vous etes ici : Accueil » THEMATIQUES » Sollers et la musique » Accord parfait : Martha Argerich
  • > Sollers et la musique
Accord parfait : Martha Argerich

D 7 janvier 2010     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


JPEG - 48.6 ko
Martha Argerich

MP3 restaurés le 29-04-13

Le 14 août 2010, sur France Culture, Sollers parle de Martha Argerich et lit le texte qu’il lui a consacré. Il est au milieu du Discours Parfait (Gallimard, 2010).

« Allez la musique ! » (6’17)

crédit : France Culture

*

Martha Argerich

Reine indienne.
Elle a son mauvais génie, son démon. elle croit, par humilité, qu’il faut jouer de la musique secondaire. Bien entendu, elle y est incomparable, mais à quoi bon écouter une fois de plus Schumann ou Liszt ?

Concert : Bach, Scarlatti.
En définitive : Bach.
Pourquoi ? Glenn Gould, et, comme lui, jeu viril, massif, délicat, précis, indépendance des mains incroyable.
Deux mains ! Quatre ? Deux cerveaux ? Quatre ?

Le piano s’étend — là-bas, à gauche, là-bas à droite —, et pourtant le milieu n’a jamais été aussi milieu. Le milieu extrême.
La gauche dit ça.

Les mains sont des épaules, des bras — et aussi des pieds et des cuisses. Les doigts viennent de la bouche. Souffle profond.
Sa moue. Boudeuse. Je veux, j’envoie.
Génie modeste. « Ce n’est pas moi ! »

Amusée, sauvage, rétractée, rieuse, réservée, mélancolique, trop de force, sensualité et autorité subite. Concentration, quartz.

Elle impose sa volonté à l’orchestre qui est obligé de la retenir. La musique est en avance de ce qu’on joue. Elle a déjà joué ce qu’elle joue quand elle le joue. Quand elle commence, elle recommence. Elle est là, elle est loin, elle est deux fois plus loin parce qu’elle est là, à l’écoute.
Dédoublée.
Noire.

Le clavier. Une femme de clavier. Toucher. Le piano est un cercueil, c’est la mort, les touches sont les dents de la mort, elle passe en force à travers la mort. Elle la fait rouler, elle l’exorcise.

Suite anglaise, n°2, Bach. À réécouter [1].

Le prélude

Le secret de Martha, c’est Bach. Elle fait semblant qu’il y a d’autres musiques. Tout le monde fait semblant. Mais non : Bach.

Frédéric de Prusse, un soir, faisant lever ses convives, à table : « Messieurs, le vieux Bach est arrivé. »

Scarlatti, comme il se doit : virtuosité presque inaudible, insolente.
Bach : énergie réglée, éternel retour, vie divine, cinquième évangéliste, nature saisie.
Au rendez-vous du Temps.
Martha !
On la reconnaît tout de suite.

Mon rêve a toujours été de la séquestrer pendant un mois. Les Suites anglaises, matin et soir. Mille et une fois. Roman sublime.

Les sonates de Beethoven avec Gidon Kremer. Chacun son instrument. Printemps.
Violon féminin (lui), piano masculin souple (elle).
Un seul équivalent dans l’Histoire : Clara Haskil et Arthur Grumiaux dans Mozart.

Un soir à Bruxelles. Longue conversation dans la nuit. Elle a horreur des concerts. Mauvais rêves.
Pas assez d’enregistrements de Bach. Elle s’en fout. À quoi bon ? Pour qui, d’ailleurs ?

La nuit tombe, elle se tait, elle est très lucide. Mouvement de la tête. Brusque. Là-bas.

Philippe Sollers, Égoïste n° 15, 2006 ;
L’Infini n°96, printemps 2006 ; Discours Parfait, 2010, p. 516.

*


La Musique Partagée 1972 & 2004

Martha Argerich et Charles Dutoit.
Documentaire (44’30)

2004 : la pianiste et le chef-d’orchestre, mariés dans les années 70, revoient le film réalisé avec eux en juin 1972.
Avec des extraits de Tchaïkowski et de Beethoven.

*


Bach

Martha Argerich joue Bach toccata en C Minor BWV 911.

PART 1 (4’04)

PART 2 (6’58)

La Suite anglaise n°2, de Bach — dont parle Sollers — a été publiée sur le même disque (Label : Universal Classics).

*

Martha Argerich - Bach Partita No. 2 en C minor, BWV 826.

La « Reine indienne ».

*


Mozart

Piano Concerto in ré min. K.V. 466.

*


Beethoven

Violon : Gidon Kremer, Piano : Martha Argerich, 1994

« Les sonates de Beethoven avec Gidon Kremer. Chacun son instrument. Printemps.
Violon féminin (lui), piano masculin souple (elle). »

Sonate pour violon No.10 in G major,OP.96 1er mouvement Part 1 (9’36)

*

Sonate pour violon No.10 in G major, OP.96 2nd and 3e mouvements (7’30)

*

Sonate pour violon No.10 in G major, OP.96 4e mouvement (8’17)

Publié chez Deutsche Grammophon, 1995.

