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Eloge d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont

France Culture, 1er et 2 août 1987 / Artaud, Lettre sur Lautréamont

D 17 septembre 2015     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Isidore Ducasse. Blanchard phot. Tarbes.
(collection Baudet-Plazolles)
« Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l’eau le sucre. »


Le 31 mai 1986, à l’invitation de France Culture, soixante personnes, pour la plupart des écrivains et poètes, se relaient pour lire dans sa continuité l’intégralité des Chants de Maldoror de Lautréamont au Paris Art Center, 36 rue Falguière dans le 15ème arrondissement de Paris. L’enregistrement est diffusé les 1er et 2 août 1987, accompagné et scandé par les interventions d’un certain nombre d’écrivains dont Alain Jouffroy, André Velter et Marcelin Pleynet. France Culture vient de le rediffuser dans la nuit du dimanche 13 septembre au lundi 14 septembre 2015. Une occasion assez rare d’écouter cette « parole vive » que sont les Chants, oeuvre radicale qui, avec les Poésies, signées cette fois Isidore Ducasse, ouvre, de manière incontournable, logique et rigoureuse, notre modernité.
Des poètes lisent et commentent Lautréamont ? Il fallait aussi faire entendre la voix du plus grand poète de la première moitié du XXe siècle. C’est fait avec la Lettre sur Lautréamont qu’Antonin Artaud écrivit en février-mars 1946.

Documentaire d’été
Par Gilles Plazy
Réalisation Judith d’Astier

Le « documentaire » est composé de deux parties de cinq heures chacune. J’en ai extrait les interventions et les témoignages des écrivains et critiques afin d’en faciliter l’écoute.

Célébration de Maldoror 1/2 :
« J’ai reçu la vie comme une blessure »

1ère diffusion : 01/08/1987

Avec Alain Jouffroy, François Caradec, Paule Thévenin, Gilbert Lascaux, Michel Camus et José Pierre.


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L’intervention d’Alain Jouffroy.
De l’individualisme révolutionnaire, le livre « épuisé » auquel il est fait allusion au début de l’entretien, a été réédité en 1997 dans la collection tel/gallimard. Jouffroy y traite de Lautréamont/Ducasse dans « La mort d’Isidore Ducasse » (p. 299) et dans « Le détournement des funérailles de Michel Lepeletier de Saint Fargeau dans Les chants de Maldoror » (p. 342). Le livre s’achève sur une « Correspondance avec Philippe Sollers » allant de juillet 1976 à Pâques 1977 (p. 400-465).

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L’intervention de François Caradec, auteur de la première biographie, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont (voir aussi : Maldoror : Le site).

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L’intervention de Paule Thévenin, responsable de l’édition des oeuvres d’Antonin Artaud chez Gallimard.

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L’intervention de Gilbert Lascaux.

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L’intervention de Michel Camus

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Ô mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées

Chant II - Strophe 10
Voir aussi : Philippe Sollers, Logique du français

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Célébration de Maldoror 2/2 :
« Moi comme les chiens j’éprouve le besoin de l’infini »

1ère diffusion : 02/08/1987

Avec André Velter, Marcelin Pleynet, Colette Fellous, Gérard Legrand et Hubert Juin.

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L’intervention d’André Velter

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L’intervention de Marcelin Pleynet

(voir Lautréamont (réédition) et Lautréamont politique aujourd’hui comme jamais)

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L’intervention de Colette Fellous

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L’intervention de Gérard Legrand
(Poésies de Lautréamont, première édition présentée avec Georges Goldfayn, Le Terrain Vague, 1960).

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L’intervention d’Hubert Juin, éditeur de Lautréamont.

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Lire :

Comte de Lautréamont, Les Chants de Maldoror
Isidore Ducasse, Poésies I et II
Isidore Ducasse : « Cette publication permanente n’a pas de prix. »
Lautréamont politique aujourd’hui comme jamais
Lautréamont manifeste

Et aussi :

1943 : Aimé Césaire, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont
1956 : Guy Debord et Gil J Wolman : Mode d’emploi du détournement
Cahiers Lautréamont

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Antonin Artaud, Autoportrait.
11 mai 1946.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

En 1946, Antonin Artaud envoie une Lettre sur Lautréamont à Jean Ballard qui lui en a fait la demande pour un numéro des Cahiers du Sud en partie consacré à un dossier intitulé « Lautréamont n’a pas cent ans » (Isidore Ducasse est né en 1846). Cette Lettre sur Lautréamont figure dans le tome XIV des Oeuvres complètes d’Artaud, intitulé Suppôts et suppliciations (Gallimard, Paris, 1978), édition dirigée par Paule Thévenin dont on ne louera jamais assez le rôle qu’elle joua, au milieu d’innombrables difficultés, pour faire connaître l’oeuvre d’Artaud. Voici cette Lettre, avec les notes détaillées de Paule Thévenin. J’ai également repris à la fin de cet article les différentes ébauches qu’Artaud a faites et qui sont publiées dans le même volume.
L’« impensable comte de Lautréamont » dit Artaud. Que veut-il dire ? Ducasse victime de « la partouze de l’inconscient interlope de tous contre la conscience interloquée d’un seul », « mort suffoqué dans une de ces agressions de la conscience générale, une de ces révoltes hideuses de la tombe » ? Artaud le croit ; il anticipe déjà son admirable « Van Gogh, le suicidé de la société ».
Vous trouvez que ce poète est fou ?
Voici ce qu’écrit Artaud à Henri Thomas le 12 février 1946 à propos de sa séquestration :

« C’est une saloperie et une monstruosité.
Mon état est celui qui a écrit l’Adresse au Pape dans le n° 3 de la Révolution Surréaliste, les Lettres de ménage et plusieurs autres lettres invectives contre les prêtres, la police et la société, et à qui on a voulu une fois pour toutes fermer la bouche parce qu’il n’a jamais voulu se soumettre sur certains points comme comme Aragon et Eluard.
C’est pour vous dire une fois de plus que tous les bruits répandus sur mon soi-disant état de santé sont des bruits crapuleux et intéressés. » (c’est Artaud qui souligne)

LETTRE SUR LAUTRÉAMONT [1]


