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Le pari infini. Entretien Sollers – Frans de Haes (1983)

Pensées de B. Pascal

D 19 juin 2018     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Voici un document d’archive, issu de l’hedomadaire belge « Tel ». Il date du 10 mars 1983 !
On y trouve un article intitulé « le pari infini », des propos de Philippe Sollers recueillis par Frans de Haes. Un document issu des archives Sollers d’Eric Cotheret [1] qu’il nous a aimablement communiquées, pour enrichir le fonds pileface.

Sollers a terminé le cycle Paradis rédaction en continu, qui l’a occupé avec sa publication en feuilleton dans la revue Tel Quel de 1974 à 1982. La rhétorique de l’époque Paradis et expérimentale de Sollers imprègne encore la pensée et l’expression de Sollers, malgré la rupture d’écriture introduite avec Femmes (Gallimard) qu’il vient de publier (1983). Paradis a été publié en livre (Seuil) en 1981 et sera prolongé de Paradis 2. C’est aussi l’époque de la création de la revue L’Infini (N° 1, hiver 1983) , transitoirement chez Denoël avant de passer rapidement chez Gallimard. Ce même numéro de Tel contient d’ailleurs une publicité pour le numéro 1 à venir de L’Infini, sa revue qui fait suite à l’arrêt de la publication de Tel Quel aux Editions du Seuil, en 1982.
Cet entretien avec Frans de Haes se situe donc à une époque charnière pour Philippe Sollers. Une époque où il s’est remis en question. Il a 46 ans.


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Que l’auteur heureux de Femmes roman à succès, soit aussi celui d’un certain Paradis, n’est pas aussi étonnant que cela paraît à première vue : Philippe Sollers relisant Pascal joue ici l’infini de la jouissance contre le fini de la raison. Une vision libertine des Pensées et du fameux pari.

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Le pari infini

Philippe Sollers : La question est celle de l’infini. De l’approche de cette question dépendent toutes les formes et toutes les transformations à l’intérieur de ces formes. L’expérience de l’infini, c’est cela qui rassemble toutes les subordonnées... et par conséquent le problème est tout à fait différent selon qu’on inscrit, ou non, le chiffre de l’infini dans le langage.


Cette année là, l’écrivain Philippe Sollers chez lui à Paris en mai 1983.
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Il y a un abîme entre se placer par rapport à un infini externe et être en train de parler dans l’infini lui-même. Batterie rythmique, intensité, pulsation, fréquence... ou bien : logique en expansion de la négation, ça revient strictement au même, en ceci que si le poudroiement corpusculaire du langage saisi par l’infini n’était pas susceptible d’un traitement logique extrêmement rigoureux, on aurait tout simplement à faire à la simulation psychotique. L’être parlant (parlant peu, car il s’imagine toujours avoir des organes silencieux), lorsqu’il découvre, ça ne lui arrive pas souvent, que son corps lui-même, substantiellement, est une erreur d’un langage qu’il ignore, devient fou. A être fou on peut s’encanailler... Par là je veux dire qu’on peut feindre la folie, c’est-à-dire que la question est posée de plein fouet de l’imposture poétique. La définition du corps comme erreur d’un langage que le sujet ignore est posée de façon beaucoup plus insistante dans le deuxième volume de Paradis qui traite plus frontalement que jamais ce rapport de l’infini à lui-même bousculant toute place organique. Il est logique que la psychose soit de l’ordre strict de ce qui est bien connu par les cliniciens : la langue de fond qui se représente pour le sujet divisé à vif sous forme de langue étrangère. Entre parenthèses : cette division du sujet à vif, qui n’est autre que ce qu’on pourrait appeler sa blessure d’infini, dessine la possibilité — ou non — pour un sujet de passer à travers toutes les langues, et il est repérable au premier coup d’oeil si dans quelque texte que ce soit on a cette possibilité... La différence entre Paradis et Finnegans Wake est là. Je dirais que Paradis est une machine (le terme est impropre mais enfin...) à traduire la traduction. D’où cet effet assez étrange que tous les textes quels qu’ils soient pourraient s’y retrouver améliorés, saisis dans leur nombril... à la fois rythmique et logique. Nombril des rêves, disait Freud..., qu’est-ce que c’est que ce nombre de l’infini dans ce qui se dit ?

