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Fragonard amoureux

Les Surprises de Fragonard par Ph. Sollers - Fragonard et Astrée, une victoire de la lumière par G. Matzneff

D 15 septembre 2015     A par A.G. - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Fragonard amoureux
galant et libertin

16 septembre 2015 au 24 janvier 2016

PRÉSENTATION DE L’EXPOSITION

L’inspiration amoureuse parcourt l’œuvre de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806). Se faisant tour à tour galante, libertine, audacieusement polissonne ou au contraire ouverte à une nouvelle éthique amoureuse, celle-ci ne cesse en effet de mettre en scène la rencontre des corps et la fusion des âmes. Inaugurée au mitan du XVIIIème siècle par des bergeries nourries des derniers feux de la galanterie, cette inlassable exploration de la sensualité et du sentiment s’épanouit par la suite au travers de voies contrastées, le « Divin Frago » s’illustrant avec autant de subtilité dans des œuvres « secrètes », scènes d’alcôve à la sensualité affirmée, que dans la célébration d’un amour sincère et moralisé. Réunissant peintures, dessins et ouvrages illustrés, au contenu érotique parfois explicite, l’exposition du Musée du Luxembourg met pour la première fois en lumière l’œuvre de Fragonard à travers ce prisme amoureux, la resituant à la croisée des préoccupations esthétiques et morales du siècle des Lumières.

Commissaire : Guillaume Faroult, conservateur en chef, en charge des peintures françaises du XVIIIe siècle et des peintures britanniques et américaines du musée du Louvre.
Scénographie : Jean-Julien Simonot

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais en collaboration avec le Musée du Louvre.


Fragonard amoureux : la bande-annonce de l’exposition par Rmn-Grand_Palais

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Entretien avec Guillaume Faroult,
Commissaire de l’exposition Fragonard amoureux

La Galerie France 5, 4 octobre

<br / crédit France 5
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Les Surprises de Fragonard

Première parution en 1987
Nouvelle édition en 2015
Livres d’Art, Gallimard
Parution : 24-09-2015

« Fragonard est un des grands peintres du dix-huitième siècle. Plus divers et fort que Watteau ; moins académique que Boucher, il domine son siècle et interroge le nôtre.
À notre grande surprise, nous nous sommes aperçus que presque rien n’avait été écrit sur lui. Ce silence est-il dû à un préjugé historique, conséquence de la Révolution ? Cette question mérite d’être posée en fonction de la « commémoration » de 1989. On se propose, ici, de commémorer d’abord Fragonard, de le faire vivre dans son effervescence profonde.
Surprises de Fragonard ? À chaque instant. Ce livre est construit comme un petit roman d’aventures, images, détails, récits. Les sujets, en général interprétés superficiellement comme « érotiques et galants », révèlent des arrière-plans inattendus, des audaces inouïes. C’est tout une société qui se dévoile dans ces coulisses : La Fête à Rambouillet, Le Billet doux, L’Étude, Le Début du modèle, La Chemise enlevée, La Résistance inutile, Les Baigneuses, Le Verrou... Disons les choses : on a rarement eu autant de plaisir à concevoir un livre. »

Philippe Sollers, Gallimard
Feuilletez le livre

Fragonard au miroir de Sollers

« Il est temps de faire de Fragonard un peintre profond  », écrivait Philippe Sollers en 1987 dans un essai qui accompagnait la rétrospective consacrée au peintre au Grand Palais. A intervalle de presque trente ans, maintenant que le peintre revient au même endroit, avec des toiles encore plus galantes, sa réédition n’est pas une mauvaise idée. Sollers y jongle en virtuose, convoquant Diderot, Sade, l’abbé de Saint-Non, les actrices légères comme la Vestris ou la Guimard (qui furent les principales admiratrices du peintre), les frères Grimm ou David, saupoudrant son phrasé de mots piquants (« Je peindrais avec mon cul  » est l’une des seules citations unanimement attribuées à Fragonard). Se dessine un artiste rapide, peu en cour (la Pompadour et Marie-Antoinette l’ignorent), amoureux de l’Italie, et qui, de façon inattendue, est rapproché de Manet et de Picasso plutôt que de Watteau. Un être libre, qui mourra comme on fait un pied-de-nez : à 74 ans, en plein mois d’août, d’avoir mangé une glace trop froide… (ArtAujourd’hui. Hebdo N° 400)

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Archives

Pierre Rosenberg, Philippe Sollers et Gérard Titus Carmel à propos du peintre Fragonard

Pierre-André Boutang, 28 octobre 1987

Pierre Rosenberg, commissaire de la première rétrospective FRAGONARD au Grand Palais, et Philippe Sollers, auteur des "Surprises de Fragonard", dressent à deux voix le portrait d’un peintre méconnu et controversé. Leur discussion est entrecoupée d’images de l’exposition avec le peintre Gérard Titus-Carmel qui commente le tableau "L’île d’amour" (ou "La fête à Rambouillet") ainsi que des plans de la ville de Grasse, ville natale de Fragonard
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Voir : Les Surprises de Fragonard

