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Caravage m’a tuer…

Le Caravage aurait commis deux homicides

D 11 avril 2017     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le Caravage (1571-1610) fait décidément couler beaucoup d’encre ; sa révolution picturale, la modernité de ses scènes, sa vie aventureuse en font un personnage particulièrement romanesque très connu du grand public. Cette nouvelle révélation va ajouter à sa légende, il n’aurait pas un seul meurtre à son actif mais deux. C’est ce que révélerait un manuscrit inédit du peintre Gaspare Celio (1571-1640) découvert par Riccardo Gandolfi, 29 ans, jeune docteur italien en histoire de l’art (La Sapienza, université de Rome).

Cette découverte vient corroborer les annotations figurant en marge de la version du manuscrit conservée à Venise par Giulio Mancini, biographe du Caravage. Celles-ci,difficiles à lire et à interpréter, font état d’une plaisanterie avec une prostituée et un gentilhomme qui aurait tourné au drame. Les mots de Mancini, qui ne figurent pas dans la version imprimée, doivent être considérés avec prudence selon l’historien de l’art Giacomo Berra. Mancini évoque une peine d’un an de prison qui ne correspond à aucune disposition juridique milanaise de l’époque. Le manuscrit de Celio parle, lui, du meurtre accidentel d’« un camarade ». Autre détail inédit : lorsque le Caravage commit le meurtre très célèbre de Ranuccio Tomassoni en 1606, il l’aurait frappé à la tête avec une raquette, la dispute survenant, le fait est connu, après une querelle au jeu de paume. De fait, comme l’explique Riccardo Gandolfi, « la récidive, synonyme de condamnation certaine, expliquerait sans doute sa fuite précipitée de Rome ».

L’intégrale de l’article (pdf) ICI

SOLLERS ET LE CARAVAGE

Le Caravage, sauf erreur, Sollers ne lui a pas consacré d’article comme il l’a fait pour Le Titien et d’autres, mais le peintre est bien présent dans son œuvre. En filigrane !

Dans Femmes, Sollers parlant de McEnroe, celui que l’on surnommait alors, le bad boy des courts pour ses fulgurances de langage, à la hauteur de celles de son jeu (Le Caravage, au caractère susceptible et irascible, était aussi un bad boy de son temps) :

On dirait un ange du Caravage, agressif, rapide, venant renverser les cartes de la pesanteur

Dans « La force italienne » in Eloge de l’infini
A propos de Dominique Fernandez, l’auteur de Le Voyage d’Italie, Dictionnaire amoureux :

…Fernandez se faufile dans les siècles, les villes les rues, les palais. Il est aussi à l’aise avec Da Ponte qu’avec Malaparte, avec Sade qu’avec Pasolini, avec Caravage qu’avec Visconti.

Dans « Le feu de Titien » in La Guerre du Goût,
Sollers inclut Caravage dans son panthéon des « grands peintres :

Titien travaille lentement et parfois très vite. Ses femmes sont déjà les seules que tout le monde veut avoir, un certain roux diffus et sensuel les impose. Ses Dionysos, ses festins de dieux sont éclatants. […] Voici donc « l’alchimie chromatique » dont tous les grands peintres voudront retrouver la clé : Rubens, Van Dick, Vélasquez, Bernin, Caravage, Rembrandt, Watteau, Goya, Manet, Delacroix, Cézanne… « il se consacre avec passion à l’amalgame des pigments… »

Quand Sollers parle du vin, il illustre son propos d’une reproduction du Bacchus de Caravage.

Je garde précieusement chez moi un certain nombre de bouteilles qui ont été de grands moments, qui commémorent un vin extraordinaire bu lors de fêtes intimes. On ne peut pas vraiment boire du bon vin dans une communauté trop grande. C’est la musique de chambre, et cela suppose un art de la conversation. II y a quelque chose de cérémonieux, presque un rituel. C’est élitiste, mais ce n’est pas forcément un défaut. Cette notion de « pourriture noble » dit tout. Le vin bien bu rend noble.

Philippe SOLLERS
Propos recueillis par Thomas MAHLER
Le Point du 28 novembre 2013
Crédit : www.philippesollers.net/le-vin-rend-noble.html

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Caravage, Bacchus

Et aussi cette notation dans « Les épiphanies de Twombly » in Eloge de l’infini :

Où en étais-je ? Ah oui, Bacchus… Vigne et vignette… Caravage ne dit pas non… Hölderlin non plus, enfin débarrassé de ses suiveurs philopsophes…

Hölderlin a séjourné quelques mois à Bordeaux en 1802, un lieu qui lui a inspiré son poème Andeken : sur le miroir de la Gironde se confondent la terre et le ciel, les mortels et le divin ; sur les berges, des femmes brunes partagent le pain et le vin dans la paix d’un soir de fête ; de tout cela, il se souviendra.
Crédit : www.infos-bordeaux.fr/.

