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Yasujirô Ozu/Marc Pautrel - cinéma/roman

Ozu, le peintre de la condition humaine

D 1er septembre 2015     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Ozu le roman de Marc Pautrel est édité chez Louise Bottu.
Sur sa page facebook, Marc Pautrel publie deux pages manuscrites.


Manuscrit autographe du "Ozu", page 1 (écrite en mai 2012), multitude de petites corrections
après le premier jet, notamment dans la première phrase l’ajout fondamental du mot PLUS :
"Il sait qu’ici plus de cent mille arbres l’entourent."

Zoom : cliquez l’image.



Manuscrit autographe du "Ozu", fin du chapitre 22.
Je réalise que la phrase finale "Du lit de mort au berceau, le trajet du retour est si court" a été ajoutée ensuite lors de la dactylographie...

Zoom : cliquez l’image.


Vous pouvez lire les premières critiques :
Aoulia Messoudi , Dans Ozu Marc Pautrel romance la vie du cinéaste japonais
Philippe Chauché, Ozu, Marc Pautrel
un article de Jean Laurenti dans Le Matricule des Anges n° 166 de septembre 2015
Photographies prises au Japon par Marc Pautrel.

Marc Pautrel publiera en janvier 2016 Une jeunesse de Blaise Pascal (Gallimard, collection « L’Infini ») dont des extraits ont été publiés dans le numéro 132 de L’infini (été 2015).

Voici l’article que je consacrais à Ozu le 7 juillet 2013.

Le dernier numéro de L’infini (n° 123, Été 2013) porte en bandeau « Contre le cinéma ». C’est aussi le titre de l’entretien donné par Sollers à Sofilm en mars 2013. Contre le cinéma ? Les choses sont sans doute plus complexes que ne le laisse croire le slogan. Allez-y voir vous mêmes. Outre l’interview de Sollers, vous lirez dans le même numéro de L’Infini Ombres blanches, un entretien avec Jean-Jacques Schuhl « et sa pratique d’une écriture cinématographique, reposant essentiellement sur le montage » (Nicolas Azalbert), un article de Mark Henninger [1] sur La fin surprise d’Alfred Hitchcock et le début d’un roman de Marc Pautrel sur le cinéaste japonais Ozu.

Marc Pautrel

Marc Pautrel est l’auteur de trois romans parus dans la collection L’infini chez Gallimard, L’homme pacifique (2009), Un voyage humain (2011) et enfin, Polaire, paru en janvier 2013, dont j’ai rendu compte dans cette note de Pileface [2].

En résidence d’écriture à Brive jusqu’à mi-juillet, Marc Pautrel s’est vu proposer plusieurs rencontres portant sur son travail d’écriture, mais aussi « sur son rapport avec internet et l’écriture sur les blogs ». Internet ? Oui. Car sans doute est-il aussi vain d’être contre internet que d’être contre « le » cinéma ou contre la technique ! L’essentiel est ce que la pratique — des cinéastes, des écrivains — en fait [3].

Pour Marc Pautrel, cela donne la pratique quotidienne du carnet (trois « phrases » chaque jour).

Sur un de ces blogs, à la date du « jeudi 20 juin 2013, 09:09 », Marc Pautrel écrit :

Pendant ma résidence d’auteur à Brive, j’ai travaillé sur mon prochain livre, qui sera un roman autour de la vie du cinéaste japonais Yasujirô Ozu (1903-1963).


Ce roman sur Ozu est un travail démarré en 2011 et pour lequel j’ai obtenu une Mission Stendhal de l’Institut Français qui m’a permis de séjourner au Japon en mars et avril 2012. J’ai d’ailleurs commencé à évoquer ce projet Ozu dans l’émission « Une vie, une œuvre » que France-Culture a consacré au cinéaste en mars dernier.
L’écriture de Ozu est maintenant achevée et on peut lire en avant-première le début du livre dans le nouveau numéro de la revue L’Infini (n° 123 / Été 2013, Ed. Gallimard) qui arrive en librairie ces jours-ci.
C’est donc en pleine actualité éditoriale que, dans le cadre de ma résidence d’auteur, mardi 25 juin à 21h le cinéma "Art et Essai" Rex de Brive projettera Le goût du saké (Sanma no aji, 1962) (*), le dernier film d’Ozu, que je présenterai d’ailleurs brièvement au public. Si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à venir...

