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Philippe Sollers par Yannick Haenel

Et un peu plus

D 17 octobre 2018     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dans La « Tribune des lecteurs » de pileface, Thelonious avait attiré notre attention sur le dossier Haenel publié par la revue Décapage :

« Un dossier de plus de 50 pages (textes et nombreuses photos). Il retrace son parcours d’écrivain, ou plutôt son destin. C’est passionné, passionnant. » disait-il.
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Notre curiosité piquée au vif, nous nous sommes procuré le numéro 59, automne-hiver 2018 de la revue Décapage, éditeur Flammarion. Thelonious n’avait pas survendu la chose. C’est effectivement passionné et passionnant et compte tenu de notre tropisme sollersien « Sur et autour de Sollers », nous vous en présentons quelques extraits :

- Philippe Sollers par Yannick Haenel

- Yannick Haenel fait son cinéma

- La petite fabrique des romans de Haenel

Mais la revue contient beaucoup plus. Faîtes-vous votre propre opinion en achetant le numéro pour en découvrir l’intégrale.

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PHILIPPE SOLLERS PAR YANNICK HAENEL


Philippe Sollers, je le rencontre en 1997. On vient de fonder, François Meyronnis et moi, la revue Ligne de risque. On prépare un numéro sur Lautréamont. On a rendez-vous chez Gallimard, dans ce célèbre petit bureau où les portraits de Voltaire et de Joyce vous scrutent, vous jaugent, et font entendre silencieusement ce « fou rire en retrait » dont parle Paradis. Notre amitié intellectuelle avec Sollers se noue à ce moment-là : il y a un grand jeu qui se déplie à travers le temps depuis le nom de Lautréamont ; voici que nous faisons l’expérience de cette transmission poétique qui va d’André Breton et Aragon à Philippe Sollers et au groupe Tel Quel, et dont nous recevons à notre tour l’étincelle, qu’on peut éventuellement qualifier d’imaginaire, voire de mégalomane : mais il se trouve que Meyronnis et moi, à l’époque, sommes bel et bien des hiboux sérieux jusqu’à l’éternité », comme dit Maldoror.

Bref, François Meyronnis et moi rencontrons Sollers à deux : c’est un rapport de revue à revue. Il lit attentivement les premiers numéros de Ligne de risque, et nous dit qu’à partir de maintenant, il aimerait lire et publier tout ce que nous écrivons.

Ce qui me frappe d’emblée chez Philippe Sollers, c’est que tout chez lui est au présent : il parle, écrit, vit au présent, Louis-René des Forêts n’était pas seulement un merveilleux vieil homme, il incarnait une littérature qui appartenait à l’histoire. Là, je rencontre quelqu’un qui est en prise directe avec la littérature en train de se faire. Bien sûr, ses grandes opérations ont eu lieu : il a fondé et dissout Tel Quel, il dirige L’Infini - en un sens, tout cela est fait -, mais l’extraordinaire vivacité de Sollers m’indique des directions nouvelles ; sa présence m’incite à une liberté d’écrire qui va me permettre de rejoindre le point que j’occupe en secret (et qui m’est pour l’instant inconnu).

Son discours réveillé sur la société, son diagnostic sur le faux sans réplique qui est l’élément même de cette planète-clinique, sa passion effervescente pour Rimbaud, pour Debord, pour Heidegger, me font travailler. Beaucoup d’écrivains préfèrent un éditeur qui n’écrit pas ; ce n’est pas mon cas. Au contraire, il me faut quelqu’un qui soit à la hauteur de mes ambitions littéraires ; quelqu’un qui ait Lautréamont et Rimbaud dans le sang, et entende leur présence dans mes tentatives. Bref, quelqu’ un qui soit vraiment quelqu’un - qui ait un nom. Et il n’y a que les écrivains qui aient vraiment un nom. La littérature, c’est l’histoire du dialogue entre les écrivains.

Sollers propose avant tout, avec ses livres et sa personne, une écoute vivante du langage ; et ce que je préfère, chez lui, c’est précisément sa disponibilité à l’ouverture poétique – avec ce qu’il appelle, avec Heidegger, « l’éclaircie ». Je cherche un passage limpide entre littérature et pensée ; et j’écris mieux en sachant que c’est Sollers qui va me lire.

<small><small>Ph. Sollers en conférence avec Y. Haenel</small> _ Avec Philippe Sollers, à l’Université d’Orléans, en 2007
(photo de Sophie Zhang). Dans l’Infini N°100, Automne 2007
Voir Lettre de Yannick Haenel à Philippe Sollers
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Publier à L’infini, ce n’est pas un confort : d’abord, il y a deux noms dans le livre : le vôtre et celui de Sollers, qui apparaît comme directeur de collection. Logiquement, on attendrait le conflit de signatures, mais dans mon cas, ce conflit n’a jamais eu lieu : j’ai persévéré dans mon être.