L’infini, dit Hegel, c’est l’affirmation elle-même. Pourquoi ? Parce que, ça saute aux yeux, c’est la négation de la négation. « Omnis determinatio est negatio »...Spinoza... Voilà ce qui se lit à la porte du Paradis : Vous qui entrez, laissez toute espérance, toute détermination est une négation, tout fini n’existe que de nier, plus ou moins passionnément, sa Cause. Ceci est essentiel, car c’est bel et bien de la volonté forcenée — je dis bien : forcenée, infernale, se relevant sans cesse, comme aurait dit Rimbaud, de la flamme avec son damné —, de la volonté forcenée de nier la négation de la négation que les corps s’empaquettent et font parade. Le hurlement des corps qui sont là, si on sait l’entendre..., ils ont l’air comme ça d’aller, de venir, de s’occuper mais... ce sont des hurlements n’est-ce pas... Certains, de temps en temps, s’entendent hurler en rêve : ça les réveille pendant deux secondes. Le plus habituel c’est quand même qu’ils ne s’entendent pas ronfler. Leur conjoint peut éventuellement les avertir... qu’ils étaient là sans aucunement s’en douter sous forme pure et simple de groin. Les mourants font un boucan du tonnerre. Où sont-ils pendant qu’ils font ce bruit ? Nulle part. Si on entend ce hurlement on voit bien à quoi il s’adresse et de quoi il est fait. Il s’adresse à l’infini. C’est ce que nous avons à lui dire, à lui hurler que non, nous n’accepterons pas que lui, l’infini, nie la négation que nous sommes. J’écris en partant de la fureur contre le bruit qui feint d’être lui-même Histoire et de cette fureur naît, spontanément, le rythme qui convient. Qui convient à quoi ? A la récusation de cette parole folle et très raisonneuse (comme toute folie) consistant à nier l’infini. Ouvrez des livres, regardez-les penser, voyez comment ils se situent par rapport à l’infini et vous savez tout d’emblée. A un moment ou à un autre il est fatal qu’ils prennent tous position sur cette affaire, le plus comique dans le malentendu étant par exemple celui qui vous fait le coup de...l’infini turbulent.A tous les coups, la confrontation à l’infini dévoile la niaiserie sexuelle. A tous les coups. Le miroitement hallucinatoire que vous pouvez vous donner selon la dose expérimentale qui vous convient, le flash Schreber si ça vous chante, le mi-froid mi-chaud à la douche écossaise relevée de champignons hallucinogènes, la peur d’un virus verbal chamanique ou extraterrestre (Burroughs), ou alors la répétition, l’usure, l’horizon métaphysique gris (Beckett) qui vient là se ruminer seul dans une sorte d’entretien infini avec l’ombre de plus en plus vidée de l’envers.

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Frans de Haes : Ne serait-ce pas là la confusion entre la « rumeur » et « l’infini » ?

Ph. S. : C’est cela. N’entre pas dans l’infini qui veut. L’infini est catégorique. « L’infini est l’affirmation absolue de l’existence d’une nature quelconque » (Spinoza). Son bon côté c’est qu’il ne vous lâche pas l’incarnation comme ça. Rien de plus pathétique et, encore une fois, de comique — d’où ces deux dimensions constantes dans Paradis— récit ou scansion — que ces tergiversations.