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Fragonard et Astrée, une victoire de la lumière

par Gabriel Matzneff

Les jours raccourcissent, dans le ciel de Paris la grisaille triomphe du bleu, à la voluptueuse chaleur succède une pénitentielle humidité, déjà nous nous apprêtons à troquer nos vêtements d’été contre ceux de l’automne, mais au même courrier deux lettres me réchauffent, m’emplissent d’une joie solaire : un carton d’invitation à l’inauguration de l’exposition Fragonard au musée du Luxembourg et le courriel d’un ami haut dignitaire de la franc-maçonnerie française m’informant que la loge maçonnique russe Astrée s’apprête à fêter son bicentenaire à Saint-Pétersbourg.

Né sous Louis XIII, mort sous Napoléon Ier, c’est parce qu’il a été rappelé à Dieu voilà plus de deux siècles que Fragonard a droit en 2015 aux honneurs d’un musée d’État. S’il était vivant, aucun musée ne prendrait un pareil risque, et si une galerie de la rue de Seine ou de l’avenue Matignon avait l’audace d’exposer ses toiles, elle serait illico traînée devant les tribunaux par l’une de ces associations de quakeresses de gauche et de pharisiens de droite qui à longueur d’année glapissent contre les peintres, les écrivains, les cinéastes, les photographes dont les œuvres leur paraissent scandaleusement immorales, tâchent de les ostraciser, les réduire au silence. Mourir n’est pas une perspective agréable, mais la pensée qu’après la mort — pas immédiatement, certes, mais dans son tombeau on n’est pas pressé, on n’est pas à un siècle près — nous redeviendrons blanc-bleu est réconfortante. Quand je considère les amateurs de fruits verts — Ronsard, Tallemant des Réaux, Casanova, Dostoïevski, je vous laisse compléter la liste — qui sont aujourd’hui réédités dans la Pléiade, je me dis que, sub specie aeternitatis, tous les espoirs me sont permis.

Fragonard, ce chantre des amours adolescentes

Donc Fragonard, le peintre du bonheur, des plaisirs de l’amour, de la séduction des très jeunes personnes, du libertinage, de l’insouciance heureuse, c’est-à-dire l’exact antipode de la morale qui de nos jours triomphe sur la planète Terre. L’art de vivre enseigné par Fragonard est avec exquisité et désinvolture politiquement incorrect, sexuellement incorrect, il a tout pour susciter la fureur des cathos intégristes, la réprobation fielleuse des intellos de la gauche puritaine.

En 2006, M. Alain Juppé, dont le principal souci est la virginité des lycéennes de Bordeaux, dont il est le maire, scandalisé par une exposition photographique à tendances dites "pédophiles" qui se tenait dans sa bonne ville, avait refusé d’assister au vernissage et interdit à ses adjoints d’y assister. En 2015, aurons-nous le plaisir de voir Mme Anne Hidalgo, mairesse de Paris, à l’exposition Fragonard, ce chantre des amours adolescentes ? Je l’espère, si elle veut être digne de ses prédécesseurs, ces esprits libres que sont Jean Tiberi et Bertrand Delanoë. On me dit que M. Juppé souhaite être le candidat de la droite à la prochaine élection présidentielle. Je ne suis sans doute pas un homme de droite, car j’aurais, je l’avoue, le plus grand mal à confier le char de l’Etat à un type qui fait un tel étalage de sourcilleuse vertu. Seigneur, par pitié, rendez-nous Louis XV !

Ce Louis XV, vous l’aurez compris, est ici une habile transition. Quand j’étais en classe de seconde, notre professeur de français nous donnait comme modèle de transition une certaine phrase de Montesquieu dans Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains. Magnifique, mais mon Louis XV n’est pas mal non plus. Bref, Fragonard, Louis XV, nous remontons le temps, nous sommes au XVIIIe siècle, qui est précisément le siècle où la franc-maçonnerie a fleuri en Russie.

Je ne suis pas franc-maçon

C’était le temps où, évoquant Catherine de Russie, Voltaire écrivait à la marquise du Deffand : "On parle français à la cour de l’impératrice plus purement qu’à Versailles." À la cour mais aussi dans les loges maçonniques auxquelles appartenait la fine fleur de l’aristocratie, du clergé, du monde des lettres et des arts. La loge Astrée est née en 1815 sous le règne bienheureux d’Alexandre Ier, mais ce fut sous le règne de l’impératrice Élisabeth, fille de Pierre le Grand, apôtre fervente de l’amitié franco-russe, que la franc-maçonnerie s’impatronisa en Russie. Dans sa passionnante Histoire de la philosophie russe publiée chez Gallimard en 1953, le père Basile Zenkovsky, un des prêtres qui dans ma jeunesse fut une des figures les plus remarquables de l’Église orthodoxe en France, écrit que la doctrine maçonnique au XVIIIe et au début du XIXe siècle joua un très grand rôle dans la mobilisation spirituelle des forces créatrices en Russie et trace un portrait chaleureux, admiratif, des écrivains maçons de cette époque, un Novikov, un Lopoukhine.

