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Gisèle Freund, portrait intime d’une photographe visionnaire

Une vie et une œuvre sous le signe des écrivains / Trois jours avec Joyce

D 4 juillet 2021     A par Albert Gauvin - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Au travers d’abondantes archives, un beau portrait intime de Gisèle Freund (1908-2000), photographe, sociologue et écrivaine, qui a immortalisé presque toutes les grandes figures du siècle dernier et témoigné avec acuité de la condition humaine (arte).


Gisèle Freund, portrait intime d’une photographe visionnaire

Réalisation : Teri Wehn-Damisch
France, 2019

Disponible : Du 27/06/2021 au 02/09/2021

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André Malraux

Le portrait mythique de Malraux la mèche au vent, c’est elle, comme celui, officiel, de François Mitterrand président, posant devant une bibliothèque. James Joyce, Virginia Woolf, Colette, Duras, Sartre et Beauvoir, mais aussi son ami Walter Benjamin, rencontré dans l’exil à Paris et sensible, comme elle, à la force des images… : tous ont défilé devant son objectif. D’origine juive et membre d’un groupe communiste, Gisèle Freund, née à Berlin en 1908 dans la bourgeoisie éclairée, fuit l’Allemagne nazie une nuit de mai 1933 avec, dans ses bagages, des clichés des corps tuméfiés de ses camarades, pris avec un Leica offert par son père. Cette héritière de Nadar, pionnière du portrait couleur, ira aussi sillonner le monde. Au fil de reportages dont elle rédige les textes, l’aventurière pose un regard aiguisé sur la condition humaine, du prolétariat du nord de l’Angleterre au petit peuple d’Argentine, leurré par l’icône Eva Perón, dont elle révèle dans "Life "l’indécente opulence. Au Mexique, celle qui se rêve cinéaste habite chez Diego Rivera et Frida Kahlo, qui s’en éprend. Rare femme ayant intégré l’agence Magnum dès sa création, cette actrice et penseuse de la photographie à l’allure Chanel a documenté les bouleversements politiques et sociaux du XXe siècle et en a immortalisé les figures les plus marquantes.

Tourbillon de la vie

Inspirée par son amitié pour celle qu’elle a rencontrée en 1983, Teri Wehn-Damisch a plongé dans les archives de Gisèle Freund, conservées à l’abbaye d’Ardenne, siège de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec), pour scruter avec émotion des centaines de planches-contacts. À travers l’objectif de la photographe, disparue en 2000, défilent intensément les soubresauts et le tourbillon artistique et intellectuel du siècle dernier, laissant aussi émerger ses coups de cœur et blessures d’exilée. De Berlin à Paris, et de Buenos Aires à Brighton, le voyage est guidé par sa voix grave et celles qui l’ont connue − sa collaboratrice Élisabeth Perolini, l’écrivaine Rauda Jamis, les historiennes de l’art Lorraine Audric et Nathalie Neumann, et la chercheuse au CNRS Monique Sicard. En forme d’hommage, le beau portrait intime d’une grande dame des images.

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Une vie et une œuvre sous le signe des écrivains

Teri Wehn-Damisch, qui fut proche de l’artiste française d’origine allemande, lui a consacré un documentaire affectueux, touchant et instructif.

Par Renaud Machart

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Portrait non daté de la photographe Gisèle Freund.
DSK/AFP

Pour qui ne s’est pas intéressé de près au travail de Gisèle Freund (1908-2000), les clichés les plus fameux de la photographe allemande, devenue française en 1936, sont ceux qu’elle a pris des grands écrivains de son temps : son ami André Malraux, dont elle a fixé, à sa demande, le célèbre portrait à la cigarette, James Joyce, Virginia Woolf, peu avant son suicide… Pour un public plus large encore, Gisèle Freund est surtout connue pour le portrait officiel qu’elle réalisa de François Mitterrand, devenu président de la République en 1981.

