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"Médium" de Sollers. Premiers décryptages

Ajout entretien

D 18 novembre 2013     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Article initialement publié le 25 octobre 2013, mis à jour le 18 novembre avec l’ajout d’un entretien publié dans le Bulletin Gallimard janvier/février 2014. Nouveaux indices : Saint Simon, Lautréamont... .

PHILIPPE SOLLERS SE DEVOILE EN JANVIER

Il vient de rendre son manuscrit. Et c’est un livre très personnel que devrait publier Philippe Sollers le 9 janvier prochain chez Gallimard. Son titre ? Médium. Dans ce roman aux accents autobiographiques, l’écrivain se dévoile comme il l’a rarement fait, parlant de drogue et de sexe.

C’est par cette brève que le prochain livre de Sollers est annoncé dans les colonnes du Figaro du 23 octobre 2013

Accents autobiographiques, drogue et sexe...

ANNONCE SUR LE SITE DE GALLIMARD

Peu de choses encore, sur le site de l’éditeur, sinon ces précisions :
le livre est classé dans la catégorie Romans et récits et aura les honneurs de la Collection Blanche.
Une précision aussi, l’époque du livre : XXe et XXIème siècle. D’où l’on peut déduire que les « accents autobiographiques » annoncés par Le Figaro ne se situeront pas seulement dans le passé. Le voyage dans le temps auquel nous allons être conviés comportera aussi des incursions dans le temps du XXIème siècle, autrement dit, le temps présent...

Crédit : Gallimard

ANNONCE SUR LE SITE DE SOLLERS

C’est dans sa rubrique « INTERVENTIONS » que Sollers a choisi d’annoncer le livre.

Avant de revenir, plus avant, sur cette rubrique récente ouverte en septembre 2012, qui interpelle à plus d’un titre, sur le fond et la forme, disons qu’elle est constituée de courtes entrées émises à intervalles irréguliers (13, depuis septembre 2012) mais toujours le dimanche — sauf une exception — Généralement un message textuel, plutôt court, intemporel avec des résonances dans l’actualité, surréaliste, moraliste ou pamphlétaire..., accompagné d’une illustration vidéo sur fond de musique classique, sacrée ...ou La Marseillaise !

...Messages de l’au-delà ? D’univers parallèles ? C’est par un « message intergalactique » que nous est annoncé le prochain « roman » de Sollers, dans la bouche du Général de Gaulle... Oui, vous lisez bien :

« [...] Depuis l’au-delà, de Gaulle et Malraux m’ont téléphoné à Venise, en s’inquiétant beaucoup du dernier livre d’Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, livre glorieusement présenté avec photo emphatique de l’auteur, en couverture du Point, avec cette question : Peut-on encore être français ? Ils m’ont demandé l’un et l’autre, avec des voix chargées de substances difficiles à identifier, de réagir. De Gaulle lui-même : « Enfin, Sollers, remuez-vous, vous qui êtes l’exemple du trésor national de l’identité heureuse. Je vous ai fait envoyer de l’excellent afghan, que vous avez fumé, comme moi, intensément, à l’époque. Vive la France ! Je vais lire aussitôt votre prochain roman Médium, qui paraît début janvier, et dont, déjà, mon génial ami Malraux me dit qu’il est excellent. Vive l’identité heureuse ! Et à nouveau : Vive la France ! »

J’étais à peine étonné, ce soir, mais, après cette interlocution stellaire, je crois que je vais dormir.

Philippe Sollers

Venise, dimanche 13 octobre 2013, 18h43 »

Outre le message textuel, l’illustration vidéo contient des documents sur de Gaulle, Malraux, Mao, le pape Jean XXIII, et la couverture de son livre H, — H comme Hydrogène, comme Hash... — publié en 1973.

Dernier plan, ce message :

Comment ne pas voir alors dans ces documents, un mini-dossier d’introduction au roman, un ensemble d’indices... Dossier qui me fait penser à celui que l’on remettait aux candidats de feu le jeu télévisé « La Carte aux Trésors » animé par Sylvain Augier à bord de son hélicoptère blanc avec les deux candidats en compétition, respectivement dans leur hélicoptère bleu et rouge, chacun en combinaison assortie. Il n’y avait pas de Marseillaise mais la mise en scène, les symboles étaient bien là et les candidats fébriles tendaient de décrypter les indices du dossier.