Antonin Artaud, Lettre sur Lautréamont, publiée en 1946 dans les Cahiers du Sud.
Zoom : cliquez l’image.
Oui, j’ai des confidences à vous faire sur le comte impensable de Lautréamont, sur ces lettres extravagantes coercitives, tous ces sombres diktats comminatoires de fer qu’il envoyait avec tant d’élégance et de congratulations amènes à son père [2], à son banquier, à son éditeur ou à ses amis. Extravagantes, certes, elles le sont, ces lettres, de cette extravagance stridente d’un homme qui marche avec son lyrisme comme une plaie vengeresse, impudique, à son côté gauche ou droit.
Il ne peut écrire une lettre usuelle simple sans qu’on y sente cette trépidation épileptoïde du Verbe, qui, de quoi qu’il puisse s’agir, ne veut pas être utilisé sans frémir. Grenouille de !’infiniment petit, la recluse de ce verbe, la Poésie, dont Lautréamont fait, dans chaque lettre, un canon de marine afin de repousser le principe du bœuf.
Une lettre, non pas de deux francs, mais de deux fois l’in­touchable prix de la poésie de Baudelaire ajoutée à celle de Lautréamont, annonce à un éditeur le paiement, non en timbres-poste, mais en timbres, dit-il, de la poste, du Supplé­ment aux poèmes de Baudelaire [3]. Et si ce la, qui décharne, par le creux insistant d’un subreptice humour, les formes vignettes [4] des timbres, de par les espèces desquels le prix du livre sera payé, et les décharne par l’écharde-esquille de l’être d’une petite idée, ce la, mis là comme [5] une basse, comme le point d’un orgue noir, sous la pédale d’un grand pied, s’il n’est pas senti [6] comme tel par le lecteur, c’est que celui-ci n’est que le goujat rétensif d’une pute, et la matière incarnée d’un porc.
Quelque chose comme le gouffre totem de l’indécrottable bestialité rassise, (et l’idée de la beauté s’est rassise, comme le dit Arthur Rimbaud [7]). La bête qui veut garder, entre ses cuisses impures, les trente deniers à valoir du poète, non sur ses poèmes, pas encore faits et à faire, mais sur cette poche incarnadine saignante, qui, la nuit, bat sans arrêt, et va, dimanche, à la promenade, comme tout bourgeois sur les fortifs ; cette poche d’influx sautants, qui, dans la poitrine d’un grand poète, ne bat pas de même qu’ailleurs, car c’est là, justement, que tout bourgeois s’abreuve, — contre ce cœur qui, strictement et obstinément, jalousement et agressi­vement, a toujours raidi son attitude, et ossifié son incoer­cible maintien. Car le bourgeois hypocrite et méprisant, confit, dopé, poussah de la certitude méprisante, n’est, en réalité, que cette antiquité chapardeuse, et ce singe, ce vieux singe du Ramayana, antique escamoteur en dessous de toute pulsation de poésie instante, en instance de grésillement.
« Mais ça ne se fait pas, non, ça ne se fait pas, dit-il au comte de Lautréamont. Nous ne l’entendons pas de cette oreille (et l’oreille est cette caverne d’anus, et cette strophe où tout bourgeois [8] bien repu et bardé d’anti-strophe escamote la poésie). Cesse. Rentre dans la norme.
« Ton cœur bat d’horreur, mais ça ne se voit pas. Et moi aussi, j’ai un cœur de viande qui eut toujours besoin de toi. — Comment ? Ça ne te regarde pas. » — Mais Lautréamont ne se laisse pas arrêter. « Laissez-moi, dit-il, à son éditeur, reprendre maintenant d’un peu haut [9] » L’un peu haut de la mort, sans doute, qui, au jour louche, l’a emporté. Car on n’a jamais considéré avec assez d’attention, et j’y insiste, de remords, la mort si évasivement plate du comte impensable de Lautréamont.
Cette mort fut trop anodinement plate pour qu’on n’ait pas envie de regarder de plus près dans le mystère de sa vie. Car, enfin, de quoi est mort au juste le pauvre Isidore Ducasse, génie sans doute irréductible au monde, et dont il faut bien croire que le monde n’a pas voulu, pas plus que d’Edgar Poe, de Baudelaire, de Gérard de Nerval ou d’Arthur Rimbaud.
Est-il mort de maladie longue ou courte ? Et a-t-il été trouvé mort dans son lit au matin levant ? L’histoire dit sim­plement, simplement et sinistrement, que l’acte de décès a été signé du patron de l’hôtel et du garçon qui le servait.
Pour un grand poète c’est un peu court et un peu maigre, et cela a quelque chose de si mesquin, de si évasivement terre à terre et mesquin, que cela, par certains côtés, pue l’ignoble ; et la pacotille d’un enterrement si terre à terre, et si vulgaire, ne va pas avec la vie d’Isidore Ducasse, si elle va, à mon sens, trop bien, avec tout le simiesque de ce subrep­tice de haine, par lequel la sottise bourgeoise escamote tous les grands renoms [10].
Mais, par quelle crasseuse pute d’imbécillité enracinée, me suis-je, un jour, entendu dire, que si le comte de Lautréa­mont n’était pas mort à vingt-quatre ans, au début de son existence, il aurait été lui aussi interné comme Nietzsche, van Gogh ou le pauvre Gérard de Nerval.
Et cela parce que si l’attitude Maldoror est recevable dans un livre, elle ne l’est qu’après la mort du poète, et cent ans après, lorsque les explosifs astreignants du cœur viride du poète, ont eu le temps de se calmer. Car, de son vivant, ils sont trop forts. C’est ainsi qu’on a fermé la bouche à Baude­laire, à Edgar Poe, à Gérard de Nerval et au comte impen­sable de Lautréamont. Parce qu’on a eu peur que leur poésie ne sorte des livres et ne renverse la réalité... Et on a fermé la bouche à Lautréamont tout jeune afin d’en finir tout de suite avec cette agressivité montante d’un cœur que la vie de chaque jour catastrophiquement indispose, et qui aurait fini par transporter partout, à la longue, la cynique et insolite cautèle de ses inlassables écorchements.