Dans Portrait du Joueur, son livre le plus autobiographique, Le Caravage hante ses nuits.

…l’aventure continue pendant le sommeil. Par exemple, je sens que de l’autre côté du mur, contre mon lit, se trouve un autre mur, une autre porte bouchée depuis longtemps, et qui n’est autre qu’une voie d’accès directe à Saint-Louis-des-Français, à Rome. Mon devoir est de rétablir cette communication. J’en suis vraiment chargé, c’est drôle. Et je vais le faire. Je le fais. L’église est sombre, c’est la nuit, je cours vers les Caravage… Ou je me retrouve sans un sou, en robe de chambre, celle que j’ai mise tout à l’heure du côté de la Madeleine. C’est malin. Il pleut.

Ce qui fait la réputation de l’église Saint Louis des Français est bien la présence dans la chapelle Contarelli, de trois superbes tableaux du Caravage, consacrés à la vie de Saint Matthieu (une commande du cardinal Matthieu Contarelli).

Trois tableaux illustrent ce cycle : à gauche La Vocation de saint Matthieu, en face Saint Matthieu et l’Ange qui constitue le retable, et à droite le Martyre de saint Matthieu rappelle sa mort, tué lors d’une célébration.

La Vocation de saint Matthieu

En septembre 2013, le pape François a déclaré être particulièrement touché par cette Vocation de saint Matthieu :

Ce doigt de Jésus… vers Matthieu. C’est comme cela que je suis, moi.
C’est ainsi que je me sens, comme Matthieu
 [1].

Extrait du documentaire LE CARAVAGE • « Dans la splendeur des ombres »

Le Christ, accompagné de Saint Pierre, désigne Matthieu parmi l’assemblée d’un bureau de douane et lui demande de le suivre. Autour de la table, les personnages sont habillés à la mode de la renaissance, alors que le Christ et Saint Pierre le sont de manière antique.

CARAVAGE : DANS LA SPLENDEUR DES OMBRES

Documentaire de Jean-Michel Meurice, réalisé pour Arte, en 2015. Avec le concours de spécialistes du Caravage ...

L’intégrale du documentaire

Jean-Michel Meurice signe une évocation inspirée de la vie et de l’oeuvre du peintre. Filmant les ruelles et les paysages que le Caravage a contemplés jadis, il emprunte aussi quelques planches à la BD que Milo Manara a consacrée à ce dernier. Si le film dissipe quelques mystères, dont celui de la mort du peintre, il met aussi savamment en scène les ombres qui entourent sa personnalité et son destin.

Considéré comme le premier artiste moderne, Caravage a vécu une vie brève et violente.

De lui, on retient un talent et une célébrité précoces, son enfance lombarde, ses dix années de succès à Rome, ses commanditaires riches et puissants, mais aussi son caractère vif et irascible et son attirance pour les bas-fonds et les querelles. Toujours armé, plusieurs fois emprisonné, condamné à mort pour meurtre, contraint de fuir Rome et traqué par la police papale, Caravage est mort à 39 ans. Selon la légende, son cadavre fut abandonné sur une plage, comme celui de Pier Paolo Pasolini. Avec le temps, son nom disparut des me´moires. Les œuvres n’étant pas signées, on lui attribua toutes celles jugées malvenues, et nombreux de ses chefs-d’œuvre furent attribués à des artistes « recommandables ». Après un purgatoire de trois siècles, en 1905, Wolfgang Kallab, un historien de l’art, inaugure l’immense chantier de la renaissance de Caravage. Pendant 60 ans, tout ce qui était attribué au peintre ou qui pouvait être de sa main, est analysé, comparé et répertori&. Régulièrement, des œuvres de Caravage oublieées dans des dépôts ou dans des collections, sont révélées. Mais, sur plus de cinq cents œuvres qu’on lui attribuait, trois siècles après sa mort, moins de cinquante étaient réellement autographes.

Documentaire de 52’ écrit et réalisé par Jean-Michel Meurice et coproduit par Cinétévé/Arte France, avec la participation de France Télévisions et du CNC. 2015.

