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L’art de gouverner ou la domination mystique

D 7 juin 2017     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Emmanuel Macron. Han Fei Zi.
Zoom : cliquez l’image.


Après un silence qui a pu étonner les uns (j’en fais partie) et que d’autres ont pris pour une défection, voire une lâcheté (je l’ai lu), Sollers, de scoop en scoop, dont certains ne semblent pas avoir perçu la dimension ironique, nous livre ses illuminations vénitiennes sur les premiers pas de la présidence d’Emmanuel Macron (cf. Macron lacanien et Merci Trump !) :

Ne vous effrayez pas. En quelques gestes fondamentaux, le monarque républicain, porté par Hegel sans le savoir, suit son cours symbolique. Ne vous attardez pas, comme les arriérés du spectacle, sur le futur déjà très ancien du Front national, et l’avenir, plus que douteux, de Marion Maréchal Ferrand. La Révolution française, immortelle, est en marche. Je l’ai dit hier, en prévoyant, seul, et injustement critiqué à ce sujet, la transition énergétique chinoise. Elle est déjà portée, de façon libidinale sèche et technique, par des centaines de millions de Chinoises, que je salue ce soir.

Le Front National, force passéiste, appartient-il déjà, pour autant, au passé ? L’avenir le dira. Ceux qui ont voté contre ne regretteront pas d’avoir contribué à en réduire l’influence (onze millions de voix quand même) et à en précipiter les divisions internes. « République ou révolution : il faut choisir », pouvait-on lire il y a quelques semaines [1]. La République climatisée est en marche. Révolution, c’est le titre du livre-programme de son héraut. Deux fusionnera-t-il en un dans le meilleur des mondes ? Un se divise en deux, voilà un phénomène universel, et c’est la dialectique (vérifiable dans la totalité du champ politique). De Trump au terrorisme islamique, « la désolation de la négation règne partout [2]. » « Nous » n’en sommes pas encore au moment de la négation de la négation (« L’infini est la négation de la négation » / « le mouvement est la contradiction même, du fait même de son être-là [3] »).
Macron a bénéficié du rejet du FN et, d’emblée, en habile stratège, a imposé un nouveau style.

1. Jupitérien. Dans une interview à Challenges d’octobre 2016, Macron annonçait sans masque ce qui allait le différencier de son prédécesseur :

François Hollande ne croit pas au "président jupitérien". Il considère que le Président est devenu un émetteur comme un autre dans la sphère politico-médiatique. Je ne crois pas au président "normal". Les Français n’attendent pas cela. Au contraire, un tel concept les déstabilise, les insécurise. Pour moi, la fonction présidentielle dans la France démocratique contemporaine doit être exercée par quelqu’un qui, sans estimer être la source de toute chose, doit conduire la société à force de convictions, d’actions et donner un sens clair à sa démarche. [...]
C’est bien pourquoi le Président de la République, dans notre représentation collective, ne peut être tout à fait "normal". Quand il le devient, nous courons un risque politique et institutionnel, mais aussi un risque psychologique collectif, et même un risque pour l’efficacité de l’action. Le peuple français, collectif et politique, peut se retourner très vite parce qu’il est en attente d’un discours qui donne à la fois du sens et des perspectives. [...]
Une présidence de l’anecdote, de l’événement et de la réaction banalise la fonction. Ce type de présidence ne permet pas de se réconcilier avec le temps long et le discours du sens.

« Jupitérien : Qui tient de Jupiter, en a le caractère impérieux, dominateur » nous dit le Larousse. Jupiter, dieu romain, dieu des dieux, qui gouverne le ciel et la terre et tous les êtres...
A l’"hyperprésidence" de Sarkozy et à la présidence "normale" de François Hollande succéderait donc une présidence jupitérienne ?

