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Le Vatican et la Chine se rapprochent pour un cycle d’expositions

D 22 novembre 2017     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Le pape François sur les traces de Matteo Ricci ?

Dans un entretien de janvier 2008 avec François Jullien pour La Revue des Deux Mondes, Philippe Sollers évoquait la figure du célèbre jésuite Matteo Ricci, la première rencontre entre la Chine et l’Europe et celle, manquée, entre la Chine et Rome :

« La question mérite en effet d’être posée d’une rencontre qui aurait été possible, à ce moment-là, c’est-à-dire durant ce qu’on appelle bêtement la contre-Réforme et que j’appelle moi la révolution catholique, qui va se manifester par la splendeur esthétique de nouvelles formes qui surgissent à ce moment-là, en Italie, pays qui était très en avance sur le reste de l’Europe. Vous parliez d’altérité que les missionnaires ont rencontrée ; c’est là une question monumentale. La première chose que fera le grand jésuite missionnaire Ricci, qui a aujourd’hui sa tombe à Pékin, c’est d’apprendre le chinois. Il projettera le premier dictionnaire européen chinois, qui fait dans sa version longue une trentaine de kilos et qui est francophone ! [...] Comment ne pas sentir qu’on est confronté, avec la Chine, à une autre possibilité de pensée ? Pourquoi la rencontre qui aurait pu avoir lieu n’a pas eu lieu ? Parce que Rome n’a rien compris à ce qu’ont essayé de dire les jésuites [1]. » (je souligne)

Entre le 30 octobre 2009 et le 24 janvier 2010, une exposition sur Matteo Ricci était organisée au Vatican sur le thème « Entre Rome et Pékin ». En février 2010, une exposition se tenait à Pékin pour célébrer le missionnaire jésuite [2]. On ne pouvait pas cependant en conclure à un rapprochement entre la République Populaire de Chine et le Vatican qui, rappelons-le, n’ont pas de relations diplomatiques depuis 1951.

Négociations secrètes

Mais le pape François est un jésuite réaliste et tenace et il semble qu’un nouveau pas vient d’être franchi. Depuis 2014, des négociations secrètes ont eu lieu. Le 11 octobre 2017, le pape lui-même a annoncé une visite prochaine en Chine devant une délégation chinoise des « Disciples du Seigneur » (Congregatio Discipulorum Domini) en visite au Vatican et on rapporte qu’« en Chine, en marge du Congrès du Parti communiste, le haut responsable des Affaires religieuses louait le caractère amical du pape envers la Chine [3] ». « Le peuple chinois et son grand pays occupent une place importante dans le regard du pape François ouvert sur le monde », explique le père Federico Lombardi, dans un article récent de la Civiltà Cattolica, intitulé : « Vers une Église pleinement chinoise et pleinement catholique. La voie tracées par Benoît XVI et François [4] ». Va-t-on vers une normalisation des relations entre Rome et Pékin ? En tout cas, après « la diplomatie du ping-pong » initiée par Mao en 1971 avant le rapprochement entre la Chine et les États-Unis, prélude d’un bouleversement géopolitique mondial [5], « la diplomatie de l’art » est désormais à l’oeuvre. C’est en effet sous le signe de la Beauté que s’opère un rapprochement inédit entre la Chine et le Vatican.

Radio Vatican.

21 novembre 2017

Les Musées du Vatican et la Cité interdite organiseront au printemps 2018 des expositions communes à la fois au Vatican et en Chine, a annoncé le Saint-Siège le 21 novembre 2017.


Le secrétaire général du China Culture Industrial Investment Fund Zhu Jiancheng, et l’artiste chinois Yan Zhan. - AP.
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Une quarantaine d’œuvres seront échangées entre les deux institutions culturelles : parmi celles prêtées par le Vatican, 38 proviendront des antiques collections chinoises de son musée « Anima Mundi », une œuvre sera issue de la pinacothèque vaticane et une peinture du jeune artiste chinois Zhang Yan offerte au pape viendra complètera la collection.

