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L’Acteur (Alain Delon)

avec Visconti, Melville, Losey, Godard

D 11 mars 2020     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Vous avez peut-être revu avec une certaine émotion Alain Delon dans Le Samouraï, le film de Jean-Pierre Melville qu’Arte a rediffusé le lundi 9 mars ainsi que le très beau documentaire de Philippe Kohly, Alain Delon, cet inconnu, passé sur France 3. Retour sur un solitaire, sans doute l’un des meilleurs acteurs du cinéma français (avec Depardieu) qui a tourné avec Luchino Visconti, Jean-Pierre Melville, Joseph Losey, Jean-Luc Godard, pour ne citer que les plus grands. J’ai sélectionné quelques extraits des films les plus importants qui ont jalonné sa carrière et les interviews, à mon sens, les plus significatives (pour l’essentiel provenant de la Radio Télévision Suisse), et, pour celles de Losey (sur Monsieur Klein - en lien) et de Godard (après la réalisation de Nouvelle vague), d’une étonnante actualité.

Alors que quelques imbéciles avait contesté sa venue à Cannes et même lancé une pétition en raison de certains propos pas toujours très judicieux de l’acteur, Alain Delon a reçu, en mai 2019, un hommage pour l’ensemble de sa carrière. A cette occasion, Philippe Sollers avait remis en ligne sur son site un article qu’il avait consacré à l’acteur en 1996.

« Maintenant je sais que ce qui est difficile, c’est de partir, parce que je vais partir. Mais je ne partirai pas sans vous le dire et sans vous remercier. Parce que j’ai fait mon métier du mieux que je pouvais. Parait-il que je suis une star. Mais si je suis une star, c’est au public que je le dois et à personne d’autres. »

L’ACTEUR

Il m’arrive assez souvent de réfléchir aux possibilités invisibles du corps humain. La peinture, paradoxalement, m’y entraîne. En travaillant sur Francis Bacon, par exemple, je cherche à comprendre ce qu’il montre, quelle rapide et aveugle harmonie.

Un matin, sur l’aéroport de Genève, l’avion pour Paris où je me trouvais assis près d’un hublot, attendait un dernier voyageur. Il se montra bientôt de loin, l’air dégagé, avançant calmement sur la piste. Le phénomène était curieux : non seulement cet inconnu avait son allure propre, mais il montrait une technique spontanée de réflexion de l’espace. L’espace, en effet, on n’y fait pas assez attention, se module en fonction des corps. Soit il se ferme, se restreint ; soit il s’ouvre. Soit il se complique inutilement, se psychologise, devient bavard, lourd, prétentieux ; soit il s’impose comme étant sans limites. Au fond, la plupart du temps, l’être humain dérange l’espace, le réprime, l’empêche de s’exprimer. Et puis, parfois, rarement, l’accord.

L’inconnu en question marchait donc en lui-même. On sentait que, pour lui, il n’y avait pas de différence entre une rue, un couloir, une chambre, un pont, une plaine, un désert. Liberté ? Quelque chose comme ça. Il finit par entrer dans l’appareil, et, là, impossible de ne pas le reconnaître : c’était Alain Delon.

Je dois avouer, de nouveau, que le cinéma m’intéresse très peu, que je n’entre presque jamais dans une salle, que je regarde plus que distraitement la télévision, la réalité étant depuis longtemps devenue un film auquel chacun essaie de se conformer (pas moi). Encore une fois, la peinture, ou la sculpture m’apprennent à ouvrir les yeux, le reste est silence. Bien sûr, j’ai vu Delon jouer des rôles (celui qui me semble lui convenir le mieux étant celui du Samouraï). Mais le problème n’est pas là. Sa volonté, sa maîtrise, sa nonchalance aux aguets, son autonomie, son innocence, sa ruse, sa solitude font de lui l’un des plus grands acteurs de tous les temps, le seul Français, je crois, qui ait une dimension mondiale. Quel nom, aussi, Alain Delon ! On y entend l’Un, le Deux, l’On, étrange aristocratie secrète.

« Cependant, c’est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes. » Cette phrase d’Adieu, dans Une saison en enfer, de Rimbaud me semble lui convenir. Qu’importe le spectacle ; il s’agit, n’est-ce pas, d’autre chose.

Philippe Sollers, février 1996.

« Qu’importe le spectacle ; il s’agit, n’est-ce pas, d’autre chose. » Mais quoi ?

Rocco et ses pères

Le Guépard, 1963

C’est dans les archives de la RTS que j’ai trouvé les meilleures interviews de Delon, de Melville et de Godard, sans doute parce que les journalistes ont l’air de connaître leur sujet et donnent à chacun le temps de s’exprimer, chose rare [1].