(*) dans sa version restaurée en 2013 pour le 110e anniversaire de la naissance d’Ozu.

(Photo : l’actrice Shima Iwashita dans Le goût du saké)

Le métier de dormir.
Le site de Marc Pautrel.

*

Voici les premières pages du roman de Marc Pautrel.

OZU

Dans ce jardin
un siècle
de feuilles mortes !

Bashô

Il sait qu’ici plus de cent mille arbres l’entourent. Il connaît leur nombre, il voit leur étendue, il se souvient qu’ils sont venus de tout le pays, donnés par chaque région pour permettre de replanter le parc après les bombardements, une patiente reconstruction, la lente croissance de la forêt, et les différentes parties du sanctuaire aussi ont été redressées, tout a été rebâti en bois de cèdre, aux portes de la ville devenues le cœur de la ville, une immense forêt pour abriter le sanctuaire du plus grand des souverains, l’Empereur Meiji, le grand-père de l’Empereur actuel. Ozu aime venir seul ici, au milieu des arbres, le matin si possible. Il prend un taxi à la gare, il se fait déposer à l’entrée du sanctuaire et il marche, à jeun, dans le silence et le frais, sous le clignotement du soleil que cachent par intermittences rapides les immenses branches des arbres.
Une fois passé sous le grand portail sacré, sous les poteaux du torii qui marquent l’entrée du lieu, le chemin qu’emprunte Ozu jusqu’au cœur du sanctuaire est long, il lui faut suivre une large allée, grande comme les avenues que l’on perce maintenant partout dans Tokyo pour accélérer le déplacement des voitures, sauf qu’ici il n’y a que des piétons, ou parfois un jardinier avec son vélo remorquant une petite brouette, les marcheurs et les oiseaux, le silence forestier et le bruit des pas sur le sol, une vaste allée de gros sable blanc tassé, quelques feuilles et quelques branches cassées. Ozu sait qu’il y a un bon kilomètre, peut-être deux, jusqu’à un premier virage et un deuxième torii, puis encore un virage, et plus tard un troisième torii, on ne s’approche pas comme ça de la cour intérieure du sanctuaire de l’Empereur Meiji. Il se sent très bien ce matin, pas de vertige, aucune gueule de bois, il a l’impression d’avoir hérité d’un nouveau corps pendant la nuit, l’impression que le corps qui s’était lentement gorgé de saké toute la soirée et toute la nuit, est resté à la maison, et qu’on lui a prête, mystérieusement, un second corps pour la matinée, ou peut-être la journée, ou même pour la vie, un corps rajeuni et comme remis à neuf.
Il est persuadé qu’aujourd’hui il va trouver des idées, que tout va bien se passer, qu’il pourra écrire un télégramme à son ami Noda ce soir pour lui annoncer une grande avancée dans le scénario. Il faut qu’il profite de ce moment, de cette passerelle inespérée entre les heures, cette courte échappée, ce retour du corps, tout passe toujours par le corps, Ozu le sait, si le sien était en meilleur état, s’il ne s’était pas usé si vite, il pourrait broder de bien meilleurs films, trouver des histoires plus fortes, écrire des scénarios et des dialogues qui agrippent le spectateur et ne le relâchent plus. Mais assez, assez, arrête de rêver, quand tu travailles, travaille, quand tu te détends, détends-toi. Et ici, maintenant, Ozu se détend, il marche sous les arbres, dans les grandes allées du sanctuaire Meijijingu, la forêt sacrée au cœur de Tokyo, il ne fatigue pas, il est plein d’énergie et d’élan, plein de joie, plein de force, c’est le matin d’une journée qui semble ne pas devoir connaître de crépuscule.
À mesure qu’il s’approche du jardin intérieur, il rencontre davantage de monde, les promeneurs du week-end et même des touristes, des Américains, des Italiens, des Français, il les a entendus parler, venus depuis l’autre bout de la terre jusqu’ici. La grande allée tourne encore deux fois, c’est comme si une spirale menait lentement les marcheurs jusqu’au sanctuaire central. La forêt les protège, la forêt protège le sanctuaire et protège les visiteurs. Ozu prend une grande respiration qui lui remplit d’un coup les poumons d’une fraîcheur métallique, Tokyo l’use et en même temps le maintient vivant, il aime cette permanente potentialité de lieux et de sensation, cette concentration en un seul point du globe de presque tout ce qu’il aime et tout ce dont il a besoin pour travailler. À Tokyo on a tout sous la main, et on a même les parcs, les jardins, et cette immense forêt Meiji.
Ozu arrive en vue du sanctuaire. Il se glisse entre les visiteurs pour aller se purifier les mains et le visage au filet d’eau du bassin couvert. Il le fait soigneusement, il recommence plusieurs fois, il a beaucoup de péchés à effacer, tout le saké de la veille, et celui de l’avant-veille, et toutes les mauvaises pensées contre les autres, et la paresse, pas assez de travail, oui, c’est ça le pire péché, parmi tant d’autres qu’il renonce à énumérer, la fainéantise, oui, et il finit par éloigner ses mains des robinets de bambou. L’eau est glacée mais étincelante, une rivière de diamant, une cascade sanctifiée. De temps à autre il lui arrive d’entrer dans un temple ou de venir au sanctuaire, pécher puis se purifier c’est le cycle de la vie. Sans péchés plus de religions, c’est parce qu’on fait des choses mal qu’on peut ensuite se les faire pardonner. Un de ses amis catholiques lui a parlé de leur technique très élaborée de péchés et de rémission des péchés, avec confession in petto face à un prêtre et dans l’anonymat, à l’intérieur d’une sorte de petite armoire de bois appelée confessionnal. Il faudrait qu’Ozu creuse le sujet, les Occidentaux sont des gens passionnants, avec un esprit à la fois lyrique et pratique, les Italiens, les Espagnols, les Français, ils ont tellement de choses à lui apprendre. [...]