Parmi les œuvres prêtées par la Chine, et qui seront exposées au printemps au Musée ethnologique du Vatican, se trouveront douze pièces de l’artiste Zhang Yan.

L’exposition prévue en mars dans la Cité interdite de Pékin voyagera ensuite dans quatre autres métropoles chinoises. « C’est la première fois que les musées du pape organisent une exposition avec les institutions culturelles en Chine », a relevé Barbara Jatta, directrice des Musées du Vatican.

« Je suis fermement convaincu que l’imminente "exposition sino-vaticane contemporaine" ouvrira un nouveau chapitre dans les échanges culturels entre le peuple chinois et le Vatican », a clairement affirmé Jiancheng Zhu, secrétaire général du le Fonds d’investissement industriel en Chine, lors de la conférence de presse au Vatican.

Mgr Paolo Nicolini, délégué administratif des Musées du Vatican, a lieu insisté sur l’art comme « lieu de rencontre et de connaissance, instrument de dialogue entre cultures et religions ».

Une nouvelle expression de la « diplomatie de l’art »

« La beauté est un véhicule extraordinaire pour dialoguer, sans crainte, sans barrières. Le beau est intemporel », a lancé Barbara Jatta, précisant combien ce projet s’inscrivait dans la « diplomatie de l’art » chère au Saint-Père, mise en application ces dernières mois, avec notamment l’exposition consacrée à « l’héritage de l’art russe, des icônes à l’avant-garde » que le Vatican accueillera courant 2018, ou encore l’exposition organisée en septembre dernier sur l’Église en Corée intitulée « Sur la Terre comme au ciel. Séoul et 230 années de l’Église catholique en Corée ».

Alors que la République populaire de Chine et le Saint-Siège n’entretiennent pas de relations diplomatiques, ces collaborations culturelles sont l’occasion d’établir des contacts informels et amicaux. « C’est un événement très important pour promouvoir la compréhension mutuelle et la confiance mutuelle », a précisé Jiancheng Zhu. L’artiste Zhang Yan présent lors de la conférence de presse, a ainsi lancé un appel pour que « la route de la Soie brille de nouveau ».

Un second point presse de présentation aura lieu cette fois-ci à la Diaoyutai State Guesthouse à Beijing le 27 novembre 2017, en présence d’une délégation des Musées du Vatican.

Radio Vatican

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Les Musées du Vatican vont exposer en Chine  : un rapprochement inédit

Nicolas Senèze, à Rome

Une double exposition commune, à la Cité interdite et aux Musées du Vatican, souligne le rapprochement inédit entre le Saint-Siège et la Chine.


Chambre de Raphaël, au Vatican.
Le pape attend de ses musées une « diplomatie de l’art ». / T. Pasquet/Signatures. Zoom : cliquez l’image.

Le Vatican et la Chine vont organiser au printemps 2018 deux expositions simultanées aux Musées du Vatican et à la Cité interdite de Pékin. Quarante œuvres du fonds oriental du Musée ethnologique iront en Chine pour un parcours qui les mènera à Xi’an, Xiamen, Shanghaï puis Pékin, tandis que 40 autres œuvres chinoises, principalement contemporaines, seront exposées au Vatican.

« C’est la première fois que nous organisons une exposition en Chine », se réjouit Barbara Jatta, directrice des Musées du Vatican pour qui « ce projet est le début d’une amitié commune ». « La beauté est un extraordinaire véhicule de dialogue », explique-t-elle, rappelant que «  la diplomatie de l’art est ce que le pape attend de ses musées ».