« Et passée la lanterne rouge, dit le pauvre Isidore Ducasse, elle lui permit pour un salaire modique, de regarder à l’inté­rieur de son vagin »... [11].
Ce n’est pas un événement d’avoir trouvé que cette phrase était dans les Chants de Maldoror, et ce n’est pas non plus un événement qu’elle y soit, car tout le livre n’est fait que de phrases atroces de cet ordre. Oui, dans les Chants de Maldoror, tout est atroce ; le mollet d’une malheureuse avorteuse ou le passage d’un dernier autobus [12]. Tout est comme cette phrase où le comte de Lautréamont voit, et je crois plutôt que c’est le pauvre Isidore Ducasse qui l’a vu que le comte impensable de Lautréamont, voit, dis-je, un bâton marcher à travers des persiennes closes, dans la chambre du plus sinistre claque, (claque, nom argotique vulgaire de bordel ou de boxon), et apprend, de la bouche de ce bâton, qu’il n’est pas un bâton, mais un cheveu tombé de la tête de son maître, muni­ficent miché à qui son argent donna le droit de triturer une miséreuse dans l’épiderme d’une paire de draps, propres peut-être avant la lettre, mais toujours nauséeux après [13].
Et moi je dis qu’il y avait dans Isidore Ducasse un esprit qui voulait toujours laisser tomber Isidore Ducasse au profit du comte impensable de Lautréamont, un très beau nom, un très grand nom. Et je dis que l’invention du nom de Lautréamont, si elle a servi à Isidore Ducasse de mot de passe pour couvrir et pour introduire la magnificence insolite de son produit, je dis que l’invention de ce patronyme littéraire, tel un habit au-dessus de la vie, a donné lieu, par son soulève­ment au-dessus de l’homme qui l’a produit, au passage d’une de ces saloperies collectives crasses, dont l’histoire des lettres est pleine, et qui a fait fuir, à la longue, l’âme d’Isidore Ducasse de la vie. Car, c’est bien Isidore Ducasse qui est mort, et non le comte de Lautréamont, et c’est Isidore Ducasse qui a donné au comte de Lautréamont de quoi sur­vivre, et peu s’en faut, et je dirai même que rien ne s’en faut, que je ne pense, que le comte impersonnel, impensable de l’héraldique Lautréamont, n’ait été, en face d’Isidore Ducasse, une manière d’indéfinissable assassin.
Et je crois bien que c’est bien de cela qu’en fin de compte, et au dernier jour, est mort le pauvre Isidore Ducasse, si le comte de Lautréamont dans l’histoire lui a survécu. Car c’est bien Isidore Ducasse qui a trouvé le nom de Lautréamont. Mais quand il l’a trouvé, il n’était pas seul.Je veux dire qu’il y avait autour de lui, et de son âme, cette floculation micro­bienne d’espions, cette baveuse, acrimonieuse ruée de tous les parasites les plus sordides de l’être, de tous les revenants antiques du non-être, cette teigne de profiteurs innés qui à son lit de mort lui a dit : « Nous sommes le comte de Lau­tréamont, et tu n’es qu’Isidore Ducasse, et si tu ne reconnais pas que tu n’es qu’Isidore Ducasse, et, nous, le comte de Lautréamont, auteur des Chants de Maldoror, nous te tuons. » Et il est mort, au petit matin [14], à l’orée d’une impossible nuit. Suant et regardant sa mort comme de l’orifice de sa bière, comme le pauvre d’Isidore Ducasse, devant le riche de Lautréamont.
Et cela ne s’appelle pas la révolte des choses contre le maître, mais la partouze de l’inconscient interlope de tous contre la conscience interloquée d’un seul [15].
J’insiste sur ce point qu’Isidore Ducasse n’était ni un hallu­ciné, ni un visionnaire, mais un génie, qui ne cessa toute sa vie d’y voir clair quand il regardait et tisonnait dans la jachère de l’inconscient encore inutilisé. Le sien, et rien de plus, car il n’y a pas dans notre corps de points où nous puis­sions nous rencontrer avec la conscience de tous. Et dans notre corps nous sommes seuls. Mais, cela, le monde ne l’a jamais admis, et il a toujours voulu conserver, par devers lui, un moyen d’y regarder de plus près dans la conscience de tous les grands poètes, et tout le monde a voulu pouvoir regarder dans tout le monde, afin de savoir ce que tout le monde faisait.
Et un jour, des gens, non des nobles d’infini, comme dans l’Annabel Lee, d’Edgar Poe, mais d’ignobles teignes d’êtres, la gale des galeux de l’envie, sont venus dire à Isidore Ducasse, par-dessus son lit et sa tête, et la tête de son lit de mort : « Tu es un génie, mais je suis ce génie qui inspire ta conscience, et c’est moi qui écris tes poèmes en toi, avant toi, et mieux que toi. » Et c’est ainsi qu’Isidore Ducasse est mort de rage, pour avoir voulu, comme Edgar Poe, Nietzsche, Baudelaire et Gérard de Nerval, conserver son individualité intrinsèque, au lieu de devenir comme Victor Hugo, Lamar­tine, Musset, Blaise Pascal, ou Chateaubriand, l’entonnoir de la pensée de tous.
Car l’opération n’est pas de sacrifier son moi de poète, et, à ce moment-là, d’aliéné, à tout le monde, mais de se lais­ser pénétrer et violer par la conscience de tout le monde, de telle sorte qu’on ne soit plus, dans son corps, que le serf des idées et réactions de tous.
Et le nom de Lautréamont ne fut qu’un premier moyen, dont Isidore Ducasse ne s’est pas assez méfié peut-être, de détourner, au profit de la conscience générale, les œuvres archi-individualistes d’Isidore Ducasse, poète enragé par la vérité.
Je veux dire, que dans les limbes de la mort où il est, d’autres consciences et d’autres moi que le sien, se réjouissent, sans doute obscènement, d’avoir participé à l’émulsion créa­trice de ses poèmes et de ses cris, et retirent des délices sombres à l’idée d’enrager ce poète pour le suffoquer et pour le tuer.