C’est un peu la même chose avec ce dossier qui est là pour nous guider jusqu’à cet objet encore non identifié qu’est ce livre à paraître, titré Médium !
Comme pour les candidats, il peut nous conduire sur des fausses pistes, mais nous nous sommes pris au jeu en tentant de décrypter les indices qui nous sont livrés.

Voulez-vous entrer dans le jeu ?

Alors résumons.

CONTENU DU DOSSIER :

- Message textuel
- Photos légendées et séquences vidéo tirées des archives INA montrant le général de Gaulle, Malraux, Mao et Malraux, Jean XXIII et de Gaulle, Sollers lors du voyage en Chine de 1974, dans la Cité interdite, sur la Grande Muraille avec Julia Kristeva.

- Couverture du livre H. :

Sur H, plus ici.

La légende est la légende originale du dossier de documents de l’intervention. Autodérision et théâtralisation.

Même remarque que ci-dessus. La légende est l’originale. On peut entendre une allusion aux « clandestins » d’aujourd’hui. Temps d’hier et d’aujourd’hui en mode écho ! Premier degré, deuxième degré, c’est comme bon vous semble. Même degré zéro, si vous préférez !

- On fume beaucoup à cette époque. Photos de de Gaulle fumant, Malraux fumant, Sollers fumant la pipe en Chine...

- Un message de soutien de Malraux à Sollers pour son roman H qui confirme l’importance de cette référence pour la résolution de notre énigme : les principaux thèmes du livre.
- Le jeu de piste nous conduit de Paris à Rome, à Pékin... au cœur de la papauté et de la Chine de Mao,

...

Tentons une première synthèse de ces indices :

Accents autobiographiques autour des années H de Sollers avec comme épicentre 1960-1974, la publication de H en 1973 et le voyage en Chine de 1974 marquant la borne haute et la borne basse correspondant aux années de Gaulle-Malraux avec quelques dates clés illustrées en partie par Sollers dans ses documents :
- 1959 : le président de la République française au Vatican, en audience privée avec le pape Jean XXIII
- 1962 : l’ouverture du Concile Vatican II à l’initiative de Jean XXIII.
- 1964 : la reconnaissance de la Chine par Charles de Gaulle, au nom de la France.
- 1965 : Malraux à Pékin avec Mao.

Jusqu’en 1969, la France est alors dirigée par le général de Gaulle et Malraux est son ministre de la Culture. Le général est grand. Le général incarne la grandeur de la France même si elle commence à s’effriter. La magie du verbe tend à faire oublier que « La France de Dunkerque à Tamanrasset » n’est plus. L’indépendance de l’Algérie a été proclamée en 1962. Le combat de l’Algérie française n’était pas le combat de Sollers. Cet autre extrait du message textuel le rappelle :

« J’en profite, une fois de plus, mais personne ne m’écoute, pour rappeler que c’est grâce à Malraux que j’ai été libéré des hôpitaux militaires de l’époque, après trois mois d’enfermement, terminés par une grève de la faim. (« Réformé numéro 2, sans pension, pour terrain schizoïde aigu. ») Comme l’a dit une fois Aragon, avant de se faire instrumentaliser par la police stalinienne : « J’ai conchié l’armée française dans sa totalité. » (Traité du style). »

Malraux encore !

Malraux aussi pour saluer la sortie de H avec ce mot manuscrit :

Notons que le message textuel fait aussi référence au temps présent, avec la mention d’Alain Finkielkraut et son livre L’identité malheureuse, présenté en couverture du Point, avec cette question : « Peut-on encore être français ? »

Sollers nous promène dans les univers parallèles du passé et du présent. Egalement, cet autre plan de la séquence vidéo, en tête de la partie « Documents » :

PROCHAIN EPISODE

Sollers sur France Inter, Lundi 28 octobre 2013, à 10H50 avec Laurence Garcia
Occasion de livrer de nouveaux indices pour Médium ? Mais si l’on en juge par le texte d’accroche de l’émission, il semble bien que de Gaulle et Malraux montent au box office des personnages de Médium !

