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Godard : "Adieu au langage", la Bande-son commentée (II)

D 20 juin 2014     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


BANDE-SON COMMENTEE (II)

Suite de la partie I, présentée, ici.


VOTRE MARI, IL FAIT QUOI ?

Extrait II.1 (4’13")

[scène d’intérieur, un écran de télévision est allumé]

H. : Votre mari, il fait quoi ?

F. : Ah, Il organise des événements
C’est juste un individu.

[musique]

H. : Alors Ivitch ?

F. : Ce n’est pas à moi de répondre
Vous savez mieux que moi Marcus.

*

F. : Que vouliez vous dire
Quand vous avez déclaré
« Je suis à vos ordres »

[entendu plusieurs fois]

H. : Tout ça n’a plus d’importance
...Il s’agit de quelque chose d’infiniment plus grave

...Pas de simple pensée ni de simple [...?]

[Musique]

[Paroles sur musique, dialogue peu audible entre le couple]

[...?]
F. : Vous n’avez pas encore répondu...
[...?]

H. : Le roi des choses [...]

[La musique s’arrête]

F. : Question d’entente alors.

H. : A propos de quoi ?

F. : Pour laisser l’autre aimer.

F. : Vous faîtes encore de la photo ?

MONTRER UNE FORET ?

H. : Montrer une forêt ? Facile !

Mais montrer une chambre dont on sait que la forêt est à dix pas, difficile !

[La caméra montre la fenêtre de la chambre, ouverte sur la nature, carré de lumière qui se détache sur le mur sombre, dans la demi-obscurité de la chambre]
Et c’est comme ça que les années ont passé.

F. : Vous me dégoutez, tous, avec votre bonheur [reprise de dialogue déjà entendu dans la première partie]

Oui, je suis là pour dire non. [idem, la phrase d’Antigone par Anouilh]

H. : Cette matinée est un rêve

Chacun pense que c’est l’autre le rêveur.
[Une autre variation sur le "dédoublement" dans le prolongement de celui des deux couples, des variations sur le miroir, de Frankenstein..., la reprise d’éléments de dialogue ou de plans - variations plus que répétitions du même... ]

F. : Une femme ne peut pas faire de mal,
elle peut ennuyer
[variante du dialogue déjà entendu dans la première partie, où le mot « ennuyer »n’est pas employé ]
elle peut tuer,
c’est tout.

H. : Mais quand j’étais petit on jouait aux Indiens [variante du dialogue déjà entendu dans la première partie]
Les Apaches,
Ca m’impressionnait

...Pour dire le monde, ils disent la forêt

[Feuillage d’automne aux couleurs sursaturées, des feuilles tombent, répétition d’images de la première partie]

*

QUAND C’EST TROUBLE TU FERMES UN ŒIL

Extrait II.2 (4’10")

[sous la douche]

H. [mots chuchotés] : Il faut fermer un œil...Quand c’est trouble, tu fermes un œil [Godard donne là, la clé pour regarder certaines de ses séquences 3D. JLG filme avec deux caméras. L’une peut filmer une scène et la deuxième une autre ...Résultat : grand flou sauf si le spectateur ferme un œil ou l’autre pour choisir une seule image...]

F. : Dépêchez vous, [ Nouvelle variante de la séquence scatologique de la 1ère partie]
J’ai pas envie d’attendre.

Allez, Allez

H. : Il faut toujours attendre...

F. : Ah oui

Je vous parle d’égalité

Et chaque fois vous parlez caca

H. : Parce qu’enfin, là, nous sommes égaux à tous

F. : Je sais ce que vous regardez.

H. : Oui, dommage, plus de forêt !

F. : Ah non, finie la guerre, on a dit.

H. : Vous avez fait tout pour ça.

F. : Alors... et après tout !

[Bruit de l’eau de la douche.]

[La femme est dans la douche de dos, l’homme lui fait face, on voit une partie de son visage au niveau du nombril de la femme. Il tente de lui caresser le bras. Elle le repousse brutalement.]

[dialogue peu compréhensible]

F. : Non...
[on entend un gémissement de la femme]

H. : Partez,
Partez maintenant...

[musique, bruit, sirène brève, image d’eau dans le bassin, eau couleur sang]

Louis ARAGON

« évite, é[t ]vite, les souvenirs brisés »

A la fois paraphrase d’Aragon
tirée de :

Au biseau des baisers
Les ans passent trop vite
Évite évite évite
Les souvenirs brisés

(poème « Elsa, je t’aime » adressé à sa muse Elsa Triolet)

Et autocitation, on peut entendre, en effet, avec la voix de Godard, la tirade complète dans
A bout de souffle (1960) (voir ci-dessous :)

(C’est au timing 0,28’. Attention, JLG parle très vite et la diction n’est pas très compréhensible)

H. [voix affaiblie, agonisante] : Viens vite...

(Un témoin ) : La police va venir [dédoublement de la scène de la première partie. Ce n’est pas une simple répétition, il y a échange des personnages... la jeune fille rousse, Josette, Ivitch...]
Il faut partir Madame.
Et vite !