Antonin Artaud, Gallimard, O.C., tome XIV, Suppôts et suppliciations, 1978, p. 32-37.

*


Paule Thévenin
par Antonin Artaud, 1947.

Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

LE DOSSIER


Fragment I
Fragment II
Texte III
Texte IV
Fragment V

Etabli par Paule Thévenin (présentation et notes)


(LETTRE SUR LAUTRÉAMONT)

Rodez, 5 février 1946 [16].

I

LETTRE SUR LAUTRÉAMONT
A JEAN BALLARD

Ami Jean Ballard,

J’ai comme vous me le dites des confidences à vous faire sur le comte de Lautréamont ; et je suis sûr qu’elles révolteront plus d’un de vos lecteurs [17].

***

II

Né a Montevideo 4 avril 1846 [18].
Un oedème aigu du poumon,
un infarctus pulmonaire,
mort à 24 ans le 24 novembre 1870, mort à l’hôtel,
acte de décès signe de l’hôtelier et du garçon d’hôtel ou il est mort rue du faubourg Montmartre n° 7,
septicémie.
Pancréatique [19] hémorragique,
l’organisme se digère lui-même.

Méningite.

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Le registre de Notre-Dame de Lorette à Paris.
***

III

Il y a [20] dans Lautréamont une pensée qui ne cesse de s’attaquer elle-même dans ses sources les plus spontanées. Non seulement dans les Chants de Maldoror le réel éclate en foudre, mais encore c’est dans son âme même et dans l’âme que Lautréamont le long de sa poésie s’introduit [21] pour en dynamiter les inspirations. Si Lautréamont fait éclater le réel c’est parce qu’il ne cesse de le trouver inique, stupide, et je ne dis pas encore maléfique, mais je dis déjà et ouvertement pernicieux et idiot [22]. Et qu’à force d’être idiote et pernicieuse, je dis hypocritement et sciemment pernicieuse, au su et au vu de la volonté effective de tous, qui jamais, mais sans le dire n’a cessé de travailler dans ce sens, à force de venins refoulés, de miasmes pesteux retenus, je veux dire depuis toujours réservés contre (l’être de la vérité) [23], la réalité ait fini par en devenir malé­fique, cela Lautréamont le savait, et je sais qu’on le surprit à le dire, mais qu’on a voulu l’empêcher non ouvertement mais occultement et par force d’incriminer les coupables d une abominable vente. On ne s’est pas assez étonné que Lautréamont soit mort à 22 ans [24] peu après la publication des Chants de Maldoror.
La vérité est qu’il y avait dans Lautréamont une âme d’insurgé entier que la coalition de toutes les forces obtuses de l’être a voulu pertinemment et sciemment empêcher de se manifester. — Et c’est une âme qui en avait long a faire expier et a réclamer tant aux êtres qu’au bœuf Apis de leur divinité.
Mort le 23 novembre 1870 [25], l’auteur des Chants de Maldoror a été transporté le 25 du même mois dans une cave maldorante d’une concession du cimetière du Nord à Paris. Et qu’est-il depuis advenu de son cadavre et de son cercueil ? Ce n’est pas assez de croire que les corps des poètes dorment dans les mains de l’éternité.
— Car on pourrit se demander aussi ce que c’est que cette grue, et d’où elle perce, Je veux dire d’où a percé sa prétention à reprendre non seulement le corps mais l’être de qui un jour [26] a fini d’exis­ter. — C’est quand un homme meurt que les vampires s’abattent, mais quand un poète comme Lautréamont meurt ces vampires sont la suie d’une armée innombrable venue des 5 tombes de l’infini. Et combien de fois au cours de sa vie terrestre l’âme de Lautréamont a-t-elle voulu crever le frimas de la tombe où l’être des êtres la retenait [27]. Qu’il écrive à son éditeur, à un ami quelconque ou son banquier, ses lettres sont toujours pleines d’accusations, d’in­vectives, de sarcasmes où l’objet réel de la lettre disparaît et où il ne reste plus, sur le devant de ce théâtre toujours prêt à mitrailler le lecteur [28], que toutes les mères stridences d’une poésie irréduc­tible du quotidien ordinaire, et qui ne peut parler d’argent ou d’affaires sans ruer avec agressivité [29]. Et c’est ce que les hommes n’ont jamais supporté.
Je me suis entendu dire un jour à Paris en 1927, par le consom­mateur d’un café où je discutais de poésie avec l’abbé défroqué Jean Genbach, qu’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, avait bien fait de mourir en 1870 à l’âge de 22 ans après la publication des Chants de Maldoror car si comme Nietzsche et Gérard de Nerval il avait persisté à vivre la société n’aurait pas manqué de l’in­terner comme Nietzsche et Gérard de Nerval jusqu’à sa mort. — Car la société a toujours eu plus d’un moyen de faire passer pour malade ceux dont l’attitude en face des évidences l’irrite, comme elle a dix mille moyens de se servir du souffle des ossements d’un poète à partir du jour où il est mort.
Car à l’heure qu’il est l’âme de Lautréamont enterré au cimetière du Nord le 25 novembre 1870 engraisse bien des berceaux d’idiots qui sans ses affres ne seraient jamais nés. — Je ne parle pas de tous les poètes nés après lui et qui ont poussé le soc incarné du verbe dans la même voie insurrectionnelle que lui, je parle de toutes les larves ineptes d’êtres, de tous les inutiles parasites qui, en dehors de quelques braves gens que vous, Jean Ballard , et moi connais­sons, composent cette humanité. — Parmi tous les poètes que j’ai connus André Gaillard s’est suicidé, René Crevel s’est suicidé, Roger Gilbert-Lecomte est mort du tétanos, Robert Desnos est mort du typhus dans un camp d’extermination.
C’est ainsi que tous ceux qui ne plaisent pas à la conscience conformiste bestiale du plus grand nombre s’en vont misérablement et hideusement comme Chaucer [30] coupé en tranches sur l’ordre exprès de Henri VIII, comme Gérard de Nerval, comme Nietzsche, ou comme Baudelaire mort aphasique, ou Edgar Poe empoisonné sur une bouche d’égout.
Quant à Arthur Rimbaud, il est mort entre les mains des prêtres, après avoir tout fait en conscience pour empêcher sa conversion qu’il a reniée in extrême extremis après s’être converti in extremis.
Nul n’a jamais rien pu dire sur les causes exactes de la mort de Lautréamont, mais tout porte à croire qu’il est mort suffoqué dans une de ces agressions de la conscience générale, une de ces révoltes hideuses de la tombe qui sur le plan médical s’appellent [31] [...] Et je dis que ces révoltes et l’homme qu’elles visent pour le sup­primer sont toujours concertées dans l’ombre entre les esprits qui à de certaines heures du jour ou de la nuit s’élèvent de tous les corps pour faire mourir Edgar Poe, Baudelaire, Gérard de Nerval ou le comte impensable Lautréamont.