MEDIUM DANS LE DICTIONNAIRE

Que disent les dictionnaires sur la définition du mot Médium ?

1. intermédiaire entre le monde des esprits et celui des vivants pour les spirites.

2. (télécommunications) ensemble des moyens de diffusion de l’information. Le Médium Sollers utilise beaucoup les médias, qu’il s’agisse de télévision ou radio.

3. (acoustique) un médium est un haut-parleur avec une membrane de taille moyenne particulièrement adapté à la restitution des sons situés dans la zone moyenne des fréquences audibles, c’est-à-dire entre les graves et les aigus. (A noter qu’on parle aussi de Tweeter pour désigner un haut parleur des aigus. Philippe Sollers tweete aussi, sur Internet.)

LES "INTERVENTIONS" DE SOLLERS

On ne l’a pas assez souligné, ceci n’a pas été commenté jusque là, pourtant depuis le 16 septembre 2012, Sollers a ouvert sur son site Internet, une rubrique intitulée INTERVENTIONS...

Que sont ces interventions ? Pour dire quoi ? Comment ? A qui ? Messages de l’au-delà avant l’heure ? Imaginez un Chateaubriand disposant d’Internet intitulant ses MÉMOIRES D’OUTRE TOMBE,... INTERVENTIONS, les réécrivant, les condensant à l’extrême pour être lu, entendu et vu de ses contemporains. Avant l’heure (c’est le résultat de l’accélération du temps médiatique). C’est un peu de l’exercice auquel se livre Sollers. Mais toute analogie ne rend compte que d’un point de vue et Sollers ne se réduit pas à une simple image, fût-elle, celle d’un Chateaubriand... (Il avait aussi écrit « Le Génie du Christianisme »)
Et l’on pourrait qualifier ces interventions, d’homélies ou « prêches » du dimanche soir à la sauce Internet. Le Médium Sollers s’y faisant intermédiaire entre le monde des esprits intemporels et celui des vivants d’aujourd’hui.
Sauf exception imposée par le contexte, ces interventions sont en effet toutes adressées un dimanche et datées avec précision (Lieu, Jour, Heure), entre 18 heures et 20 heures.
(vers 18 heures 30, à l’heure de la messe aux Gesuati, près de son hôtel La Calcina à Venise, ou 20 heures, l’heure du Journal télévisé.... Le Médium des médias qu’est Sollers ne peut l’ignorer.).

Pas neutre non plus que la première intervention évoque le pape Benoît XVI.

« Vive Benoît XVI à Beyrouth ! Honte aux meurtriers, quels qu’ils soient ! Courage dans ta barque, vieil homme, sur l’océan déchaîné de la folie humaine !

Philippe Sollers »
Dimanche, 16 septembre 2012, 20h00

Le ton est donné ! Et extrême concision du message, en ces temps, où la capacité de lecture de ses contemporains s’est beaucoup réduite avec la nouvelle religion de l’immédiateté et ubiquité proposée par les médias audiovisuels. Le « Là et maintenant » est devenu « Partout, en même temps ». Temps et espace abolis.

De quoi perdre tous nos repères !

En même temps que Sollers parle de "transhumain" à propos du pape François (cf. l’intervention de Sollers rendant compte de la cérémonie religieuse qui suivit son élection) :

« Tout à coup, on passe aux choses sérieuses. François n’est plus François, il se sent habité par une force supérieure, et il fait le travail qui lui est demandé. C’est essentiel, même si tout le monde s’en fout, ce qu’il doit sentir dans le rituel même. À ce moment-là, il est enfin dans le transhumain qui convient à sa fonction. »

Philippe Sollers
Rome, Chapelle Sixtine, jeudi 14 mars 2013, 18h15

D’AUTRES EXTRAITS

Une semaine après sa première intervention, nouvelle homélie. Sollers enfonce le clou quant au choix du dimanche pour ses interventions :

« Tous les jours sont pour moi dimanche », disait l’artiste anarchiste Marcel Duchamp. Que dirait-il aujourd’hui, en pleine bêtise fanatique ? Peut-être ceci, via internet, envoyé à Picasso et Hemingway : « Assez de préjugés archaïques ! Revenons vite à l’ancien savoir-vivre espagnol : messe catholique le matin, corrida l’après-midi, bordel le soir. »