F. : Les mots [Reprise écourtée de la première partie, où suivaient : « Le sexe et la mort », absents ici.]
Les mots
Je ne veux plus en entendre parler.

[Musique]

IL N’Y A PAS DE NUDITE DANS LA NATURE

Extrait II.3 (6’30")

Jacques DERRIDA (L’animal que donc je suis)

« Depuis le temps, donc.

Depuis le temps, peut-on dire que l’animal nous regarde ? Quel animal ? L’autre.

Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis - et qui je suis au moment où, surpris nu, en silence, par le regard d’un animal, par exemple les yeux d’un chat, j’ai du mal, oui, du mal à surmonter une gêne.

[...]
Honte de quoi et devant qui ? Honte d’être nu comme une bête. On croit généralement, mais aucun des philosophes que je m’en vais interroger tout à l’heure n’en fait mention, que le propre des bêtes, et ce qui les distingue en dernière instance de l’homme, c’est d’être nus sans le savoir. Donc de ne pas être nus, de ne pas avoir le savoir de leur nudité, la conscience du bien et du mal, en somme.

Dès lors, nus sans le savoir, les animaux ne seraient pas, en vérité, nus.

[...] L’animal, donc, n’est pas nu parce qu’il est nu. Il n’a pas le sentiment de sa nudité. Il n’y a pas de nudité dans la nature.

[musique, bruits, eau, oiseaux, sirène]

Il n’y a pas de nudité dans la nature
Et l’animal, donc, n’est pas nu
parce qu’il est nu.

[bruits]

H.(voix off) : Maintenant que j’ai vu ce qu’était la guerre
Je sais que si elle finissait
Tout le monde devrait se demander
Qu’allons nous faire des morts ?
Mais il n’y a peut-être que pour eux que la guerre est finie.


Le philosophe est celui qui se laisse inquiéter par la figure d’autrui, [ Influence d’Emmanuel LEVINAS]
Celui qui aperçoit la force révolutionnaire des signes.

*

L’EAU LUI PARLAIT D’UNE VOIX PROFONDE ET GRAVE

[bruits, musique, bribes de chants religieux sur fond écoulement d’eau]

H.(voix off) : L’eau lui parlait d’une voix profonde
et grave.
Alors Roxy se mit à penser
Elle
(Roxy est une chienne) essaie de me parler
Comme elle a toujours essayé de parler aux gens à travers les âges
Dialoguant pour elle-même quand il n’y a personne pour écouter
Mais qui essaie
Qui essaie toujours
De communiquer aux gens les nouvelles qu’elle a à leur donner.
Quelques uns d’entre eux ont tiré de la rivière une certaine
- certaine
(réverbération du mot) vérité
Mais aucun d’eux...
(la phrase s’arrête)

[chants religieux]

Marcel PROUST, (Jean Santeuil)

Reprise de la citation de la première partie empruntée à Marcel Proust dans Jean Santeuil, textes de jeunesse publiés tardivement après la mort de Proust mais qui témoignent déjà de l’ acuité de l’analyse proustienne, ici une analyse du tableau de Claude Monnet : Bras de Seine, près de Giverny

Quand le soleil perçant déjà

La rivière dort encore dans les songes du brouillard
Nous ne la voyons pas plus qu’elle ne se voit elle-même
Ici, c’est déjà la rivière
Et là
[arrêt de la musique soulignant les mots qui suivent], la vue est arrêtée
On ne voit plus rien que le néant

Une brume qui empêche qu’on ne voie plus loin
A cet endroit de la toile
Peindre ni ce qu’on voit
Puisqu’on ne voit rien
Ni ce qu’on ne voit pas
puisqu’on ne doit peindre que ce qu’on voit
Mais peindre qu’on ne voit pas.

(Claude Monet)

*

[silence, léger toussotement dans l’assistance...]

F : Je déteste les personnages
Dès la naissance... on nous prend pour un autre

On nous pousse
On nous tire


On nous force à entrer dans son personnage

H. : Vivre ...ou raconter.
[Silence]

F. : On dit qu’il n’y a pas le choix.

H. : Regardez Ivitch !
[Silence]
Regardez dans le miroir, Ivitch [reprise de la métaphore du miroir déjà utilisée dans la première partie]

Il y a les deux

F. : Vous voulez dire, ...les quatre.

H. : [...] Ah.

F. : En fait,
un fait ne traduit pas ce que l’on fait, Marcus,
Mais ce que l’on ne fait pas

H. : Nous ferons des enfants...

F. : Non,
Pas encore

Un chien ...si vous voulez !

DEMAIN LES CHIENS (5’12’’)

Extrait II.4 (5’12")

[Parenthèse musicale]

Imaginez que vous êtes un petit garçon

Petite fille, je voyais partout des chiens

H. : Dans le bleu ou dans le blanc ?

Ensemble, les deux.

