4 5

  Sur et autour de Sollers
vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Entretiens avec Michaël Ferrier (Dans l’œil du désastre/Créer (...)
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Entretiens avec Michaël Ferrier (Dans l’œil du désastre/Créer avec Fukushima)

D 10 mars 2021     A par Albert Gauvin - Michaël Ferrier - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Michaël Ferrier dans la région de Fukushima .
©M.Ferrier 2011. ZOOM : cliquer sur l’image.
GIF


Dix ans après Fukushima, récit d’un désastre [1], Michaël Ferrier publie un livre d’entretiens et de dialogue entre artistes japonais de la « génération Fukushima » et artistes français.

Michaël Ferrier
Dans l’œil du désastre
Créer avec Fukushima

« Il existe, au cœur des pires cyclones, une zone de vents calmes et de temps éclatant, troublée occasionnellement par quelques rafales, mais où il n’y a pas de précipitations et où le ciel bleu est visible à travers le voile radieux des nuages. Phénomène singulier : on l’appelle l’œil du cyclone. Les artistes sont l’œil du cyclone. Vents violents, pluies torrentielles, vagues dévastatrices se déchaînent tout autour : ils restent calmes dans la tourmente et font apparaître, au centre de la circulation cyclonique, une zone provisoire de discernement et d’émerveillement, d’autant plus délicate qu’elle est fragile, d’autant plus précieuse qu’elle est précaire. »
_ ;Michaël Ferrier

Les entretiens et l’iconographie réunis ici forment un corpus exceptionnel. Pour la première fois des artistes japonais de la « génération Fukushima » dialoguent avec des artistes français et disent ce qu’a changé pour eux la catastrophe du 11 mars 2011, aussi bien dans leur pratique artistique que, de manière plus large, dans leur façon d’être au monde ou de le concevoir. Éditions Thierry Marchaisse

LES MÉDIAS EN PARLENT

Prochaines rencontres :

Michaël Ferrier présente "Dans l’Oeil du désastre" à Duke University, En visio, 11 mars 18h (heure de Paris)
The eye of the storm : Art in the Time of Fukushima.
Jeudi 11 mars, 12h00 - Université Duke

Débat avec Michaël Ferrier, Clélia Zernik, Takashi Arai, modéré par Natsuko Odate, autour de "Dans l’œil du désastre, créer avec Fukushima"
Le débat sera accessible en visioconférence
Samedi 13 mars, 19h00 - Institut français du Japon

GIF

Michaël Ferrier, écrivain : « Fukushima est aujourd’hui le vivier d’une créativité époustouflante »

Le professeur à l’université Chuo de Tokyo publie, à l’occasion des dix ans de la catastrophe nucléaire, un livre d’entretiens avec une trentaine d’artistes japonais et français qui disent comment l’événement a influencé leur art.

Propos recueillis par Philippe Pons (Tokyo, correspondant)


Les six membres du collectif de jeunes artistes japonais Chim↑Pom, en 2019.
CHIM-POM, PHOTO YAMAGUCHI SEIHA. ZOOM : cliquer sur l’image.
GIF

La catastrophe nucléaire de Fukushima, en mars 2011, a suscité de nombreuses réflexions sur ses conséquences écologiques, sanitaires, sociales et politiques. Mais elle a eu aussi un impact inattendu et profond sur la création artistique. Dans Dans l’œil du désastre, créer avec Fukushima (Ed. Thierry Marchaisse), Michaël Ferrier, écrivain et professeur à l’université Chuo de Tokyo, donne la parole à dix artistes japonais, représentatifs de ce l’on serait tenté d’appeler la « génération Fukushima », qui dialoguent avec des artistes français.

Lire la tribune de Michaël Ferrier : « La littérature vient prendre le contre-pied des discours qui visent à atténuer une catastrophe »

Quelle est la genèse de ce livre ?

L’impact de la catastrophe sur le monde de l’art n’a pas, jusqu’à présent, reçu toute l’attention qu’il mérite. Or il m’a semblé que pour commencer à comprendre Fukushima, il fallait aussi interroger la création artistique. Mon ambition n’était d’ailleurs pas tant de faire un livre sur « l’art de Fukushima » que de se mettre à l’écoute des artistes eux-mêmes : le livre est conçu comme une gigantesque circulation de la parole, en privilégiant la forme de l’entretien et en faisant le pari – tenu je crois –, que tous ces artistes ont quelque chose à nous dire. Et sont même parmi les mieux placés pour nous parler de la catastrophe. Leur dialogue soulève de nombreuses questions sur la société japonaise évidemment, mais par-delà, sur notre rapport à la nature et à la technologie, à la mémoire (comment commémorer Fukushima ?) ou à l’avenir (qu’est-ce que le progrès ?), et sur le rôle de l’art dans notre monde de plus en plus « catastrophé ».

