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La Ferté-Vidame : Le Prix Saint-Simon 2019 décerné à Denis Grozdanovitch

« Dandys et excentriques - Les vertiges de la singularité »

D 30 juin 2019     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Denis Grozdanovitch, écrivain curieux et amateur éclairé de philosophie, s’est vu distingué pour son dernier livre du Prix Saint Simon.

Nota : le tropisme de pileface pour le Prix Saint-Simon trouve sa source autour de Philippe Sollers qui a beaucoup célébré le Duc et ses mémoires. Ajoutons que Marc Lambron, l’actuel président du Jury fait aussi partie de notre pinacle littéraire, tout comme Cécile Guilbert, membre du Jury.

Notons aussi que Philippe Sollers et Julia Kristeva ont été honorés de ce prix :
2008 : Philippe Sollers, Un vrai roman : Mémoires (Plon)
2017 : Julia Kristeva, Je me voyage : Entretiens avec Samuel Dock (Fayard)


Denis Grozdanovitch lors de son passage dans l’émission littéraire de France 5 (capture vidéo).

La Ferté-Vidame et le Prix Saint-Simon

La Ferté-Vidame (Eure-et-Loire). Le Jury du Prix Saint-Simon, sous la présidence de Marc Lambron, de l’Académie Française, a décerné le 20 juin dernier, le 44ème Prix Saint-Simon, à Denis Grozdanovitch pour son livre, « Dandys et excentriques, les vertiges de la singularité », aux Éditions Grasset.


Un prix de 5000 € remis le 8 septembre

Le Prix Saint-Simon, d’un montant de 5000€, sera remis à Denis Grozdanovitch, le 8 septembre 2019, sur les terres du duc de Saint-Simon, à La Ferté-Vidame.

Comme le souligne Jean-François Bège, le président des Amis de La Ferté-Vidame :

« Sa grande gentillesse comme sa longue fréquentation des courts les plus prestigieux lui ont valu d’être surnommé l’écrivain du bon et du rebond. »

Ancien champion de France de tennis espoir, joueur de courte paume dix fois titré, joueur d’échecs passionné, le très talentueux Denis Grozdanovitch a été distingué à l’Institut de France par le jury du Prix Saint-Simon présidé par Marc Lambron.

Cette récompense couronne le livre « Dandys et excentriques : les vertiges de la singularité » renfermant des Mémoires qui ne disent par leur nom.

Par une suite de portraits, débordant souvent d’humour, l’auteur raconte en effet sa vie mine de rien, en décrivant avec soin et bienveillance – une différence notable avec Saint-Simon ! – les personnages originaux qu’il lui est arrivé de croiser.

Le Prix lui a été attribué le jour anniversaire, par hasard, du serment du jeu de paume.

Mais il lui sera remis officiellement le 8septembre à La Ferté-Vidame dans l’ancien fief du mémorialiste qui a conservé une rue du jeu de paume.

Crédit : https://actu.fr/centre-val-de-loire/

A propos de Denis Grozdanovitch

Denis Grozdanovitch est un ancien champion de tennis, de squash et de courte paume reconverti dans la philosophie, les échecs et la littérature. Ses ouvrages – depuis le Petit traité de désinvolture jusqu’au Génie de la bêtise, de L’exactitude des songes à La puissance discrète du hasard – sont des bréviaires de sagesse et de drôlerie.

La Grande Librairie (France 5), Denis Grozdanovitch signe « Le Génie de la bêtise » (6/04/2017)

Le livre « Dandys et excentriques »