F. : Pas sûr.

F. : Un chien oui

Clifford D. SIMAK (Demain les chiens)

Dans la séquence qui suit, JLG cite un extrait d’un recueil de nouvelles de science-fiction écrit en 1944 par Clifford D. Simak « Demain les chiens »

Les hommes ont disparu depuis si longtemps de la surface de la Terre que la civilisation canine, qui les a remplacés, peine à se les rappeler. Ont-ils véritablement existé ou ne sont-ils qu’une invention des conteurs, une belle histoire que les chiens se racontent à la veillée. Fable moderne, portrait doux-amer d’une humanité à la dérive.

H. : Voici les récits que racontent les Chiens
quand le feu brule clair

Et que le vent souffle du nord

La famille alors fait cercle autour du feu

Les jeunes chiots écoutent sans mot dire

Et quand l’histoire est finie

Ils posent maintes questions

Qu’est-ce que l’homme ?

Qu’est-ce qu’une cité ?
Ou encore

Qu’est ce que la guerre ?

[Bruits, aboiement bref]

FAIS EN SORTE QUE JE PUISSE PARLER

H. : Fais en sorte que je puisse parler. [Reprise de citation de la 1ère partie cf. BLANCHOT (L’attente l’oubli)
]


F. : Je peux savoir... ce que pense... quelqu’un d’autre

Mais pas ce que je pense.

Fais en sorte... que je puisse... parler

H. : Je peux savoir ce que pense quelqu’un d’autre

Mais pas ce que je pense.

F. : Fais en sorte ...que je puisse ...parler

Parler.

[Musique]

[...] Parce que cette douceur a été nécessaire pour enfanter la douleur

[...dialogue chuchoté]

[Aboiements, musique]

H. : Une inquiétude douloureuse.

F. : Mais celle-ci n’aurait pu naître
sans la douceur préalable.

[Bruits]

H. : Il veulent toujours être à l’heure

(peu audible) D’où ça vient ?


F. : Non !

(peu audible) Il veulent être les premiers.

RIEMANN ET LES NOMBRES PREMIERS

H. : ...Un mathématicien allemand Riemann

F. : Encore un allemand !

H. : A propos des nombres premiers

Riemann arrivait dans un paysage
où chaque point ...se transforme en musique.

Une ligne de zéros le long de la mer.

F. : ...Une ligne de zéros le long de la mer !


[ Note : une théorie mathématique complexe, que JLG traduit là de façon poétique]

MARY SHELLEY ET FRANKENSTEIN (4’12)

Extrait II.5 (4’12")

[leitmotiv musique,
bruits d’eau]

[scène à Nyon, sur les bords du lac Léman,
voix féminine en anglais, puis :]

Mary SHELLEY (Frankenstein) et les récits enchassés.

A ce point de notre enquête, nous pouvons nous demander quel est le rôle d’une scène évoquant 1816, Byron, Shelley et sa nouvelle femme Mary Shelley [1] l’auteure de Frankenstein ?

Une oeuvre qui enchâsse plusieurs récits. Premier récit : un récit cadre de Robert Walton où il raconte à sa sœur, Margaret Walton Saville, les aventures qu’il vit lors de son expédition maritime vers le pôle Nord. Il aperçoit un traîneau conduit par un géant, puis rencontre un homme et son traîneau, identique au précédent, à la dérive sur un bloc de glace. C’est Victor Frankenstein qui, désespéré et désabusé, lui raconte la raison de ses malheurs.
Et commence un deuxième récit, celui de Victor Frankenstein, enchâssé dans le premier.

Comme « Adieu au langage » emboîte également deux récits. JLG l’a dit dans ses interviews et le résumé du synoptique manuscrit remis à la presse :

1. Nature : « Une femme mariée et un homme libre se rencontrent. Ils s’aiment, se disputent, les coups pleuvent. Un chien erre entre ville et campagne. Les saisons passent. L’homme et la femme se retrouvent. Le chien se trouve entre eux. L’ancien mari fait tout exploser. »
2. Métamorphose : « Un deuxième film commence. Le même que le premier. Et pourtant pas. De l’espèce humaine on passe à la métaphore. Ca finira par des aboiements. Et des cris de bébé. »

JLG souhaite t-il ainsi s’acquitter d’un tribut d’inspiration pour la composition de son film (même si les tributs de JLG à la littérature, comme cette enquête en témoigne, sont multiples) ou le cinéaste s’identifie t-il à Frankenstein lorsqu’il crée ce film ? Ce film, sa création, son démon...!
Ces hypothèses n’épuisent pas le mystère qui entoure la présence de cette scène insolite dans le film.

H. : Imaginez que Frankenstein est né ici

F : Oui ...on peut imaginer.

[bruits]

H. : (voix de Godard) En 1816, Lord Byron et Shelley

Chassés d’Angleterre

Se réfugient au bord du lac de Genève
Avec Mary Shelley
Qui se met à écrire un roman ...d’épouvante
[il s’agit de Frankenstein]

[...]