Philippe Sollers
Dimanche, 23 septembre 2012, Venise, 20h00

Puis, le dimanche 30 septembre, Sollers ne pouvait manquer un hommage à Nietzsche :

« [...] voici l’anniversaire du 125ème jour de l’« ère du Salut », comme l’a déclaré le penseur le plus libre qui ait jamais existé, Frédéric Zarathoustra Nietzsche.
Bonne année 125 ! Vivez votre vie singulière malgré le nihilisme obscène et permanent de la Société du Spectacle ! À bas les marchés financiers ! »

Philippe Sollers
Turin, dimanche 30 septembre, midi.

Ou cette caricature tirée de l’intervention N°5, une vidéo sans message textuel d’accompagnement, ni autre commentaire (vidéo de l’émission "Vous trouvez ça normal" sur France 2 animée par Bruce Toussaint).

JPEG - 34.3 ko
Extrait de l’émission "Vous trouvez ça normal" (France 2) avec comme invité Philippe Sollers
Objet de l’Intervention du 26 octobre 2012.
Séquence autodérision.

La vidéo de cette intervention est visionnable ici

Allons maintenant directement aux interventions du dimanche 30 décembre 2012 :

L’exposition d’Andy Warhol à Pékin et à Shanghai en 2013, aura lieu sans la fameuse série de Mao, rejetée et censurée, par le gouvernement chinois quelques semaines avant l’exposition.

I.

La vérité passe toujours par la représentation. [...] Andy Warhol [...] a peint ces portraits [de Mao] en 1972 - 1974, au moment même où je me trouvais à Pékin en parfaite communication spirituelle avec lui. Le vrai jour de la raison se lèvera enfin en Chine, lorsque l’un des portraits magnifiques de Mao, peints par Warhol, remplacera la photographie périmée qui persiste encore à l’entrée de la Cité interdite. Que les réactionnaires du monde entier tremblent ! Que les académiciens trépignent ! Que les milliardaires chinois se déchaînent ! La véritable histoire est en marche et rien ne l’arrêtera. Pour plus d’informations, lire Mao était-il fou ? dans Fugues (Gallimard, 2012).

Le chemin est tortueux, mais l’avenir chinois (notamment à Bordeaux) est radieux !

Philippe Sollers, Shanghai, dimanche 30 décembre 2012, 19h15

II.

J’étais à Rome le 24 décembre avant la grande messe de Noël admirablement exécutée par ce grand professionnel qu’est le pape Benoît XVI. Je m’étais entretenu avec lui dans l’après-midi pour mettre le dernier point à son appel aux dirigeants chinois pour obtenir plus de respect des religions. Ce « religions » au pluriel, ne m’a pas convaincu, puisqu’il s’agit avant tout, dans la stratégie du Saint-Siège, d’obtenir des mesures nouvelles de reconnaissance de la véritable Église catholique en Chine. Pour plus d’informations, voir dans la Bibliothèque chinoise, dirigée par Anne Cheng et Marc Kalinowski (Paris, Les Belles Lettres), la traduction prochaine du texte La Vraie Signification du Seigneur du Ciel, écrit en chinois par le grand jésuite Matteo Ricci, enterré à Pékin. Dois-je rappeler aux obscurantistes de mon temps, que les jésuites ont été les premiers, avant moi, à s’intéresser à la nervure de la culture chinoise ?

L’avenir de Rome se joue en Chine. Tout obscurantiste fanatique le devine et s’en plaint.

