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Passion fixe

Entretien de Philippe Sollers avec Alain Veinstein

D 10 février 2015     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Alain Veinstein

France Culture.
Surpris par la nuit — Raison de plus, 23 mars 2000.
Quinze ans déjà ? On a du mal à le croire.
Voici un entretien de Philippe Sollers avec Alain Veinstein à l’occasion de la publication de Passion fixe dans la collection blanche de Gallimard et de L’année du tigre - Journal de l’année 1998 dans la collection Points.
Il y est, justement, question du Temps et de la manière de l’habiter poétiquement.
C’était à une époque où France Culture, grâce à Alain Veinstein, laissait les écrivains parler. On aimait être surpris par la nuit et passer en douceur du jour au lendemain.

*

1. Comment commencer (15’25)

« On ne devrait jamais commencer une conversation avec quelqu’un sans lui demander s’il souffre. » (L’année du tigre). Douleur et plaisir.
Mort après 1968. Mort après 1973, etc...
Lucidité de Barthes. On n’est jamais vraiment ce qu’on apparaît.

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2. À propos de Studio (8’15)

Rimbaud, Hölderlin. Les poètes et leur mère. Éloge de la richesse.

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3. Une écriture de vie (12’)

La richesse du proche. Pas de vie sans phrases. Il faut se cacher en plein jour.

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4. La musique (13’03)

Glenn Gould. Martha Argerich. Clara Haskil. Cecilia Bartoli (cf. aussi Agitata da due venti).
L’amour, la poésie, la musique, la liberté.
« Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m’ont précédé ; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l’amour. »

*

5. La poésie (16’03)

Misère de la poésie. Poésie et roman.
Raconter ce qu’on vit poétiquement.
Acheminement vers la parole. Heidegger et la poésie.
Bataille et « Haine de la poésie ».
J’écris avec tout ce qui est possible de faire venir comme preuves.
Debord : les citations sont nécessaires.

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6. L’art de la guerre (24’45)

La Chine. François Cheng.
L’art de la guerre, la poésie, l’art érotique, la médecine sont une seule et même substance.
Dora Weiss. Clara. Martha Argerich (Bach).
Qu’est-ce qu’une avocate par rapport au Temps.
Leymarché-Financier. L’aliéniation contemporaine : être, c’est être remplaçable.
Finale : à nouveau Argerich et Bach.

Cette émission a été rediffusée le 3 février 2015 dans Les Nuits de France Culture.
Avis aux insomniaques : il y a là des pépites.

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Rencontre avec Philippe Sollers,
à l’occasion de la parution de Passion fixe (2000)

Passion fixe... Deux mots qui peuvent sembler antinomiques...

Philippe Sollers — « Passion fixe » veut dire qu’un individu poursuivrait dans le temps, à travers des aventures multiples, le même désir fondamental. Passion fixe va toujours dans la même direction sans jamais s’arrêter, c’est une navigation où certains thèmes servent de boussole : la pensée chinoise, la musique, les livres anciens... Le roman commence dans ce que le narrateur appelle « les années sombres » et que d’autres appellent « les années de plomb », c’est-à-dire la normalisation qui a suivi l’explosion de Mai 68. L’un des personnages principaux, François, a alors décidé de mener une vie clandestine, qui consiste en une autre façon de vivre, surgie à travers une expérience de la liberté maximale. On peut d’ailleurs apercevoir en lui certains traits de l’existence de Guy Debord.

Qu’entendez-vous par « clandestinité » ?

Philippe Sollers — C’est la possibilité de vivre comme on l’entend, le plus librement possible donc, en évitant de se faire « coincer ». Trop dedans, c’est raté, trop dehors aussi. Il faut donc inventer un « dedans-dehors » permanent, qui n’a rien à voir avec la marginalité. C’est un certain art de vivre, qui consiste à préserver à tout prix sa liberté dans une société qui est devenue ce que nous avons sous les yeux, une société réduite aux calculs financiers et où tout le monde, comme le dit ironiquement le livre, pourrait s’appeler « Monsieur et Madame Leymarché-Financier »...

Serait-ce un roman politique ?

Philippe Sollers — D’une certaine manière. Passion fixe est à la fois un roman sur les trente dernières années et une critique extrêmement ironique de la société planétaire contemporaine, négative et déprimée. C’est contre cette grande misère que le livre se construit, d’une façon qui implique un certain rire.

Comment ces différents thèmes sont-ils abordés ?

Philippe Sollers — Le livre démarre sur la tentation du suicide, puis sur une expérience existentielle qui provoque chez le narrateur un autre rapport au réel. Mais ce n’est pas une expérience de l’absurde négatif, comme dans La Nausée, plutôt de l’absurde libérateur. Il rencontre ensuite une avocate, Dora, et là commence une histoire d’amour. Veuve d’un collectionneur de manuscrits, Dora possède une grande bibliothèque qui va littéralement passionner le narrateur. Il se saisit au hasard d’un ouvrage de Cyrano de Bergerac, Les États de l’empire de la lune et du soleil, et il a l’impression, dans la situation étrange où il se trouve, que ce livre s’adresse directement à lui. Il entame alors un voyage fantastique à travers ces livres anciens, en particulier des traités d’alchimie et surtout ce très vieil ouvrage chinois qu’est le Yi King.

Et la musique ?

Philippe Sollers — Le narrateur rencontre ensuite Clara, pianiste de renommée internationale. Avec elle, et à travers la figure d’un autre grand musicien, Glenn Gould, le roman aborde le problème de l’interprétation musicale, et surtout de son sens physique profond. Tout cela reste lié au thème de la clandestinité : qu’il s’agisse du métier d’avocate ou de celui d’interprète, entre la vie intérieure et la représentation, on reste dans le même « dedans-dehors ».

Et donc d’un certain art de vivre...

Philippe Sollers — De vivre poétiquement, oui. L’amour, la liberté et la poésie sont une seule et même chose.

Crédit : Gallimard

Lire : Sollers et la trame des mutations : Passion fixe
et : C’’étaient les nuits radiophoniques d’Alain Veinstein
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