Les artistes auxquels vous donnez la parole ont deux points communs : ils pratiquent un art socialement engagé – tendance qui était retombée depuis le mouvement underground des années 1960-1970 – et cherchent à se dégager des réseaux habituels pour privilégier les financements participatifs. Peut-on parler d’un tournant dans la création au Japon ?

Certainement. Cette repolitisation s’accompagne d’une réorganisation de ses modes de production et de diffusion. Dans un monde de l’art de plus en plus enserré dans la boucle des industries culturelles et du divertissement, et où l’œuvre d’art – au Japon et ailleurs – est souvent réduite à un placement financier (défiscalisé, rentabilisé), c’est une formidable bouffée d’air frais, qui se passe volontiers des intermédiaires institutionnels, même si elle sait aussi en profiter. Le Japon était un des pays à la pointe d’une « ludification » de l’art – objets pop et kawaii (« mignons »), figurines animées immédiatement recyclées en produits dérivés, mugs, tee-shirts… –, tout cela récupéré à la fois par la finance spéculative et la propagande politique – le Cool Japan. Cette bulle artistique qui visait avant tout à exploiter le capital commercial de la culture est remise en question par ces artistes, les plus jeunes notamment, qui entendent bien redonner à l’art le pouvoir de provoquer, de faire rire et de réfléchir.


Hitokakera, 2017, entrée de l’installation à Ishinomaki.
CHIM-POM, COURTESY OF THE ARTIST, ANOMALY, AND MUJIN-TO PRODUCTION.
ZOOM : cliquer sur l’image.
GIF

Par exemple ?

Le plus connu est Chim-Pom, collectif de jeunes artistes qui travaillait déjà sur le nucléaire avant Fukushima, mais auquel le 11 mars 2011 a donné une audience exceptionnelle. De ce point de vue, Fukushima marque le début d’une prise de conscience mais aussi l’accélération d’un phénomène préexistant.

Cependant, ce n’est pas un mouvement homogène : d’autres tendances existent, comme les nouvelles passerelles entre l’art et la science – les chrono-radiogrammes de Marc Pallain et Hélène Lucien, Kawakubo Yoi et ses négatifs enterrés dans des sanctuaires radioactifs –, le travail sur la mémoire des catastrophes – Kota Takeuchi, Nawa Kohei –, la reprise de créatures mythiques – le Godzilla de Yanagi Yukinori –, l’innovation technologique ou, à l’inverse, le retour à de très anciennes techniques (la photographie/peinture au sel de Marie Drouet et Minato Chihiro, Arai Takashi et ses daguerréotypes)… En photographie aussi – Thierry Girard – ou au cinéma – Watanabe Kenichi, Fujii Hikaru, Claude-Julie Parisot, Gil Rabier, Suwa Nobuhiro –, Fukushima est aujourd’hui le vivier d’une créativité époustouflante.

Un domaine inattendu de cette créativité est le théâtre…

Oui, le théâtre, sans doute parce qu’il a un rapport fondateur avec le politique, a beaucoup à nous apprendre sur cette question, comme le montrent les entretiens avec les dramaturges – Brigitte Mounier, Bruno Meyssat, Jacques Kraemer et Yoann Moreau. Le théâtre s’appuie sur la mise en scène des corps, sur tout ce que peut faire ou subir un corps : avec l’exposition des corps vivants, nous sommes au cœur du problème.

Plusieurs artistes estiment qu’il existe une censure sur Fukushima. Est-elle toujours à l’œuvre ?

Plus que jamais. C’est un des enseignements du livre : certains de ces artistes sont exposés dans les plus grands musées du monde – et pourtant, ils le disent, il y a censure. Elle ne s’exerce pas toujours verticalement, par une interdiction, mais transversalement, par « capillarité » en quelque sorte, par des microcensures – refus d’autorisation, coupes, filtrages… – d’autant plus efficaces qu’elles sont discrètes et engagent les artistes à s’autocensurer dès la genèse de l’œuvre ou dans le processus de création.

À Fukushima, la radioactivité est visible : des centaines de milliers de sacs noirs contenant de la terre contaminée continuent à s’accumuler. Quel invisible nous donne à voir ces artistes ?

Vous avez raison : mais il ne suffit pas de filmer ces sacs, ou les réservoirs d’eau contaminée, qui sont effectivement une marque spectaculaire du désastre que vit toute cette région, pour rendre visibles à la fois l’ampleur et la profondeur du ravage. En fait, les sacs donnent encore une image rangée, classée, ordonnée et quasi sous contrôle du problème. Ce ne sont pourtant que quelques traces de l’immense béance psychologique, économique et sanitaire que vivent les habitants de Fukushima. Sous leur apparence lisse, opaque et immobile, je les vois plutôt comme participant à l’organisation de la cécité collective qui caractérise l’industrie nucléaire, ne serait-ce qu’au niveau du traitement des déchets.