La suite dans L’Infini 123...

*

Quelques questions à Marc Pautrel

La Cause Littéraire : Marc Pautrel vous semblez aimer les petits livres, comme vos deux précédents romans, « Polaire » et « Orpheline », votre dernier opus « Ozu » est un court roman, bref et vif, dans tous ces cas c’est un choix littéraire ?

Marc Pautrel : La brièveté, c’est plus un état de fait qu’un choix. J’aimerais écrire des romans plus longs, mais il semble que le format court soit ma meilleure forme d’expression. Pendant l’écriture, quand je relis mon premier jet du texte, à chaque fois je coupe tous les passages moins intenses, les moments où rien n’arrive, tout ce qui obscurcit la compréhension et disperse le lecteur. Je resserre toujours, je cherche à procurer des émotions intenses et donc il faut que je sois précis, efficace, que j’aille à l’essentiel, mais évidemment, à force de couper des passages, à la fin il ne reste plus que 80 pages de texte.

En outre, chaque fois que c’est possible, j’essaie de suivre un fil chronologique, ce qui permet de s’appuyer sur la sensation dramatique du temps qui passe, a fortiori quand la vie décrite contient elle-même des drames personnels, comme c’est le cas chez Yasujirô Ozu, et donc ici encore la taille du roman diminue parce que l’action va vers sa fin, parce que le Temps s’enfuit. La perspective tragique, au sens grec, est toujours présente, une sorte de compte à rebours jusqu’à la mort est à l’œuvre, même si avec Ozu on est chez les bouddhistes et donc la mort est le début d’une nouvelle vie. L’idée du mécanisme est importante aussi, on doit entendre les cliquetis, comme une montre mécanique qui bat, et là c’est le rythme très méticuleux des phrases qui devient essentiel, la scansion un peu hypnotique des phrases, jusqu’au ressassement parfois.