2. Mystique. La République à bout de souffle avait besoin d’un sauveur, elle l’a trouvé. Ne cherchez plus d’où viennent certains élans mystiques populaires. "Emmanuel", dans l’Ancien Testament, est le nom par lequel le prophète Isaïe désigne le messie à venir. L’évangile de Matthieu précise : « Marie... enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. Or tout cela arriva afin que soit accompli ce que le Seigneur avait dit par le prophète : "Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous." » (1, 23).
Une biographe de Macron (Anne Fulda) nous donne cette information : « Emmanuel, "l’envoyé du seigneur", a demandé à être baptisé à l’âge de 12 ans et a connu une phase mystique. »

3. Philosophe. « Donc le genre humain ne mettra pas fin à ses maux avant que la race de ceux qui, dans la rectitude et la vérité, s’adonnent à la philosophie n’ait accédé à l’autorité politique ou que ceux qui sont au pouvoir dans les cités ne s’adonnent véritablement à la philosophie, en vertu de quelque dispensation divine. » (Platon, Lettre VII, 326a)
Un président philosophe ? Un philosophe roi ? Si la réponse est encore incertaine, voilà au moins une question qu’on n’aurait pas posée avec Sarkozy et Hollande, les prédécesseurs de Macron 1er. Interrogeant, avec une spécialiste du libéralisme et un biographe de Paul Ricoeur [4], l’maginaire intellectuel d’Emmanuel Macron, France Culture l’a fait.

4. Chinois. Un président jupitérien et philosophe ? Une domination que ne contredirait pas une certaine mystique ? Une autre tradition, non occidentale, pourrait inspirer Emmanuel Macron et sa volonté « de se réconcilier avec le temps long et le discours du sens ». Lors de sa visite en France, en 2014, le président chinois Xi Jinping a annoncé la montée en puissance de la Chine en citant Napoléon : « “La Chine est un lion endormi qui fera trembler le monde lorsqu’il s’éveillera.” Eh bien, le lion chinois s’est déjà éveillé, mais il est pacifique, sympathique et civilisé. » Après la poignée de mains virile (et soigneusement préparée) entre Macron et Trump, celle, ferme sans excès, entre Macron et Poutine à Versailles, celle, cajoleuse, entre Macron et Merkel (vous pouvez vérifier sur les photos), j’attends avec impatience la poignée de mains avec le « pacifique, sympathique et civilisé » — et redoutable stratège — Xi Jinping. « La partie chinoise invite la France à prendre part à la réalisation de l’initiative la Ceinture et la Route », a déclaré récemment le dirigeant chinois. En marche, donc, pour la Nouvelle Route de la Soie !

Mais qu’en est-il de l’art de gouverner en Chine ?

*

« Tous les ennuis du souverain viennent du fait qu’il cherche à faire comme tout le monde. »

­ Han Fei Zi.

« Le prince, s’il veut être prince doit donc être comme le Tao, le principe qui régit le cours des choses : impénétrable et vide et, par-là, totalement inhumain. »

­ Jean Levi.

Présentation de l’éditeur
Le Tao du Prince, qui réunit les oeuvres du philosophe chinois du IIIème siècle avant notre ère Han Fei, est l’un des textes les plus importants de l’histoire de la pensée politique chinoise et sans doute mondiale. Il a sa place à côté de ces classiques que sont la République de Platon, le Léviathan de Hobbes, Le Prince de Machiavel ou Le Contrat social de Rousseau. Le programme qu’il contient a été appliqué à la lettre par un empereur, Qin Shihuang, au IIIème siècle avant notre ère, sur un territoire aussi vaste que l’Europe. La traduction que l’on va lire est la première version intégrale en langue française des oeuvres de Han Fei.

Extrait.