C’est parce que la loge Astrée est présente dans deux de mes romans que l’ami franc-maçon m’a posté cette nouvelle du bicentenaire. Non pas la loge Astrée saint-pétersbourgeoise de 1815, mais son héritière, la loge Astrée de Paris qui, après la prise du pouvoir par les bolcheviks et l’interdiction de la maçonnerie, se reconstitua sur les rives de la Seine où elle fut le vivifiant microcosme de l’émigration russe en France, réunissant en son sein aristos et bourgeois, chrétiens, juifs, musulmans, athées, intellectuels de gauche et de droite, amateurs de femmes et chevaliers de la manchette, pauvres et riches, peintres et mathématiciens, banquiers et poètes, bref, la variété même de la vie. Je ne suis pas franc-maçon, mais, dans mon enfance et mon adolescence, j’ai connu de nombreux membres de la loge Astrée, je les admirais et les aimais, car ces hommes, par-delà les souffrances matérielles et morales de l’exil, grâce à leur éducation raffinée, leur élégance naturelle, leur fierté, la beauté de leurs âmes, incarnaient magnifiquement la supériorité de l’être sur l’avoir, demeuraient de grands seigneurs, des exemples à suivre.

Vous l’aurez compris : cette chronique sur Fragonard et la loge Astrée est un éloge de la liberté, un acte de foi en la victoire finale de la liberté. À la barbe des talibans de l’ordre moral, osons vivre nos passions, soyons des fils de roi. Du roi Louis XV, cela va de soi. Les frères de la loge Astrée diraient : des fils de la lumière.

Gabriel Matzneff, Le Point du 28 août 2015

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Jean-Honoré Fragonard, La résistance inutile, vers 1770-1773

L’amour dans l’oeuvre de Fragonard
Fragonard amoureux sur le site de l’INA

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3 Messages

  • D.B. | 19 octobre 2015 - 15:48 1

    Stéphane Guégan dont la contribution au catalogue de l’exposition Vigée Le Brun est dédiéé à... Philippe Sollers.


  • A.G. | 19 octobre 2015 - 14:00 2

    MUNDUS MULIEBRIS

    par Stéphane Guégan

    C’est le titre baudelairien que Marc Fumaroli a donné à son bel essai sur Vigée Le Brun, où l’éloge du féminin récuse tout anachronisme féministe. Des femmes, de la fièvre qu’elles embrasent et embrassent, il est question dans Fragonard amoureux. Un bonbon, disent les uns. Un bijou, disent les autres. L’exposition du Luxembourg est surtout un chef-d’œuvre. « Vouloir fuir l’Amour, c’est une entreprise inutile », pensaient les Anciens. Sagesse confirmée.

    Les Goncourt, ces réveilleurs du rococo à la suite de Gautier et Baudelaire, voyaient en Frago le « Chérubin de la peinture érotique ». Volage ne pouvait être que l’homme auquel on doit tant d’images lascives, plus suggestives pourtant que littérales… Volage et donc plus soucieux d’inspirer le désir sexuel que d’en explorer les variantes, les jeux, les limites et la troublante impureté, aux confins du plaisir et du sentiment, du corps et du cœur. Volage et donc moins porté sur les romans et les idées de son temps que sur les profits de sa petite entreprise. Nous n’en sommes plus là aujourd’hui. Le premier mérite de l’exposition de Guillaume Faroult, et de son époustouflant catalogue (chose rare, désormais), est de rendre Fragonard à lui-même, de nous le montrer parmi les artistes qui orientèrent ses choix et au plus près d’un milieu d’amateurs, écrivains et intellectuels que le mouvement des Lumières entraîne sans les enfermer dans une morale trop rigoureuse. Le sensualisme du temps les guide plus que l’obsession de durcir les mœurs. Il s’en faut que les amis de "la philosophie" aient tous souhaité la purger des bas instincts du libertinage aristocratique... Comme la Révolution, selon un mot célèbre, le XVIIIème siècle est un bloc, qui chercha longtemps un équilibre possible entre la libération des sens, les valeurs familiales et le ciment social à réinventer. Fragonard fut le peintre de cette heureuse ambiguïté, passant du tendre au scabreux, des caresses au viol, des soupirs aux pâmoisons, et même du libertinage le plus affiché aux bonheurs domestiques les plus innocents, avec un naturel confondant. "Quel homme !", se dit-on à chaque étape de la merveilleuse démonstration du Luxembourg. Après 1789, David le fera nommer au Louvre. Il résumait donc son époque. [...] La suite ici...


  • Albert Gauvin | 26 septembre 2015 - 23:22 3

    Fragonard, l’étreinte glorieuse par Philippe Lançon
    Chantre des plaisirs sensuels et du libertinage, le peintre a été le miroir de son époque, comme en témoigne le foisonnant accrochage déployé au musée du Luxembourg, Libération.