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Jean-Luc Godard évoqué par Philippe Labro et Pierre Lescure et plus

Suivi de Jean-Luc Godard, un abécédaire philosophique

D 14 septembre 2022     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« M.Godard a eu recours à l’assistance légale en Suisse d’un départ volontaire suite à de multiples pathologies invalidantes selon les termes du rapport médical », a fait savoir le conseiller de la famille du réalisateur franco-suisse, qui est mort mardi.

Le Monde avec AFP, 13 septembre 2022

Ainsi, comme pour ses films, il a monté lui-même la dernière image du film de sa vie : une décision intime, ultime et vertigineuse, mais qui n’appartient qu’à lui. Qu’il repose maintenant en paix au royaume qui est le sien, celui du cinéma.

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6> PARTIE 1 - L’évocation vidéo de Jean-Luc Godard par Philippe Labro et Pierre Lescure

Sur le plateau de l’émission C-à-vous (France 5), Philippe Labro, Pierre Lescure mais aussi Patrick Cohen n’ont pas évoqué la mort du cinéaste mais des moments de vie partagés avec lui.

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L’évocation de Jean-Luc Godard au 20 Heures de TF1 du 13 septembre 2022

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L’article hommage du Monde


La Une du Monde du 13 septembre 2022

Claude Lelouch, Jean-Luc Godard, François Tru ff aut, Louis Malle et Roman Polanski au Festival de Cannes, en 1968 . TOURTE/STILLS/GAMMA
ZOOM : cliquer l’image

L’article ICI (pdf)

A LIRE ICI

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Petit déjeuner avec Godard

Début 1992, juste après l’implosion de l’URSS, le rédacteur en chef de Philosophie Magazine, Michel Eltchaninoff, alors en mission pour l’ambassade de France à Moscou, fut pendant une semaine l’accompagnateur de Jean-Luc Godard, lors du tout premier voyage en Russie du cinéaste. Dans son billet du jour, il nous livre ses souvenirs et ses réflexions sur ce « génie gentil » du cinéma..

Par Michel Eltchaninoff
Philosophie Magazine

LA LETTRE DU MARDI

Mon Godard

Bonjour,

Petit-déjeuner avec Godard, c’est un peu spécial. Il ne dit pas grand-chose, regarde ailleurs, puis, soudain, se met vous à raconter des épisodes de son austère enfance, ou à vous interroger sur la vie quotidienne des Soviétiques.

Cela se passait dans un hôtel fonctionnel d’une avenue de la périphérie de Moscou, en février 1992. J’étais alors coopérant au service culturel de l’ambassade de France à Moscou. Mon rôle était d’accompagner le cinéaste lors de ses déplacements. Vous imaginez mon excitation – j’avais vu tous ses films et il était l’une de mes idoles. Jean-Luc Godard effectuait là sa première visite dans la patrie du socialisme, avec quinze de ses films en 35 millimètres sous-titrés en russe. À son arrivée à l’aéroport, il me demanda, visiblement angoissé, s’il fallait donner des pourboires à ceux qui portaient ses valises. “Non, pas en pays socialiste”, lui répondis-je, narquois. J’ai passé plusieurs jours avec lui, de plus en plus éberlué par son comportement.

Face aux étudiants de l’école de cinéma de Moscou, avides de connaître son avis sur la fin du communisme, il a surtout parlé de Tchekhov ou de Tolstoï. Je me souviens encore d’une de ses paroles, qui m’a marqué : “La Russie est le seul pays où l’on peut encore raconter des histoires.” Des histoires de bouffons, de saints, de criminels et d’épouses adultères qui finissent par se jeter sous un train. Il pensait certainement aussi à l’étonnante faculté des Soviétiques –et du gauchiste qu’il avait été– de se raconter des histoires, mais il a été discret là-dessus. Il pensait déjà à un prochain film, Les enfants jouent à la Russie (1993). L’épisode qui m’a le plus surpris s’est déroulé sur la place Rouge. L’historien du cinéma Naoum Kleiman, mémoire du 7e art, avait accepté de lui servir de guide. Face à la Cathédrale Saint-Basile, Naoum a proposé une explication sémiotique de la disposition des coupoles multicolores. Vues des murs du Kremlin, elles formaient une structure symétrique et ordonnée. Vues de la place, elles offraient un ensemble ascensionnel symbolisant l’unité du peuple. Mais de l’autre côté, elles se bousculaient dans un immense désordre. C’était brillant. Or, Jean-Luc Godard regardait vers le ciel et n’écoutait pas. Visiter la ville, découvrir ses monuments, ses rues, son passé, leur signification, ne l’intéressait pas. Interrompant son guide, il dit : “Allons au musée du Cinéma.”

