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Portrait de Breton par Moretti, annoté par Sollers.

Le mur par Moretti

D 24 mai 2011     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’un était peintre, Raymond Moretti, mais on le désignait par son seul patronyme : Moretti (1931-2005), l’autre est écrivain, Philippe Sollers né en 1936.
« On sait peu de choses des relations de ces deux là » notait Dominique Brouttelande [1]
Leurs trajectoires se sont pourtant croisées et ont laissé des traces de leur impact :

Les années Moretti-Sollers 1972-1981

Juin 1972 :

Portrait de Philippe Sollers à la une du Magazine littéraire N°65. Il est signé Moretti qui inaugure là, sa collaboration avec le magazine, laquelle se poursuivra pendant 330 numéros jusqu’en 2004, l’année qui précéda son décès.

1979

La relation artistico-littéraire Moretti-Sollers est à son zénith.

Cette année là Moretti a 48 ans,
Sollers 42 ans est encore dans la publication de son Paradis, en épisodes dans Tel Quel.
Cette même année, Moretti - sa biographie [2] en témoigne, - réalise trois ?uvres importantes :

16 mai 1979 : “ La Haggadah “. Récit de l’Histoire du peuple hébreu sortant d’Egypte pour retrouver la Terre Promise que les juifs lisent le soir de la Pâque. Présentation et exposition des Illustrations du livre de bibliophilie (Ed G. Israël) à la galerie Boccara à Paris.

Septembre 1979  : “ Le Mur du Forum des Halles “. Peinture à l’huile de 46 mètres de long et de 4,50 mètres de haut, évoquant l’évolution de l’homme et de son génie, des signes protosumériens à la naissance de l’alphabet, de l’homme de Tautavel (crâne en bronze scellé dans le mur) à Victor Hugo, Maurice Ravel et Louis Armstrong...
Nous verrons que Sollers y a été associé avec l’homme de théâtre Armand Gatti et le journaliste essayiste Marc Paillet pour l’élaboration des textes inscrits dessus.

Nota : notons que la photo montrant Moretti, Gatti, Paillet et Sollers, prise par le journaliste-photographe Patrick Duval, et qu’il situe vers 1978, date probablement de 1979. Ce cliché mis dans la perspective temporelle et recoupé par une interview vidéo de Moretti en septembre 1979 (voir plus avant) devient alors un témoignage de premier plan, consécration de la coopération de ces quatre là, à un moment où ils élaborent ensemble les textes inscrits sur le Mur, ce que Moretti indique dans son interview.

28 novembre 1979 : Exposition “2000 ans d’érotisme“.à la galerie Sylvia Bourdon à Paris sur des écrits de Philippe Sollers.

Nous sommes au point culminant des relations Moretti-Sollers dont les focalisations des thèmes abordés s’entrecroisent alors : la Bible et l’histoire du peuple hébreu à l’origine de la Bibliothèque, les origines de la langue, l’érotisme...

Sollers et Moretti ont aussi en commun d’aimer le jazz de Louis Armstrong et quelques autres. Moretti laissera quelques portraits de jazzmen célèbres et un livre de 1984, intitulé Jazz coécrit avec Franck Tenot, Daniel Filipacchi, Michel Legrand et Claude Nougaro.

Outre le jazz, nous allons le voir ci-après, leur sphère commune englobe Breton et Rimbaud.

1981

“Les Illuminations“ de Rimbaud. Livre d’art. (Ed G. Israël). Recevra L’Aigle d’or en 1982, (la plus haute récompense internationale pour un livre d’art). Illustré par R. Moretti. Introduction de Ph. Sollers

Le portrait d’André Breton

Voici aussi un portrait d’André Breton par Raymond Moretti (vers 1979) qui témoigne des relations Moretti-Sollers..


Portrait au feutre noir, signé par l’artiste et annoté par Ph. Sollers,
mis en vente à l’Hôtel Marcel Dassault les 9 et 10 mai 2011. Resté invendu.
ZOOM, cliquer l’image


signé Moretti

ZOOM, cliquer l’image
«  Breton est entré
dans le café où nous
étions avec Bataille.
Visiblement, il suivait une
femme qui venait de s’asseoir.
Il s’est levé après que je suis
allé lui parler, pour venir saluer
Bataille. Bataille est resté
assis.