Née dans une famille juive berlinoise très aisée, Gisela, ainsi qu’elle s’appelle encore, est élevée dans un milieu qui baigne dans les pratiques artistiques. Son père lui offre son premier appareil Leica alors qu’elle n’a que 12 ans. Tandis qu’elle étudie la sociologie, avec Norbert Elias notamment, Gisela, aux idées marxistes, pose très vite un regard socio-politique sur l’Allemagne des années trente.

Avant de fuir le régime nazi, en mai 1933, elle prend des photos des derniers rassemblements antifascistes et des corps tuméfiés de ceux qui ont été battus par les brutes du nouveau pouvoir. Craignant la découverte par un contrôle policier des négatifs qu’elle a emportés, elle se débarrasse d’une partie d’entre eux dans les toilettes du train pour Paris.

Journaliste reporter

Arrivée dans la capitale française, qu’elle photographie « au gré de ses balades », la jeune femme rencontre Adrienne Monnier, la légendaire libraire de la rue de l’Odéon, et sa compagne, Sylvia Beach, qui tient, en face, Shakespeare & Company. Par l’entremise d’Adrienne, Gisela fait un mariage « blanc » qui lui octroie la nationalité française (elle divorcera après la guerre). Les deux femmes, en l’absence de Sylvia Beach en voyage aux Etats-Unis, entament une relation en 1936.

Le documentaire de Teri Wehn-Damisch n’insiste pas sur ce fait, d’autant que Gisèle, comme Adrienne, niera toujours la chose (elle fera de même à propos de l’artiste peintre Frida Kahlo, qu’elle fréquente et photographie pendant deux années à partir de 1950). Ce qui amènera Laure Murat à écrire, dans Passage de l’Odéon. Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux-guerres (Fayard, 2003), que « la vérité de leur lien (…) est (…) moins en cause que leurs efforts pour le banaliser ou le minimiser  ».

Gisèle Freund photographie sur commande pour financer ses études à la Sorbonne, où elle achève une thèse sur la photographie en France au XIXe siècle, sujet tenu pour excentrique par l’université qui ne considère pas encore cette discipline comme l’un des beaux-arts. D’ailleurs, à partir de 1937, Gisèle Freund se revendique volontiers comme journaliste reporter.

Elle photographiera le nord industriel et pauvre de l’Angleterre, les populations autochtones d’Argentine (où elle se réfugie pendant l’Occupation), les paysans mexicains. Mais aussi Eva Peron, première dame d’Argentine. Le reportage à son sujet que publie Gisèle Freund dans le Time Magazine du 14 juillet 1947, pour le compte de l’agence Magnum, fait scandale.

Clichés en couleurs

En 1938, elle est l’une des premières à faire des clichés en couleurs : « Ma première photo était la vitrine d’un coiffeur, la deuxième un pissoir, la troisième des feux de signalisation et la quatrième le visage de Paul Valéry », se rappellera-t-elle. A l’instar de Nadar, qu’elle admirait, Gisèle Freund constituera à son tour un panthéon photographique d’écrivains.

Teri Wehn-Damisch, qui avait filmé Gisèle Freund pour un premier documentaire, Photographie et société (1983), rend compte des dernières recherches faites à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec), où des planches-contacts ont été retrouvées, ainsi que des carnets où figurent des notes, instructives et pittoresques, de la photographe.

Ce beau portrait, abondé de nombreux témoignages de proches, chercheurs et spécialistes de Gisèle Freund, évoque pudiquement la fin difficile de l’artiste, qui avait fait le vide autour d’elle et qu’on voit brièvement chez elle, peu avant sa mort, ayant perdu tout contact avec le réel qui l’entourait.

Renaud Machart, Le Monde, 4 juillet 2021.

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Philippe Sollers, 1967

« Le bon portrait est celui où l’on retrouve
la personnalité du sujet et non celle du photographe. »
Gisèle Freund.

Trois jours avec Joyce

Photographies de Gisèle Freund
Avant-propos de Philippe Sollers
Denoël, 1982, 2006.

Extraits.