Il y a une expérience qui me permettra tout de même d’aller un peu plus au cœur de ce sujet, c’est celle qui s’est faite en français de façon tout à fait spectaculaire (c’est le cas de le dire) pour inscrire l’infini au point où le joueur de son propre corps calculerait comment il doit jouer exactement ce corps. Déjà Dante le précise dans un moment tout à fait clé du Paradis, n’est-ce pas, il ne peut aller plus loin dans ce fameux voyage qui a commencé par la porte infernale dont j’ai parlé tout à l’heure, il ne peut aller plus loin dans le Paradis qu’à condition, dit-il, de s’offrir lui-même (lui qui parle, lui voyageur qui parle au moment même où il dit ce qu’il nous dit) de s’offrir, donc, en holocauste. Ce qui veut dire qu’il doit décider de l’abandon de toutes ses facultés physiques dans un anéantissement sans reste. Holocauste, ça veut dire sacrifice sans reste. Du grec holos, tout entier, d’où vient d’ailleurs le mot latin Sollers... Un hologramme, c’est bien ce que je fais... C’est la raison pour laquelle l’ombre portée du Paradis qu’on lit n’est que la représentation en trois dimensions visuelles de la voix qui traverse cette sculpture... Eh bien, ce sacrifice à l’intérieur de la parole qui le raconte a été reposé sous une forme parfaite pour l’époque (c’est toujours parfait pour l’époque si on s’y prend bien... l’infini a ses époques... il faut trouver celle qui correspond au moment où l’on se trouve) par... Blaise Pascal. Pascal dans son pari. Texte tellement ahurissant que personne ne le lit, encore qu’il soit là sous nos yeux si nous voulons. Il ne faut pas oublier que Pascal, mathématicien et théoricien des jeux, spécialiste des cycloïdes et de la roulette, tellement en avance sur les calculs de son temps qu’il finissait par se fatiguer de la médiocrité du débat dans ce domaine, a décidé par conséquent de pousser plus loin en se mettant lui-même en jeu... C’était plus drôle que de spéculer sur les courbes... Eh bien, le petit mémorial cousu dans son vêtement — que j’ai déjà comparé à la lettre volée par excellence — on pourrait repartir par Poe, mais enfin... Ce mémorial, vous vous en souvenez, évoque deux heures de feu où le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, vient pulvériser — quelle pâque ! — ce penseur au point qu’il en écrit fébrilement la trace sur ce petit bout de papier qu’il coud dans son vêtement et qu’on trouve après sa mort... tout ça est bien connu... Mais qu’est-ce qu’il écrit là-dessus ? Qu’il a trouvé le point de certitude qui implique qu’il sera, comme il a été et qu’il est, « éternellement en joie pour un jour d’exercice sur cette terre ». Ça s’explicite dans le pari où les commentateurs voient en général une mise en scène apologétique ingénieuse et un peu pénible, mais parce que lesdits commentateurs ne comprennent pas que ce qui leur parle là s’adresse bel et bien à leur déchet inconscient, à leur merde même. Et que fait Pascal ? Eh bien, il revient toujours, comme tous les autres, avec un raisonnement sur la négation. Ce sera toujours d’un raisonnement sur la négation que, d’autre part, viendra le feu dont j’ai parlé en même temps que la trouvaille que l’infini déclenche dans le forçage d’un sujet qui à ce moment-là échappe enfin à la folie qui constitue son corps. Combien de fous pour que cet événement se produise ! C’est incalculable mais les générations humaines n’ont pas d’autre sens.

Le pari de Pascal

La convocation du hasard : Croix ou pile ? (devenu Pile ou face ?)

L’ancienne expression de « Croix ou pile » vient de ce que les monnaies du temps de saint Louis et de quelques-uns de ses successeurs, portaient sur une face l’empreinte d’une croix, et sur l’autre celle de deux piles ou piliers.