Ph. Sollers
 »


signé ph. Sollers

LE MUR de MORETTI

« Le mur » rebapisé « l’Alphabet » en 2002. L’ ?uvre a l’ambition de retracer l’Histoire de l’homme et de l’univers. Et la fresque quitte Paris pour Tautavel ! En effet, située au Forum des Halles, dans un sous-sol qui ne permettait pas une mise en valeur de l’ ?uvre, sur les murs du cinéma Gaumont, elle n’a plus, dans cet espace commercial qui se restructure, sa raison d’être : elle passe inaperçue, elle est incomprise, elle souffre d’enfermement et du manque de lumière ! On décide donc de déplacer l’ ?uvre dans un lieu plus adéquat et prestigieux. _ Pourquoi choisit-on Tautavel, village perdu des Corbières, dans une province si reculée, si loin de la capitale ?
Parce que « l’Alphabet » s’ouvre sur une impressionnante mise en scène de l’Homme de Tautavel ! Parce que R. Moretti a des relations amicales avec Henri de Lumley, spécialiste de la préhistoire, Directeur du Muséum d’histoire naturelle et du Centre de recherches préhistoriques de Tautavel ! Ainsi, le choix est affirmé : la fresque de Moretti passe de la nuit du forum et de l’indifférence des halles, au plein soleil du midi catalan-occitan... [3]

Documentaire : Le Mur de Moretti

Sous-titré : De Paris à Tautavel. Un documentaire réalisé en 2002 à l’occasion du transfert du « Mur » du Forum des Halles à Tautavel. Le film s’ouvre sur une citation d’Armand Gatti, ami proche de Moretti :

« L’architecture commence
comme toute écriture :
Elle fut d’abord alphabet
On plantait une pierre debout,
c’était une lettre
et chaque lettre était un hiéroglyphe,
et sur chaque hiéroglyphe
reposait un groupe d’idées
comme le chapiteau sur une colonne »

Armand Gatti

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LE MUR (durée 10’28)

Réalisation : Olivier Champeaux, Eric Dazin (2002)
Texte : Yves Courrière
Dit par Jean-Claude Brialy

Dans le documentaire est insérée une interview de Raymond Moretti, de septembre 1979 (document INA), c’est à dire à la période de l’inauguration de l’ ?uvre. Extrait :

« [...] Les lettres se mettent en place
et forment des mots,
...donc communication.
Les textes arrivent, et là : Armand Gatti, Philippe Sollers et Marc Paillet m’ont aidé à faire des textes qui sont inscrits dessus.
Je ne sais pas si on les comprend beaucoup
parce qu’à partir de là les textes prennent de la chair,
deviennent donc physiques
et on ne peut plus les lire. »

Nota : Philippe Sollers développera un dialogue de même nature avec Christian de Portzamparc, l’architecte de la Cité de la Musique à Paris (1995). Dans le béton de ses murs, C. de Portzamparc a gravé des passages de Paradis, de Sollers.
Leur dialogue se poursuivra dans un livre "Voir/Ecrire", 2003), extrait ici (pdf)

*

Crédit :
artcurial.com
Les amis de Moretti


L’hommage du Magazine Littéraire suite à sa disparition

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Raymond Moretti

Grand peintre, friand d’espace et de projets monumentaux, grand lecteur, grand seigneur : les multiples visages de Raymond Moretti, récemment disparu.

Jean Cocteau disait de lui qu’il avait le sens de la grandeur. Grand peintre, toujours friand d’espace et de projets monumentaux, grand lecteur, grand seigneur : Raymond Moretti fut tout cela à la fois. Il vient de nous quitter, le 3 juin dernier [2005], à 73 ans.

