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Faire parler le trou

Lautréamont en avant ; La littérature et le mal

D 1er mars 2009     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook




« Et quelqu’un — Lautréamont — a réussi ce qui n’existe que chez Eschyle et Shakespeare, et qui obsédera toute sa vie Georges Bataille (qui curieusement « oublie » Lautréamont dans son recueil La Littérature et le mal) : non seulement être un trou dans la suite des noms de l’Histoire, mais faire parler le trou. »

« Tout au long du XXe siècle, des écrivains ont mis leurs phrases à l’épreuve des Chants et des Poésies : Jarry, Tzara, Aragon et Breton, Ponge, Sollers, Debord. A chaque fois se produit un renversement des perspectives, une avant-garde naît, les coordonnées se redistribuent. »

« Georges Bataille a raison : « La logique, en mourant, accouche de folles richesses. » La dimension du libre commence à l’instant où la logique meurt. Cette brusque entrée dans la béance, Maldoror y voit une « jouissance magique ». L’opulence est alors insurrectionnelle. »

Yannick Haenel, Lautréamont en avant, La NRF, n°588, février 2009, p. 178, 181 et 188.

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Georges Bataille a-t-il « oublié » Lautréamont dans La Littérature et le mal ? Dans une note de la fin de l’Avant-propos du livre, Bataille s’en explique clairement (page 8 de l’édition originale) :

Il manque à cet ensemble une étude sur Les Chants de Maldoror. Mais elle allait si bien de soi qu’à la rigueur elle est superflue. A peine est-il utile de dire des Poésies qu’elles répondent à ma position. Les Poésies de Lautréamont, n’est-ce pas la littérature « plaidant coupable » ? Elles surprennent, mais si elles sont intelligibles, n’est-ce pas de mon point de vue ?

On notera que Bataille, pour justifier son point de vue s’appuie, plus encore que sur Les Chants de Maldoror, sur les Poésies. Il en va souvent d’une « note » apparemment anodine : non seulement elle surdétermine la lecture de l’ensemble, mais elle donne le « la ».

En décembre 1951, dans Le temps de la révolte, Bataille avait déjà longuement évoqué « le long frisson qui, chaque fois, traverse Breton (qui d’ailleurs me traverse moi-même) » à la lecture de Lautréamont (Cf. Un discours sur la révolte fondamental). Il écrit aussi :

La "révolte poétique" — qui appelle l’outrance, la "méchanceté théorique" et toutes sortes de dérèglements — est rejetée vers la banalité : il me semble que l’expérience de la poésie, dans la mesure où l’excès de la révolte la porte à l’extrême degré de la négation, devrait confirmer l’identité, en ce point, de Maldoror et des Poésies : d’un parfait dérèglement et de l’observance scrupuleuse (il est vrai dérisoire, il est vrai ambiguë) de la règle. (O.C. Tome XII, p. 152)
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Oubli pour oubli, aux noms que cite Haenel, j’ajoute, évidemment, celui de Marcelin Pleynet et son Lautréamont par lui-même (1967). Lire, entre autres, Lautréamont politique aujourd’hui comme jamais.

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Édition de 1957.
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Bataille parle de La Littérature et le mal

avec Pierre Dumayet le 21 mai 1958 (« Lecture pour tous »)

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(durée : 9’ — Archives INA)

note supplémentaire : la vidéo a été commentée par Yannick Haenel le 15 avril 2010.

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1 Messages

  • A.G. | 18 novembre 2011 - 14:54 1

    « Pierre Dumayet est mort ce jeudi 17 novembre, à 88 ans. Les amateurs de littérature chériront longtemps le souvenir de « Lecture pour tous », où il interviewa aussi bien Camus que Céline, et Mauriac que Vian. » Cf. Pour Pierre Dumayet, lire c’était vivre.

    Le 21 mai 1958, Pierre Dumayet avait aussi invité à « Lecture pour tous » Georges Bataille pour la publication de son essai La littérature et le mal. C’est, à ma connaissance, le seul entretien télévisé que nous possédions de l’écrivain. Vous pouvez le réécouter à la fin de l’article ci-dessus.