Ça tombait bien, c’était le royaume de Naoum. Ce grand spécialiste d’Eisenstein y formait une génération de cinéphiles. Le maître de la Nouvelle Vague avait financé l’installation d’une salle équipée en Dolby Stéréo, ainsi qu’un équipement vidéo high tech. Là, Godard était bien. Il ne voulait plus en sortir. Il inspectait la salle de projection, testait le son, et regarda un film inédit de Dziga Vertov, le cinéaste communiste des années 1920 qu’il adulait durant sa période gauchiste.

Godard était ainsi. Sa patrie véritable, c’étaient les salles des machines qui constituaient pour lui le cinéma, et qui permettaient de faire jaillir “la vérité vingt-quatre fois par seconde”. S’il ne voulait même pas jeter un œil sur Moscou, c’est que se bousculaient en lui les figures d’Anna Karénine et de L’Idiot. C’était la première fois de ma vie que je côtoyais un génie, au sens que Kant donne à ce terme : “Un talent qui consistait à produire ce pour quoi aucune règle déterminée ne se peut indiquer – il ne correspond pas à une disposition qui rendrait apte à quoi que ce soit qui puisse être appris d’après une règle quelconque.” Kant conclut : “Par voie de conséquence, l’originalité doit être sa première propriété”, même “une originalité de l’absurde”.

Et malgré sa terrible réputation, Jean-Luc Godard était un génie gentil. En me quittant, il m’offrit un couteau suisse gris et mat. Des années plus tard, je le trimballais encore dans ma poche. Avec mes amis, j’appelais ce fétiche “mon Godard”. Je l’ai perdu il y a quelque temps. Aujourd’hui, j’ai perdu mon autre Godard.

Philosophie Magazine

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PARTIE 2 - Florilège. Jean-Luc Godard, un abécédaire philosophique


Octave Larmagnac-Matheron

Philosophie Magazine, publié le 13 septembre 2022

Le cinéaste Jean-Luc Godard est mort. Auteur prolifique et complexe, voire fantasque, à qui l’on doit certains des plus grands films français (À bout de souffle, Le Mépris, Pierrot le Fou…), il entretenait des liens étroits avec la philosophie, discipline à laquelle il disait parfois « ne rien comprendre » mais qui n’a cessé de nourrir son œuvre.Florilège, en forme d’abécédaire philosophique à la manière de Deleuze, penseur qu’il appréciait beaucoup, aux côtés de Sartre, Arendt et Levinas.

A

Acteur

« Cela m’a toujours paru bizarre, ceux qui voulaient être acteurs. On est déjà assez acteur dans la vie pour ne pas l’être encore plus »

Entretien pourSoFilm

Amour

« L’amitié, on peut se séparer, l’amour on ne peut pas. Une fois qu’on a trouvé quelqu’un, on y va ; si l’on s’est séparé d’autres, c’est que ce n’était pas de l’amour »

Entretien pourLibération

Arendt

« Dans Nous sommes tous encore ici, Anne-Marie Miéville me faisait lire un texte de Hannah Arendt qui disait que la solitude n’est pas l’isolement. Dans la solitude, nous ne sommes jamais seuls avec nous-mêmes. Nous sommes toujours deux en un, et nous devenons un… seulement grâce aux autres et lorsque nous nous trouvons avec eux »

Entretien pour Libération

Art

« — L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible.
— Oui, mais quand même, cet effet esthétique est imaginaire.
— Oui, mais cet imaginaire de l’effet esthétique n’est pas le reflet du réel, il est le réel de ce reflet »

La Chinoise (1967)

B

Benjamin

« L’image ne peut pas être vue, ce sont des rapprochements, comme chezWalter Benjamin, c’est un lointain, aussi proche soit-il »

Entretien pour Libération

C

Cinématographe

« Le cinématographe / c’est-à-dire / des formes qui cheminent / vers la parole »

Histoire(s) du cinéma(1988-98)

Cinéma

« Le cinéma, ç’a été une espèce d’invention un peu bizarre, mi-technique, qui en même temps, essayait de s’échapper de la technique, qui voulait faire autre chose qu’une image »

