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Sollers, l’isolé absolu (I)

Film documentaire d’André S. Labarthe, dans la série "Un siècle d’écrivains", 1998

D 10 mars 2006     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


New York

Ph. S. : Un écrivain, à mon avis, doit être partout chez lui. C’est le truc du singulier universel : plus tu es dans la singularité, plus tu dois habiter partout. New York est la permission historique, dévastatrice aussi. C’est la permission d’être partout. Alors, soit tu le prends de façon nostalgique, fiévreuse, déprimée - ce qui est le cas, hélas, pour la plupart -, soit tu te bats, tu trouves ce qui n’a aucune importance et tu passes dans l’ère future, tu comprends ? Alors on arrive au XXI’ siècle. Le XXIe siècle sera chinois, probablement. Mais pour ça, il faut passer par New York, sinon, on ne comprend rien. Ça n’était pas très bien vu, au début. « Sollers, il se balade, il fait n’importe quoi, il retourne sa veste. » L’accusation est simplement une accusation de trahir les appartenances. Le clocher, les villages, le monument aux morts, la famille, les amis, tout ça vous retarde. « Les sentiments retardent », disait Artaud. Faut être sur le terrain, là où ça se passe. Et seul si possible. Ou du moins s’arranger pour être seul comme il faut. Il y a des complicités, mes livres sont faits de complicités en fonction du fait que je peux rester seul. Comme a dit quelqu’un, pour savoir écrire. Si j’ai appelé ça Paradis, ce n’est pas par hasrd... Je pouvais presque lâcher mon corps, le léviter.
[...]

A.S.L. : New York ne ressemble pas à ces espaces sauvages que les écrivains sont souvent allés chercher à l’autre bout du monde. Nous sommes ici en présence d’espaces construits, il y a des grues, un port ...

Ph. S. : Tu sais, les marins ne cherchent pas les endroits sauvages, ils cherchent les endroits les plus favorables à leur navigation. Il y a une violence de la nature domestiquée. C’est ça aussi, New York. Tu peux avoir des impressions de très grand confort, avec une nature extrêmement vive, violente. Il peut faire très froid, ça, ce n’est pas vraiment gênant. La chaleur, en revanche, est éprouvante. Mais moins 10°, moins 15° à New York, c’est bien. Alors que moins 15° à Paris ... Il est une heure du matin à Paris ; en ce moment, les gens dorment. Moi, je suis très sensible à ça. La différence des temps. Des horloges. Des lieux. On voit des superpositions simultanées de temps. Proust n’avait pas fait ça.

Bataille, Sollers, Artaud
Une trilogie d’André S. Labarthe

Présentée par Valérie Cadet


Photographies : Patrick Massena
Préface : Philippe Sollers
Filigranes Editions, 2002, p. 53-54



Voir en ligne : Sollers, l’isolé absolu (II)

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1 Messages

  • H JL D. | 5 mars 2010 - 07:19 1

    bonjour à tous,

    encore faudrait il pouvoir le voir ... en ce merveilleux XXIeme siècle
    ou tekne éclot de toute chose ... vide & infatué.

    H D.