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Cabale à la cour, de Jean-Michel Delacomptée

D 12 février 2021     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



L’écrivain et essayiste Jean-Michel Delacomptée, auteur en 2018 d’un livre stimulant Notre langue française, dont j’ai rendu compte à la suite de Cécile Guilbert dans cet article, publie Cabale à la cour (Robert Laffont), un bref roman historique inspiré d’un passage des mémoires de Saint-Simon, « un tête-à-tête tendu et palpitant qui nous introduit dans les arcanes de la cour du Roi-Soleil où prospéraient rumeurs et calomnies... Phénomène qui résonne de nos jours avec une force saisissante ». Pour le huitième rendez-vous de l’émission des livres de l’Humanité, Vincent Roy reçoit Jean-Michel Delacomptée.

Cabale à la cour
Jean-Michel Delacomptée

Le sacrifice d’une passion amoureuse à la cour de Louis XIV.

Nous sommes à la Cour de Versailles, le mercredi 1er janvier 1710, vers la fin du règne de Louis XIV.

Ce matin-là, Philippe d’Orléans, neveu du roi, marié à la seconde fille de celui-ci, attend la visite de Saint-Simon. Ils sont amis. Philippe d’Orléans, connu pour ses mœurs débauchées, vit depuis des années une passion amoureuse avec sa maîtresse Madame d’Argenton, la seule femme qu’il n’ait jamais aimée. Les critiques de la Cour contre lui vont bon train. Madame de Maintenon, en particulier, le hait pour une plaisanterie de mauvais goût qu’il a proférée à son encontre. Objet de terribles rumeurs, il ignore qu’un procès le menace, qui pourrait lui valoir un exil à vie. Saint-Simon se doit de l’avertir. Plus encore : de l’aider à éviter l’infamie. A ses yeux, une seule chose peut le sauver le duc : quitter Madame d’Argenton pour retrouver les bonnes grâces de son oncle Louis XIV. Mais Philippe d’Orléans concèdera-t-il un sacrifice si déchirant ?

AUTEUR
Jean-Michel Delacomptee

Après des études de lettres, Jean-Michel Delacomptée a occupé les postes d’enseignant à l’Institut français de Kyoto puis de conseiller culturel à Jérusalem avant de remplir différentes fonctions au ministère des Affaires étrangères. Maître de conférences habilité en littérature française, il a ensuite enseigné à l’université. Il dirige désormais la collection « Nos vies » qu’il a créée en 2015 aux éditions Gallimard. Sa production d’écrivain consiste principalement en des portraits de personnages historiques et de gens de lettres, principalement aux éditions Gallimard (Madame la cour la mort, Et qu’un seul soit l’ami, Le Roi miniature, Racine en majesté (Flammarion), Je ne serai peintre que pour elle, Ambroise Paré, la main savante, Langue morte, Bossuet, La Grandeur Saint-Simon, puis Adieu Montaigne en 2015 chez Fayard). Mais il a également publié dans d’autres genres, comme un Petit éloge des amoureux du silence, deux romans (Jalousies, La Vie de bureau), une analyse de La Princesse de Clèves, Passions, chez Arléa (2012), ou un livre plus autobiographique, Écrire pour quelqu’un (2014). — (Robert Laffont)

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Pour ce huitième rendez-vous de l’émission des livres de l’Humanité, Vincent Roy reçoit Jean-Michel Delacomptée pour la sortie de son livre "Cabale à la cour", publié chez Robert Laffont.

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Saint-Simon, lanceur d’alerte à la cour de Versailles

Dans « Cabale à la cour », Jean-Michel Delacomptée, fin connaisseur du Grand Siècle, imagine la rencontre de Philippe d’Orléans et de Saint-Simon.

Par Jérôme Garcin

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Saint-Simon is legion.
(ABECASIS / SIPA / Montage BibliObs)

Le livre s’intitule « Cabale à la cour » (Robert Laffont, 17 euros), mais Jean-Michel Delacomptée aurait pu l’appeler « la Rumeur d’Orléans ». Du nom de Philippe d’Orléans, que «  l’effrayant pouvoir de la calomnie » faillit condamner à la disgrâce et l’exil. En ce temps-là, au château de Versailles, où coassait une « multitude fardée de craie et tamponnée de poudre », les réseaux sociaux existaient déjà, avec leurs salves d’« attaques anonymes » et leur flot de « haine sans limites ni contrôles ». A en croire le fil Twitter des princes jaloux et les pages Facebook des favorites répudiées, Philippe d’Orléans, à la fois neveu et gendre de Louis XIV, était l’homme à abattre.

