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Mahomet, Bouddhas, papes

In « Littérature et politique » (2014)

D 21 janvier 2015     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Nous avons grandement rendu compte du livre de Sollers « Littérature et politique » publié en 2014. Nous avons présenté de larges extraits de ce que nous avons intitulé son « abécédaire politico-littéraire » mais à la lettre M, nous avions omis, bien à tort, l’entrée « Mahomet » de 2006. Elle mérite pourtant d’être lue.

L’actualité allume ses projecteurs sur l’immédiat, sur ce qui est sous nos yeux, occultant vite ce qui s’est déjà passé ou se déroule ailleurs. Et cet opus, ce n’est pas le moindre de ses mérites ravive notre mémoire ; d’autres entrées mettent en perspective notre présent. Lire « Littérature et politique » au filtre de l’islam c’est l’expérience que nous vous proposons.

Mahomet
Il faut s’y faire : Mahomet est désormais la grande vedette du spectacle mondial. Je m’efforce de prendre la situation au sérieux, puisqu’elle est très sérieuse, mais je dois faire état d’une certaine fatigue devant la misère de son ascension au sommet. Bien entendu, je me range résolument du côté de la liberté d’expression, ma solidarité avec Charlie Hebdo et Le Canard enchaîné est totale, même si les caricatures, en général, ne sont pas ma forme d’art préféré. Que ces inoffensives plaisanteries, très XIXe siècle, puissent susciter d’intenses mouvements de foules, des incendies, des affrontements, des morts, voilà qui est plus pathologiquement inquiétant, à supposer que le monde où nous vivons soit tout simplement de plus en plus malade. Il l’est, et il vous le crie. Là-dessus, festival d’hypocrisie générale qui, si mes renseignements dans l’au-delà sont exacts, fait lever les maigres bras épuisés de Voltaire au ciel. On évite de se souvenir qu’il a dédié, à l’époque, sa pièce Mahomet au pape Benoît XIV, lequel l’en a remercié très courtoisement en lui envoyant sa bénédiction apostolique éclairée. Vous êtes sûr ? Mais oui. Je note d’ailleurs que le pape actuel, Benoît XVI, vient de reparler de Dante avec une grande admiration, ce qui n’est peut-être pas raisonnable quand on sait que Dante, dans sa Divine Comédie, place Mahomet en Enfer. Vérifiez, c’est au chant XXVIII, dans le huitième cercle et la neuvième fosse qui accueillent, dans leurs supplices affreux, les semeurs de scandale et de schisme. Le pauvre Mahomet (Maometto) se présente comme un tonneau crevé, ombre éventrée « du menton jusqu’au trou qui pète » (c’est Dante qui parle, pas moi). Ses boyaux lui pendent entre les jambes, et on voit ses poumons et même « le sac qui fait la merde avec ce qu’on avale ». Il s’ouvre sans cesse la poitrine, il se plaint d’être déchiré. Même sort pour Ali, gendre de Mahomet et quatrième calife. Ce Dante, impudemment célébré à Rome, est d’un sadisme effrayant et, compte tenu de l’œcuménisme officiel, il serait peut-être temps de le mettre à l’Index, voire d’expurger son livre. Une immense manifestation pour exiger qu’on le brûle solennellement me paraît même inévitable. Mais ce poète italien fanatique n’est pas le seul à caricaturer honteusement le Prophète. Dostoïevski, déjà, émettait l’hypothèse infecte d’une probable épilepsie de Mahomet. L’athée Nietzsche va encore plus loin : « Les quatre grands hommes qui, dans tous les temps, furent les plus assoiffés d’action, ont été des épileptiques (Alexandre, César, Mahomet, Napoléon). » Il ose même comparer Mahomet à saint Paul : « Avec saint Paul, le prêtre voulut encore une fois le pouvoir. Il ne pouvait se servir que d’idées, d’enseignements, de symboles qui tyrannisent les foules, qui forment les troupeaux. Qu’est-ce que Mahomet emprunta plus tard au christianisme ? L’invention de saint Paul, son moyen de tyrannie sacerdotale pour former des troupeaux : la foi en l’immortalité, c’est-à-dire la doctrine du “jugement”. »

On comprend ici que la question dépasse largement celles des caricatures possibles. C’est toute la culture occidentale qui doit être revue, scrutée, épurée, rectifiée. Il est intolérable, par exemple, qu’on continue à diffuser L’Enlèvement au sérail de ce musicien équivoque et sourdement lubrique, Mozart.Je pourrais, bien entendu, multiplier les exemples.