Gros tournois : monnaie d’argent créée par saint Louis (réforme monétaire de 1260)
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Nous avons quoi, dans le pari ? Le jeu de pair et d’impair, la convocation du hasard, la scène métaphysique elle-même, sous la forme du « Croix ou pile ». « Croix ou pile », on disait comme ça au XVIIe siècle [1]. « Pile ou face »... « Croix ou pile », ça dit bien ce que ça veut dire, si on veut recharger deux secondes ces mots... piles atomiques... « Croix » comme forme minimale de la signature aussi : si vous ne savez pas écrire, signez votre testament par une croix. Un trait ne suffirait pas pour signer. Ça peut tout au plus vouloir dire que quelqu’un a été là, ça serait le trait unaire. Mais pour marquer qu’un nom aura été là — un nom ! pas« quelqu’un » ! — il faut au moins deux traits... croix ou pile... « Notre proposition, dit Pascal, est dans une force infinie, quand « il y a le fini à hasarder, à un jeu, où il y a pareils hasards de gain que de perte, et l’infini à gagner... » C’est très clair et parfaitement obscur. Vous vous rappelez, je n’aipas le texte sous les yeux mais vous me ferez l’amitié de le retrouver... [2] Il faut voir comment Pascal démontre quelque chose à quoi on ne peut échapper que par la mauvaise foi. Tout lecteur du pari devrait, s’il était de bonne foi, ressortir autre de la démonstration qu’il lit, sauf celui qui en passant se dirait : eh bien, oui, ce Pascal il est tout à fait dans l’ un des coups possibles ! Ce qui suppose qu’on comprenne parfaitement le raisonnement.
Mais faites l’expérience, faites lire le pari de Pascal et puis demandez ensuite à qui vous voudrez de vous réexposer le raisonnement tenu. C’est drôle : personne n’y comprend rien : le fini à hasarder, à jouer à croix ou pile, la proposition qui est faite pour parler trivialement de se manger soi-même là tout de suite de telle façon qu’il n’en ressorte pas autre chose que l’infini, laisse le sujet pantois. Pourquoi ? Parce qu’il est obligé à ce moment-là d’avoir, s’il osait, la perception de lui-même comme merde. Les gens croient au squelette, que voulez-vous... Le squelette... charmant... nécessaire aux ébats érotiques... comme l’ont compris tant de peintres... [|…]

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REMARQUEZ bien que dans tout ceci, la fonction de ce que j’ai appelé la merde, avec son cadavre, c’est-à-dire quelque chose qui touche tout de suite à l’olfaction... est passée sous silence. Le squelette, de ce point de vue, ne se sent pas. Ouf ! Vous vous rappelez que Freud nous signale que la mise sur pied debout de l’anthropos le dégage d’avoir un rapport trop immédiat à l’olfaction. Son nez aspire à des hauteurs... C’est embêtant parce que ce que l’infini vient dire c’est tout autre chose qu’une vie d’après-squelette ! Ce qu’il vient dire, l’infini, c’est qu’on est dans le moment même où quelque chose choit, tombe. Où la chose même, puante, tombe. Ça, c’est ce que l’infini a à dire, raison pour laquelle - quand Pascal se coud le petit papier dans·son vêtement - il est exactement au point où il faut, c’est-à-dire dans le jugement catégorique sur l’ordure. Je me suis moqué un peu de la répétition qu’a faite Lacan du jeu de mots joycien litter/letter, mais enfin il a sa vérité... La lettre et l’étron, l’étron littéraire... ça a de la vérité.

Et ça s’emploie de toute part à nous la cacher. Il y a donc dans la fureur héroïque qui m’habite dans Paradis la répétition qu’il faut pour qu’un jour d’exercice sur cette terre manifeste le fait d’être éternellement en joie. La fureur de l’infini qui n’est pas trouvable ailleurs que dans le Dieu hébraïque. Pascal nous le dit en cours de route… Je dois dire que ça m’amuse parce qu’on dirait qu’à tous les coups, la aussi… quand vous recevez la Bible sur la tête… le plus immédiatement évident c’est que vous vous demandez pourquoi vous ne l’avez pas reçue plus tôt. Alors ça arrive à Pascal parce que... il découvre l’Amérique comme Kafka qui finit en faisant des petits cahiers d’hébreu L’hébreu, eh bien, le revoilà, tout le temps…
Où était-il passé ? C’est quand même étrange. Il est tout le temps et c’est comme s’il n’était pas là... C’est comme ça que j’en viens à ce là/pas qui trame la lettre hologrammée de Paradis avec la voix qui lui convient. Pascal est un jouisseur sérieux. Son destinataire est le libertin intégral. On a probablement pas assez remarqué cela : que Pascal voulait dire au libertin intégral qu’il pouvait jouir encore un peu plus.

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Cela me fait penser à votre proposition : Sade avec Pascal...