***

IV

Oui [32], j’ai des confidences à vous faire sur le comte impensable de Lautréamont, les lettres extravagantes coercitives, tous ces sombres diktats comminatoires de fer qu’il envoyait avec tant d’élé­gance et de congratulations amènes à son p[ère], banquier, etc. Extravagantes, elles le sont certes, de cette extravagance stridente d’un homme qui marche avec son lyrisme comme une plaie venge­resse à son côté gauche ou droit.
Il ne peut écrire une lettre usuelle sans qu’on y sente cette trépi­dation épileptoïde du Verbe qui, de quoi qu’il puisse s’agir, ne veut pas être utilisé sans frémir.
Et sa rédaction se développe de telle sorte que la poésie absente montre qu’elle ne veut rien perdre de sa pertinence intrinsèque [33] infuse de recluse de la réalité.
Une lettre, non pas de 2 francs, mais de 2 fois l’intouchable prix [34] de la poésie de Baudelaire ajoutée à celle de Lautréamont, annonce à un éditeur le paiement en timbres, dit-il, de la poste du Supplé­ment aux poèmes de Baudelaire qu’il lui demande, et si ce la qui décharne comme un interne évidement des formes vignettes des timbres par l’écharde de l’esquille-idée n’est pas senti vivant par le lecteur de la lettre, c’est que celui-ci n’est d’une part qu’un fieffé imbécile et de l’autre cette lettre de 4 lignes sèches, mais si racée, n’est, bien qu’elle ne contienne rien, pas de la race d’autres lettres gracieusement alambiquées et dépouillées [35].
Celui qui ne verrait pas cela ne serait, lui, qu’un fieffé imbécile d’une part et de l’autre le goujat rétensif d’une pute [36] et la matière incarnée d’un porc qui la lirait sans la comprendre et la distin­guer [37].
Quelque chose comme le gouffre totem de l’immarcescible bes­tialité rassise (et l’idée de la beauté s’est rassise, comme le dit A[rthur] R[imbaud]) [38],
la bête qui veut garder entre ses cuisses impures les 30 deniers à valoir du poète, non sur ses poèmes pas encore faits et à faire, mais [39] sur cette poche incarnadine saignante qui la nuit bat sans arrêt sourdement et va dimanche à la promenade comme tout bourgeois sur les fortifs, cette poche [40] d’influx sautant qui dans la poitrine d’un grand poète [41] ne bat pas de même qu’ailleurs.
Car c’est là justement que tout bourgeois s’abreuve, contre ce cœur qui jalousement a toujours raidi [42] son attitude et ossifié son incoercible maintien. Car le bourgeois hypocrite et rétensif de toute pulsation de poésie instante, en instance de grésillement, dit au comte de L[autréamont] : Cesse, rentre dans la norme, ton cœur bat d’horreur, mais ça ne se voit pas, et moi aussi j’ai un cœur de viande saignante et ce cœur a besoin de toi à condition que tu ne sautes pas [43]
Mais Lautréamont ne se laisse pas arrêter. — Laissez-moi, dit-il a son b[anquier], reprendre maintenant [44] d’un peu haut.
Mais on n’a pas pensé avec assez d’attention et de remords à la mort si évasivement plate du comte impensable de Lautréamont [45]. Cette mort fut trop anodinement plate pour qu’on n’ait pas envie d’y regarder de plus près dans le mystère de sa vie car, enfin, de quoi est mort au juste le pauvre Isidore Ducasse, génie sans doute irréductible au monde, et dont il faut bien croire que le monde n’a pas voulu, pas plus que d’Edg[ar] Poe, de Nietzsche, de Gérard de Ner[val], de Baudelaire, etc ;
Est-il mort de maladie longue ou courte ? Est-il mort une certaine nuit de mort subite et a-t-il été trouvé mort dans son lit au matin levant ? L’histoire dit simplement, simplement et sinistrement, que l’acte de décès a été signé du patron de l’hôtel et du garçon qui le servait. .
Pour un grand poète c’est un peu court et un peu maigre et cela a en plus quelque chose de si mesquin, de si évasivement terre à terre et mesquin [46], que cela par certains côtés pue l’ignoble et la pacotille d’un enterrement si terre à terre et si vulgaire ne va pas avec la vie d’Isidore Ducasse si elle va à mon sens trop bien avec tout le simiesque de ce subreptice de haine par lequel la sottise bourgeoise escamote tous les grands renoms.
Et par quelle crasseuse pute d’imbécillité enracinée me suis-je un jour entendu dire que si L[autréamont) n’était pas mort à 24 ans, au début de son existence, il aurait été lui aussi interné comme Nietzsche et Gérard de Nerval [47].
Et cela parce que si l’attitude Maldoror est recevable dans un livre, elle ne l’est qu’après la mort du poète, et cent ans après, lorsque les explosifs astreignants de son cœur viride de poète ont eu le temps de se calmer. Car de vivant ils sont trop forts. C’est ainsi qu’on a fermé la bouche à B[audelaire], à E[dgar] P[oe] et à L[au­tréamont) parce qu on a eu peur que leur poésie ne sorte des livres et ne renverse la réalité. Et on a fermé la bouche à L[autréamont] tout jeune pour en finir tout de site avec cette agressivité montante d’un cœur que la vie de chaque jour catastrophiquement indispose et qui aurait fini par transporter partout à la longue l’épouvante de ses écorchements.
Et passée la lanterne rouge, dit le pauvre Isidore Ducasse, elle [48] lui permit pour un salaire modique de regarder à l’intérieur de son vagin.
Ce n’est pas un événement d’avoir trouvé que cette phrase était dans les Chants de Maldor[or] ni qu’elle y soit. Car tout le livre n’est fait que de phrases atroces de cet ordre comme celle où le comte de Lautréamont voit, et je crois d’ailleurs plutôt que c’est le pauvre Isidore Ducasse qui l’a vu que le comte impensable de Lau­tréamont, voit, dis-je, un bâton marcher à travers des persiennes closes dans la chambre du plus sinistre claque (claque, nom argo­tique vulgaire de bordel ou de boxon) et apprend de la bouche de ce bâton qu’il n’est pas un bâton mais un cheveu tombé de la tête de son maître, munificent miché à qui son argent donna le droit de triturer une miséreuse, dans l’épiderme d’une paire de draps, propres peut-être, avant la lettre, mais toujours nauséeux après. Et moi je dis qu’il y avait dans Isidore Ducasse un esprit qui voulait toujours laisser tomber Isidore Ducasse, homme, au profit du comte impensable de Lautréamont, un très beau nom, un très grand nom [49]. Et je dis que l’invention du nom de Lautréamont, s’il a servi à Isidore Ducasse de mot de passe pour couvrir et pour introduire la magnificence insolite de son produit, je dis que l’in­vention de ce patronyme littéraire, tel un habit au-dessus de la vie, a donné lieu, par son soulèvement au-dessus de l’homme qui l’a produit au passage d’une de ces saloperies collectives crasses [50] dont l’histoire des lettres est pleine et qui a fait fuir à la long[ue] l’âme d’Isidore Ducasse de la vie. Car c’est bien Isidore Ducasse qu est mort et non le comte de Lautréamont et c’est Isidore Ducasse qui a donne au comte de Lautréamont de quoi survivre. Et je crois bien [51] en fin de compte que c’est de cela qu’Isidore Ducasse est mort si le comte de Lautréamont dans l’histoire lui a servi [52]. Et c’est bien Isidore Ducasse qui a en plus trouvé le nom [53] de comte de Lautréamont, mais quand il l’a trouvé il n’était pas seul, je veux dire qu’il y avait autour de lui et de son âme cette floculation micro­bicide d’espions [54] antiques du non-être, cette teigne de profiteurs innés qui à son lit de mort lui a dit : Nous sommes le comte de Lautréamont et tu n’es qu’Isidore Ducasse et si tu ne reconnais pas que tu n’es qu Isidore Ducasse et nous le comte de L[autréamont], auteur des Chants de Maldoror, nous te tuons. Et il est mort au petit matin, à l’orée d’une impossible nuit [55].
Et cela ne s’appelle pas la révolte des choses contre le maître mais la partouze de l’inconscient interlope de tous contre la conscience interloquée d’un seul. J’insiste sur ce point qu’Isidore Ducasse n’était ni un halluciné ni un visionnaire [56] mais un génie qui ne cessa pas d’y voir clair, quand il regardait et tisonnait dans la jachère de l’inconscient encore inutilisé. Le sien et rien de plus [57].
Car il n’y a pas dans notre corps de point où nous nous ren­contrions avec la conscience de tous et dans notre corps nous sommes seuls. Mais cela, le monde ne l’a jamais admis, et il a tou­jours voulu conserver par devers lui un moyen d’y regarder de plus près dans la.conscience des grands poètes [58], et tout le monde a voulu pouvoir regarder dans tout le monde afin de savoir ce que tout le monde faisait [59]. Et un jour des gens, non des nobles d’infini comme dans Annabel Lee d’Edgar Poe, mais d’ignobles teignes d’êtres, la gale des galeux de l’envie, sont venus dire à Isidore Ducasse par-dessus sa tête et son lit : Tu es un génie, mais je suis dans ta conscience et c’est moi qui écris tes poèmes en toi, avant toi et mieux que toi.
Et c’est ainsi qu’lsidore Ducasse est mort de rage pour avoir voulu, comme Edgar Poe, Nietzsche, Baudelaire, Gérard de Nerval conserver son individualité intrinsèque au lieu de devenir, comme V[ictor] H[ugo], M[usset], Chat[eaubriand], Lam[artine], l’enton­noir de la pensée de tous.
Car l’opération n’est pas de sacrifier son moi de poète, et, à ce moment-là d’aliéné, à tout le monde [60], mais de se laisser pénétrer et violer par la conscience de tout le monde de telle sorte qu’ on ne soit plus dans son corps que le serf des idées et des réactions de tous.
Et le nom de L[autréamont) ne fut qu’un premier moyen, dont Isidore Ducasse ne s’est pas assez méfié peut-être, de détourner au profit de la conscience générale les oeuvres archi-individualistes d’Isidore Ducasse, poète enragé par la vérité [61].
Je veux dire que dans le limbes de la mort où il est d’autres consciences et d’autres moi que le sien se réjouissent sans doute obscènement d’avoir participé à l’émulsion créatrice de ses poèmes et de ses cris et retirent des délices sombres a l’idée d’avoir enragé ce poète pour le suffoquer et le tuer.