Dangers des discours

Mon verbe est agréable et facile, mes périodes s’enlacent en tresses lustrées : on me reproche de sacrifier la forme au fond. Je me montre franc, honnête, mes mots sont frappés au coin de la droiture : on n’y verra que des propos incohérents et étriqués. Ma phrase ronfle, je multiplie les circonlocutions, j’use de paraboles et de comparaisons : ce n’est qu’un assemblage de formules creuses. J’opte pour un style dépouillé, je vais droit à l’essentiel : on me trouve tranchant. Je mets le doigt sur les petits travers des grands, je dévoile leurs arrière-pensées : on me taxe de médisance. J’expose de vastes desseins, je déroule des plans si lointains que nul ne peut les sonder : c’est de la hâblerie. J’entre dans le détail, je fais des comptes d’apothicaire et me voilà mesquin. Je sacrifie à la mode, je cherche à ne choquer personne : basses flagorneries dictées par la peur de la mort. Mes opinions tranchent sur celles du vulgaire, je m’élève au-dessus des contingences de mon époque : je suis un charlatan. J’ai de la verve, mes arguments frappent, mon style chatoie : littérature ! dit-on. Je néglige les artifices littéraires ; je m’attache au concret : je suis un rustre. J’ai à la bouche des citations classiques, je prends l’antiquité pour modèle : je suis un perroquet.

*

Pouvoir totalitaire chinois et despotisme démocratique

Jean Levi établit un parallèle inattendu entre la pratique autoritaire du pouvoir chinois et la théorie libérale du système de régulation du marché [5]...

LIRE : Jean Levi, La doctrine du légisme en Chine, à l’origine des théories du pouvoir fort

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A l’occasion de la publication du Tao du Prince, traduit par Jean Levi, Sollers s’interroge sur un fait étrange : la domination mystique.

La domination mystique

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Portrait de Han Fei

Han Fei a vécu en Chine au IIIe siècle avant notre ère, de 280 à 233. On sait peu de choses de lui, mais Le Tao du Prince, qui réunit ses oeuvres, est, nous dit Jean Levi, « un des textes les plus importants de l’histoire de la pensée politique chinoise et sans doute mondiale ». Il faut donc le placer à côté des classiques : la République, de Platon, le Léviathan, de Hobbes, Le Prince, de Machiavel, et Le Contrat social, de Rousseau. Rien de moins, et peut-être plus, en tout cas autrement. Voici donc la première version intégrale en langue française de ce monument. C’est un grand chef-d’oeuvre, il faut l’acquérir au plus vite, vous en avez pour longtemps à le lire et à le relire, comme si (à la différence des classiques précités) il venait d’être écrit. C’est très clair, très obscur, inspiré, fourmillant d’exemples et d’anecdotes, d’une vie et d’une crudité époustouflantes. Le livre tient dans votre poche, c’est une vaste compagnie de tous les instants. Son sous-titre dit l’essentiel : La Stratégie de la domination absolue. L’empereur Qin Shihuang a appliqué ce programme à la lettre, et on l’a vu ressurgir, tel un projet grandiose et fou, à la fin du règne de Mao. Les Chinois, faut-il le rappeler, n’ont jamais été russes. Ils viennent de beaucoup plus loin et profond. Le mieux serait de s’en rendre enfin compte.

Le plus difficile, ici, est de comprendre comment une école très rigide peut avoir la même pensée que celle de la libération absolue. Entre les légistes et les taoïstes, il y a complicité de principes. La loi poussée à son comble est la même chose que l’autonomie. Le Prince est tissé de la même étoffe que le saint. Il gouverne dans l’impersonnalité achevée ; l’autre chevauche le vent.

« Dans un monde où règne la paix absolue, la loi est comme la rosée du matin ; la simplicité primitive ne s’étant pas encore dissipée, il n’y a pas de ressentiment dans les âmes ni de récrimination sur les lèvres. »

Le meilleur gouvernement tend ainsi vers une sorte d’âge d’or sans cesse oublié ou perdu, non pas par fatalité mais par erreur. Le Prince se trompe sans cesse, il n’est pas assez éclairé, maître de soi. Les ministres l’abusent et le trompent. Quant à ceux qui tentent malgré tout de l’instruire, ils risquent leur vie. Dans les Dangers du discours, Han Fei trace un impressionnant catalogue de martyrs de la vraie loi. Prison, tortures, assassinats, découpages en morceaux, sont monnaie courante (et malgré sa haute sagesse, il semble que Han Fei lui-même ait été obligé de se suicider). Idéal presque jamais réalisé, le gouvernement suprême, qui sait répartir justement les châtiments et les récompenses (rien d’autre à faire), est un vide directeur, un secret sans secret, une manipulation souveraine parce qu’invisible :