LA REVOLUTION DU CARAVAGE

A l’occasion du 400ème anniversaire de sa mort Jean PIERRARD qui lui consacrait un article dans Le Point [2], avec ce titre, notait « Si, quatre cents ans après sa mort, son oeuvre bénéficie toujours d’une telle aura, c’est qu’il appartient à la race très rare de ceux qui, de Giotto à Picasso, ont changé le cours de la peinture. »

Et poursuit ainsi :

« Comment, tout à coup, glissant un coin entre le maniérisme [alors apprécié] et le baroque, remettant en selle le vigoureux sens du réel propre à la tradition lombarde, Merisi arrive-t-il à faire jaillir ses personnages de l’espace du tableau ? Quatre siècles plus tard, sa gestuelle théâtrale, quelquefois sanglante comme dans Judith et Holopherne, obéissant à la rhétorique recommandée par la Compagnie de Jésus, continue de frapper le spectateur. »

Crédit : http://www.lepoint.fr/

Judith et Holopherne, (de la Galerie nationale d’art ancien à Rome)


Judith décapitant Holopherne, par Caravage, 145 ×195cm, 1598.
Galerie nationale d’art ancien (Rome) - ZOOM... : Cliquez l’image.

La scène, qui est issue de l’Ancien Testament (Livre de Judith, 13:8-11, représente la veuve Judith qui, après avoir séduit le général assyrien Holopherne, l’assassine dans son sommeil pour sauver son peuple du tyran pendant le siège de Béthulie. Une servante l’accompagne portant un sac pour emmener la tête quand elle sera coupée, car le Caravage a figé l’instant — Judith n’a pas encore fini de couper cette tête, le sang gicle en trois jets sur l’oreiller et le drap — rendant l’épisode intemporel.

La radiographie montre qu’à l’origine, Judith est représentée les seins nus ; Caravage décide finalement de les recouvrir d’un voile.

Le visage cruel de la vieille servante est sans doute inspiré par les études ou caricatures de Léonard de Vinci conservées à la pinacothèque ambrosienne de Milan.

Puissant jeu chromatique entre ombre et lumière, grâce à un violent éclairage latéral traversant la scène. Le peintre y exprime toute sa maîtrise de la technique du clair-obscur qui va faire sa réputation.

Historique de l’oeuvre

Elle fut commandée par le banquier génois Ottavio Costa avec plusieurs autres œuvres comme L’Extase de saint François et Marthe et Marie-Madeleine alors que le peintre est à cette période au service du cardinal del Monte. Costa était alors l’un des banquiers les plus puissants de Rome.

Elle ne fut retrouvée qu’auxxesiècle parRoberto Longhidans la collection Vincenzo Coppi à Rome. Son attribution à Caravage doit beaucoup aux recherches sur l’artiste entreprises en 1951, notamment par Pico Cellini ; le tableau est accroché hors catalogue lors d’une exposition milanaise, en cette même année 1951.

Fillide Melandroni, la plus célèbre des courtisanes à avoir posé pour Caravage, sert de modèle pour Judith ; cette jeune femme, âgée d’environ 20 ans en 1600, est également la Catherine de Sainte Catherine d’Alexandrie (ca. 1598) et la Marie Madeleine de Marthe et Marie-Madeleine (ca. 1598-1599). Elle pose également pour le Portrait d’une courtisane exposé au Kaiser Friedrich Museum de Berlin mais qui est détruit lors des bombardements subis par la capitale allemande lors de la Seconde Guerre mondiale [3].

Sa peinture ?

Il dessine très peu et peint directement sur la toile, d’un seul trait.
Son originalité est éclatante au regard des peintres de son époque : un fond neutre, pas de décor, des personnages en action, une extrême précision dans les détails.
Il ne peint jamais un fond de nuages, un ciel étoilé… tout est centré sur LE sujet du tableau et ses émotions.

Ses modèles sont souvent les gens qu’il côtoie dans les bas fonds, la rue, etc.
Le peintre ne corrige pas les imperfections physiques de ses modèles.
Une lumière vive, émanant d’un point en hauteur du tableau éclaire certains visages et en alise d’autres dans ombre, illustre les reflets de la lumière sur la peau, le verre ou le métal.

Caravage est indéniablement un Maitre de la technique du clair obscur.
Les personnages ou la scène sont souvent placés sur un fond sombre, souvent sans décor.
Le travail sur les ombres et les lumières et notamment ses effets sur la peau est remarquable.
Aujourd’hui encore, la technique dite du clair-obscur introduite par Le Caravage est largement utilisée en photographie par des artistes comme Sally Mann, Robert Mapplethorpe, Joel-Peter Witkin et bien d’autres.

Crédit : www.caravage-avocats.com/un-peu-de-culture


[1Antonio Spadaro, sj, « Interview du pape François aux revues culturelles jésuites », Etudes, octobre 2013.

[2lepoint.fr, 28/12/2009

[3Crédit : Wikipedia

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