Le Samouraï, 1967

Un film de Jean-Pierre Melville avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon
Jeff Costello, dit le Samouraï est un tueur à gages. Alors qu’il sort du bureau où git le cadavre de Martey, sa dernière cible, il croise la pianiste du club, Valérie. En dépit d’un bon alibi, il est suspecté du meurtre …

En juillet 1967, sur le tournage de son dernier film sous la direction de Jean-Pierre Melville, Alain Delon se confie à Rodolphe-Maurice Arlaud sur l’influence du cinéma américain, après avoir joué "Le samouraï" en français et en anglais. Cinéma-Vif diffusé le 8 novembre 1967.

En juillet 1967, 2 semaines après l’incendie qui a détruit une partie de ses studios et dans lequel ont brûlé 25 scénarios, Jean-Pierre Melville s’entretient avec Rodolphe-Maurice Arlaud sur le tournage de son dernier film. Le cinéaste français évoque sa judaïcité, la genèse du "Samouraï", son évolution de metteur en scène poétique en spécialiste du genre policier, sa fascination pour l’Amérique et le cinéma hollywoodien d’avant-guerre, son rapport au réalisme. Cinéma-Vif diffusé le 8 novembre 1967.

LIRE : Comment aborder aujourd’hui Le Samouraï ?

Alain Delon : « J’ai un très très mauvais caractère » (1975)

« Il vaut mieux avoir un mauvais caractère que pas de caractère du tout ». Delon, lucide et cash, se confie à Christian Defaye, pour Spécial Cinéma, le 26 novembre 1975. L’acteur français revient sur sa carrière cinématographique, ses expériences de producteur, son entrée dans le monde des affaires, son séjour à Hollywood, sa brève carrière théâtrale. L’entretien se termine par l’évocation du tournage du film Rocco et ses Frères sous la direction de Luchino Visconti.

Monsieur Klein

Un film réalisé par Joseph Losey, voulu et produit par Alain Delon.

Avec Alain Delon (Robert Klein), Jeanne Moreau, Michael Lonsdale, Juliet Berto, Massimo Girotti, Suzanne Flon, Francine Bergé, Jean Bouise (Robert Klein).

Pendant l’occupation allemande à Paris, Robert Klein, un Alsacien qui rachète des oeuvres d’art à bas prix, reçoit, réexpédié, à son nom, le journal Les Informations juives qui n’est délivré que sur abonnement. Il découvre bientôt qu’un homonyme juif utilise son nom, et décide alors de remonter la piste qui le mènera à cet inconnu.

Voici comment le grand cinéaste britannique Joseph Losey met en scène la rafle du Vel d’Hiv le 16 et 17 juillet 1942 à Paris. Alain Delon magistral joue le rôle d’un amateur d’art profiteur de guerre en achetant des tableaux aux juifs exclus de leur profession par les lois françaises et allemandes. Par erreur administrative, il est confondu avec un juif résistant M. Klein et finit par être déporté à sa place.

VOIR : Joseph Losey et Alain Delon à propos de Monsieur Klein

Gros plan sur Alain Delon (1984)

"Foncièrement solitaire, nostalgique, excessif comme les natifs du Scorpion, d’une sensibilité au-delà de la normale", Alain Delon aimerait, comme le général de Gaulle qu’il admire, se "pénétrer de l’insignifiance des choses".
"Je suis un grand acteur" (mais parlant de lui à la 3e personne) car capable de rôles aussi opposés que Gerfaut dans "Trois hommes à abattre" (à la fin tronquée au Japon car Delon ne doit pas mourir), Charlus dans "Un amour de Swann" ("shaker regrettable") ou Avranches dans "Notre histoire" (dont la non sélection au Festival de Cannes l’a blessé), c’est aussi un homme fragile ("je vis mal") et pessimiste (pas d’avenir politique en France, "le monde est fou") qui se révèle à Christian Defaye, sur le plateau de Spécial Cinéma le 15 octobre 1984.

Nouvelle vague, 1989

Jean-Luc Godard
France, Suisse / 1989 / 89 min

Avec Alain Delon, Domiziana Giordano.

« Dans un premier temps – l’Ancien Testament – un être humain (un homme) est sauvé de la chute par un autre être humain (une femme). Dans un deuxième temps – le Nouveau Testament – un être humain (une femme) (la même) est sauvée de la chute par un autre être humain (un autre homme). Mais la femme découvre que l’autre homme est aussi le même que le premier, que le deuxième est (encore et toujours) le même que le premier. C’est donc une révélation, et si l’homme a dit le mystère, la femme a révélé le secret. » (JLG, 1990)

Face à face

RTS, Spécial cinéma, 23 octobre 1989.

A l’automne 1989, Jean-Luc Godard tourne Nouvelle vague sur la Côte vaudoise avec Alain Delon. Christian Defaye est autorisé exceptionnellement à poser les caméras de Spécial Cinéma sur les lieux du tournage.

Delon et Godard

Jean-Luc Godard et Alain Delon, la rencontre de deux géants du cinéma. C’est sur le tournage de Nouvelle Vague en 1989 que le cinéaste suisse et le comédien français tournent ensemble pour la première fois. Alors que tous prévoyaient une rencontre explosive, il règne un climat de neutralité bienveillante sur le plateau…

VOIR ICI

Delon dans la lumière

RTS, Spécial cinéma, 28 mai 1990.