La Cause Littéraire : Vous êtes aussi très attaché à une forme narrative des plus simples : phrases courtes, sens du rythme, courtes descriptions, au service d’une histoire à raconter, ces manières d’écrire sont venues à vous dès le début ?

Marc Pautrel : Non, j’ai cherché à publier, et en fait à bien écrire, pendant des années, presque vingt ans en tout, et ce que je faisais alors était absolument illisible. Ce n’est qu’en épuisant une par une toutes les voies sans issues que j’ai compris que le texte devait aller à l’essentiel, temps, espace, personnages, pas de prénoms ni de noms de lieux ni de dates pour accentuer autant que faire se peut l’identification, et dans le cas du Ozu cette identification passera plutôt par une occidentalisation maximale des situations et des sentiments, peut-être même une simplification des choses. Je suis arrivé à la conclusion que le lecteur devait être pris par la main et plongé dans le grand bain sans qu’il s’en aperçoive, et que pour cela tout devait être parfaitement poli, que les finitions devaient être maximales. Mais ça a été pour moi une longue prise de conscience, et qui s’est faite, comme toujours, par la lecture, la lecture des grands auteurs classiques, mais aussi celle des mauvais romans de certains contemporains dont les défauts m’ont sauté aux yeux.

La Cause Littéraire : « Ozu » s’inspire de la vie du cinéaste japonais Yasujirô Ozu, comment et où est né ce projet romanesque ?

Marc Pautrel : Après le tremblement de terre de mars 2011 au Japon, avec le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima, je suis revenu vers le peu de choses que je connaissais alors du Japon, qui étaient les films de Ozu, qui m’avaient beaucoup touché quand je les avais découverts dix ans avant. En me documentant sur lui, j’ai découvert que ce réalisateur avait eu une existence assez étrange et que ses carnets intimes, ou du moins son journal rédigé sur des carnets, avaient été traduits en français. Je les ai lus, puis j’ai consulté les rares biographies traduites en langue occidentale, le livre de Donald Richie écrit en 1977 et le documentaire vidéo de Kazuo Inoué réalisé en 1983, et immédiatement j’ai compris qu’il y avait là des scènes qu’il fallait à tout prix écrire. Je pense par exemple au fait qu’Ozu assiste, et survit, au grand tremblement de terre de 1923 qui détruit tout Tokyo, ou encore qu’il participe comme soldat à la guerre sino-japonaise en 1937, et il y a aussi tous ces trajets quotidiens en train de banlieue, pour aller et revenir des studios, et qui donnent un autre éclairage à la présence des trains dans les films d’Ozu.

La Cause Littéraire : « Ozu » est un roman sur l’homme, plus que sur le metteur en scène, ce qu’il vit, sent et ressent, avec quasiment pas de références directes à ses films, même si pour le lecteur qui les connaît, on en ressent la présence, sans que cela soit explicite, pourquoi ce choix ?

Marc Pautrel : Il y a tout de même quelques scènes inspirées de ses films, comme celle des poupées de porcelaine brisées. Mais je ne suis pas un critique de cinéma, en outre je n’ai pas visionné tous les films d’Ozu, qui sont très nombreux, et de styles très différents, muets et aussi comiques pour les premiers, noir et blanc jusque tard puisqu’il ne tourne en couleur que ses six derniers films, donc je ne pouvais pas décrire ses films, et ce n’était pas non plus mon but. Je ne voulais pas écrire une biographie mais au contraire des moments de la vie d’un homme, qui par ailleurs était cinéaste et qui a tourné des films qui semblent à la fois très différents de la vie qu’il a lui-même vécue, et en même temps s’en rapprochent. Ce livre est un peu comme le scénario du film qu’Ozu n’a pas tourné et dont pourtant l’histoire aurait peut-être été la plus « ozuienne », celle de sa vie, entre alcoolisme et matriarcat puisqu’il vit plus ou moins avec sa mère, célibat et aventures sentimentales discrètes puisqu’on ne sait toujours pas si lui et Setsuko Hara ont eu ou non une liaison – à la vue des photos sur lesquelles ils figurent côte à côte je dirais plutôt oui, mais bon –, modernité des trains express et du confort électroménager occidental et pérennité de traditions séculaires, piété bouddhiste et vie dissolue et luxueuse du milieu cinématographique. La vie personnelle d’Ozu permet de dépasser l’image rigide et monolithique qu’on a parfois du Japon, pour découvrir qu’il y a, sous les apparences, une fantaisie, une grande liberté, et aussi un mélange d’héroïsme et de fatalisme.