Grasset
Feuilleter le livre sur amazon.fr

RESUME

Dans ce livre, au prétexte de chercher l’articulation entre le singulier et le multiple, Denis Grozdanovitch en vient à brosser le portrait de quelques excentriques approchés au cours de son existence, et à esquisser le profil de nombreux autres rencontrés au fil de ses lectures. Cette énumération est, selon sa manière habituelle, farcie d’anecdotes. Elle donne l’occasion d’examiner les phénomènes de l’excentricité et du dandysme au sens ordinaire et de découvrir, au passage, que les deux attitudes sont souvent antithétiques.
Cependant, ce livre offre surtout l’opportunité de déceler chez beaucoup d’artistes, d’écrivains ou de figures publiques notoires (du passé et du présent), ce qu’il nomme un dandysme minimaliste , c’est-à-dire un dandysme non flamboyant et plutôt dédié à une sorte de repli hautain dans l’ombre et le secret - à l’image du personnage de Huysmans, des Esseintes, lequel passe du dandysme classique à une attitude de retrait mondain.
A travers ces évocations, se dégage une dimension morale qui, pour être souvent inaperçue, du fait de sa modération, n’en est pas moins perceptible. Ce livre fait donc allusion bien sûr au phénomène du dandysme classique (Brummel, Oscar Wilde, Huysmans, Baudelaire, Barbey d’Aurevilly).
Cette galerie commence par évoquer les figures de nombre d’excentriques japonais et chinois – adeptes du taoïsme et du zen – puis enchaîne sur celles de personnages occidentaux tels que le philosophe Wittgenstein, Henri-Frédéric Amiel, Léautaud, Charles Albert Cingria, Verlaine, Rimbaud, T.E. Lawrence, Corto Maltese, Don Quichotte, Lord Byron, le comte Potocki, le Prince de Ligne, Casanova, Borges, Drieu la Rochelle, Maurice Ronet, Arthur Cravan, Albert Cossery, Duchamp, Andy Warhol, Fernando Pessoa, Bartleby, Hemingway, Fitzgerald, Henry Miller, Allan Bloom, Cyrano de Bergerac et quelques autres…
Viennent ensuite des pages consacrées au dandysme féminin où apparaissent les figures de Mme du Chatelet, George Sand, Colette, Karen Blixen, Anne-Marie Schwarzenbach, Virginia Woolf, Vita Sackville West, Rachel Bespaloff, Gabrielle Roy, Louise Brooks et Alexandra David Néel.
Comme dans les précédents ouvrages de Denis Grozdanovitch, alternent ici les passages relativement méditatifs avec les portraits vécus - lesquels sont autant de récits ou de nouvelles intégrés à l’ensemble.
D’une façon générale le livre se présente comme une dérive au long d’un même thème et s’efforce d’éviter le piège du didactisme trop appuyé ou de l’exposé académique...

EXTRAIT DU LIVRE (pdf)

Le Prix Saint-Simon

Le Duc de Saint-Simon écrivit une partie importante de son œuvre de mémorialiste dans le cadre enchanteur du château de La Ferté-Vidame et son parc.

Le Prix Saint-Simon, créé en 1975 sous les auspices de la ville de La Ferté-Vidame est géré par l’Association des Amis avec le soutien de La Société Saint-Simon.

Fondé lors du tricentenaire de la naissance de l’illustre écrivain, il couronne chaque année un auteur et un ouvrage de mémoires (ou souvenirs) paru au cours des cinq dernières années.

Composition du jury

- Gabriel de Broglie, de l’Académie française, Chancelier honoraire de l’Institut de France, Président d’honneur du jury
- Marc Lambron, de l’Académie française, Président du jury
- Daniel Rondeau, de l’Académie française
- Nathalie de Baudry d’Asson
- Laurène L’Allinec
- Jean-François Bège, Président des Amis de La Ferté-Vidame
- Martine de Boisdeffre
- Patricia Boyer de Latour
- Jean-Michel Delacomptée
- Jacques Dussutour, membre fondateur, maire honoraire de La Ferté-Vidame
- Cécile Guilbert
- Albéric de Montgolfier, sénateur d’Eure et Loir
- Olivier Marleix, député d’Eure et Loir
- Louis Petiet


Entretien avec l’auteur

Dans le cadre de « Livres nomades »,
Littera 05 a accueilli Denis Grozdanovitch
, le 9 Mars 2011
à la Bibliothèque Municipale de Gap, pour une rencontre avec des lecteurs.

Littera 05 :
Vous êtes né à Paris en 1946. Votre père et votre mère étaient tous deux artistes-peintres. Vous dites, en parlant de votre enfance : Or, mon père étant un grand lecteur, je fus initié à la littérature la plus exigeante dès mon jeune âge, sa méthode consistant à nous faire, à ma sœur et moi, des lectures ardues (Saint-John Perse à huit ans, Gracq à dix ans, Les caractères de La Bruyère à onze, etc.). Le sens nous échappait mais l’imprégnation était puissante et durable.
Vous êtes ancien joueur de tennis (champion de France junior en1963), de squash (champion de France de 1975 à 1980) et de courte paume (plusieurs fois champion de France).
Vous êtes grand amateur d’échecs.