Conjuguant avec un rare bonheur peinture et littérature, Raymond Moretti a illustré la une du Magazine littéraire pendant plus de trente ans. C’est une aventure unique dans l’histoire de la presse. La première couverture qu’il signa en juin 1972 représentait Philippe Sollers. La dernière, qui précéda une refonte de notre journal à l’automne 2004, fut consacrée à Antonin Artaud. Au total, près de trois cent cinquante illustrations qui jalonnent l’histoire du Magazine littéraire. Chaque mois, Moretti nous donnait à choisir entre trois ou quatre dessins, sans exiger ni droit de regard ni rétribution particulière. Jamais il ne déclara forfait, excepté un numéro sur la BD, où il préféra passer la main. Nos rapports relevaient moins d’un travail que d’un rituel. Retranché dans son atelier de la Défense, Moretti passait rarement à la rédaction. Sitôt le journal imprimé, il nous téléphonait et, d’une voix chantante qui n’excluait pas la véhémence, s’inquiétait du numéro à venir. Une fois le sujet évoqué, il l’esquissait en quelques mots, comme autant de traits jetés sur la feuille. Aucun auteur ne semblait lui être étranger. Pour le portrait de Roland Barthes, qu’il savait fasciné par le Japon, il inséra des motifs de tissus japonais et pour celui d’Henri Michaux certaines de ses encres. Ainsi parvenait-il à restituer non seulement la figure d’un écrivain, mais aussi l’ensemble d’une oeuvre, d’un monde intérieur, l’empreinte unique d’une lecture. Les écrivains étaient sans nul doute ses modèles préférés. Il illustra d’importants ouvrages de bibliophilie, L’Art d’aimer d’Ovide, les Illuminations de Rimbaud, les Chroniques italiennes de Stendhal, l’oeuvre complète de Céline... L’an passé, il avait donné sa vision, en seize tableaux, du Cimetière marin de Valéry.

Bien que son oeuvre fût nourrie de constants jaillissements de couleurs, lui-même semblait voué au noir. Toujours vêtu de costumes sombres et fumant d’aussi sombres cigares toscans. Noir des vinyles qui distillaient sa musique préférée, indispensable à sa création, le jazz. Noir de la ville, de ses rues et de ses souterrains, qu’il considérait comme son milieu naturel et le seul lieu de civilisation. Noir des nuits durant lesquelles cet insomniaque travaillait inlassablement et dont il rapporta des merveilles.

Sa fureur créatrice n’avait aucune limite. Ainsi de son Monstre, sculpture tentaculaire de plus de mille mètres carrés, qui occupait un studio entier de la Victorine à Nice, sa ville natale, et qu’il transporta plus tard jusque dans son atelier de la Défense. Ainsi de L’Âge du Verseau, tableau gigantesque peint en 1962 avec Jean Cocteau qui devina, le premier, son immense talent. Sa série des Cris du monde, composée de douze toiles de six mètres carrés, était si vaste qu’aucune galerie ne put l’accueillir. Parmi d’autres travaux colossaux, Moretti entreprit en 1979 la fresque du Forum des Halles qui retrace sur deux cents mètres carrés l’histoire de l’humanité, puis, dix ans plus tard, métamorphosa la place du Capitole à Toulouse en installant vingt-neuf tableaux sous les Arcades. Ne reculant devant aucun défi, il eut le projet de peindre le mur de Berlin, mais la réunification de l’Allemagne l’en empêcha. Quand il dessinait des timbres-poste (près d’une trentaine), ses originaux excédaient le format convenu. Il ne pouvait se résoudre à la miniature, tant son trait avait besoin de mouvement et d’amplitude.

Homme d’amitié, il aimait recevoir dans un restaurant des Halles, Chez Denise. Au fond de la salle, une grande table recouverte de nappes de papier dessinées par lui-même. Au mur, nombre de ses oeuvres (il les offrait avec une générosité peu commune). Dans le quartier des Halles, il était sur ses terres. Venant de Nice, au tournant des années 1970, il avait installé son atelier dans un pavillon Baltard, et il connaissait bien la rue Saint-Denis pour lui avoir consacré une série de toiles. Ses amis, c’étaient Joseph (alias Jeff) Kessel, Jean-Jacques Brochier, Michel Legrand, Claude Nougaro, Henri de Monfreid, Raymond Devos, Claude Bolling, Jean Schmitt, à qui l’on doit un beau livre de souvenirs (1), et tant d’autres... Tous furent ses invités chez Denise. Il y a des tables ouvertes qu’on ne devrait jamais quitter.

Jean-Louis Hue

Liens

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