***

V

[...] confit [62], dopé, poussah de la certitude méprisante, n’est en réalité que cette antiquité chapardeuse, et ce singe, ce vieux singe du Ramayana, antique escamoteur en dessous [...]

L’un peu haut de la mort sans, doute qui au jour louche l’a emporté. Car on n a jamais considéré avec assez d’attention, et j’y insiste, de remords, [...]

[...] le cynisme de ses écorchements.
[...] la cynique et insolite cautèle de ses inlassables écorchements.
[...] l’épouvantable et cynique cautèle de ses ordinaires écorchements.

[...] mais je suis ce génie qui inspire ta conscience, et c’est moi qui écris tes poèmes en toi, avant toi et m[ieux...]

[...] et peu s’en faut et je dirai même que rien ne s’en faut que je ne pense que le comte impersonnel, impensable de l’héraldique Lau­tréamont n’ait été en face d’Isidore Ducasse une manière d’indéfi­nissable assassin.
Et je crois bien que c’est bien de cela qu’en fin de compte imper­turbable [63] et au dernier jour est mort le pauvre Isidore Ducasse [...]

[...] impossible nuit, suant et regardant sa mort comme de l’orifice de sa bière, en tant qu’Isidore Ducasse.

Et [64] la succession de ces lettres se développe de telle sorte, [...]

Grenouille [65] de l’infiniment petite la recluse de ce verbe, la Poésie, dont Lautréamont fait chaque fois un canon de marine afin de repousser le principe [66] du bœuf, [...)

Et si cela qui décharne par le creux insistant d’un subreptice humour les formes vignettes des timbres de par les espèces desquels le prix du livre sera payé et les décharne par l’écharde esquille de l’être d’une petite idée, si cela mis là comme une basse, [...]

Antonin Artaud, Gallimard, O.C., tome XIV, 1978, p. 185-193.

***********

ARCHIVES RADIOPHONIQUES

Jean Jacques Lefrère : Lautréamont

Jean-Jacques Lefrère, Isidore Ducasse
Jean-Jacques Lefrère (1954-2015) n’est plus

*

LAUTRÉAMONT raconté par Julien Gracq

Émission "Communauté radiophonique des programmes de langue française", diffusée sur l’O.R.T.F. le 14 octobre 1968.

*

LAUTRÉAMONT (1846-1870)

Une vie, une œuvre (France Culture, 1992)
avec, parmi d’autres, Jean-Jacques Lefrère.

***********

[1Texte paru dans les Cahiers du Sud (33e année, n° 275, 1er semestre 1946). La Lettre sur Lautréamont a été écrite pour répondre à une demande de Jean Ballard faite par lettre datée du 1er février 1946 : j’ai été très sensible au souvenir que vous m’avez : adressé dernièrement par le jeune médecin catalan [Très certainement le docteur José Solanes.], assistant de votre médecin-chef. / je voudrais aujourd’hui vous intéresser à un hommage que nous désirons consacrer à Lautréamont dans le prochain numéro des Cahiers du Sud. Il ne s’agit là que de quelques pages, car je m’en voudrais de vous imposer un travail qui ne fût pas indi­qué dans votre situation. Mais ces quelques pages suffiraient certainement à dire ce qu’un esprit tel que Lautréamont a représenté pour vous et pour nous tous, [...] / je suis sûr que vous avez quelques confidences à nous faire à son sujet. Vite un mot pour me faire savoir que je puis compter sur vous. [...]
Antonin Artaud accepte aussitôt de collaborer à ce numéro : une pre­mière ébauche de réponse est datée du 5 février 1946 (cf. fragment I, voir plus bas). Les jours suivants il note quelques repères biographiques (cf. frag­ment Il), puis écrit un premier projet de lettre, très différent du texte définitif (cf. texte III). Vers le 10 février, il se remet au travail ; il en sort un nouveau texte (cf. texte IV) beaucoup plus proche de celui qui paraîtra dans les Cahiers du Sud. Enfin, vers le début de mars, il note des projets de transformation concernant certains passages du texte précédent (cf. fragments V).
Le 28 mars 1946, Jean Ballard accuse réception du texte : j’ai pris connais­sance de votre texte à Paris, et je dois dire qu’il m’a endiablé. J’ai cru alors qu’on vous en avait accusé réception de Marseille. je regrette que vous n’ayez : pas été plus tôt prévenu de l’accueil réservé à ces pages explosives. [...] C’est donc qu’Antonin Artaud, qui séjournait depuis le 19 mars à Espalion, s’était inquiété de la bonne réception de son texte. Il avait de bonnes raisons pour cela : un premier envoi de la Lettre sur Lautréamont n’était pas parvenu aux Cahiers du Sud. Nous le savons parce que Jean Ballard y fait allusion à la fin de sa lettre : Et sachez, pour finir, que je n’ai pas douté le moins du monde de votre envoi, mais j’ai pensé qu’il s’était égaré en chemin, car nous n’avons jamais reçu votre pre­mier texte.
Ainsi, cette lettre nous le fait comprendre, entre le 1er février et le 28 mars Antonin Artaud a certainement écrit à plusieurs reprises à Jean Ballard. Aucune trace de cette correspondance n’ayant été retrouvée dans les archives des Cahiers du Sud, — madame Ballard, à la demande de Jean Tortel, a encore fait en 1973 des recherches dont le résultat a été négatif, — nous ne pouvons savoir la date de la première expédition qui aurait dû être assurée par l’administration de l’asile puisque, à l’époque, Antonin Artaud était tenu de passer par son intermédiaire. Nous ignorons tout autant lequel des deux correspondants a alerté l’autre : Jean Ballard qui ne recevait pas le texte attendu, ou Antonin Artaud surpris de n’en avoir aucun accusé de réception. Nous ne connaissons pas non plus la date du second envoi, mais on peut supposer qu’elle se situe vers le 15 mars car l’expéditeur, rendu méfiant par l’expérience précédente, n’a pas dû attendre beaucoup plus d’une semaine avant de s’enquérir de sa bonne réception. On peut aussi se demander si les dernières modifications apportées au texte (cf. fragments V) sont antérieures ou postérieures au premier envoi. Le texte qui parvint aux Cahiers du Sud n’aurait pas été conservé. Jean Tortel, que nous avions déjà mis à contribution en 1958, avait alors interrogé Jean Ballard à ce sujet. Tous deux croyaient se souvenir d’avoir reçu, en 1946, non un manuscrit mais une copie dactylographiée. Pourtant, dans une lettre datée du 9 avril 1946, adressée à monsieur Malausséna (cf. in tome XI), Antonin Artaud écrivait qu’il avait dû recopier 2 fois un article qui [lui] avait été commandé par les Cahiers du Sud sur Lautréamont.
Ce texte-ci a été établi à partir d’un exemplaire des Cahiers du Sud spécialement corrigé par Antonin Artaud en vue de la publication dans Sup­pôts et Suppliciations. Les variantes ci-dessous correspondent à la version ini­tiale de la revue. Signalons qu’en outre Antonin Artaud a posé un grand nombre de ponctuations supplémentaires.