Entretien pour SoFilm

Citation

« Je ne vous ai pas dit mes cinq phrases[...]qui me restent en mémoire, et que je répète des fois le soir pour voir si je m’en souviens encore[...]La première c’est une phrase de Bernanos.[...] “La peur, voyez-vous, est quand même la fille de Dieu, rachetée la nuit du Vendredi saint. Elle n’est pas belle à voir, tantôt éraillée, tantôt [maudite], et pourtant ne vous y trompez pas, elle est au chevet de chaque agonie, elle [intercède] pour l’homme.C’est une phrase qui peut tout à fait se rapporter à la France d’aujourd’hui qui a peur. Même CNews peut en parler. La deuxième phrase est de Bergson. Elle m’avait été envoyée par un ancien régisseur, je l’avais déjà citée, il me l’a récitée, puis je l’ai fait dire à Alain Badiou dans Film Socialisme. C’est : “L’esprit emprunte à la matière les perceptions dont il fait sa nourriture et les lui rend sous forme de mouvement auquel il imprime sa liberté.”Je n’ai jamais bien compris le mot de “perception”, les perceptions de la matière. La troisième phrase, c’est une phrase de Claude Lefort[...] : “Les démocraties modernes, en faisant de la politique un domaine séparé de la pensée, prédisposent au totalitarisme.”[...]Après il y a une quatrième phrase, vais-je me souvenir du nom de l’auteur ?[...]Elias Canetti[...] : “Nous ne sommes jamais [suffisamment] assez tristes pour que le monde soit meilleur.”Et j’en rajoute une cinquième, qui est une phrase de Raymond Queneau, dont j’ai beaucoup aimé à l’époque les romans. Cet aphorisme est le suivant : “Tous les gens pensent que deux et deux font quatre, mais ils oublient la vitesse du vent.” »

Entretien pour Mediapart

D

Dedans

« Comment rendre le dedans ? Eh bien justement, en restant sagement au-dehors »

Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard (1985)

Définition

« Je n’aime pas définir. Je suis trop vieux ou trop jeune sans doute »

Entretien pour Libération

Deleuze

« Ce que Deleuze a écrit sur le cinéma, c’est nul ! Nul par rapport à ses textes philosophiques. On passe de manière absurde d’Eisenstein à Cronenberg »

Entretien pour SoFilm

E

Erreur

« Il y a peu de différences entre l’erreur et le mensonge. Le mensonge subtil, c’est souvent peu distinct d’une erreur. On cherche, et on ne trouve pas. C’est ce qu’on n’a pas vu en France au XVIIe siècle, quand on a cru qu’on pouvait vivre dans la vérité directement. Je crois que ce n’est pas possible. Pourquoi y a-t-il eu Hegel, Kant , la philosophie allemande ? C’est pour nous ramener dans la vie, à savoir : nous faire accepter qu’il faut passer par l’erreur pour arriver à la vérité »

Vivre sa vie (1962)

H

Hegel

« Le peu que je connaisse de Hegel, ce que j’apprécie dans son œuvre, c’est qu’il est pour moi un romancier de la philosophie, il y a beaucoup de romanesque en lui… »

Entretien paru dans Trafic, n°29 (1999)

Histoire

« Je voudrais rendre l’histoire à ceux qui n’en ont pas »

Allemagne année 90 neuf zéro (1991)

I

Image

« Si une image regardée à part exprime nettement quelque chose, si elle comporte une interprétation, elle ne se transformera pas au contact d’autres images.[...]Elle est définitive et inutilisable dans le système du cinématographe »

Histoire(s) du cinéma (1988-98)

K

Kierkegaard

« Tous les livres de philosophie devraient, tel celui de Kierkegaard, s’appelerLes Miettes philosophiques, comme ça on se sentirait moins coupable de ne pouvoir les lire que par “miettes”, justement »

Entretien pour Libération

L

Levinas

« Ce qu’il y a dans Notre musique, je l’ai trouvé chez Levinas, dans un livre ancien qui s’appelle Le Temps et l’Autre . C’est une note de bas de page. J’aime beaucoup les notes de bas de page très longues, je commence par ça. Levinas dit que la mort est le possible de l’impossible, et non l’impossible du possible, comme Jean Wahl l’avait dit à propos de Heidegger »