En 1990, Alain Delon fait le voyage à Cannes pour défendre les couleurs de Nouvelle vague, le film qu’il vient de tourner avec Jean-Luc Godard. Fidèle à sa légende, il crée l’événement et ne cache pas son plaisir de se retrouver dans la lumière. « C’est un métier d’être star, comme c’est un métier d’être roi ou président de la République », confie-t-il à Christian Defaye.

Godard à Cannes (1990)

En 1990 le cinéaste suisse Jean-Luc Godard est en compétition à Cannes avec son film Nouvelle Vague. Après la projection vient la traditionnelle conférence de presse. Le réalisateur profite de cette tribune pour se livrer à une magistrale leçon d’éthique du cinéma.

Le cinéaste franco-suisse est interviewé par Christian Defaye à son retour du Festival de Cannes où il a présenté son dernier film tourné avec Alain Delon. Un entretien intime où Jean-Luc Godard évoque le monde actuel, le cinéma, son rendez-vous manqué avec Romy Schneider, la télévision, l’information, le football et le tennis.

Alain Delon, cet inconnu

Réalisation : Philippe Kohly (2015)

Connaît-on vraiment Alain Delon ? Porté par les paroles de l’acteur, glanées au fil de cinq décennies, Philippe Kohly dresse le portrait d’un homme solaire et ténébreux. Un garçon à l’abandon qui s’est construit en solitaire et qui part à 17 ans chercher la liberté en Indochine. A son retour, débarquant à Paris, il découvre grâce à une femme la lumière des plateaux. Il n’avait jamais rêvé de cinéma et le voici à 24 ans vedette, star, acteur en vogue.
Plein Soleil, Rocco et ses frères, Le Guépard, Mélodie en sous-sol
Delon est désiré et choisi par les plus grands réalisateurs européens.
Ce film propose de revisiter un pan important du cinéma européen des années 60, 70 et de redécouvrir l’acteur extraordinaire que Delon a été sous la direction de René Clément, Luchino Visconti, Michelangelo Antonioni, Jean-Pierre Melville, Joseph Losey…

Fin de non recevoir

La productrice du documentaire, entièrement constitué d’images d’archives et d’extraits de films, s’est lancée dans l’aventure sans autorisation car sa demande s’était heurtée à "une fin de non-recevoir" des avocats de Delon. "J’ai pris le risque de l’amour", raconte Patricia Boutinard Rouelle à l’AFP. "Je rêvais depuis plus de 10 ans de faire ce film".

Ce n’est qu’une fois le film terminé par le réalisateur Philippe Kohly, qu’Alain Delon a "autorisé" sa diffusion. Il a appelé la productrice pour lui dire qu’il le trouvait "époustouflant". "Ce film n’est pas bon, il est à la limite du magnifique, il est extraordinaire. C’est juste fracassant", s’est-il exclamé, une phrase dont elle a noté chaque mot.

Avoir le pouvoir

Le comédien, dirigé par les plus grands réalisateurs français mais aussi étrangers comme Luchino Visconti ou Joseph Losey, a joué dans quelque 90 films dont certains devenus cultes tels "Le Samouraï", "La Piscine" ou "Plein Soleil".

Le réalisateur a expliqué à l’AFP avoir tenté de "démasquer l’homme" à la "beauté sauvage, inquiète, arrogante, inaccessible, sûre d’elle-même". Jusqu’en 1963, dans "Le Guépard" de Luchino Visconti, "il est encore un jeune homme". "Je me trouvais personnellement fadasse, c’est-à-dire mièvre, jeune", a confié Delon dans un entretien exhumé par le réalisateur, "je ne me trouvais pas assez physiquement viril, on dirait aujourd’hui trop minet".

"Le coeur de son problème, c’était d’être un homme", estime Philippe Kohly, "et être un homme signifiait pour lui avoir le pouvoir". Il le prend en créant sa maison de production en 1970, "impatient de tout régenter".

Objet du désir

Agé d’à peine 20 ans, il fait "chavirer" le coeur de l’actrice Brigitte Auber, star de "La Main au collet" d’Hitchcock. "J’étais tout à fait stupéfait à l’époque d’être l’objet du désir d’une vedette de cinéma", dira-t-il en 1991. D’autres "grandes amours" suivront avec Romy Schneider ou Mireille Darc et toute une myriade de "delonettes", comme la productrice surnomme ses conquêtes féminines, Véronique Jeannot, Anne Parillaud...

Pour se faire une idée plus précise, la productrice a beaucoup parlé avec Mireille Darc qui a partagé sa vie 13 années durant. "Quand Mireille parle de lui, elle est trop mignonne, et toujours amoureuse". "La nuit je me réveillais, je le regardais dormir avec ses longs cils recourbés et je pleurais", lui a confié l’actrice.

france info


[1Consulter les archives de la RTS.

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