On m’a souvent réduit, au début, à mon appartenance à L’Infini. Le côté « f ils spirituel de Sollers » : j’ai lu ça dans la presse. C’est normal : le nom propre de Sollers avale tout, et comme c’est devenu un sport national de le critiquer, j’ai pu en pâtir aux yeux des cons - mais je sais qui je suis, je m’avance donc avec clarté.

Être critiqué est une excellente chose, c’est Sollers qui me l’a appris : à la manière dont un livre est attaqué se mesure son impact réel. En la matière, je suis servi : Cercle et surtout Jan Karski, tout en étant des succès, ont été reçus avec violence. J’ai des ennemis tenaces, très fidèles. Qu’à la fois mon écriture enchante et qu’elle provoque de telles résistances, cela signifie peut-être qu’elle atteint un point de vérité. Beaucoup ne voient Philippe Sollers qu’à travers l’image de l’homme de pouvoir, voire de la vedette, mais ce masque leur rit au nez : c’est lui qui a choisi de faire travailler l’image afin de préserver sa solitude. Celui que je connais, que je rencontre de temps en temps, et avec qui je parle au téléphone, est un étrange irrégulier. Il y a chez lui une absence totale de croyance dans la respectabilité : c’est un anarchiste bourgeois, comme Manet. Je discerne chez lui un bras d’honneur. Il est le seul vrai nietzschéen que je connaisse : les gens s’accrochent tous à la morale, pas lui (voilà d’ailleurs peut-être la véritable raison de sa « si mauvaise réputation »). Dans Paradis, il écrit : « si mon existence est un fleuve il y a un bras qui ne traverse pas leur pays. » Sa passion intense pour la littérature, je m’y reconnais. J’ai la même. Contrairement à ce qu’on dit, elle est rare. Les gens croient aimer la littérature, mais leur goût est un automatisme, ils ne s’y consacrent pas. Moi, je n’ai de pensée que pour elle, je passe mes journées à écrire, je ne fais que ça, et de plus en plus — je ne suis que ça. J’écris pour que ma solitude se confonde avec le destin de la littérature. Sollers aussi. Ses lettres inouïes à Dominique Rolin le montrent : il ne dialogue vraiment qu’avec l’écriture (et avec son miroir qu’est l’amour).

YANNICK HAENEL FAIT SON CINEMA

Le titre est à prendre au sens propre.


Avec Barbara Pugelli dans La Reine de Némi (film que j’ai réalisé en 2017).

A propos du film, lire le bel entretien de Fabien Ribéry avec le cinéaste, ICI.

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« J’ai écrit, conçu et réalisé ce film juste après avoir terminé l’écriture de [Tiens ferme ta couronne- 1880], roman qui, entre autre, dans la tramage multiple qu’il met en scène, parle du lac de Némi et de la déesse Diane, qui sont déjà des obsessions du narrateur. » y déclare Yannick Haenel.

Le cinéma, c’est ma deuxième passion. À une époque, j’ai vu tout Godard, absolument tous ses films, même les tracts militants, même les courts-métrages. Ça a été mon plan de consistance - comme de lire la Recherche : à partir de là, on se fait un oeil, une oreille, et l’on voit tous les films à travers ce prisme critique.

De Godard, j’aime avant tout Pierrot le fou et Nouvelle Vague, mais aussi les films des années 80, ceux avec Myriem Roussel : Passion, Prénom Carmen, Je vous salue Marie ; et enfin Soigne ta droite, où Godard joue, avec une grande puissance burlesque, l’idiot de Dostoïevski, c’est-à-dire le prince Mychkine.

Il y a un gros livre qui a longtemps été ma bible : Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, tous ses écrits des Cahiers du Cinéma. J’ai passé des heures à regarder les photographies, à déchiffrer les textes abscons de JLG ; j’ai pioché là-dedans mille désirs. Les livres de Daney, aussi : Daney, c’est le Blanchot du cinéma, mais en plus décontracté.

J’aime énormément le cinéma français des années soixante-dix : Eustache, Garrel et Chantal Akerman (Je, tu, il, elle est un film stupéfiant) - et aussi Marguerite Duras.

Je tiens Léos Carax pour le plus grand poète du cinéma français (le Cocteau de notre époque). Quelques films-étoiles filantes, presque au hasard (il y en a tant) : Sayat Nova de Parajdanov, Identification d’une femme d’Antonioni, Pickpocket de Robert Bresson, Wanda de Barbara Loden...

LA PETITE FABRIQUE DES ROMANS DE HAENEL

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Crédit : Textes et illustrations : Décapage 59

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