La Cause Littéraire : « Ozu » comme d’autres de vos textes est un roman que l’on pourrait qualifier d’impressionniste, avec un sens aigu de la description, des couleurs et des odeurs qui abondent dans le roman. Vous comparer à un peintre, vous convient ?

Marc Pautrel : La peinture c’est très très compliqué, et très dur physiquement. J’admire beaucoup les grands peintres, notamment Fra Angelico, Giovanni Bellini, Titien, Chardin, Hokusaï, Manet, Cézanne, Monet, Picasso, Cy Twombly, et j’en oublie qui sont aussi dans mon Panthéon, et l’idée c’est de pouvoir en effet donner à mes textes la même force que les toiles de ces maîtres. Comme écrivain, j’ai un atout que les peintres n’ont pas : la lecture, le processus complexe et puissant de la lecture personnelle et silencieuse, qui agit comme une sorte d’Esprit-Saint et procure au lecteur une expérience humaine indépassable. Mais encore faut-il pour cela que le texte existe suffisamment, qu’il soit capable de vie, un texte de Kafka, même moyennement traduit, possède cette force, ou Madame de Sévigné, ou Proust. Voilà, je veux bien être comparé à un peintre, mais je pense qu’un grand écrivain est plus fort qu’un peintre, qu’il transforme plus profondément les corps qui approchent ses œuvres, donc je préfère être comparé, ou du moins moi-même me comparer pour tenter de les approcher, aux écrivains classiques.

La Cause Littéraire : Vous êtes un fidèle de la collection l’Infini chez Gallimard de Philippe Sollers, depuis « L’homme pacifique » jusqu’à « Orpheline » tous vos romans y sont publiés, comme le prochain consacré à Blaise Pascal, « Ozu » est publié par une petite maison d’édition, pourquoi ce choix ?

Marc Pautrel : J’ai écrit Ozu en 2012 et je l’ai aussitôt proposé à Philippe Sollers, parce qu’il est toujours mon premier lecteur, avant même mes proches. Il n’a pas été entièrement convaincu par le texte, tout en appréciant le premier chapitre qu’il a publié dans sa revue. Comme j’avais plusieurs autres romans en chantier et quasi terminés, j’ai décidé d’abandonner la publication d’Ozu. Il y a quelques mois, j’ai rencontré dans un salon du livre Jean-Michel Martinez, qui dirige les Editions Louise Bottu, et je lui ai dit que j’avais un texte jamais publié sur le Japon, il a été intéressé, a voulu le lire, puis m’a proposé la publication que j’ai acceptée après avoir apporté plusieurs corrections au texte de 2012.

La Cause Littéraire : On vient de découvrir dans la revue L’Infini quelques pages de « Une jeunesse de Blaise Pascal » que l’on pourra lire l’an prochain, là encore comment est né ce nouveau projet et pourquoi vous confronter à Blaise Pascal ?