A lire Polémiques autour d’un éventuel accord entre la Chine et le Vatican

L’ambition d’une Église catholique « pleinement chinoise et pleinement catholique »

Le Saint-Siège n’ayant pas de relations diplomatiques avec la Chine, le Vatican a officiellement traité avec le China Culture Investment Fund, un fonds de 3 milliards de dollars, officiellement « non gouvernemental », mais lié à l’État chinois dont il constitue le fer de lance de la politique culturelle à l’international. Pour son secrétaire général Zhu Jiancheng, ces expositions devraient d’ailleurs « renforcer l’amitié entre la Chine et le Vatican et favoriser la normalisation des relations diplomatiques ».

Cette annonce arrive à un moment où Rome ne ménage pas ses efforts pour améliorer ses relations avec Pékin. «  L’histoire des relations entre l’Église et la Chine est riche mais aussi très tendue et complexe. Il est donc nécessaire de prendre le temps d’établir une relation de confiance », rappelait samedi 18 novembre le père Antonio Spadaro, directeur de la Civiltà cattolica, en présentant un livre édité par la revue jésuite sur « l’âme de la Chine ».

Début novembre, la revue, proche du pape et relue par la Secrétairerie d’État, présentait d’ailleurs un long article du père Federico Lombardi décrivant l’ambition d’une Église catholique « pleinement chinoise et pleinement catholique », même, affirmait l’ancien porte-parole de Benoît XVI, « au prix de quelques renoncements » réciproques.

La Croix, 21 novembre 2017.

LIRE AUSSI : En Chine, le pape veut « surmonter les divisions ».
A quand un accord entre le Saint-Siège et la Chine populaire ?.

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L’École du Mystère

« Catholique » veut dire « universel ». Une photo de l’article de La Croix montre de jeunes chinois dans la Chambre de Raphaël, au Vatican. La fresque représente La Dispute du Saint-Sacrement (selon Vasari) qui se trouve dans la chambre de la Signature (paroi ouest). Il s’agit plutôt du Triomphe de l’Église ou du Triomphe de l’Eucharistie [6]. La voici.


Raphaël, La Dispute du Saint-Sacrement, 1509-1510.
Photo A.G., Rome, 18 juin 2015. Zoom : cliquez l’image.

On retrouve la fresque de Raphaël dans le film L’École du Mystère, réalisé le 7 janvier 2015, juste après les attentats de Paris contre la rédaction de Charlie Hebdo, film dont je crois me souvenir que Sollers le dédia aussi aux catholiques chinois. Cela vaut bien une messe.

Philippe Sollers L'ÉCOLE DU MYSTÈRE

Musique : Haendel, Dixit Dominus
par John Elliot Gardiner
à la chapelle du château de Versailles
Monteverdi Choir
English baroque solists

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[6« En face de l’École d’Athènes, sur le mur correspondant à la Théologie se trouve la fresque de la Dispute du Très Saint Sacrement, que l’on pourrait appeler Triomphe de la Religion. Aux côtés de la Très Sainte Trinité (avec Dieu le Père, le Christ entre la Sainte Vierge et saint Jean Baptiste et le saint Esprit au centre) se dispose l’Église Triomphante, avec les patriarches et les prophètes de l’Ancien Testament alternés aux apôtres et martyrs, assis en hémicycle sur les nuages. Les personnages sont (de gauche à droite pour le spectateur) : saint Pierre, Adam, saint Jean l’Évangéliste, David, saint Laurent, Judas Maccabée (?), saint Etienne, Moïse, saint Jacques le Majeur, Abraham, saint Paul. Sur terre, au pied de l’autel sur lequel domine le très Saint-Sacrement, se dispose l’Église Militante. Les quatre Pères de l’Église latine sont assis sur des trônes en marbre près de l’autel : saint Grégoire le Grand (sous les traits de Jules II), saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin. Certains ont la physionomie de personnages historiques : le pape situé le plus à droite a les traits de Sixte IV (oncle de Jules II), Dante Alighieri est derrière lui, le religieux à l’extrême gauche est Fra Angelico. » Musée du Vatican.

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