26 février 2006

Et cette autres entrée de 2000 :

Violence
[...] Et ça recommence. Et la misère est là, flagrante, massive, aussi bien matérielle que spirituelle. Le sang. Et ces noms qui reviennent : Ramallah, Gaza, Hébron, Naplouse. Le troisième millénaire s’ouvre donc dans les cris et les pleurs.

Comme je le fais de temps en temps, j’ouvre ma Bible au hasard. Cette fois, c’est Jérémie XXIX :

« Que point ne vous dupent vos prophètes

qui sont au milieu de vous, et vos devins !

N’écoutez pas vos songes

que vous songez !

Car c’est pour le mensonge

qu’ils vous prophétisent en mon nom :

Je ne les ai pas envoyés

oracle de Iahvé. »

Pauvre Dieu, oui, quelle fatigue ! Il se demande s’il ne serait pas mieux, comme autrefois, en plein désert. Dans un grand silence. Ou bien caché dans un buisson qui ne flamberait qu’en présence d’un passant considérable. Il finirait par ne plus s’entendre, Dieu. Trop de bavardages, trop de cadavres, trop de travail.

29/10/2000

Et voici maintenant cette entrée intitulée « Bouddhas » de mars 2001 :

Bouddhas
Le chef suprême des talibans s’appelle Mohammad Omar. Les bouddhas de la falaise de Bamiyan le gênent, il ordonne de les faire exploser à la dynamite. Il faut dire que le plus haut de ces bouddhas sculptés mesure 55 mètres, ce qui peut légitimement offusquer un croyant sincère. Cachez-moi ces bouddhas qui sont plus grands que moi. Dieu est jaloux, on le sait, et a une curieuse tendance à interdire les images. Il veut qu’on pense à lui tout le temps de façon morale et abstraite. De là à utiliser l’explosif contre des représentations qui semblent contester votre autorité, il n’y a qu’un pas. Il est franchi, de temps en temps, au cours de l’Histoire. Moralité : l’islamiste fanatique y croit. L’Arabie Saoudite et le Pakistan profèrent des condamnations vertueuses, mais du bout des lèvres. Et l’Unesco ?

[…]

25/03/2001

Une autre entrée de 2001 :

Théâtre et terreur

[Le théâtre de la terreur est alors l’Afghanistan]

John Le Carré […] : « Ce n’est pas un nouvel ordre mondial, pas encore, et ce n’est pas la guerre de Dieu. C’est une opération de police atroce, nécessaire, dégradante, visant à pallier la faillite de nos services de renseignement et l’aveuglement politique avec lequel nous avons armé et utilisé les intégristes islamistes, une bande de fanatiques religieux néomédiévaux qui tireront de la mort dont nous les menaçons une dimension mythique. »

28/10/2001

Et celle-ci, que votre mémoire n’a peut-être pas retenue ? C’était en 2002 ;

Miss Monde
Après l’attentat de Mombasa contre l’hôtel Paradise (je n’invente rien), un responsable d’Al-Qaida a déclaré que la guerre sainte « contre l’alliance judéo-croisée » ferait que l’ennemi serait partout en danger, « sur mer, sur terre et dans les cieux ». Il aurait pu ajouter « dans sa respiration, ses tissus, ses organes ». Et dans sa tête, donc, il suffit de généraliser la peur. Les terroristes sont là, parmi nous. Ils pensent à nous empoisonner, ils ont pour alliés des déviants notoires.

Heureusement, Miss Monde, Azra Akin, nous donne une autre idée de l’islam. Elle appartient à une famille turque vivant aux Pays-Bas. Elle a vingt-deux ans, aime nager, danser et jouer de la flûte. Elle a été couronnée à Londres, après que le concours, prévu au Nigeria, eut provoqué des émeutes d’intégristes islamistes, avec comme résultat deux cents morts. Une journaliste avait écrit qu’après tout le Prophète aurait pu choisir pour femme une des candidates. Blasphème explosif, verset satanique.

Miss Monde, qui veut, paraît-il, étudier l’art (je suis à sa disposition), vient de gagner cent cinquante-sept mille euros. La cérémonie de son couronnement a été retransmise par les télévisions de cent quarante-deux pays. Le spectacle a eu lieu en début d’après-midi pour pouvoir être suivi en direct, à l’heure de la plus forte écoute, en Chine, où le concours se tiendra en 2003. Les candidates, désormais, ne défilent plus en maillot de bain, mais en robe du soir, même si elles apparaissent en bikini sur un écran géant. Il s’agit, disent les organisateurs, de récompenser « une femme normale, certes fantastiquement belle, mais aussi –pourquoi pas ?– travailleuse acharnée ». Je craque, cette Turque me subjugue, l’hommage que lui ont rendu les intégristes prouve paradoxalement que la marchandise universelle est sur la bonne voie. La Chinoise de 2003 sera encore plus belle, encore plus douée, bien meilleure joueuse de flûte. Je suis candidat pour l’interviewer.