« La législation atteint le degré suprême quand elle se montre capable de parvenir jusqu’à la pensée de l’acte ; elle est déjà moins parfaite quand elle s’emploie à réprimer les paroles ; et c’est le plus bas niveau du gouvernement quand seul l’acte est sanctionné. »

L’originalité de la pensée chinoise est de situer le Prince à un tel niveau qu’il devient inaccessible, ce qui permet de lui reprocher sans cesse de ne pas être à la hauteur. Il doit être comme le Tao : « calme, il s’étend sans espace ; mystérieux, nul ne sait où il loge ». Bien entendu, il sera le plus souvent humain, trop humain. Il a des parents, des concubines, des favoris, des mignons, des penchants, des appétits, et sa vanité est sans limites. On lui rappelle sa fonction transhumaine, mais le plus souvent sans succès. Pourtant, c’est très simple :

« La Voie du maître est de faire un joyau du retrait, de reconnaître les hommes capables sans s’occuper des affaires, de faire les bons choix sans dresser de plan. »

Le Prince n’a qu’à se contenter d’être là. Où, exactement ? On ne sait pas. Il est partout et nulle part, il sait tout, il surveille et espionne tout, personne n’échappe à sa pénétration et à son regard.

« Le Principe est dans l’invisible, l’Usage dans l’imprévisible. »

Confucius le disait :

« Le prince est comme un vase, le peuple comme de l’eau. Quand le vase est carré, l’eau est carrée ; quand le vase est rond, l’eau est ronde. »

L’ennui, c’est que cette ambition sublime est en général réduite à néant parce que le vase fuit. La moindre distraction, la moindre préférence sont déjà fatales. Les légistes sont ici d’accord avec Tchouang-tseu :

« Choisir, c’est manquer l’universel, de même qu’enseigner, c’est manquer la perfection. »

La perfection est dans le non-vouloir et le non-agir, et la loi s’applique d’elle-même. Loi au demeurant implacable, comme le mouvement des saisons. Le Prince, en effet, « fait coïncider noms et formes », responsabilité effrayante qui fait de lui une fonction de l’illimité. C’est pourquoi on ne doit jamais savoir ce qu’il pense, ni ce qu’il envisage d’accomplir :

« Un prince éclairé met tous ses soins à se montrer secret. S’il dévoile sa joie, sa bienveillance se partage ; s’il manifeste sa colère, son pouvoir se fractionne. Ne jamais communiquer ses propos, mais les entourer d’une barrière. Il est obscur, ne laisse rien voir. »

Han Fei le répète : le Prince doit « bannir toute opinion personnelle, ne se fier qu’à la loi universelle ». Dans ses Charades extérieures (et un peu partout dans sa Forêt des anecdotes), il est encore plus précis :

« Le souverain montre-t-il sa pénétration, qu’on s’en protège ; découvre-t-il sa bêtise, qu’il est abusé ; révèle-t-il son savoir, qu’il est trompé ; dévoile-t-il son ignorance, qu’il est tenu à l’obscur. Se manifeste-t-il sans désirs, qu’il est épié ; les montre-t-il, qu’il est appâté. C’est pourquoi il est dit : "Rien en moi ne leur permet de me connaître : c’est seulement par le non-agir qu’on les contrôle." »

Le style de Han Fei est sans appel. Exemple :

« Qui parle sans savoir est un sot, qui se tait bien qu’il sache est un traître. La sottise mérite la mort, la traîtrise aussi. »