Entretien pour Libération

M

Mauss

« J’ai beaucoup aiméMarcel Mauss, justement parce qu’il parlait des autres, de ceux qu’on ne connaît pas, qui semblent n’avoir pas de “visage” »

Entretien pour Libération

Marx

« Ceux qui s’appellent “auteurs” devraient appliquer la phrase de Marx :“Producteurs, soyez vous mêmes.” C’est à dire qu’ils deviennent leur propre producteur et qu’il se payent avec leur œuvre »

Entretien pour SoFilm

Morale

« Vous savez, moi, chez mon grand-père qui était riche, j’ai mangé dans des assiettes où il y avait des images de la colonisation, des assiettes où il y avait le portrait dumaréchal Bugeaud. Peut-être qu’elle commence là, la morale[…] »

Entretien pour Libération

Mot

« La mise en scène, c’est comme la philosophie moderne, disonsHusserl , Merleau-Ponty. Il n’y a pas les mots d’un côté et la pensée de l’autre. La pensée, et ensuite les mots.[...] Quand je dis que la mise en scène n’est pas un langage, je veux dire que c’est en même temps une pensée »

Entretien pour L’Express

N

Narrateur

« Est-ce que le narrateur n’est pas dans une situation impossible, difficile et solitaire, davantage aujourd’hui qu’autrefois ? Je le crois… »

Allemagne année 90 neuf zéro(1991)

Nietzsche

« Tout se passe[...] désormais comme si la fameuse phrase de Nietzsche, “Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité”, tout se passe comme si c’était la phrase la plus fausse du monde »

Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard (1985)

Noms

« Souvent, dans les émissions télé, ils disent “Ah ! il faudrait quand même appeler les choses par leurs noms !” Mais les choses n’ont pas de nom. Et puis si on les appelle, elles ne viennent pas. Bref, c’est très difficile de parler des choses, parler de la chose elle-même. Parfois, on y arrive avec certains scientifiques, certains philosophes, mais c’est rare »

Entretien pour SoFilm

P

Parole

« Je crois qu’on n’arrive à bien parler que quand on a renoncé à la vie pendant un certain temps. C’est presque le prix »

Vivre sa vie(1962)

Philosophie

« Blanchotécrivait ceci : “La philosophie serait notre compagne, le jour et la nuit, même si elle perd son nom, même si elle s’absente, une amie clandestine…”Voilà, la philosophie, c’est une amie, et le roman, un ami »

Entretien pourLibération

Photographie

« La photographie, c’est la vérité, et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde »

Le Petit Soldat (1960, sorti en 1963)

Prostitution

« Dans la société industrielle moderne, la prostitution est l’état normal »

Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967)

S

Sartre

« À mon avis, faisant une croix sur ses conditions sociales d’existence, Sartre ne fait pas révolutionnairement son boulot d’intellectuel révolutionnaire. Le prolo a non seulement besoin que Sartre vienne attaquer avec toute son intelligence persuasive les Houillères de France, mais il a aussi besoin de savoir pourquoi Sartre écrit telle chose sur Flaubert. Pourquoi un mec passe dix heures de sa journée à écrire sur Flaubert et trois contre les Houillères, alors que lui passe le même temps uniquement à la chaîne. Il ne sera pas nécessairement contre ce fait, mais il a besoin de comprendre »

Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard (1985)

Suicide

« Il y avait toute l’effervescence de l’après-guerre, l’existentialisme, Sartre surtout, et Camus, dont toute ma vie j’ai gardé une phrase qui m’avait bouleversé : “Le suicide est le seul problème philosophique vraiment sérieux” »

Entretien pour Libération

Suisse

« Les Cendres de Gramsciest un poème de Pasolini qui parle de l’humble corruption. Pour moi, la Suisse, c’est cela : l’humble corruption »

Discours de remerciement à l’Académie du cinéma suisse (2015)

T

Temps

« Le cinéma n’est pas à l’abri du temps. Il est l’abri du temps »

Histoire(s) du cinéma(1988-98)

V

Vérité

« Contrairement aux idées reçues, on voit qu’il n’y a pas de belles mises en scène sans un beau scénario. Platon disait que la beauté est la splendeur de la vérité.[...] Chaque image est belle, non parce qu’elle est belle en soi[...] mais parce qu’elle est la splendeur du vrai »

“Les Bizarreries de la pudeur”, in : Les Cahiers du cinéma, n°8 (1952)

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