Vous reconnaissez-vous dans ces deux extraits ?
Extrait de Brefs aperçus sur l’éternel féminin :
J’ai pris définitivement conscience de m’être fourvoyé dans le domaine professionnel et je me contentais de compétitions de second ordre où mon sens ludique pouvait s’exprimer en toute liberté, ayant repris par ailleurs le cours de mes interminables rêveries littéraires et philosophiques »

Denis Grozdanovitch :
…La vanité et le succès aidant, au bout de cinq ans j’ai complètement abandonné la compétition. J’ai fait une chose assez bizarre, je me suis servi du tennis pour échapper au travail aliénant. J’avais donc beaucoup de temps libre, ce qui m’a permis de lire, d’écrire, de jouer aux échecs, de me livrer à mes passions. Jouer entre camarades, je trouvais ça merveilleux mais très vite je suis passé à la compétition. La compétition, ce sont des méthodes industrielles qui n’ont plus rien à voir avec le sport. Le sport actuel, professionnel, est le tombeau des valeurs sportives. Pour moi le sport c’est jouer, j’étais aussi entraîneur. Mon père, sportif, était aussi artisan, maître-verrier et dans son atelier les gens travaillaient en sifflant et avaient le goût de la belle ouvrage. Jouer au tennis, travailler la balle avec mon corps, c’était artisanal, ça me plaisait bien.

Littera 05 :
Extrait de l’analyse d’un de vos livres préférés (Wolf Solent de John Cowper Powys) :
Je pratique une forme d’égoïsme tendant à laisser passer l’orage et à m’abandonner à la secrète jouissance des petits riens savoureux dont nos vies sont tissées dans l’immédiat.

Denis Grozdanovitch :
L’auteur que vous citez, John Cowper Powys, est pour moi le plus grand romancier du XXe, plus que Proust et Thomas Mann. Si vous lisez ses livres, vous serez estomaqué. Il a devancé la forme littéraire de Proust. Il va plus loin que Proust dans l’introspection et le monologue intérieur. Il nous fait plonger dans des correspondances intérieures merveilleuses. Et plus loin encore, il inclut les fantasmes qui sont au bord du subconscient. C’est aussi un philosophe et un poète. Et ce qui est étonnant pour un Anglais, c’est qu’il a tiré toute sa philosophie de Montaigne et de Rabelais. Cette manière de voir, je m’en sers tout à fait car je le considère comme mon maître. Il nous incite à résister par le moyen d’une sorte d’égoïsme tempéré et paisiblement anarchiste qui consiste à s’abandonner à la secrète jouissance des petits riens savoureux dont nos vies sont tissées dans l’immédiat. Finalement à travers les médias et même nos plaisirs, on aime les drogues dures. Il faut dire que le rythme du travail s’intensifiant tellement, il est presque salutaire le soir de s’alcooliser ou de s’abandonner à la télévision pour trois ou quatre heures (c’est une forme de drogue dure aussi), soit de s’abandonner à des plaisirs violents et c’est là l’antithèse du bonheur, car pour moi le bonheur est fait de petits plaisirs. Ces petits riens, ces petites émotions qui s’ajoutent tous les jours rendent la vie savoureuse.

Littera 05 :
C’est une manière de résister ?

Denis Grozdanovitch :
C’est une forme de résistance à ce diktat où il faut tout le temps s’étourdir, s’éclater. A quelqu’un qui prônait les plaisirs violents, moi j’ai répondu : l’ébriété du thé me suffit. A ce moment-là les choses deviennent poétiques. D’une certaine manière c’est une défense de la poésie, la poésie de tous les instants, qui nous permet de jouir de la vie en finesse. D’ailleurs j’ai fait un livre qui s’appelle Minuscules extases, placé sous l’égide de Proust qui est quand même un de mes grands auteurs. J’y ai traité les synesthésies (associations de sensations dans les domaines différents) dont les plus célèbres sont la madeleine de Proust et les voyelles de Rimbaud. Je m’amuse à faire la synesthésie de toutes les saveurs qui m’ont plu dans mon existence associées aux pays que j’ai visités dans ma vie. La saveur à la fois un peu rude, acide et en même temps délicieuse des kumquats est associée pour moi à la Corse, à la stridulation des cigales. C’était pour moi une façon de comprendre toute la Corse. Ce sont ces petits bonheurs-là que je souhaiterais mettre en exergue et les proposer aux gens pris dans les urgences nerveuses de notre époque, selon la formule de Jules Supervielle.

