rebelles sans cause qui l’attaquent et qui, souvent, se confondent avec les populistes ?
    Il n’y a pas que l’effet de serre, la canicule, etc., qui soient toxiques. La bêtise l’est tout autant. Et, hélas, à longueur d’année.

    « Mystère Michéa. Portrait d’un anarchiste conservateur », aux éditions L’Escargot. Hemingway parlait des livres faits pour durer moins longtemps qu’une cuite ou un cigare. Nous y sommes.
    L’inverse. Un livre beau, important, échappant aux radars de la presse, des émissions littéraires, des machines à débattre, des réseaux dits sociaux et même des revues. C’est le cas de « Tout est accompli », de Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz. Merci à Cécile Guilbert d’avoir, dans une chronique de Libération , signalé ce silence impitoyable et tranquille. J’y reviendrai.

    […]

    Crédit : https://laregledujeu.org/


  • Viktor Kirtov | 19 juin 2019 - 19:15 3

    Chronique

    par Cécile Guilbert,
    La Croix, le 19/06/2019

    Voici un livre important, passionnant, engagé, qui concerne toutes les questions ravageuses de notre actualité babillarde alimentant la sourde révolte des peuples ? : inégalités sociales, précariat généralisé, cynisme oligarchique, pollution atmosphérique, malbouffe, terrorisme, crise identitaire, etc. Mais qui les pense à la fois de plus loin, de plus haut et plus originellement en les articulant à l’histoire scientifique et politique des Temps modernes, à la philosophie, à l’exégèse biblique, à la pensée juive et à la littérature.

    C’est un grand livre de métaphysique arc-bouté sur une pensée messianique puisant aux deux maisons d’Israël qui se veut aussi et surtout une parole de Vie, une parole indiquant la voie d’un saut et d’un salut, une issue spirituelle au nihilisme achevé par le croisement de la cybernétique et du marché qui ont complètement renversé l’ancien projet humaniste d’émancipation au profit du « Dispositif », cette infernalité qui, par la mise en réseaux planétaire, en est arrivée à absorber le temps, l’espace, la société, à aplatir le langage comme le réel ainsi que l’espèce humaine réduite à un bétail biologique algorithmé, constamment spolié par ce qu’on appelle aujourd’hui « l’économie de l’attention » et dont le destin « transhumaniste » doit désormais s’achever par les noces de l’intelligence artificielle et des manipulations génétiques qui font tant fantasmer les milliardaires de la Silicon Valley.

    Une étonnante digression sur la symbolique du nom de la marque Apple Écrit d’une langue précise, claire, dans un souci ouvertement pédagogique, ce livre dense qui entend se situer au-delà de la politique jugée caduque et dont le titre reprend l’une des dernières paroles du Christ – « Tout est accompli » – comporte de nombreux développements propres à susciter des conversations passionnées, des débats enflammés et même des polémiques ? : critique du progressisme tant scientiste qu’économique, analyse des Temps modernes et des Lumières comme résultant d’une formidable « insurrection à l’encontre du christianisme », de la Révolution française comme « gigantesque messe noire assortie d’innombrables et répétés sacrifices humains » digne des imprécations de Joseph de Maistre, de la conquête de l’Algérie par Bugeaud comme répétition de la guerre de Vendée, de la République et de la laïcité comme « sacré de substitution » ? ; dégagements passionnants sur la Shoah et les Gafa, examens critiques des best-sellers mondiaux de Yuval Noah Harari et Michel Houellebecq, relecture bluffante de Bel-Ami de Maupassant, etc.

    Crédit : La Croix-2019-06-19-1201029875#]