29/12/2002

Lecture
Bernard-Henri Lévy est un drôle de type. Que diable va-t-il faire dans la galère pakistanaise ? L’assassinat horrible du journaliste américain Daniel Pearl le fascine, le meurtrier principal aussi. Il va, il vient, il enquête, prouve que l’islam est devenu un énorme business, frôle les services secrets, les déchiffre, et arrive à la conclusion que le terrorisme est une affaire d’État, tout près de la bombe atomique. Le Diable existe, dit-il. On serait presque rassuré de l’apprendre, ce qui entraînerait que Dieu, lui aussi, persiste dans ses intentions. Une autre hypothèse, plus inquiétante, est qu’une machine, ou une machination, fonctionne toute seule, à travers les États-Unis eux-mêmes. Qui a tué Daniel Pearl  ? Peut-être faudrait-il plutôt se demander quoi ? Comme l’écrit François Meyronnis dans L’Axe du néant, livre désormais incontournable : « À quoi sert-il de débusquer, derrière les événements, telle ou telle formation de puissances, avec des buts précis ? Ces formations existent, pourtant, mais fondues dans le Consortium planétaire, figures transitoires déjà oblitérées au moment où elles se constituent, n’ayant d’autre intelligence que celle du réseau […]. Le terrorisme islamiste, même s’il affecte de constituer une contre-polarité en face de la domination de l’Occident, n’est en réalité qu’une figure du Consortium, attirant vers lui les demi-portions de la haine. » Une certaine unification mondiale engendre ses maladies : nouvelle physiologie, nouvelles fragilités, nouveaux crimes. Histoire de l’Infamie, comme disait Borges. Et voici, au contraire, une autre expérience qui aurait enchanté André Breton, celle du jeune romancier Yannick Hænel, dans Évoluer parmi les avalanches  : « C’est une solitude qui absorbe chaque instant. Une solitude retentissante, mais à retardement. Une solitude de derniers étages, une solitude d’éclats comprimés, qui ne vit que d’elle-même, c’est-à-dire de tous les élans possibles, et de tout ce qui existe, des millions de visages qu’elle a retenus en elle comme une araignée, et à qui elle s’adresse en silence. Une solitude qui respire en permanence la violation, le surchauffement, la froideur. Une solitude peuplée de gestes microscopiques, et qui les promène lorsqu’elle sort avec eux, au jour. Une solitude qui ne desserre pas le poing fermé sur sa propre clé. Qui est un mystère à ses propres yeux. Qui s’apparente aux chambres vides du barillet dans la roulette russe. » Lisez le reste, c’est très beau.

27/04/2003

Voile
La laïcité est sacrée, c’est entendu, mais personne n’a l’air de comprendre ce qui se passe vraiment sous le voile du voile. Qui n’a pas vu les deux ravissantes lycéennes exclues pour port de ce signe ostentatoire ne saisit pas une dimension toute nouvelle de l’érotisme adolescent. La religieuse catholique du XVIIIe siècle faisait rêver Diderot, les nouvelles voilées, Lila et Alma, ont de quoi provoquer un chef-d’œuvre littéraire.

Ce sont deux sœurs décidées, elles pourraient s’appeler Justine et Juliette, leur pudeur est un puissant appel à la transgression. Leur cou, leurs oreilles, leurs cheveux sont beaucoup plus visibles de ne pas l’être. On sent que le voile renforce puissamment leurs vapeurs. Elles ne veulent pas serrer la main d’un homme ? Quel trouble ! Tout, en elles, rayonne de désirs cachés. Être celui devant qui, dans la pénombre, elles enlèveraient leur machin et leur col roulé, a de quoi enivrer le véritable amateur. Assez de seins nus sur les plages ! Oui au cou ténébreux, aux oreilles tendrement mordillées ! Dieu a ses plaisirs cachés, le philosophe aussi, quand il retrouve la grande inspiration des Lumières. Comment vais-je appeler mon roman ? À l’ombre des jeunes filles voilées ? Coup de foudre près de la mosquée ? LesBijoux indiscrets ? LaReligieuse ? Mère Teresa ou Lila ? Sœur Emmanuelle ou Alma ? Le dalaï-lama ou Lila et Alma ? Les folles nuits islamiques ou le bouddhisme tocard de Mathieu Ricard ?