La joie étrange qu’on ressent en lisant les grands textes chinois vient de cette certitude de la forme. Comme dans les Poésies de Lautréamont, l’évidence supérieure est là. Au XVIIe siècle, Fou Chan, dans un livre au titre paradoxal, Les saints font le mal, s’exprime en ces termes :

« La Raison ne peut venir à bout de ceux qui ont la raison pour eux. La Raison est impuissante à donner la paix au monde. Il faut pour cela l’intervention de la déraison. »

Et Han Fei, donc, vingt siècles plus tôt :

« Le Grand Homme calque sa forme sur celle du ciel et de la terre, en sorte que tout est produit à foison ; il modèle ses sentiments sur les montagnes et les mers, et son pays est prospère. Le maître n’éprouvant ni rage ni haine, ses subordonnés ne connaissent pas le ressentiment. Gouvernants et gouvernés entretiennent des relations pleines de franchise et font du Tao leur demeure. Les profits s’accumulent et des exploits sont accomplis. Son renom est chanté par ses contemporains et ses bienfaits se transmettent à la postérité ; tel est le gouvernement parfait. »

Philippe Sollers, Le Monde du 05.03.99.
Éloge de l’infini, 2001, folio 3806, p. 607-611.

*

Nouvelle traduction.

Han Fei Zi
L’art de gouverner

Traduction : Alexis Lavis

Peu d’ouvrages ont eu une importance aussi décisive que le Han Fei Zi, car peu ont su décrire avec autant de précision l’art de gouverner, c’est-à-dire d’obtenir le pouvoir et, surtout, de le conserver. On rapproche souvent ce recueil des écrits de Han Fei et du Prince de Machiavel.
Le Han Fei Zi, profondément imprégné de pensée taoïste, ne se réduit pas à une somme de trucs et de manoeuvres. Il constitue l’une des méditations les plus abouties sur la fonction monarchique. La chose la plus frappante, sur laquelle Han Fei ne cesse de revenir, est la solitude. Être au-dessus, c’est être seul. L’amitié, la camaraderie, les préférences deviennent impossibles, voire néfastes. Que cela soit un bien ou un mal n’est pas le problème de Han Fei : force lui est de le constater.
Les chapitres du Han Fei Zi sélectionnés dans ce volume décrivent la conduite du « vrai roi » et mettent en garde contre les pièges qu’on peut lui tendre ou qu’il peut se tendre à lui-même. Les recommandations de Han Fei se fondent sur quatre principes qui articulent toute sa pensée politique : un vrai roi ne se montre pas ; un vrai roi n’agit pas ; ce qui gouverne, c’est la loi ; le vrai pouvoir ne se partage pas.

Extraits : LA VOIE DU DIRIGEANT et FAIRE RÉGNER LA LOI pdf

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L’Art de gouverner : Han Fei Zi et le tao du prince


Alexis Lavis.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

France Culture
Les Nouveaux Chemins de la Connaissance
par Adèle Van Reeth, 30.04.2012.

Intervenant
Alexis Lavis : professeur agrégé de philosophie, spécialiste de philosophie comparée Orient (Chine et Inde) Occident.

Extraits :
Song of women soldiers company, Choeurs de l’armée rouge chinoise, Hong Wei Dai
Tchin Tchin, Claude Nougaro
Kung Fu Panda, film d’animation américain réalisé par Mark Osborne et John Stevenson, 2008.

Lectures :
Han Fei Zi, L’art de gouverner, "Conserver le pouvoir", trad. d’Alexis Lavis aux Presses du Châtelet, p. 41-42
Han Fei Zi, L’art de gouverner, "Les cinq parasites", trad. d’Alexis Lavis aux Presses du Châtelet, p.113
Han Fei Zi, L’art de gouverner, "La voie du dirigeant", trad. d’Alexis Lavis aux Presses du Châtelet, p. 20-21

Réalisation : François Caunac
Lecture des textes : Georges Claisse

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Han Fei Zi, se cacher pour mieux régner

France Culture, Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth, 06.06.2017.