Passe encore qu’il s’adonnât à la débauche avec des demoiselles de l’Opéra, on le soupçonnait surtout d’avoir projeté de détrôner Philippe V d’Espagne pour prendre sa place et pensé empoisonner son épouse, Françoise-Marie de Bourbon, la fille du Roi-Soleil, « plus rêche qu’une râpe », afin de se remarier avec sa maîtresse adorée, Mme d’Argenton. Et comme s’il ne lui suffisait pas d’être battu froid par Louis XIV, Philippe d’Orléans était la bête noire de la puissante Mme de Maintenon, qui lui reprochait une saillie de mauvais goût.

Les répliques sont d’autrefois, le sujet est d’aujourd’hui

Un homme vertueux prétendit alors le sauver avant qu’il ne soit trop tard, c’était le duc de Saint-Simon, pair de France doublé d’un lanceur d’alerte. Il n’avait pas encore écrit ses Mémoires, mais n’ignorait rien des intrigues de la cour. Le 1er janvier 1710, à 8 heures du matin, il fit son entrée chez Philippe d’Orléans, au premier étage de l’aile du Midi. Avec une rhétorique soignée, il le prévint de la conjuration ourdie contre lui et l’enjoignit, pour échapper à la condamnation royale, de sacrifier dans l’heure sa chère Mme d’Argenton.

De cette rencontre imaginaire en forme de partie d’échecs, Jean-Michel Delacomptée, fin connaisseur du Grand Siècle, a tiré un dialogue étincelant, qui rappelle « le Souper » ou « l’Antichambre », de Jean-Claude Brisville. Les répliques sont d’autrefois, le sujet est d’aujourd’hui. Imaginez en effet la haine en ligne et le complotisme dénoncés dans la prose horlogère de Saint-Simon. Lorsque les théâtres rouvriront, j’espère bien qu’il s’en trouvera un pour accueillir, sur un air de Lully, cet entretien de la dernière chance au cours duquel un courtisan madré et colporteur de cancans obtient la reddition du futur Régent. Il brillait déjà dans nos bibliothèques et voici que, sur scène, il faudra désormais compter avec Delacomptée.

LIRE AUSSI : Le livre de la rentrée littéraire qui flingue... la rentrée littéraire
Pourquoi La Bruyère « nous parle de nous »

Jérôme Garcin, « L’OBS » du 14 janvier 2021.

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Les réseaux sociaux à Versailles

Court roman historique aux relents théâtraux inspiré d’un passage des mémoires de Saint-Simon, Cabale à la cour est une plongée dans les arcanes de la médisance, la manipulation, l’influence à l’époque du Roi-Soleil. Original et passionnant.

À l’ère du complotisme, de la désinformation, du bashing ou autres joyeusetés sociales contemporaines, il est intrigant de voir une de ses formes ancestrales à la cour du Roi-Soleil. La cabale est dirigée contre le duc Philippe d’Orléans et «  son dédain du mariage, son mépris de la religion, son attrait invétéré pour ce qui outrage, ce qui souille », soupçonné entre autres de convoiter le trône vacant en Espagne, au détriment de Philippe V favori du Roi-Soleil. Le tonton du libertin, Louis XIV en personne, n’est pas content. On imagine la rumeur sur l’impie avoir enflé en coulisses royales, s’être déformée en se nourrissant des frasques du neveu, avant d’atterrir finalement entre les oreilles de Saint-Simon, ami d’enfance du Duc, passé par là pour affaires personnelles. Et il se portera sauveur, Saint-Simon, de son ami d’enfance dont «  la connaissance intime qu’il a de ses talents contrebalance celle qu’il a de ses faiblesses  ». À vrai dire, il détient même la solution miracle pour le tirer de cette sale affaire.

C’est à une passionnante joute de rhétorique théâtrale à laquelle le lecteur est alors convié, le paquet de pop-corn à portée de main. À la manœuvre, Saint-Simon le manipulateur, si habile cuisinier que c’est le duc lui-même qui finira par nommer l’impensable plan pour le sauver. À la défense, le duc d’Orléans, pour qui la solution imaginée est bien sûr inenvisageable.

Rapide texte improvisé à partir des mémoires de Saint-Simon, ce duel de mots entre amis à l’ombre du Roi-Soleil nous plonge dans un délicieux mélange de genres, entre huis-clos théâtral et roman d’époque. Une franche réussite.

Le bon courtisan est un être double, triple, une enveloppe à ne jamais décacheter.”

Eric Médous, benzinemag.net.

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