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Jean-Louis Baudry, L’enfant aux cerises

Recueil de ses essais sur l’art

D 8 novembre 2016     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Cet ouvrage, composé il y a quelques mois avec Jean-Louis Baudry alors encore vivant, est la réunion de la quasi totalité de ses essais sur l’art : quelques essais sur l’origine du désir d’écrire sur l’art, sur notre rapport au musée, sur le travail de mémoire en jeu dans la peinture, des études d’oeuvres et d’artistes historiques : Le Tintoret, Vuillard, Hopper ; des approches d’oeuvres contemporaines : Albert Bitran, François Rouan, Gérard Titus-Carmel.

L’expérience plastique

L’ enfant aux cerises est un recueil des articles majeurs de Jean-Louis Baudry sur l’art. L’auteur y interroge ses pouvoirs et ses fins à travers divers créateurs et genres : Penone, la vanité, la peinture religieuse italienne, Vuillard, l’intériorité de la peinture, Monet, le dessin, la série, etc.. Différentes strates de l’activité plastique sont donc examinées avec comme point d’appui l’intimité d’un critique qui explore les significations sociales et religieuses, magiques et économiques, morales et sentimentales d’œuvres ou des concepts qui les définissent.
Dégagé de ses anciennes visées idéologiques où il s’est parfois égaré et tout ne renonçant pas à une lutte idéologique contre une société qui mutile et survit à proportion de ce qu’elle exclut, Baudry remet au centre la question du sujet. Elle n’est plus la bordure de l’art mais son extension. La pratique comme la « consommation » d’une telle production et projection se joue en effet dans le sujet : sujet sans doute altéré, sujet scindé mais qui impose de ce fait une autre extension : celle de la réflexion surl’art.

Le sujet Baudry se révèle à travers les œuvres qui l’altèrent et qui elles-mêmes ne révèlent que par cette altérité. Le livre devient donc le déplacement obligé de ce qu’on nomme la critique d’art. L’auteur perfore l’enveloppe du sujet cartésien. L’initiation, le sacrifice comme la fête de l’art représentent autant de moments de perte et de communication entre l’homme et sa psyché, l’homme et l’altérité.
Chaque texte devient un moyen d’analyser comment le désir à l’œuvre dans toute œuvre garde partie prenante avec une infrastructure (technique, genre, matière). Si bien que l’excès mortel du désir est compensé par l’excès mortel de ce qui reste dans la nature même de l’art une production d’un bien de consommation.

De la sorte, la place même du sujet-Baudry comme celui de son lecteur définissent des fonctions « stratifiées » à l’œuvre d’art. Elles engendrent « du » sujet que l’interdit lui-même fonde. D’où le travail et l’analyse de transgression de Baudry par rapport au franchissement à l’œuvre dans les œuvres. En art, le réel est remplacé par les signes (ou parfois par des choses décontextualisées) afin d’atteindre ce qu’il existe de plus profond dans l’homme ou ce qui se cache derrière et que Baudry eut longtemps du mal à reconnaître. A savoir, en lieu et place de l’idée : le néant ou l’animalité.
Ce hors limite de l’intime n’est-il pas aussi important que celui de l’économie productrice d’art ? Et différentes techniques instruisent désormais au sein de l’art de telles approches. Et ce, même dans le plus primitif d’entre eux. Baudry le prouve d’ailleurs à travers les superpositions de Titus Carmel. Si bien qu’au mal rampant de l’idée et de l’idéologie en art comme dans la société, il faut un autre récit (celui que demandait Jean-Pierre Faye dès le siècle dernier), un récit dégagé du manque à être transcendantal du sujet.