[2La leçon des Cahiers du Sud : ... et de congratulations même à son père, ... est certainement fautive car la correction d’Antonin Artaud ne fait que rétablir celle du premier jet : ... et de congratulations amènes à son père, banquier, etc. (cf. texte IV, 1er §). On peut admettre aisément qu’il y a eu erreur de lecture : même pour amènes, commise soit par la per­sonne qui aurait établi la dactylographie, soit par le typographe si c’est le manuscrit lui-même qui avait été remis à l’imprimeur. (Le Pléiade dirigé par Jean-Luc Steinmetz, « Lautréamont, Oeuvres complètes », 2009, reprend les deux termes : « de congratulations amènes même à son père », p. 436. A.G.)

[3Lettre du 21 février 1870 à Verbroeckhoven. (On sait maintenant que cette lettre fut en fait adressée à Poulet-Malassis. A.G.)

[4La leçon des Cahiers du Sud : les fermes vignettes, est certainement fau­tive. Aussi bien dans le texte IV (cf. 6e §) que dans le projet de transformation (cf. fragments V, dernier §) on trouve formes vignettes. C’est à ces deux identiques leçons manuscrites que nous nous sommes référé car Antonin Artaud a corrigé la coquille de la revue par surcharge de la lettre inexacte, le crayon s’est écrasé sur un papier assez médiocre, débordant sur la lettre suivante, et le résultat manque de netteté.

[5... l’écharde, esquille de l’être d’une petite idée, ce là, mis comme...

[6... d’un grand pied, n’est pas senti...

[7Citation obtenue par contraction de deux phrases différentes de Rimbaud : la première ligne des Illuminations : Aussitôt que l’idée de Déluge se fût rassise, (in Après le Déluge) ; et la deuxième phrase d’Une saison en enfer : Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux.

[8... cette caverne d’anus, où tout bourgeois...

[9La citation exacte est : Laissez-moi reprendre d’un peu haut. Phrase par laquelle débute la lettre qu’Isidore Ducasse adresse le 12 mars 1870 au banquier Darasse, non à son éditeur. On verra que l’adverbe maintenant a été ajouté après coup par Antonin Artaud (cf. texte IV, 5e §).

[10... escamote tous les grands noms.
Antonin Artaud n’a fait ici que rétablir la leçon initiale (cf. texte IV, 9e §). Il n’est donc pas exclu que la leçon des Cahiers du Sud soit le résultat d’une transcription fautive.

[11Citation obtenue par contraction de deux phrases du chant troi­sième : Une lanterne rouge, drapeau du vice, suspendue à l’extrémité d’une tringle, balançait sa carcasse au fouet des quatre vents, au-dessus d’une porte massive et vermoulue. [...] La mousse recouvrait ce corps de logis, qui, sans doute, avait été un couvent et servait, à l’heure actuelle, avec le reste du bâtiment, comme demeure de toutes ces femmes qui montraient chaque jour, à ceux qui entraient, l’in­térieur de leur vagin, en échange d’un peu d’or.

[12S’il est facile d’identifier le passage d’un dernier autobus avec la qua­trième partie du chant deuxième : Il est minuit ; on ne voit plus un seul omnibus de la Bastille à la Madeleine. Je me trompe ; en voilà un qui apparaît subitement, [ ...] nous n’avons pas découvert à quelle partie des Chants de Maldoror Antonin Artaud fait allusion avec le mollet d’une malheureuse avor­teuse.

[13C’est dans la dernière partie du chant troisième : Une lanterne rouge,... que se situe l’épisode du cheveu de dieu transformé en bâton.

[14Nous avons préféré ici revenir à la leçon du manuscrit (cf. texte IV, 5e §, dernière ligne), celle des Cahiers du Sud : un petit matin, nous paraissant être le résultat d’une coquille dont Antonin Artaud a dû ne pas s’apercevoir.

[15... contre la conscience d’un seul.
Ici aussi retour à la leçon initiale (cf. texte IV, 1er §).

[16Première ébauche de réponse à Jean Ballard. Écrite à l’encre bleu­ noir sur un feuillet simple détaché d’un cahier, elle est intéressante à double titre : elle démontré l’acceptation immédiate d’Antonin Artaud à la proposition de Jean Ballard ; elle atteste que Lettre sur Lautréamont n’est pas un titre de circonstance donné par la rédaction des Cahiers du Sud, mais qu’il a été décidé au départ par Antonin Artaud.
Une autre tentative a suivi, dont deux pages au moins avaient dû être écrites, mais il n’en demeure que cette fin de phrase tracée à l’encre bleu­ noir dans le haut d’un autre feuillet simple détaché du même cahier : [...] comme Lautréamont il le surprend à critiquer l’être même de l’âme et les inspirations génésiques de l’esprit.

[17... révolteront quelques-uns de vos lecteurs.

[18Éléments biographiques notés par Antonin Artaud. Nous ignorons de quel ouvrage ils ont été tirés. Il est possible que cela ait été fait en feuil­letant un livre chez un libraire de Rodez puisque, à l’époque, l’autorisation de sortir en ville était parfois accordée à Antonin Artaud. Il aurait sans doute alors extrait d’un autre ouvrage ceux-ci, qui comportent d’ailleurs quelques inexactitudes, notés quelques pages plus haut dans ce même cahier :
Né en 1847, mort le 23 novembre 1870,
cimetière du Nord
25 novembre 1870,
écrit à 20 ans.

Signalons que ces quelques lignes donnent naissance à un développe­ment où interviennent les prénoms des filles de cœur associés aux lettres de l’alphabet, développe­ment qui les intègre à l’ensemble des notes du cahier.

[19Conformément à l’autographe. Antonin Artaud, qui avance ici plusieurs hypothèses pouvant expliquer la mort brusque d’Isidore Ducasse, a dû vouloir dire pancrétite hémorragique. Ce diagnostic hypothétique et le suivant sont notés de part et d’autre d’un dessin en forme de cercueil. Le corps qui est enfermé et dissimulé comme dans un sarcophage est sans doute celui d’Isidore Ducasse.

[20Première version, très différente, de la Lettre sur Lautréamon, écrite vraisemblablement peu après le 5 février 1946.

[21... c’est dans son âme même que Lautréamont s’introduit...

[22... inique, stupide, pernicieux et idiot.

[23La mise entre parenthèses, conforme à l’autographe, pourrait signi­fier qu’Antonin Artaud estimait n’avoir pas trouvé la formulation définitive.

[24Au vrai, lsidore Ducasse venait d’avoir vingt-quatre ans.

[25Date exacte : 24 novembre 1870. Cf. fragment II.

[26... le corps mais l’âme de qui un jour...

[27... l’âme de Lautréamont a-t-elle voulu surgir et crever de la tombe où l’être des êtres la retenait.

[28... il ne reste plus dans la mémoire du lecteur...

[29Après avoir écrit une première fois cette fin de phrase, Antonin Artaud l’a biffée et remplacée par celle-ci : ... et qui à propos d’argent ou d’affaires fonce éperdument sur le quotidien ordinaire. A son tour elle a été bif­fée et la fin initiale a été rétablie.