F. : (en anglais, sur bruits de fond grinçants)  :

The revolution has passed

...is arrived


[ la suite difficilement audible a été transcrite par Jean-Luc Lacuve du cinéclub de Caen, qui à la 4ème projection a pu repérer les phrases du roman de Mary Shelley quand Frankenstein s’adresse au monstre qu’il a créé :
]

« Your threats cannot move me to do an act of wickedness ;
but they confirm me in a determination of not creating you a companion in vice.
Shall I, in cool blood, set loose upon the earth a daemon,
whose delight is in death and wretchedness ?
 » [2]

[...Puis l’on entend :]

H. (voix off) : « There is a great talk of revolution
And a great chance of despotism
German soldiers-camps-confusion
Tumults-lotteries-rage-delusion- »

[Musique, bruit]

H. : Cette histoire n’a rien de tragique

Ni le rire des géants

Aucun détail indifférent

Ne dit leur amour ...pathétique.

[Silence]

H. : Ah !

F. : Vous êtes [...?] professeur

Vous dormez

Seulement, [...?] vous ne rêvez pas.

Vous ne le savez pas ?

H. : [...] ...J’ sais pas.

F. : Il(s) ne vous croi(en)t pas.

*

LA SCENE DE LA CROIX DE LORRAINE

Extrait II.6 (4’50")

C’est la journaliste Florence Colombani qui a prêté ses mains à Jean-Luc Godard pour tourner cette séquence. Florence Colombani a raconté cette expérience, dans un excellent article publié par la revue Vanity Fair : «  Ma journée avec Godard » :

Fedor DOSTOÏEVSKI ( Les Démons [3] - Les Possédés [4]) )

à travers un propos attribué à Kiriloff, un personnage du livre qui se suicidera.

F. : J’arrive ...en bas

JLG : Oui, par la profondeur.

Moi je pense qu’il faut ...partir d’en bas,

C’est ce que disait Kiriloff.

[inaudible]

JLG [superposition de voix /mixage de deux dialogues différents, un premier thème en répétition d’un dialogue précédent et le deuxième thème celui du dessin de la croix. Connexions neuronales godardiennes : JLG se joue du spectateur ce qui lui vaut des qualificatifs d’abscons et d’hermétisme. Pas toujours volé ! ]


Remonter à la surface
[Thème 1]


Deux questions
[JLG reprend là, les mots d’un dialogue qui a déjà eu lieu]

Une grande et une petite [Thème 2. Par le script de cette séquence publié par Florence Colombani, nous savons que cette phrase s’applique aux deux branches de la Croix de Lorraine, mais peut tout aussi bien s’appliquer aux « Deux questions », d’où son insertion au montage par le facétieux JLG.]

Lui disait que la petite est grande aussi [Thème 2]

[inaudible]

Ce qui est difficile c’est de faire entrer dans le plan

La profondeur [ Thème 2]

[F. : C’est quoi la petite ? Nota : Ai eu beau écouter la bande son plusieurs fois, cette question mentionnée dans le script, et pourtant essentielle, n’est pas audible ! ...ou coupée au montage ?]

JLG. : La souffrance. [Et de terminer sur le thème de la Croix de Lorraine ]
F. : Et la grande ?
JLG. : L’autre monde.
L’autre monde

[grincements, bruits ]

*

[...]

[Parenthèse musicale, bruits]

F. : Roxy tu sors ! lui ordonne-t-elle après avoir signé la paix avec Marcus

[leitmotiv musique]

H. : Il a l’air mélancolique

F. : Non. ...Pas du tout.
Il rêve aux Iles Marquises.

(bruitage)

H. : Comme dans le roman de Jack London.

F. : Exactement !

[cris de nouveau né et hurlements de chien, mêlés.

Chant révolutionnaire : on entend « Viva la Révolution ! »)

Voir Bande-son commentée, partie I

*


Sur la place du nu dans le film

Avant d’assister à la projection du film, je savais qu’il y avait des scènes de nu dans le film.
J’avais entendu Jean-Luc Godard en parler :
« Pas pour faire du sexe, !
Pour la nudité, à l‘image de la Nature
 », précisait, en substance [5], JLG.

Mais, le ne m’attendais pas à son omniprésence tout au long du film, où l’on voit indifféremment Héloïse Godet, le personnage de Josette et Zoé Bruneau, le personnage d’Ivitch, déambuler en tenue d’Eve, se devêtir pour mettre ses dessous féminins dans la machine à laver, se vêtir d’un peignoir ouvert, ou encore sous la douche avec une séance d’agression du personnage masculin, ou encore, nue debout de dos, face à l’homme assis sur le bord de la baignoire, la regardant et caressant légèrement ses hanches.
Nudité qui n’a rien de provoquant, ni d’impudique.
Nudité de la Nature, à l’état naturel.
Même la scène de la forêt, d’un pubis buissonnant,
« L’Origine du Monde »,
se fond dans la succession des images, sans la violence du tableau, tandis qu’une voix masculine, off, nous dit que les Indiens de la tribu des chihuahuas appellent la forêt, ...le monde.

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Eve - Lucas Cranach l’ancien

« Les nus de la femme et de l’homme sont filmés comme Cranach peignait Eve et Adam : sexy, pudique, au paradis sous le signe du serpent. » [6]

Ecoutons Zoé Bruneau nous relater comment cette exigence de nudité, de JLG lui a été présentée et comment elle l’a vécue (cf. son livre « En attendant Godard », un livre sensible et intelligent, bien écrit d’une plume alerte et vivante qui retient l’attention. L’ai lu d’une traite.)