Oui, bien sûr ! Et c’est là que la mise au pas révolutionnaire nous fait tomber du pari à l’infini devenu paria. Je dirais que le jour où Fouquier-Tinville condamne Sade à mort, on a la forme légale de l’interdiction du Pari de Pascal. Depuis déjà fort longtemps, les observateurs de bonne foi s’étonnent que la prise en main du fini par lui-même ne débouche pas sur la débauche ... mais bien au contraire sur la répression sexuelle et sur la « vertu », c’est-à-dire sur l’ennui et la malveillance quotidienne organisée. Ça leur paraît, on ne sait trop pourquoi, paradoxal. L’appel à l’émancipation du fini conçu comme une affirmation - comme si le fini pouvait être une affirmation ... - leur paraît mystérieusement déboucher sur la dépression répressive, mais enfin rien n’est plus logique. Je veux bien être humaniste si être humaniste ça consiste à la Giordano Bruno, dans le fait d’affirmer l’infini. Pendant un certain temps, il m’a semblé qu’on pouvait attirer l’attention du matérialiste intégral, partenaire de Pascal, sur le fait qu’il pouvait jouir plus. D’où mes efforts comiques à y réfléchir, mais tout de même symptomatiques aussi, à lui montrer que s’il prenait Démocrate et Lucrèce ou... la Chine au sérieux, eh bien il jouirait davantage. Mais enfin, on ne peut pas passer par là, l’expérience le prouve, parce que l’épicurisme finit par ricaner trop vite et que le cynisme, qui est une des formes du refoulement sexuel, est embusqué là comme veto, un veto où on retrouve une vieille connaissance qui est tout simplement la crainte de Mme Venus. Même les histoires de « vide » bouddhiste ne nous sortent pas du quiproquo maternel. Pair ou impair, ça me paraît plus adapté... « Père juste je t’ai connu, le monde ne t’a pas connu » dit Pascal, tout étonné de se retrouver seul avec le Père, en dehors du monde, de son cadavre qu’il voit là sous ses yeux et uniquement dans la certitude cardiaque, dit-il, c’est-à-dire non philosophique, insiste-t-il qui n’est pas en contradiction avec la certitude mathématique. C’est donc le « Dieu des philosophes » qu’on a tellement de mal à foutre en l’air. Rien d’autre. Pascal, qui est un athée absolu, prend son pari. Il fait bien, mais le revoilà donc avec un papier enflammé, le Dieu d’Abraham et la certitude mathématique. A qui voulez-vous vendre ça ? Eh bien, au premier venu que ça intéresse passionnément. D’où les Pensées. Il n’y a pas de tract plus sublime que les Pensées de Pascal à partir du moment où on se rend compte que sa bouteille à la mer, inscrite sur lui-même, s’adresse à tous les temps. Le moment où Pascal se trouve, cette nuit-là, n’a ni commencement ni fin, et la stupeur émerveillée, les pleurs de joie, la lumière brûlante qui l’envahit, et qui sont les résultats du travail - pas d’on ne sait quelle titubation psychique -, du travail le plus rigoureux, le plus rationnel, le plus démonstratif, le plus raisonnant. - C’est cela qu’il nous faut redire sans cesse.

Propos recueillis par Frans de HAES

VOIR « La somme de l’Infini »


Citations sur l’infini

Si bornée que soit la nature humaine, elle porte pourtant en elle, c’est inhérent, une très grande part d’infini.

Georg Cantor, 1883
(Celui-là même qui développa une théorie mathématique des ensembles infinis)

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Qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et l’infini où il est englouti.

Pascal, Pensées,
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L’infini n’est autre
Que le va-et-vient
Entre ce qui s’offre
Et ce qui se cherche
Va-et-vient sans fin
Entre arbre et oiseau,
Entre source et nuage.

A l’orient de tout (2005)
de François Cheng

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Ce que la Photographie reproduit à l’infini n’a eu lieu qu’une fois : elle répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement .
La chambre claire - Note sur la photographie
de Roland Barthes

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Pourquoi parles-tu de la dernière révolution ? Il n’y a pas de dernière révolution, le nombre des révolutions est infini. La dernière, c’est pour les enfants : l’infini les effraie et il faut qu’ils dorment tranquillement la nuit…
Nous autres (1920)
de Ievgueni Ivanovitch Zamiatine

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La durée d’une vie n’est qu’un intervalle insignifiant dans le cours infini du temps.
Musashi, La Pierre et le Sabre (2000)
de Eiji Yoshikawa

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Le temps n’est pas la limitation de l’être mais sa relation avec l’infini. La mort n’est pas anéantissement mais question nécessaire pour que cette relation avec l’infini ou temps se produise.
Dieu, la mort et le temps (1993)
de Emmanuel Levinas

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Elle fait de l’infini avec l’imprécis et l’inachevé.