26/10/2003

Phobies
Déboussolé par les attentats, les camions piégés, les synagogues explosées, les lycées juifs incendiés, le monde est en train de devenir phobe. Êtes-vous islamophobe, judéophobe, catholicophobe ? À vous de choisir. La phobie devient compulsive, une pavlovisation générale s’annonce. La peur montant de partout, les réflexes conditionnés se multiplient. La francophobie se déploie, l’anglophobie monte, l’arabophobie déborde, l’américanophobie atteint des sommets. Et comme toujours dans les époques de panique et d’ignorance, d’effondrement de la pensée et de raréfaction du vocabulaire, le vieil antisémitisme resurgit sous des couleurs neuves, flambant d’une immémoriale connerie.

Côté connerie, il faut dire que le spectacle mondial y incite. Poutine et ses oligarques, Berlusconi auteur de chansons d’amour, Andreotti amnistié en douce, l’Europe divisée malgré le beau mariage franco-allemand, Raffarin en baisse, Chirac tendant l’oreille vers 2012, les buralistes en pétard, et puis quoi encore ? Très vite, les publicitaires ont compris ce qu’ils pouvaient tirer des inscriptions phobiques qu’on peut lire sur les paquets de cigarettes. Faire-part de deuil ? Ça attire l’attention. Et voilà comment cent cartons à liseré noir s’épanouissent dans les journaux. J’en propose un, à mon tour, en pointant du doigt les dangers de la littérature : « Arrêter de lire réduit les risques de maladies nerveuses et de déviations sexuelles. » Et pourquoi pas, carrément, « Penser tue ».

30/11/2003

Otages
Ils sont enfin libres, mais que vont-ils dire ? Au moment où j’écris ces lignes, ils sont en train de rentrer, joyeux Noël, joie des familles. Le pays qu’on appelle « France » se détache brusquement de la planète dans sa singularité : pas d’otage français égorgé ou décapité, pas de chantage officiel, à peine une petite histoire de voile. Après quelques cafouillages, les Services français ont agi, la communauté musulmane de France a agi, le gouvernement a agi, le ministre des Affaires étrangères a agi, le Président a agi, le bon M.Raffarin est sincèrement ému, Sarkozy aussi, Hollande de même.

L’union nationale a eu lieu, Allah est grand qui peut réaliser de telles merveilles. L’armée islamique d’Irak est très brutale, soit, mais elle a épargné nos compatriotes, ce dont je suis le premier à me réjouir avec une ferveur dont je ne permets à personne de douter. C’est un grand succès pour la France, son peuple, ses familles, sa République, ses religions, sa laïcité, sa modération, sa sagesse, sa raison, son action inlassable pour la paix et les droits de l’homme. Nos otages ont sauvé leurs têtes, ce sont des héros.

Au passage, cependant, il faut admirer l’art de la communication dont les ravisseurs sont capables. Ils ne sont donc pas aussi fous que l’on dit. On me raconte que Bush, Rumsfeld et Condi ont fait la grimace en apprenant la libération des otages français. Je n’arrive pas à le croire. Une telle inhumanité est impossible au pays du dieu américain en train de sauver le monde. On me raconte aussi que l’Amérique est de plus en plus francophobe, ce qui me semble exagéré, et en tout cas injuste, forcé. Je peux l’avouer maintenant : ma tentative de médiation, à Venise, a échoué, pas de réponse de Condi, pas le moindre geste en direction de la vieille Europe. En revanche, la lettre la plus émouvante que j’ai reçue au sujet de mon Dictionnaire amoureux de Venise m’a été adressée, au nom du pape, par le Vatican. La voici :

« Monsieur, vous venez d’offrir au Saint-Père un exemplaire de votre livre intitulé Dictionnaire amoureux de Venise, dont les nombreuses références aux auteurs d’œuvres littéraires et artistiques entraînent le lecteur à la découverte de la cité des Doges. Le Pape m’a chargé de vous transmettre ses remerciements pour cet hommage qui a été apprécié. En vous confiant à l’intercession de Marie, Mère de Dieu, il invoque sur vous les Bénédictions du Seigneur. »

Plus aucun doute : le seul vrai dieu d’amour est à Rome. J’espère que le gouvernement français en est conscient, et qu’il a déjà prévu, pour nos otages, un luxueux voyage de repos à Venise. Ils pourront oublier Bagdad.