« Il a été interpellé par ma réponse concernant la nudité lors de mon entretien avec Jean-Paul [Battaggia, l’assistant de Godard]. Apparemment, le corps prend une grande place dans le film.

Après quelques circonvolutions d’usage telles que mon âge, mes préférences artistiques, ma vie de comédienne, vient donc cette question :

- Vous avez répondu à la question « Cela vous dérangerait-il de tourner nue  ? - Non, si la nudité est justifiée  » Qu’entendez-vous par cela ?

Me voilà bien prise au piège, car je n’ai rien lu et ne sais absolument pas ce que raconte ce film, ni à quel degré je devrais dévoiler mon anatomie s’il m’arrivait de travailler sur ce tournage.

Je lui dis donc très honnêtement que, à mon avis, il a largement fait ses preuves et n’a pas besoin, en tant que réalisateur, de se justifier sur un quelconque voyeurisme et qu’il n’a pas besoin de prétexter un casting de film pour espérer entrevoir le corps d’une jeune femme nue. La justification n’a pas réellement lieu d’être.

En gros, je m’écrase un peu...

En parlant de nudité, il me dit qu’il aurait besoin de me voir, de voir mon corps. Je m’apprête à aller me déshabiller dans une pièce adjacente, un peu gênée tout de même, mais il m’arrête d’un geste en étouffant un sourire.

- Non, non, dit-il, pas maintenant. Si vous aviez la gentillesse de m’envoyer une photo...

Je suis très embarrassée. D’avoir eu cette faiblesse, cet élan, d’aller me mettre nue, comme si j’étais prête à tout. Mais aussi, d’imaginer qu’il aura une photo de moi...

Il me demande alors si je m’épile. Il se trouve que oui.

Il entreprend un long discours sur la femme, l’origine du monde, le monde lui-même.

- Comment les Apaches appellent le monde  ? La forêt. Et l’Origine du Monde, ce tableau, c’est bien le sexe de la femme, non  ? Le Monde, le buisson, la forêt, ce sont bien les poils ! Et quand on veut vous voir nue, on veut vous voir « à poil !  », non  ? ? ?

Oui, je concède, mais je précise que, bon, pour ne pas tourner autour du pot, j’en ai, des poils ... AH ! Il est soulagé.

_ Vous pouvez laisser repousser ? En buisson  ?
_ Non, j’ai utilisé le laser...
_ Bon, on verra si on peut vous rajouter un postiche...

_ Mais vous avez vraiment un problème dans votre génération... Pourquoi tout aseptiser ? Pas de poils, pas d’odeurs, pas de rides. Je ne comprends pas. Comment vous aimez-vous  ?

« Il n’y a pas de nudité dans la nature » , explique une voix off, dans le film.

« La nudité n’existe pas chez les animaux, parce que tous les animaux sont nus. C’est d’être nus qui les empêche d’être nus »

Ma journée avec Godard

Par FLORENCE COLOMBANI, Vanity Fair

Quand mon amie Matilde Incerti, attachée de presse spécialisée dans le cinéma, m’a appelée pour me demander, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde : « Je peux donner ton numéro à Jean-Luc Godard. Il cherche une journaliste pour jouer dans son prochain film », j’ai dit : « oui ». Un « oui » sonore et intelligible. Un « oui » dont la fermeté m’a impressionnée. Peut-être aurais-je dû repenser à la biographie signée Antoine de Baecque où il est dit que le cinéaste aime à transformer ses interlocuteurs en victimes ou en bourreaux. Ou me souvenir de cette phrase de François Truffaut lancée à son ami et coscénariste d’À bout de souffle : « Entre ton intérêt pour les masses et ton narcissisme, il n’y a de place pour rien ni pour personne. » Ou, plus simplement, aurais-je dû me rappeler comment, au lycée, la responsable du club-théâtre mettait un point d’honneur à m’empêcher de monter sur scène.

Je repense à ce douloureux passé dans le train qui m’amène en Suisse, où Jean-Luc Godard vit depuis trois décennies. Le cinéaste a la réputation d’être un homme difficile, rugueux. À Rolle, charmante bourgade sur les bords du Lac Léman, il a fait le vide autour de lui. Il ne vit plus sous le même toit que sa compagne, Anne-Marie Miéville. Il n’a pas d’enfants, déjeune du plat du jour au bistrot du coin et refuse systématiquement les invitations, nombreuses, adressées par les cinémathèques du monde entier. Lorsqu’on lui a remis un Oscar d’honneur en 2010, il n’a même pas fait le déplacement à Los Angeles.

L’avant-veille de notre rendez-vous, son assistant, Jean-Paul Battaggia, m’a envoyé par mail mon texte pour ce film intituléAdieu au langage. Une petite vingtaine de lignes. Mais un dialogue avec Godard en personne. God-Art.