Il aurait été judicieux à Baudry de finir son corpus de recollection par un texte terminal conséquent. Le critique aurait pu montrer comment l’intimité du sujet succombe mais est aussi mise à nu par les « erreurs fondamentales » que tout artiste produit par rapport aux régulations du réel. L’espace temps « impossible » de la peinture méritait une coda capable de mettre à nu les processus de l’art comme celui du sujet regardant. Car si l’être humain ne peut en effet s’extraire à divers types d’expositions, celles de l’art par ses interfaces communicantes est majeur. Le regardeur ydécouvre en tant que sujet des pratiques qui le remettent en question.

jean-paul gavard-perret
Crédit : www.lelitteraire.com

Jean-Louis Baudry, L’enfant aux cerises, Préface et photographies d’Alain Fleischer, L’Atelier contemporain, Strasbourg, 2016, 174 p. -20,00 €.

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L’Enfant aux cerises : Présentation de l’éditeur

Le point commun à ces textes, à la fois nouvelles et brefs essais, est la familiarité, l’intimité dans lesquelles JEAN-LOUIS BAUDRY y apparaît avec les œuvres d’art et avec les artistes, jusqu’à ce que cette relation devienne une façon de vivre et de voir le monde à travers la création artistique. Il est rare, et tellement stimulant, de pouvoir se laisser entraîner par une lecture où le commerce avec l’art appartient de façon si subtile, si émouvante, au registre de l’autobiographie, là où se mêlent mémoire et imagination, là où les artistes réels et leurs œuvres cohabitent avec les artistes et les œuvres inventés par la littérature et appartenant à la fiction. Les intuitions de l’auteur, sa sensibilité, les mouvements de sa pensée, s’imposent avec le naturel souverain de la chose directement ressentie, vécue. La profondeur de ses analyses, de ses découvertes, tient paradoxalement à cette qualité de légèreté – à l’opposé du superficiel ou du frivole – qui se joue des coquetteries de l’étude académique et des entraves des protocoles savants. Dans le bonheur de cette écriture, se réalise cet alliage si précieux du réel et de l’imaginaire, de la sensibilité et de la pensée, qu’on appelle la poésie.

Date de publication : 14 novembre 2016

Feuilleter "L’enfant
aux cerises"

Crédit : Editions L’Atelier contemporain

A propos de l’auteur


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Jean-Louis Baudry né en 1930, est mort le 5 octobre 2015.
Il publie aux Editions du Seuil son premier roman Le Pressentiment en 1961 et Les Images en 1963. Il entre en 1963 au comité de lecture de la revue "Tel Quel" où il reste jusqu’en 1974. Il y publie de nombreux textes dont certains figureront dans Théorie d’ensemble. Au cours de cette période il écrit Personnes et La Création. A partir de 1974, il publie dans Cinéthique et dans Communications des textes sur la théorie du cinéma qui seront rassemblés dans l’Effet-Cinéma, ouvrage qui donnera lieu à plusieurs traductions, en particulier aux Etats-Unis. Il collabore à de nombreuses revues dont La Nouvelle Revue de Psychanalyse, L’Ecrit du temps, Art Press, L’Inactuel, Art absolument, etc. Une étude sur Proust, Ecriture, Mort et Profanation, paru dans L’Ecrit du temps sera complétée sur le conseil de Jérôme Lindon par une texte sur Freud et publiée aux Editions de Minuit. Dans la collection "Fiction Cie" à partir de 1991, Personnages dans un rideau (1991), Clémence et l’hypothèse de la Beauté (1996), et A celle qui n’a pas de nom (2000). et chez Gallimard en 2000 L’Age de la lecture. Un numéro de la revue La Polygraphe (22/23) lui a été consacré.


Dans le bureau des Éditions du Seuil, de g. à d. :
Pierre Rottenberg, Jean-Louis Baudry (1er plan), Denis Roche, Julia Kristeva, Marcelin Pleynet, Ph. Sollers, Jean Ricardou (photo J.P. Couderc, L’Express).
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Sur la relation Sollers-Baudry

Cette mention dans The Making of an Avant-Garde : Tel Quel
Par Niilo Kauppi :



Baudry relit (son) Rimbaud

A propos du livre de Jean-Louis Baudry, Le texte de Rimbaud :

Sur pileface

Et aussi sur le magnifique site dédié à Arthur Rimbaud : ICI

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