Littera 05 :
Transmettre aux autres, en effet vous vous dites un passeur. Vous êtes l’homme des carnets. Vous écrivez depuis l’âge de quinze ans dans des carnets : vous allez nous expliquer comment vous écrivez, quand, et ce que vous faites de ces carnets.

Denis Grozdanovitch :
J’ai commencé à écrire dès l’âge de quatorze ans. J’étais angoissé. Je craignais de perdre les choses qui me plaisaient : des paroles, des conversations, des moments vécus entre amis, des choses que je voyais, ces paysages que je viens de voir, qu’est-ce qui va en rester ? Qu’est-ce que je vais faire ? Je vais prendre des notes. Depuis, tous les jours de ma vie j’ai pris des notes, c’est devenu une discipline.

Littera 05 :
Ce n’est que de l’écriture ou y a-t-il d’autres formes ?

Denis Grozdanovitch :
Au début je m’étais fait une sorte de code, car je n’avais pas le temps de rédiger. Je me suis rendu compte qu’il suffisait de déposer une sorte de stèle mentale, un signe et plus tard, quand votre regard rencontrait ce signe, le souvenir s’ouvrait.

Littera 05 :
Vous parlez de cliché photographique qui se révèle

Denis Grozdanovitch :
Dans le souvenir de la madeleine, Proust fait ressortir ce côté magique. D’ailleurs j’ai fait moi-même beaucoup de photos que j’ai commentées dans un livre à paraître aux éditions Le Rouergue. C’est en rapport avec ce que j’ai pu faire avec les carnets. Quand je relis quelque chose dans les carnets, parfois je me dis que je vais faire un texte avec ça. Si je relis une phrase en style télégraphique, le souvenir revient. En plus c’est un grand plaisir. Comme j’ai écrit dans l’ombre pendant quarante ans, ne sachant pas si je serais édité, j’écris à l’encre de Chine qui ne pâlit pas et reste brillante des années. Et en plus, j’utilise du blanc, ce qui me permet d’écrire dessus sans raturer. J’ai l’impression au bout de la page d’avoir fait quelque chose. Raturer ce n’est pas technique et je me serais vite découragé. Au moins là on a l’impression d’avoir fait un objet esthétique.

[…]

Littera 05 :
[…] Si on est sincère en exprimant ce qui nous est singulier, on atteint l’universel. Du particulier à l’universel, c’est ça la littérature ?

Denis Grozdanovitch :
Dans mon premier livre Petit traité de désinvolture, le premier texte appelé l’infiniment singulier raconte un orage qui s’abat Porte de St Cloud, un orage d’arrière-saison particulièrement violent, avec des rafales de vent qui tourbillonnaient, une sorte de maelström qui affolait les arbres, arrachait les feuilles qui volaient ; au milieu, comme au cœur du cyclone, une petite plume sans doute arrachée à un pigeon, qui descendait tout droit, sans être perturbée le moins du monde. C’était tellement extraordinaire de voir ça que j’avais envie de le raconter, mais je me posais la question : est-ce que cela a de l’intérêt de raconter quelque chose d’aussi anecdotique ? Je me suis souvenu de la théorie du théologien Don Scott, un théologien écossais du Moyen-âge, qui avait déclenché une querelle théologique sur plusieurs siècles : il pensait, contrairement à ce que l’Eglise cherchait à promulguer depuis toujours,que la meilleure manière de rejoindre ce qu’il appelait la chose commune, - ce qu’on pourrait peut-être appeler l’inconscient collectif, Dieu selon ses vues à lui – la meilleure manière de le rejoindre était de s’enfoncer dans notre infinie singularité. Donc décrire les choses les plus infimes qui nous arrivent et ainsi rejoindre l’universel en s’enfonçant dans le singulier. Un grand poète a dit aussi que c’est en étant le plus personnel qu’on rejoignait l’universel. C’est quand on parle des choses les plus anodines, quand elles sont exposées avec sincérité, que l’on rejoint l’universel.