Portrait de l’artiste en voyageur humain


« Il est donc là.
C’est lui.
C’est lui le fabuleux, l’enchanteur, le complicateur, le troubleur ; l’homme aux mille tours dans la ruse. Il est vers la fin du parcours. Longue navigation. Longue et lente fatigue pour imposer sa musique de mots dans l’histoire des mots. C’est le moment de prendre au vol les photos finales.
« Limbes ? Las ?
« Il repose. Il a voyagé.
« Avec ?
« Sindbad le Marin et Tinbad le Tarin et Jinbad le Jarin et Whinbad le Wharin et Ninbad le Narin et Finbad le Farin et Binhad le Barin et Pinbad le Parin et Minhad le Malin et Hinbad le Harin et Rinbad le Rabbin et Dinbad le Karin et Vinbad le Quarin et Linbad le Yarin et Xinbad le Phtarin. »
(Ulysse)

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« À écrivain de génie, photographe de génie. Voici le moment où le plus riche banquier du roman moderne, la super-liquidité en personne, le stockeur des transactions de valeurs, trouve enfin devant lui un œil qui perçoit.
Ce que cet œil voit, c’est la stratification même des différentes façons de James Joyce de passer à travers la vie en ayant toutes les personnalités et tous les âges. Il est remarquablement vieux, usé, voûté ; mais aussi négligent, adolescent, insolent. Il s’ennuie ; il est grave ; il est perdu ; il s’amuse un instant. Il est plein d’ironie ; de sagesse ; de tristesse ; de compassion. Il ne semble humain que par distraction. C’est l’artiste intégral, dans son obstination aveugle, son honnêteté, sa simplicité, son tourbillon métaphysique sur place, libre, diagonal. »

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« Joyce reçoit son éditeur transitoire et ami, Jolas. Ils étudient ensemble le cours de la multinationale Joyce. Petite visite ensuite, chez les dames d’oeuvres d’une filiale qui a été fort utile : Shakespeare and Co. Les femmes dans la vie de Joyce ? Fascinées, révulsées. C’est si « indécent » cet Ulysse, pensez-vous, comme disaient Virginia Woolf et Gertrude Stein que représentent, ici, Sylvia Beach et Adrienne Monnier. Ah ! oui, très indécent. On est loin de Gide-Valéry-Claudel ! Et des autres ! Ce monologue de Molly... Cette façon d’entrer dans la chose... »

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« Et, bien entendu, la photographe s’appelle Freund.
C’est-à-dire, comme on commence seulement à le remarquer : Joyce = Freud (en allemand). La joie. Quand même. A un n près, ici, qui ajoute l’amitié. »



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LIRE AUSSI : Photographier James Joyce

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James Joyce chez lui, à Paris
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Joyce rue de l’Odéon, Paris
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Shakespeare and Company.
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James Joyce avec Sylvia Beach et Adrienne Monnier à Paris en 1938.
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Les mains de James Joyce, 1938.
Joyce avait des mains extrêmement fines,
qui « se mouvaient aux poignets
comme des feuilles repliées » (Adienne Monnier).
Il traitait son inséparable canne comme un instrument de musique.
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James Joyce par Gisèle Freund, 1939.
Épreuve argentique couleur, 30 × 21 cm. Collection famille Freund.
James Joyce par Gisèle Freund, 1939.
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James Joyce par Gisèle Freund, 1939 (couverture de Times Magazine).
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Gisèle Freund, Le monde et ma caméra

Rencontre avec Gisèle Freund alors qu’elle traque le portrait sur un marché parisien puis témoignage de la photographe dans son bureau où elle passe en revue les différents écrivains dont elle a fait le portrait (à 7’50 : Joyce). Gisèle Freund présente son ouvrage "le Monde et ma caméra" en racontant quelques anecdotes qui lui sont arrivées lors de ses prises de vue.

ORTF, 16 juillet 1970.

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Entretien avec Gisèle Freund

8/5/1974 - 24 min

C’est à un passage en revue de toute la littérature du 20ème siècle que se livre Gisèle Freund dans cet entretien mené par Christian Bussy. Non pas la bibliothèque des livres qu’elle a lus mais la galerie des écrivains qu’elle a photographiés. Et à travers certaines anecdotes, c’est à une analyse psychologique de certains de ces grands auteurs qu’elle s’adonne.

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