Philippe Sollers, Shanghai, dimanche, 30 décembre 2012, 19h30

Les faits de société : « le mariage pour tous », « les FEMEN » intéressent aussi les interventions de Sollers

Je viens de voir à Rome un spectacle merveilleux : quatre militantes extraordinairement désirables du mouvement Femen se sont déshabillées héroïquement sur la place Saint-Pierre de Rome pendant l’Angélus, pourtant bien pacifique, du pape Benoît XVI célébrant la fête du Baptême du Seigneur. Ces femmes m’enthousiasment. Depuis les présentations historiques de Charcot à la Salpêtrière on n’a jamais vu un événement si vrai et si beau. Débrouillez-vous pour trouver ma préface aux Démoniaques dans l’art de ce sublime français qui n’osait pas dire la vérité sur l’hystérie. Freud, qui, à l’époque, passait par là et qui n’avait pas encore été arrêté pour déviation grave par le ministre de l’Intérieur Michel Onfray, s’est tout de suite intéressé à ces phénomènes et en a tiré des conclusions qu’il vaudrait mieux, d’après notre grand philosophe national, sans cesse célébré dans Le Point, par Franz-Olivier Giesbert, oublier. _ Courageuses Femen, je pense à vous : se déshabiller pour le pape, quelle volupté secrète ! Il faut rendre hommage à votre patriotisme sexuel et votre militantisme m’émeut jusqu’aux larmes.
Voir article

Suivez le grand philosophe Onfray dans sa croisade contre toutes les saloperies de Freud et de Sade !

Ces deux misérables écrivains sont, de toute évidence, des agents masqués de l’obscurantisme catholique. Vos corps nus les démasquent. Vous êtes à l’avant-garde d’une nouvelle pureté, que voudrait éliminer la pénible « manifestation pour tous » de Paris, sourdement homophobe, fascisto-catholique, qui, heureusement, disparaîtra dans la nuit socialiste.

Vive l’intervention militaire française au Mali ! Le président Hollande jalousait, depuis longtemps, Sarkozy, qui, aux Invalides sous la pluie, décorait avec un plaisir évident, des cercueils de soldats morts en Afghanistan. Vous aurez bientôt, chères Femen, et j’espère que vous vibrerez mieux qu’avec le pape, un Hollande extasié devant des cercueils de soldats français morts au Mali. Honni soit qui mal y pense !
Et vive le patriotisme sexuel !

Philippe Sollers, Rome, dimanche, 13 janvier 2013, 19h14

Notons le calembour du « Honni soit qui mal y pense ». Aucun souci de respecter les conventions de la bien-pensance ou du politiquement-correct. Sollers se moque de tout. Même ironie grinçante et provocatrice pour l’heure de l’intervention relatant le combat des Femen.
Les Poilus de 1914 vont se dresser dans leurs tombes.
Ainsi parle Sollers dans ses INTERVENTIONS.

L’intégrale de l’intervention du dimanche 13 octobre 2013 avec l’annonce de Médium dans la bouche de de Gaulle, c’est ici :

http://www.philippesollers.net/intervention13oct13.html


Entretien avec Philippe Sollers


MÉDIUM (du latin medius, au milieu) : Personne susceptible, dans certaines circonstances, d’entrer en contact avec les esprits.
De g. à d : Saint-Simon enfant, Comte de Lautréamont, Philippe Sollers en 1973.
ZOOM... : Cliquez l’image.

- Pourquoi un titre au singulier alors que les « médiums » sont ici multiples ?

Il s’agit de différents types de médiumnités qui vont se concentrer sur le narrateur, celui qui est susceptible de sentir ce qui correspond à ses facultés de médium et qu’il découvre petit à petit, que ce soit ce massage médiumnique tout à fait imprévu ou le « produit », pris à des doses variables. Il y a aussi le fait de rentrer en contact avec des personnages qui peuvent être eux-mêmes considérés comme de très grands médiums, c’est-à-dire sentant les situations, devinant ce qui va se passer en observant. C’est le cas de Saint-Simon ou du trop méconnu Lautréamont.

Donc, « médium » au singulier - si c’était au pluriel, toutes ces expériences très différentes ne seraient pas convergentes. Le narrateur est un médium qui découvre sa propre médiumnité en fonction des réponses qu’il reçoit.

- Face à la folie du monde, vous préconisez la contre-folie...

La thèse, ici, est très simple : nous vivons dans un grand hôpital de fous. Ce n’est pas nouveau qu’on puisse penser que l’humanité est folle, Pascal disait déjà : « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n’être pas fou ». Il n’empêche que devant un certain nombre de preuves concrètes - l’usine des cadavres, la drague par géolocalisation, tous les projets de PMA, de GPA... -, l’expérience de ce XXIe siècle avancé consiste à reprendre toute la question de la folie.