« Vous pouvez faire le dessin d’une croix, doit-il m’ordonner tout en peignant à la gouache. Pas la simple croix du Christ, la croix de Lorraine. Une grande et une petite, mais la petite est grande aussi.
- C’est quoi la petite ? s’inquiète, égarée, la journaliste que je suis censée interpréter.
- La souffrance.
- Et la grande ?
- L’autre monde. »
Franchement, c’est comme ça que Dieu parle, non ? Par petites phrases énigmatiques et profondes. Je serai la Bernadette Soubirous de Rolle.

Une épure de nature morte

À la gare de Genève, j’avise une femme qui tient un panneau « JLG » : elle est chargée de me conduire chez le cinéaste. En chemin, elle me met en garde : M.Godard n’aime que les gens intelligents. Fort bien. Mais comment savoir si l’on est assez intelligent pour lui ? C’est simple, me répond-elle. Si vous l’êtes, il parle ; sinon, il garde le silence. Voilà qui risque de compliquer les choses, me dis-je. Comment ferai-je s’il refuse de me parler ? Il y a quelques années, Richard Brody, le critique du New Yorker, avait traversé l’Atlantique pour effectuer le pèlerinage en Suisse : le lendemain de son premier entretien, il trouva un mot d’adieu collé sur la porte d’entrée. Jean-Paul Battaggia m’accueille. Il me fait entrer dans le salon-cuisine, puis m’indique l’escalier, au fond. Je gravis lentement les marches qui me mènent à Dieu. La petite pièce, un bureau, est jonchée de livres et enfumée par son cigare. Le voici enfin, en chair et en os. Le visage a vieilli, les cheveux sont en bataille. L’homme, qui fut le pygmalion d’Anna Karina et l’amant de Marina Vlady, ressemble à un grand-père un peu négligé, avec un pull-over bleu et des doigts jaunis par le tabac. Derrière les grosses lunettes, le regard pétille. Je me présente, il me salue : « On va y aller. »

Une confession : si j’avais, jadis, souhaité faire partie de l’atelier théâtre du lycée, c’était pour la satisfaction narcissique que je prêtais au métier d’actrice. Être regardée, applaudie, sentir la chaleur des projecteurs. Cruelle désillusion : ce que Godard veut filmer, ce sont mes mains. Dois-je lui préciser que le professeur de dessin me vouait, elle aussi, une haine tenace ? Nous sommes face à face. Il peint sur du papier blanc et je dois tremper un stylo-plume dans un encrier puis tracer une croix. Fabrice Aragno, un cinéaste de 43 ans devenu compagnon de route du maître, tient la caméra, composée de deux appareils photos (le film sera en 3D). Au clap, Jean-Paul Battaggia. Pas de projecteurs, pas de perchiste, pas d’ingénieur du son, pas d’assistant. Pas de plateau, en somme, mais une épure de nature morte. Éclairée de biais par le soleil d’hiver, la table est belle comme une toile de Chardin.

Il y a quelque chose d’émouvant à voir cet homme de 83 ans créer envers et contre tout dans un tel dénuement. Autrefois, Jane Fonda, Yves Montand et Alain Delon se bousculaient pour tourner sous sa direction. Aujourd’hui, il me confie avoir proposé les rôles principaux à Sophie Marceau et à Vincent Cassel. Sans succès. « Cassel m’a dit “Non je ne ferai pas ce film.” J’ai répondu : “Merci bien, comme ça, je pourrai le faire.” Je voulais des vedettes, des représentants de la vox populi, mais ça, c’était vrai des acteurs il y a cinquante ou soixante ans. Maintenant, ils ne représentent qu’eux-mêmes. Je préfère prendre des inconnus. » A-t-il vraiment le choix ? Son cinéma, plus proche de l’essai que de la fiction, semble coupé du public depuis son virage mao amorcé avec La Chinoise en 1967. Seuls ses adorateurs vont encore voir ses films.

Il continue de tourner avec le même sérieux existentiel. « Montrer des arbres a autant d’importance que montrer des personnages, dit-il. Mais en même temps, montrer des arbres, on ne sait pas bien faire si on n’est pas peintre. » Au fond, il se voit comme un peintre. « Il n’y a pas de sang dans Pierrot le fou. Il y a juste la couleur rouge », assurait-il autrefois. De ce chef-d’œuvre, le visage bariolé de bleu de Belmondo reste comme l’une des images les plus fortes du cinéma, l’incarnation d’une absolue liberté de création. Est-ce par nihilisme qu’il prophétise la mort du septième art depuis près de quarante ans ? Aujourd’hui, il le répète comme une antienne : « Le XIXe a été le siècle des romans, le XXe celui du cinéma et puis l’autre, on verra quand on ne sera plus là. » En observant les livres de sa bibliothèque, je l’interroge sur ses lectures. Il cite les classiques, Dostoïevski, Flaubert, Conrad, comme s’il convoquait des souvenirs de jeunesse. Il faut évoquer l’article de Sartre sur Le Tintoret paru dans Les Temps modernes en 1957 pour qu’il s’enflamme. « Souvenez-vous ! Quand le pape désirait un tableau, Le Tintoret, qui avait des espions partout, le savait avant tout le monde. Les autres artistes présentaient leur projet, leur esquisse, mais lui arrivait avec le tableau terminé, parfait. » Jean-Luc Godard n’a pas changé : il a toujours cette croyance inaltérée dans l’importance de faire des images.