[…]

L’intégrale de l’entretien ICI

Denis Grozdanovitch, à contre courant par Bernard Pivot

Journal Du Dimanche, 16/01/2011

A l’occasion de la publication de son premier roman La Secrète Mélancolie des marionnettes, Bernard Pivot consacrait sa chronique du JDD du 16/01/2011 à Denis Grozdanovitch.

L’histoire d’amour est émouvante et romantique. A la sortie du cinéma Champollion, où ils étaient, cet après-midi-là, les deux seuls spectateurs, Denis aborde Anna-Livia, père américain, mère italienne.

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Elle fréquente la bibliothèque Sainte-Geneviève pour ses études de philosophie et d’ethnologie. Lui, Denis, donne des cours de tennis, adore lire, noircir des carnets pour écrire des livres. Il les écrira puisqu’il s’agit de Denis Grozdanovitch (le merveilleux ciseleur du Petit Traité de désinvolture, de Minuscules extases, etc.). Il publie aujourd’hui son premier roman : La Secrète Mélancolie des marionnettes. Qui commence par la rencontre d’Anna-Livia et de Denis. Ils parlent et marivaudent beaucoup. Mais ça n’ira pas plus loin, car la jeune femme est repartie inopinément à New York.

Vingt ans après, par hasard, ils se rencontrent à Sienne, elle ayant "conservé le même charme foudroyant". Ils décident de cacher à l’autre ce qu’entre-temps chacun est devenu et de profiter, d’abord à Sienne, puis à Florence, enfin à Venise, des quelques jours et surtout des quelques nuits que la chance et l’amour leur ont accordés. C’est elle qui rompt l’enchantement "parce que, aussi étonnant que cela puisse te paraître, je suis aussi très amoureuse de l’homme avec qui je vis à New York – d’une façon plus assagie mais non moins forte". Anna-Livia laissera à Denis une optimiste et bouleversante lettre d’adieu.

Voilà pour le début et la fin du roman. Au milieu, deux cents pages racontent le séjour de Denis dans la résidence d’écrivains de la comtesse Silvina Bettinelli, située dans les environs de Florence. Jouissant d’un confort et d’une liberté de rêve, quelques écrivains de plusieurs pays sont réunis. Ils parlent tous français, la comtesse parfaitement. Et même certains personnages marginaux, très singuliers, rencontrés par Denis au cours de ses promenades. Emilio, passionné par la culture des rhododendrons et le jeu d’échecs ; Roberto, qui a écrit des pièces pour ses "pupazzi", des marionnettes qui le maintiennent "dans un intermonde joyeux où je ris et m’illusionne en leur compagnie" ; un libraire florentin qui fait plus son miel de la lecture d’auteurs anciens que de la vente de livres de notre époque.

Avec tous ces personnages, Denis a de longues conversations littéraires et philosophiques. Il ne voudrait pas repartir sans avoir saisi "l’art de théâtraliser à l’italienne", sans comprendre pourquoi les Italiens sont férocement réalistes ou foncièrement utopistes, sans pouvoir lui-même "plaisanter dans l’adversité", comme le font si bien les inventeurs de la commedia dell’arte. Au cours de ces bavardages qui témoignent d’une possession très sûre de la culture la plus vaste, les auteurs cités sont nombreux. On ne fait pas assaut d’érudition ou de cabotinage. Non, c’est comme ça, on est curieux, doués, et l’on sait mille choses. Comme Denis Grozdanovitch.

Bien des lecteurs jugeront certains chapitres longuets et ennuyeux. Mais n’est-ce pas le prix à payer pour accéder à cette forme de romanesque intelligent qui est à contre-courant du roman d’aujourd’hui, sensationnel, cafardeux, violent, compassionnel, désespéré, comme le définit une libraire parisienne dès les premières pages du livre ?

Le style de Denis Grozdanovitch est aussi un défi à celui rapide et décoiffé des romans modernes. Ses personnages parlent comme lui écrit, c’est-à-dire avec élégance, subtilité, humour, à quoi il faut ajouter la richesse du vocabulaire et le respect de la syntaxe, plus tout le temps qu’il faut pour s’exprimer. Ce roman n’a aucune chance de devenir un best-seller. Mais il ravira d’exigeants lecteurs, comme le libraire de Florence et son chat, Fulvio, dandy indolent.

La Secrète Mélancolie des marionnettes, de Denis Grozdanovitch, L’Olivier, 330 p., 20 euros.

Crédit : JDD https://www.lejdd.fr/

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