Comment s’organiser pour ne pas être contaminé ? Il s’agit de défendre, par des moyens appropriés, une identité heureuse, qui est une forme de non-folie. Ces moyens, d’ailleurs, demandent peu de moyens : ce n’est pas extraordinaire de louer un petit appartement à Venise, dans un quartier populaire où les gens vivent comme ils ont toujours vécu, et d’y aller une fois par semaine. Quel que soit le moyen, il devra être aux antipodes de la peoplerie ambiante !

- Ces exercices de contre-folie évoquent des exercices de retraite spirituelle, mais sans dimension religieuse ?

Tout à fait. La contre-folie est une activité : face au mouvement perpétuel de la folie, il s’agit de proposer un autre mouvement perpétuel, selon la formule de Pascal : « Qui aurait trouvé le secret de se réjouir du bien sans se fâcher du mal contraire, aurait trouvé le point. C’est le mouvement perpétuel. »

Il faut en quelque sorte combattre la folie du monde. Combattre ? oui, c’est une guerre, la contre-folie a une signification politique. À titre concret, il s’agit en effet d’exercices spirituels, comme la lecture des classiques à trois heures du matin ou la prise de substances.

- Parmi ces classiques, vous préconisez Saint-Simon...

Saint-Simon vit à Versailles, qui est alors le centre du monde, là où tout se passe. Ouvrez les Mémoires : tout ce qu’il y a, ce sont des naissances et des morts, mais le regard, les portraits, sont formidables. Cela dit, Saint-Simon, qui est revenu de tout, ne croit pas en Dieu, mais il croit au Diable !

- Comment comprendre « Le français, langue de la plus grand mémoire possible »...

Il n’y a que les Français qui ne s’en rendent pas compte, mais la France est le pays de la ré-vo-lu-tion. Pas seulement de la « Révolution française », mais de la révolution mondiale, qui n’a pas encore produit tous ses effets. Donc, c’est, ou ça a été, la « grande nation », comme disaient les Allemands, où l’histoire a tout d’un coup changé de dimension. C’est l’aspect politique du roman : la patrie, c’est la langue, et je pense que le français est la langue qui peut traduire absolument toutes les autres, parfois en mieux. C’est aussi la mémoire dont les Français sont accablés, ils se sentent coupables, et ils n’ont peut-être pas tort. C’est donc une question d’Histoire, il me semble que l’Histoire se sent dans ce livre. Il n’y a là aucune proclamation, mais une distance qui montre la dévastation dans laquelle on vit. Mais sans s’indigner ni réclamer, simplement montrer ! Montrer, aussi, que la mémoire disparaît : la lecture est en danger, la mémorisation elle-même est en danger.

PHILIPPE SOLLERS

Bulletin Gallimardjanvier/février 2014

Et sur le site de Philippe Sollers.

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2 Messages

  • V. K. | 20 novembre 2013 - 10:53 1

    .......... .......... .......... .......... .......... ..........
    http: //blogs.mediapart.fr/blog/mithra-nomadeblues/181113/medium

    19/11/2013, 13:45 | Par Mithra-Nomadeblues

    Si, depuis cinq ans que je suis sur Mediapart, j’ai beaucoup cité Philippe Sollers, c’est parce que, ayant lu et relu "Grand beau temps" - aphorismes et pensées choisies de l’auteur -, j’ai découvert en lui l’un des plus grands penseurs contemporains.

    Sollers a tout compris de l’homme et du monde actuel. Sa pensée m’apparaît magistrale. Quoi de moins étonnant chez cet homme doué d’une intelligence hors du commun, après avoir passé une partie de sa jeunesse en conversation avec Jacques Lacan, et ayant épousé une psychanalyste ? Car Sollers n’est pas seulement un romancier magnifique, à la parole légère comme une feuille dans le vent, telle celle musicale d’un Mozart, mais un penseur-passeur de son temps.

    "Le temps qu’on nous inflige n’est pas celui que je dis."

    19/11/2013, 16:02 | Par Vingtras

    Excellent billet, intelligent et sensible. Il a le grand mérite d’aller à contre-courant, c’est à dire de combattre le Sollers-bashing qui sévit présentement dans une grande partie de l’intelligentzia, sans doute par effet de la jalousie éprouvée par tant de médiocres qui ne lui arrivent pas à la cheville...