« Ici, il n’y a pas de pourquoi »

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Jean-Luc Godard en pleine répétition pendant Adieu au langage avec Florence Colombani
© Florence Colombani

Encore et encore, le maître me fait refaire la croix. « Pas comme ça, tâchez de la refaire exactement au même endroit ». Ce « tâchez » sert de préambule à chacune de ses consignes. Il sent bien qu’une exécution parfaite n’est guère envisageable ; tout ce qu’il peut espérer de moi, c’est un bel effort. Comme dans une compétition sportive. Il me dit d’ailleurs que je ressemble à Amélie Mauresmo. Après plusieurs prises, il me tend une gouache qu’il vient de peindre pour la scène. Je me jette sur ce cadeau comme s’il s’agissait d’un témoignage de reconnaissance. « Vous pourrez essayer de la vendre », me lance-t-il. Se moque-t-il de moi ? Qu’importe, je trouve ma croix pas si mal dessinée. Certes, elle tremble un peu, mais c’est indéniablement une croix. Selon le script, les deux branches symbolisent « Londres en 1940 » et « la Résistance ».

« Ce film raconte l’histoire d’un couple qui se dispute ; finalement, les deux personnages recueillent un chien, et la présence de l’animal les réconcilie un peu.
- Que vient faire la Seconde Guerre mondiale dans cette histoire ?
- C’est mon passé. Je me suis rendu compte qu’on ne m’avait rien dit dessus, ni en classe, ni mes parents - bien qu’ils aient fait partie de la Croix Rouge suisse à l’époque et qu’ils soient allés dans des camps de réfugiés. Moi, je jouais au football à ce moment-là. Si j’en parle, c’est qu’il y a quelque chose qui traîne encore. Dans le film, une fille parle d’un petit garçon qui demande à sa mère : “Pourquoi ?” avant d’entrer dans le four. Le soldat allemand lui dit : “Ici, il n’y a pas de pourquoi.”
- Récemment, il s’est dit que vous aviez songé à adapter Les Disparus de Daniel Mendelsohn, cet ouvrage dans lequel l’auteur retrace l’enquête qu’il a menée pour retrouver la trace de plusieurs membres de sa famille, tués par les nazis pendant la guerre.
- Je voulais raconter cette quête qui a duré dix ou quinze ans, pour comprendre où untel a été tué. Ce qui m’intéressait, c’était d’arriver à cette dernière image, à la réponse. »
Le projet a finalement été abandonné.

Au moment de terminer la croix, je dois annoncer : « J’arrive en bas. » Autrefois grave, la voix de Godard est désormais sépulcrale. Quand il me dicte cette réplique, il lui donne une couleur métaphysique. « Arriver en bas », chez lui, c’est pénétrer les entrailles de la Terre, entrer dans la chair de l’au-delà. Problème : prononcée par moi, la phrase perd soudain sa mystique. Plus Godard me corrige, plus ma voix se fait légère, plus « j’arrive en bas » sonne comme une annonce d’hôtesse de l’air. Dieu s’amuse de mon calvaire : « C’est bientôt fini. » Après une énième prise, il se met à farfouiller dans ses DVD pour me faire un cadeau. J’esquisse un sourire en voyant le titre : Une bonne à tout faire. J’ai compris. Sans rechigner, je prononce mon vingtième « J’arrive en bas » d’affilée.

Au moment de repartir, il me prend par les épaules, me souhaite un bon retour et me claque une bise sonore. Je balbutie des remerciements et je m’en vais, les doigts maculés d’encre, les vêtements imprégnés d’une odeur de havane. On ne trouble pas impunément le silence de Dieu.

Crédit : www.vanityfair.fr

*

Quand Godard est contrarié

Le tournage avec Godard n’a rien d’un long fleuve tranquille, ....entrecoupé d’arrêts, les acteurs quittent alors Rolle, Nyon puis reviennent. Tensions.
Ecoutons à nouveau Zoé Bruneau [7] :

« Nouvelle semaine d’attente, nouveau suspens... La veille du départ [pour retourner en Suisse, sur le tournage] je reçois un coup de fil de Jean-Paul. Embarrassé, il me dit qu’il va falloir retourner des scènes, que Godard est contrarié. Il tourne un peu autour du pot et avec Jean-Paul, on ne sait jamais si c’est grave ou si c’est rattrapable. Ca fait plusieurs fois qu’il me fait le coup, et à chaque fois, je plonge. Je me ronge les sangs en me disant que tout est foutu et que c’est une catastrophe. Dans sa voix, c’est presque comme si c’était la fin d’une histoire d’amour et qu’il n’y avait plus d’issue.
[...]