Ce qui est en jeu, c’est l’avènement d’un autre regard sur une énergie qui a pu rendre d’immenses services mais qu’il faut désormais voir en face pour ce qu’elle est : un système extraordinairement coûteux et absurde, répondant à un modèle économique et écologique en grande partie périmé. « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible  », disait déjà Paul Klee. C’est ce que font, chacun à sa manière, les artistes de Fukushima.

Philippe Pons (Tokyo, correspondant), Le Monde.

GIF

Chim↑Pom est un collectif d’artistes japonais comprenant Ryuta Ushiro, Yasutaka Hayashi, Ellie, Masataka Okada, Motomu Inaoka, and Toshinori Mizuno. Leur oeuvre prend la forme d’interventions réalisées à travers la performance, la vidéo, la peinture, l’installation ainsi que la curation et l’organisation d’évènements. VOIR ICI.


Les Chim↑Pom.
©Alissa Descotes-Toyosaki. ZOOM : cliquer sur l’image.
GIF
GIF

Dix ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, les artistes japonais en pleine ébullition

France Culture, Le Réveil culturel par Tewfik Hakem, 11 mars 2021.

Le 11 mars 2011, un tremblement de terre et un tsunami engendraient la plus grande catastrophe nucléaire du 21ème siècle à la centrale de Fukushima, au Japon. Comment cet évènement a-t-il influencé ou marqué les artistes japonais ?

JPEG - 95.9 ko
"Black Weight", Ohmaki Shinji, Liminal Air, 2012.
Crédits : Nagare Satoshi - Éditions Thierry Marchaisse

Tewfik Hakem s’entretient avec l’essayiste et écrivain Michael Ferrier à l’occasion de la parution de Dans l’œil du désastre : créer après Fukushima (éditions Thierry Marchaisse). Un recueil d’entretiens qu’il a dirigés et qui donnent la parole aux artistes de la génération Fukushima, 10 ans après la catastrophe nucléaire survenue à la suite d’un tremblement de terre et d’un tsunami.

GIF

Michael Ferrier :

Les artistes que nous avons interrogés sont tous allés, et pour certains résident, à Fukushima. Leur parole nous donne quelque chose à voir de l’art contemporain japonais, de la société japonaise en général, et au-delà même de notre rapport au monde, à la nature ou à la technologie.

L’art japonais est encore très influencé par l’Occicdent dans son histoire. En réaction depuis une dizaine d’années, des historiens et critiques d’art tentent de redécouper cette histoire avec des critères plus japonais. Ce peut-être par exemple une conception géologique de l’art qui s’appuie sur les tremblements de terre pour définir des périodes.

JPEG - 165.9 ko
Ohmaki Shinji, Echoes Re-Crystallization, 2012
poudre de cristal, correcteur blanc, marbre
photo : Nagare Ken, Museum of Fine Arts, Gifu

Si l’on parlait d’une génération post-Fukushima, on devrait préciser qu’il ne s’agit pas d’un milieu homogène : il y a des photographes, cinéastes, installateurs, dramaturges, anthropo-dramaturges, performeurs… On parle d’une influence sur les arts visuels en général.

"Ce sentiment de sidération a poussé beaucoup d’artistes japonais à se réinventer eux-mêmes et à libérer de nouvelles formes."

Avant la catastrophe, le pop art japonais était "mignon". Il était formé de figures inanimées, avec des couleurs flashy, stridentes ou à l’inverse pastellisées. C’était un art qui se plaçait du côté du ludique. La fonction de l’art était alors d’exploiter une sorte de capital commercial de la culture japonaise.

Il y a eu un changement de paradigme depuis. Le pop art s’est recentré avec l’émergence des “artivistes“, des activistes de l‘art qui redonnent à la création un poids, un pouvoir de provoquer. Cela donne des chocs esthétiques et perceptifs, avec une réflexion sur ce que doit être l’art au temps de Fukushima.

JPEG - 79.7 ko
Arai Takashi, Agriculteurs au travail de décontamination,
Minamisôma, 17 janvier 2012,
daguerréotype 25,2 x 19,3 cm Here and There – Tomorrow’s Islands
© Arai Takashi

Parler d’un après Fukushima, c’est employer un terme en trompe-l’œil. Parce que la catastrophe Fukushima continue. La contamination radioactive fait encore effet aujourd’hui, elle aussi très présente par son inscription dans le paysage depuis l’érection d’un mur de 15 mètres de haut sur des dizaines de kilomètres le long de la côte du Tōhoku.

JPEG - 35.2 ko
Malika Khatir, Médée/Fukushima.
© Philippe Weissbrodt

Références musicales :

Enio Morricone, Il Grande Silenzio (1968)

Lien vidéo " Photographier Fukushima (France-Culture, 11 mars 2021)

Comment représenter l’invisible ?". Dix ans après la catastrophe de Fukushima, des photographes tentent de reconstituer la mémoire des victimes de l’atome.

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
Ajouter un document
  • Lien hypertexte

    LIEN HYPERTEXTE (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)


1 Messages