26/12/2004

Adieu aux armes
Le monde change, et s’il en fallait une preuve, ce serait l’adieu aux armes décrété par l’armée secrète irlandaise. Que de morts, pourtant, que d’attentats, quel sombre bilan séculaire. Mais enfin, c’est fini. Les explosions islamistes de Londres ne sont sans doute pas pour rien danscette décision historique. Les guerres de religion occupent le temps, on peut les trouver absurdes, mais il s’agit d’une maladie profonde. La « question Dieu », qu’on le veuille ou non, reste d’actualité. Il n’existe peut-être pas, Dieu, mais il fonctionne. Il est peut-être mort, mais son spectre est très actif. « L’avenir d’une illusion », disait le lucide Freud. Mais cet avenir, comme celui de l’hystérie ou de la pulsion de mort, reste immense. Voyez le frisson provoqué par la sinistre affaire des fœtus. Nous sommes tous des fœtus réussis. Enfin, réussis, c’est beaucoup dire.

21/08/2005

Cologne
Pauvre Benoît XVI, obligé de quitter ses vacances tranquilles passées à lire et à pianoter du Mozart pour faire la vedette rock devant huit cent mille jeunes en Allemagne ! Le métier de pape est tuant. D’abord, il faut réaffirmer sans cesse, avec fermeté, des principes auxquels presque plus personne ne croit. Ensuite, médias obligent, il faut plaire. Or que fait ce pape ? Il promet des indulgences à ceux qui auront fait le pèlerinage jusqu’à lui, suscitant par là la fureur des protestants qui en sont restés, sur ce point, à Luther. Lacan, dans un mot célèbre et très juste (y compris du strict point de vue étymologique), avait l’habitude de dire : « Les juifs ne sont pas gentils. » Eh bien, les protestants ne sont pas indulgents, c’est le moins que l’on puisse dire. Il va falloir les calmer, et ce ne sera pas facile. Voyons le programme papal : une visite à la synagogue, une ouverture vers l’islam modéré, un appel de phares aux orthodoxes avec voyage prévu à Constantinople, et espéré à Moscou, un horizon possible à Jérusalem, une normalisation discrète avec la Chine […]

21/08/2005

Papes
Décidément, les deux derniers papes, Jean-Paul II et Benoît XVI, sont étranges. Le premier, à peine élu, attaque de front l’ex-Empire soviétique, soulève la Pologne, prend deux balles dans le ventre, s’en tire miraculeusement, devient une star mondiale, est en voie de canonisation. Il n’est pas pour rien dans la chute du mur de Berlin, mais on lui reproche son peu d’enthousiasme pour le préservatif et le trafic d’embryons. On finit par lui donner une place à Paris, devant Notre-Dame, mais les manifestants sexuels ne sont pas contents. Malaise historique, trouble biologique.

L’autre, Benoît XVI, l’Allemand, jette un petit pavé dans la mare islamique lors d’une conférence universitaire. Il cite un auteur médiéval hostile à Mahomet et à la violence coranique, soulève la colère musulmane qui, comme pour lui donner raison, se déchaîne en hurlements divers, jusqu’à l’assassinat répugnant, en Somalie, d’une religieuse italienne de soixante-dix ans. On lui demande de toutes parts des excuses, mais il se dit seulement désolé, attristé. Le NewYork Times lui-même trouve le discours papal « terrible et dangereux ». Benoît XVI rallié à la croisade Bush ? Peu probable. Quoi qu’il en soit, scandale aux abysses.

Je lis Benoît XVI : très bonne dissertation, très claire, très convaincante, pas du tout « absconse » comme l’ont dit certains journalistes. C’est une apologie de la raison vivifiée et amplifiée par la foi, qui culmine, selon lui, dans la fusion de la révélation biblique et de l’Antiquité grecque. Si j’ai bien compris, Dieu n’aime pas le sang, le délire, la transcendance inaccessible, le calcul rationaliste borné. Il termine ainsi : « C’est à ce grand logos, à cette immensité de la raison que nous invitons nos interlocuteurs dans le dialogue des cultures. » Mais c’est très bien, ça, et je ne vois que des obscurantistes pour ne pas applaudir. Là-dessus, vous me dites que toutes les religions sont virtuellement déraisonnables et criminelles. Voilà quand même un pape qui vous propose gentiment d’en sortir, « ce qui n’inclut en aucune façon l’opinion qu’il faille désormais revenir en arrière, avant les Lumières, en rejetant les convictions de l’ère moderne ». Très bonne copie, 16/20.

24/09/2006

Nous nous arrêtons là, sans épuiser le livre, et il existe bien d’autres filtres pour lire « Littérature et Politique ».
Un livre qui se révèle une authentique chronique satirique et voltairienne de notre époque.
Plus, ici...

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