[30... misérablement comme Chaucer... En réalité, Chaucer ne vécut pas sous Henri VllI, mais près de deux siècles plus tôt sous Édouard III. Le poète anglais mis a mort après des tortures atroces est Robert Southwell dont Antonin Artaud avait d’ailleurs, deux années auparavant, adapté un poème : le Bébé de feu (cf. in tome IX). Il fut condamné à mort non sous le règne d’Henri VIII mais sous celui d’Élisabeth I.

[31Les maladies dont Antonin Artaud supposait qu’elles auraient pu provoquer la mort soudaine d’Isidore Ducasse sont répertoriées dans le fragment II.

[32Deuxième état de la Lettre sur Lautréamont, écrit vers le 10 février 1946. Plutôt que de surcharger à l’excès le texte définitif d’appels de notes signa­lant les variantes, il nous a paru préférable de donner ce texte-ci dans le dossier, bien qu’il en soit, pour l’essentiel, assez proche. Il a été écrit au crayon d’un seul jet et, sans doute, très vite, comme l’attestent le nombre relativement important de mots incomplets et une graphie si rapide qu’Antonin Artaud a parfois jugé utile de récrire dans les interlignes un ou plusieurs mots afin de pouvoir se relire. De plus, ce premier jet est prati­quement sans ratures. Des corrections y ont été apportées secondairement ; elles ont été faites en deux temps : au crayon, puis à l’encre bleu-noir. Les changements d’expressions, les ajouts sont notés dans les interlignes ou les marges et, sans la version définitive pour nous guider, il nous aurait été, dans certains cas, bien difficile de déterminer avec certitude la place qu’ils devaient occuper. Le nombre de premiers états indiqués ci-dessous permet de prendre la mesure de la transformation effectuée.

[33... rien perdre de son élégance intrinsèque...

[34... mais de 2 fois le prix...

[35Ce long paragraphe, écrit transversalement dans les marges de deux pages, remplace celui-ci, tout juste esquissé dans le premier jet :
Le côté vignette des formes au moyen desquelles sera payé

[36La correction indiquée dans l’interligne est assez difficile à inter­préter. Au-dessus de : d’une pute, Antonin Artaud a en effet noté ceci : de la (bis), que l’on pourrait comprendre comme suggérant une intention de répétition insistante : d’une pute, de la pute. Mais la leçon définitive est d’une pute, ce qui paraît infirmer cette hypothèse et incline plutôt à penser qu’Antonin Artaud se réservait de choisir entre d’une pute et de la pute.

[37... incarnée d’un porc.

[38La phrase entre parenthèses a été ajoutée lors des corrections. Pour la citation de Rimbaud, cf. note 7, p. 246.

[39... non sur ses poèmes mais...

[40... bat sans arrêt sourdement, cette poche...

[41... la poitrine du grand poète...

[42... s’abreuve, mais I[sidore ] D[ucasse ] et le c[omte] de L[autréamont ] n efont qu ’un et I[sidore ] D[ucasse ] ne supportait pas qu’on l’oublie et c’est strictement et agressivement qu’il a toujours raidi...

[43Le premier jet se terminait sur saignante. La fin de la phrase est ajoutée obliquement dans la marge, face aux derniers mots du paragraphe initial. Pour indiquer la place de l’ajout, Antonin Artaud a pris la pré­caution, après saignante, de marquer etc., abréviation dont il est visible qu’elle a été écrite en même temps que l’ajout. Le crayon est en effet diffé­rent de celui qui a servi pour le premier jet .

[44L’adverbe, qui ne se trouve pas dans la lettre d’Isidore Ducasse, a été ajouté dans l’interligne par Antonin Artaud lors des corrections.

[45Paragraphe ajouté transversalement dans la marge lors des correc­tions.

[46Dans la marge inférieure de la page, Antonin Artaud avait écrit à l’encre bleu-noir cette solution de remplacement : si gratuitement terre à terre et ordinaire, qu’il n’a en définitive pas retenue.

[47... n’était pas mort il aurait été lui aussi interné.

[48Et passée la lanterne rouge elle... En ce qui concerne la citation elle­-meme, cf. note 11, p. 247.

[49... de Lautréamont, un très grand nom.

[50... l’invention de ce patronyme littéraire cache une de ces saloperies collec­tives crasses...

[51... d’Isidore Ducasse de la vie. Et je crois bien...

[52La leçon du manuscrit n’est pas douteuse, la graphie de ce mot est tout à fait claire, c’est bien servi. L’attention ne se porterait pas sur ce terme et la question d’un lapsus possible ne se poserait sans doute pas si, dans la version définitive, Antonin Artaud ne l’avait remplacé par sur­vécu (cf. p. 35, 2e §).

[53Car c’est bien Isidore Ducasse qui a trouvé le nom...

[54... cette floculation microbienne d’espions...], cette baveuse, acrimonieuse ruée de tous les parasites les plus sordides de l’être, de tous les revenants [[... de l’être, et tous les revenants...

[55... à l’orée d’une très grande nuit.

[56... ni un visionnaire ni un halluciné...

[57Le sien et c’est tout.

[58... dans la conscience de tous les poètes...

[59... regarder de plus près dans la conscience de tout le monde afin de savoir ce que tout le monde faisait. La correction affectant ce passage a été exception­nellement faite au moment même du premier jet. Celle que signale la note précédente lui est ultérieure.

[60... de sacrifier son moi de poète à tout le monde...

[61Le premier jet se terminait ici. Le paragraphe suivant a été ajouté transversalement dans la marge de la page lors des corrections.

[62Projets de transformation concernant différents passages du texte IV, notés au début de mars I946. Nous avons choisi de les donner tels qu’ils se présentent, cette solution permettant en quelque sorte d’assister à l’éla­boration du texte définitif.

[63Au-dessous de cet adjectif, Antonin Artaud a noté celui-ci : invulnérable, comme possibilité de remplacement.

[64Ce paragraphe sera en définitive supprimé.

[65Probablement conçu de même au départ en vue de transformer le paragraphe qui sera supprimé (cf. note précédente). L’articulation prévue aurait pu être celle-ci : ... du bœuf, montre qu’elle ne veut rien perdre... En définitive, remplacera le paragraphe supprimé.

[66... afin d’avaler le principe...

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1 Messages

  • Albert Gauvin | 24 septembre 2015 - 15:35 1

    "Maldoror : le site" (incontournable) salue notre "excellente idée d’offrir l’accès à un mémorable ensemble de documents :" cf. cette note. Sommes-nous pour autant des "fanatiques" ? C’est-à-dire, selon le Petit Larousse, "animés d’un zèle aveugle, excessif" ? Je retiendrai plutôt cette définition (c’est moins "mahométin") :
    "Fanatique : Qui a pour quelque chose, quelqu’un une admiration passionnée, enthousiaste."
    Mon Robert en 10 volumes fourmille de citations. Celle de Flaubert me plaît : "J’aime les gens tranchants et énergumènes. On ne fait rien de grand sans le fanatisme." (Correspondance, t. II)
    Oui, oui, j’assume, je suis un fanatique, et pas que de Sollers, mais aussi de Voltaire, de Lautréamont, de Rimbaud, de Bataille, d’Artaud, de Pleynet, etc (la liste est longue)...