Alexis Lavis nous explique brillamment comment l’art du souverain est en vérité un art de la communication, car c’est en nommant correctement les choses qu’on parvient à asseoir parfaitement son pouvoir.
Le souverain, selon Han Fei Zi, est un contre-exemple au Roi Soleil : si Louis XIV était au centre et devait être vu par tous, le souverain chinois doit briller sans être vu, éclairer et faire apparaître toutes choses sans que personne ne puisse le regarder directement sans se brûler les yeux.

« Une seule voie doit être empruntée et elle consiste avant tout, pour le souverain, à nommer les choses comme il convient. Lorsque les choses sont bien nommées, elles restent en place ; lorsque les noms les qualifiant sont inappropriés, tout s’échappe et périclite. Pour accomplir cette tâche, le sage se repose dans l’Unité ; il laisse à la parole même le soin de trouver les noms et d’en circonscrire le sens. Les affaires se règlent alors d’elles-mêmes.
Il ne révèle à personne ses avis et préférences ; ses sujets se montrent alors honnêtes et droits. Il leur assigne des tâches en accord avec leurs capacités et dispositions et les laisse ensuite régler leurs affaires par eux-mêmes. Lorsque les résultats sont satisfaisants, il offre des récompenses et chacun obtient la position qu’il mérite. Il pose les règles et s’y tient ; les choses trouvent alors naturellement leur ordre.
Sa tâche suprême est de nommer, mais, lorsque le sens des noms n’est pas clair, il revient aux anciens usages. Les mots ne doivent être ni compliqués, ni coupés de la vie quotidienne. Quand ils disent clairement et véritablement ce qu’ils ont à dire, les sujets sont poussés à l’honnêteté et se livrent davantage lorsqu’ils parlent. […]
Soyez vide, calme et demeurez en retrait ; ne vous mettez jamais en avant ! Tous les ennuis du souverain viennent du fait qu’il cherche à faire comme tout le monde. Vous pouvez écouter les autres, même leur faire confiance, mais ne cherchez jamais à leur ressembler. C’est ainsi que l’on devient celui que les autres suivent. »

Han Fei Zi, L’Art de Gouverner.
Trad. Alexis Lavis, Presse du Châtelet, 2010. p. 42-43.

Lectures
Han Fei Zi, L’art de gouverner, "Conserver le pouvoir", trad. d’Alexis Lavis aux Presses du Châtelet, p. 41-42

Extraits
Film radiophonique : La Cour de marbre ou le Roi de Versailles (28/06/1951) Jean Marchat (Louis XIV) réalisé par Gérard Herzog.
Hero, film de Zhang Yimou (2002)

Références musicales
Zhan Yongming, Hantian lei
Chow Hsuan, Le vrai le bien et le beau
Traditionnel, Wan lai zheng fen lian yu

Alexis Lavis sur France Culture. A noter qu’Alexis Lavis a également participé en 2009 à une émission sur le poète Pindare.

LIRE AUSSI : Alexis Lavis, L’espace de la pensée chinoise.

*

[2Ph. Sollers, Mouvement, Gallimard, p. 225.

[3Hegel, Science de la logique, t 1, « Logique de l’être », Aubier, 1969, p. 139, et t 3, « Logique de l’essence », p. 68.

[4En septembre 2000, un jeune étudiant participait au dossier du Magazine littéraire consacré à Paul Ricœur : Emmanuel Macron. Découvrez ici les premiers pas philosophiques du Président..

[5Je complète le portrait. Sur le site de La Règle du jeu, un article est intitulé "Emmanuel Macron : une révolution française". Quel révolution ? Le Monde du 14 mai donnaient la parole à des historiens qui comparaient Macron tantôt à Guizot ou, mieux, à Benjamin Constant, penseurs du libéralisme, tantôt à Waldeck Rousseau, "Périclès de la République", tantôt à Mendès-France, tantôt à Giscard ou encore à Mitterrand. Quel héritage central ! Révolution ou pas, Macron est celui que la pensée libérale attendait.

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