    Par ailleurs, ce point de vue me semble complémentaire de ma réflexion sur l’acte du flingueur fou des médias, exprimée dans mon texte posté ce matin et intitulé "Erostrate ?".

    19/11/2013, 16:40 | Par Mithra-Nomadeblues en réponse au commentaire de Vingtras le 19/11/2013 à 16:02

    Tout à fait d’accord avec vous, cher Vingtras : Ce billet sur le dernier livre à venir de Sollers, parle de notre folie, que vous soulignez très justement dans votre propre billet, lorsque vous dites : "Aujourd’hui, ce fait divers reste un symptôme de décomposition de la société (...) qui se manifeste chez cet "électron fou déséquilibré par ce tourbillon absurde dans lequel baigne notre société".

    Et Sollers, par ailleurs, souligne l’importance de la lecture, si nous ne voulons pas perdre "la mémoire".

    19/11/2013, 16:33 | Par Lepeuple 74
    « Qui aurait trouvé le secret de se réjouir du bien sans se fâcher du mal contraire, aurait trouvé le point. C’est le mouvement perpétuel. »

    ...Tout en s’appliquant à (dé)montrer pourquoi, pour quoi, ce contraire est mal...

    19/11/2013, 21:46 | Par nelfontaine

    "Le narrateur est un medium qui découvre sa propre médiumnité en fonction des réponses qu’il reçoit". C’est, quelque part, la définition de ce que nous sommes tous, plus ou moins, avec plus ou moins de conscience. Penser que nous sommes séparés fait partie de cette folie dont parle Sollers. Mais lorsqu’on dit ce genre de choses, on est pris pour... des fous !

    Merci, chère Mithra, pour ce billet qui m’aide à découvrir Sollers sous un jour inattendu.

    19/11/2013, 22:56 | Par Mithra-Nomadeblues en réponse au commentaire de nelfontaine le 19/11/2013 à 21:46

    Merci, chère Nelly, je vous invite aussi à découvrir "L’Enfer, c’est la morale

    (autre interview passionnante de Sollers)...

    20/11/2013, 07:13 | Par françois périgny

    People, Venise, Diamant.

    Faire paraître et réapparaître le probléme de Philippe : apparaître.

    Sollers me semble ne croire visible que ce qu’il voit, d’où son intérêt pour le medium, sans doute. Il se trouve que je lis en ce moment les Confessions de "saint" Augustin, qui, après bien d’autres, nous donne une réponse simple, trop simple peut-être : humilité.

    Le drame de l’écrivain professionnel -c’est-à-dire : qui fait profession d’écrivain- est que pour continuer à être (écrivain) il lui faut continuer à produire des livres. Tant qu’à faire, que ne produit-il pas des confessions sincéres ?

    Je suis désolé de sembler vous contredire, Mithra, mais vous savez que je suis en désaccord avec ce que peut dire Philippe Sollers depuis cette discussion, dans les années ’70, autour de la revue Tel Quel, au sujet des "droits d’auteur". Et, en matière de folie, l’attitude, le cheminement d’un Max Jacob, entre autres, me paraît plus sincére que celui d’un écrivain brillant, d’érudition certes, mais brillant.

    Des livres, oui, mais n’importe quels ? Tant qu’à vouloir remonter le temps, pourquoi ne pas remonter jusqu’au Livre, Ta Biblia ? Parce qu’il a été écrit par des anonymes ? Ne serait-ce pas là le nœud du probléme, ou la croisée des chemins ?

    Autre chose, la même chose : cette folie dont nous parle Philippe, cette folie du monde, Augustin nous en parle depuis le IVéme siécle, et avant lui bien des prophétes, comme, par exemple, le Qohélet (l’Ecclésiaste) : Rien de nouveau sous le soleil.


  • V. K. | 2 novembre 2013 - 09:31 2

    L’étonnant retour des médiums...

    JPEG - 59.4 ko
    En couverture de l’édition du 2 novembre 2013,
    ...le jour où l’on va dans les cimetières, le jour des défunts, ...une occasion de communiquer avec eux !