Marc Pautrel : Ici encore, par hasard, en flânant sur Wikipédia j’ai redécouvert la vie de Blaise Pascal. Avant de devenir, bien plus tard, un des plus grands prosateurs français, Pascal aura eu une jeunesse à la fois douloureuse et extraordinaire, avec un ensemble d’éléments incroyables comme d’être un génie des mathématiques dès douze ans et sans les avoir jamais apprises, ou de révolutionner la géométrie, inventer la machine à calculer, les probabilités, etc. Tout cela se déroulant sur fond de maladie permanente et de perte de sa mère à l’âge de trois ans, puis ensuite perte de son père, avec deux sœurs, dont une qui entre ensuite dans les ordres, bref une succession de choses connues mais sur lesquelles il fallait je crois insister, et rien ne permet mieux d’insister que la mise en forme romanesque, c’est-à-dire l’utilisation du langage au service d’un relatif mensonge qui, une fois lu, produira dans le corps du lecteur une émotion absolument conforme à la réalité du monde.

Philippe Chauché, La Cause littéraire.

*

Et voici l’émission que France Culture a consacrée au cinéaste.

Ozu, le peintre de la condition humaine

par Michel Pomarède, Une vie, une oeuvre, 9 mars 2013 (59’34).

Réalisation : Jean-Claude Loiseau

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Ozu ou l’anti-cinéma

Le réalisateur japonais Yasujiro Ozu était un maniaque. Il choisissait lui-même le tissu pour les intérieurs de ses tournages, composait ses cadres comme un peintre choisit ses couleurs, mini-mettrait la hauteur de sa caméra, chronométrait la durée de chaque plan, faisait répéter inlassablement le même geste à ses comédiens. Ces derniers, pour les rôles les plus célèbres furent toujours les mêmes : Chishu Ryu pour les rôles de père et Setsuko Hara pour ceux de fille ou de mère. Il travaillait également toujours avec le même scénariste et le même chef-opérateur. Resté célibataire toute sa vie, il est mort un an après sa mère, le jour de son 60 ème anniversaire.

Une vie, une oeuvre vous propose cette semaine le portrait d’un cinéaste qui aimait, disait-il, reproduire « toujours la même rose ». En fait de rose, c’était toutes les couleurs de l’émotion qui éclosaient dans le cadre du réalisateur, lequel a volontairement dépouillé son cinéma de toute intrigue. Un cinéma des affects et non de l’action, un cinéma de la vie de famille et de ses petits drames : mariage et enterrements.

Avec Yasujiro Ozu, le spectateur pense aller voir un film japonais et assiste à une cérémonie universelle !

Avec :
Jean-Marie Touratier, auteur de « Etre humain II , Ozu et Tarkowsji » publié chez Galilée
Youssef Yasaghpour, auteur de « Formes de l’impermanence, le style de Ozu » publié chez Léo Scheer
Basile Doganis, auteur de « Le silence dans le cinéma d’ Ozu, polyphonie des sens et du sens » publié chez l’Harmattan
Marc Pautrel, écrivain qui prépare un roman sur le cinéaste
Emmanuel Lozerand, historien, spécialiste de la famille au Japon
Toshiro Kuroda, épicier et spécialiste du saké

Extraits des Carnets de Ozu (1933-1963) paru aux éditions Alive (1996).

Crédit France Culture

*

Portfolio


[1Le Père Henninger est un prêtre jésuite et professeur de philosophie à l’Université de Georgetown.

[2Voir aussi, dans Lacan Quotidien 339 du 9 juillet, Ecrire juste, Entretien avec Marc Pautrel (I), par Philippe Bouret pdf et, dans Lacan Quotidien 339 du 15 juillet, Ecrire juste, Entretien avec Marc Pautrel (II) pdf .

[3Les écrivains : par exemple, Jean-Jacques Schuhl, Ingrid Caven ou Entrée des fantômes ; Thomas Ravier, L’Oeil du prince ou L’innocence d’Hitchcock ; un philosophe : Philippe Fraisse, Le cinéma au bord du monde (une approche de Stanley Kubrick) (Tous ces livres ont été publiés dans la collection L’infini). Les cinéastes : Godard (cf. JLG/JLG, un cinéma de l’être-là), Jean-Daniel Pollet.

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