Les Faux-Monnayeurs (1925)
de André Gide

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Un être qu’on ignore est un être infini, susceptible, en intervenant, de changer notre angoisse et notre fardeau en aurore artérielle. Entre innocence et connaissance, amour et néant, le poète étend sa santé chaque jour.
Seuls demeurent (1938-1944)
de René Char

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Le beau se situe à l’intérieur de certaines limites tandis que le laid est infini, donc plus complexe, plus varié, plus amusant.
Dans Le Nouvel Observateur, 8 au 14 novembre 2007.
de Umberto Eco

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Où se trouve la beauté ? Dans les grandes choses qui, comme les autres, sont condamnées à mourir, ou bien dans les petites qui, sans prétendre à rien, savent incruster dans l’instant une gemme d’infini ?
L’élégance du hérisson (2006)
de Muriel Barbery

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Ames par âmes j’ai poursuivi mon amour, jour après jour au fond de moi-même, non comme les notes d’une mélodie sans suite, mais comme les mesures d’un infini sans mesure.
Les cahiers de Rodez (septembre-novembre 1945) (1983)
de Antonin Artaud

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Elle était mon horloge cassée, l’infini à portée de mes lèvres.
Nos Séparations (2008)
de David Foenkinos

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C’est cela le travail du cinéma, de nous montrer l’inachevé dans le temporel, l’infini dans l’éphémère.
Ballaciner (2007)
de Jean-Marie Gustave Le Clézio

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L’amour, c’est de l’infini qui se rétracte. Des asymptotes qui se recroquevillent. Des parallèles qui finissent par se croiser.
Une simple lettre d’amour (2015)
de Yann Moix

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Ceci est un rappel de l’ordre. Nous mourrons tous un jour. Ce que nous croyons posséder n’est qu’illusion. Nous ne sommes que les maillons éphémères d’une chaîne que traîne à ses pieds un fantôme nommé temps qui court à l’infini droit sur le néant.
Les Anges meurent de nos blessures (2013)
de Mohammed Moulessehoul, dit Yasmina Khadra

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Terminons par deux remarques de simple bon sens de deux grands explorateurs de l’infini humain, Balzac et Hugo qui, pour être condensées, nous disent chacune à leur façon que l’infini est inépuisable.

Il y a des gens qui peignent l’infini en bleu, d’autres en noir.
Notes de voyages
de Gustave Flaubert

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Et celle-ci de Victor Hugo qui a notre faveur :

Nuages et vêtements font obstacle à la contemplation. La beauté et l’infini veulent être regardés sans voiles.
Post-Scriptum de ma vie (1901)
de Victor Hugo

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A laquelle nous ajoutons notre propre post-scriptum :
Ceux qui sont arrivés jusque-là méritent bien un bonus.

Aussi, en application de la leçon d’infini de Victor Hugo, nous vous invitons à regarder l’album Nues de Willy Ronis.ICI.
« La beauté et l’infini veulent être regardés sans voiles . ».  

Liens

Le présent entretien a été repris dans « Le rire de Rome », Gallimard, 1992.

et aussi, en partie, dans notre article :
La question de l’infini - in « Le rire de Rome »

Citons également l’article de A.G. :
La question est celle de l’infini / SOLLERS, HEIDEGGER, ANAXIMANDRE

Et cette brève sur le thème de l’infini :

Masques tashtyks pour l’éternité


Masque funéraire tashtyk conservé au musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg
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oOo

[1D’alembert y consacrera un article "Croix ou pile" dans le tome IV de l’Encyclopédie (note pileface)

[2Frans de Haes l’a retrouvée ! La citation imprimée est exacte (note pileface)

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