MARDI 4 JUIN 2013 :
Chez Jean-Luc Il est fuyant. Dit bonjour rapidement puis grimpe dans sa chambre ou son bureau. Je pense plutôt son bureau [...]
Fabrice nous montre nos essais d’il y a maintenant deux ans
[...]
C’est très étrange de se revoir dans des circonstances pareilles. En gros, on te montre ce que tu es et pourquoi tu as plu. Il faut le le recul et la capacité de se dire, j’ai changé.

Et effectivement.

Sur les images que je vois, je suis libre. Je suis naturelle. Je discute et je ne mens pas. Il me revient alors l’état d’esprit dans lequel j’étais à cette période-là. Je n’avais rien à perdre et tout à gagner à me montrer telle que je suis, sans artifice. Et il est vrai que j’avais perdu de ce naturel de peur de ne pas entrer dans les codes de Godard. Je réalise que ce qui l’a séduit, autant chez Richard que chez moi, c’est ce que nous sommes. Et il ne faut pas être dans la retenue, ou l’envie de plaire. C’est assez commun à toute relation de séduction d’ailleurs : dès qu’on essaye de plaire à tout prix, qu’on se conforme à ce qu’on croit être le désir de l’autre, on se perd de vue soi-même. Et la situation devient confuse.
C’est en quelque sorte un choc de se revoir. Pour Richard comme pour moi.
Mais en même temps c’est une vraie libération

Nous retrouvons Jean-Luc dans le salon. Il est timide, presque gêné.
Il ne veut pas forcément que nous discutions et je lui dis que j’ai besoin de parler, que nous devons communiquer.

[...]

Nous ne tournerons pas aujourd’hui.
Malgré notre insistance et notre désir, il ne cédera pas.
Tournerons-nous demain ? Si la réponse est négative, c’est qu’il a baissé les bras sur notre binôme.
Cependant, Jean-Paul ne nous a pas pris de train de retour pour ce soir, ce qui veut dire que dans toute notre incertitude il est possible que nous tournions demain, mais la perspective de passer encore une journée fantôme à Rolle m’est tout simplement inenvisageable.

Richard et moi décidons d’aller nous promener à Lausanne.
Nous avons la journée pour nous, l’abcès a été crevé.
[...] On est prêts à faire face à Jean-Luc demain matin.

*

LE MOT DE LA FIN

Frank Nouchi, Le Monde de la Culture, 17/05/2014 a titré sa critique : « Petite leçon de philosophie godardienne » avec cette appréciation que je pourrais faire mienne : « un film à la fois passionnant et déconcertant », y lit-on. Et j’ajouterais, d’autant moins déconcertant et d’autant plus passionnant que l’on essaie de ne pas rester à la surface des choses pour entrer dans la profondeur ... des bribes de dialogues et citations (surface et profondeur faisant d’ailleurs partie du lexique de Godard dans Adieu au langage).

Et Franck Nouchi, de noter également en fin d’article : « Godard filme comme il respire disait Truffaut. Il filme aussi comme il pense. Comme il aime.
A ce propos, ainsi qu’il l’avait dit dans JLG/JLG. Autoportrait de décembre (1995), Godard ne fera sans doute jamais le seul film qu’il avait envie de faire : « Je ne le ferai jamais parce qu’il est impossible. C’est un film sur l’amour, ou de l’amour, ou avec l’amour. Parler dans la bouche, toucher la poitrine, pour les femmes imaginer et voir le corps, le sexe de l’homme, caresser une épaule, choses aussi difficiles à montrer et à entendre que l’horreur, et la guerre, et la maladie. » Il était une fois Jean-Luc Godard, l’homme qui, une bonne fois pour toutes, décida de se servir d’une caméra pour faire de la philosophie... » F.N.

C’est également « un film sur l’amour ou de l’amour, ou avec l’amour » à nu. Le nu des corps omniprésent, où l’on voit l’amant dans la douche tenter de « caresser l’épaule » de sa partenaire. Impossible à filmer avait dit jadis JLG dans une interview sur son art. Il l’a pourtant filmé dans Adieu au langage, - même si la caresse de l’homme est repoussée par la femme - comme aussi une séquence des mains de l’amant caressant les jambes de sa partenaire sortant de la douche - caresse qui cette fois n’est pas repoussée, donc acceptée.
Adieu au langage, c’est aussi Adam et Eve dans leur nudité première d’avant. Avant même le langage... Et beaucoup d’autres choses à en dire et à découvrir par vous-même...

*

Voir aussi : Bande son commentée (I)

*

[1son amante qu’il vient d’épouser à la suite du suicide de sa première femme

[2Vos menaces ne peuvent pas me pousser à faire un acte de méchanceté ;

mais ils me confirment dans la détermination de ne pas vous créer un compagnon de vice.

Dois-je, de sang-froid, lâcher sur la terre un démon,

dont le plaisir est dans la mort et la misère ?

[3le vrai titre en russe

[4selon la traduction erronée de Camus

[5Dans son interview par Patrick Cohen (France Inter) quelques jours avant la projection du film à Cannes.

[6Critique de Gérard LEFORT et Olivier SÉGURET, Libération

[7Extrait de « En attendant Godard », Ed. Maurice Nadeau, 2014.

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