*


Schumann

Martha Argerich en 1977 pour une interprétation du premier mouvement du Concerto en La mineur pour Piano et Orchestre Op.54 de Robert Schumann (14’32)

*


Sites internet :

http://www.pianobleu.com/argerich.html
Le meilleur site français consacré au piano avec un excellent dossier sur Martha Argerich.

http://www.andrys.com/arg-arti.html
Nombreux entretiens retranscrits en anglais.

http://www.argerich.org/
Un site de fans remarquablement conçu : discographie chronologique et alphabétique, renvois aux podcasts d’émissions auxquelles a participé l’artiste.

http://home.swipnet.se/bjorn_ostlund/argerich_videography.htm
Toute la "filmographie" de Martha Argerich.

http://home.swipnet.se/bjorn_ostlund/argerich_repertoire.htm
Tout le répertoire de Martha Argerich.

Source : Olivier Bellamy, Martha Argerich, Buchet-Chastel, 2010.

*

Voir en ligne : Portait-Interview de la pianiste Martha Argerich sur Arte


[1

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document


1 Messages

  • A.G. | 18 mai 2014 - 13:00 1

    Le piano roi

    Qui d’autre que Martha Argerich peut être associée, sans faire sourire, au titre LE PIANO ROI, comme le fut Renaud Capuçon pour Le Violon Roi en 2013 avec 30 000 ventes au compteur ? Le Piano roi, car le piano est bien le roi des instruments, certainement le plus aimé du public français, à la tête d’un répertoire immense, parmi lequel les pages les plus célèbres de toute la musique. Martha Argerich, car qui d’autre aujourd’hui est éligible à ce couronnement ? Personne assurément, tant celle qui est surnommée affectueusement et avec admiration la Lionne du piano est bien l’immense virtuose acclamée en France et dans le monde ! A la tête d’une impressionnante discographie chez Warner depuis son premier enregistrement Chopin en 1965, il était temps de réaliser une anthologie de référence, dans laquelle on retrouvera le répertoire emblématique du piano par sa légende vivante. Entourée d’autres grands artistes et amis comme Renaud Capuçon, Nelson Freire, Gidon Kremer, Nikolaus Harnoncourt, Charles Dutoit, Daniel Barenboim, Maria-João Pires ou Gautier Capuçon, Martha Argerich illumine ce coffret de son génie unique aujourd’hui.

    Écoutez sur deezer

    *

    Aix : Martha Argerich est venue a joué et nous a vaincus !


    26 avril 2014. La surprise du soir fut l’arrivée sur scène de Daniel Barenboïm.
    Son amie Martha et lui ont donné le Rondo en la majeur de Schubert. Photo Caroline Doutre.
    Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

    Larmes de joie, ovations, public debout. Les mots viennent à manquer pour définir cette soirée musicale donnée dans un GTP plein à craquer. Ceux qui doutaient de sa présence en seront pour leur frais. Martha Argerich est non seulement venue, mais elle a joué, et nous a vaincus. Laissés en miettes, ivres de bonheur. Tendue, précise, concernée, attentive au point de battre déjà la mesure avant de lancer les premières notes de ce Concerto numéro 1 de Beethoven, la pianiste enchaîne une exécution magistrale et lumineuse, faite de puissance et de légèreté.

    Ses doigts glissent, laissent échapper des sons qu’on n’a jamais entendu ainsi auparavant, sans la moindre faille, de mémoire, avec autorité.

    Mais pour être excellent dans un concerto il faut être deux. À ses côtés, le Chamber orchestra emmené par Emmanuel Krivine a ébloui la salle. Mais le plus surprenant est à venir. Dès la fin du concerto, on installe un deuxième fauteuil et voilà qu’apparait aux côtés de Martha Argerich, son grand ami Daniel Barenboim.

    Ensemble, ils vont donner le Rondo en la majeur de Schubert, oeuvre qu’ils jouent au GTP seulement pour la troisième fois après Carnegie Hall, et la semaine dernière à Berlin. On vous laisse imaginer la réaction du public devant pareil cadeau.

    Et le chef me direz-vous ? S’il faut saluer la dextérité d’Emmanuel Krivine, on louera sa générosité pour avoir accepté ce duo, puisqu’après l’entracte il devait emmener son orchestre sur les cimes de la Symphonie numéro 8 de Dvorak. Ce qu’il fit de manière géniale, passant derrière les deux monstres sacrés du piano venus l’écouter assis au milieu du public. Krivine a montré alors toute l’étendue de son sens du détail, donnant l’oeuvre dans un mélange de couleurs.

    Martha et Daniel ont fait plus qu’applaudir. Ils l’ont eux aussi ovationné. Une soirée mythique !

    Jean-Rémi Barland, La Provence, 28-04-14.