Et si Sollers avec ses éloges du bonheur, à répétition, nous menait joyeusement en bateau ? Lire Sollers avec ce filtre, révèle des formulations à double sens susceptibles d’accréditer cette thèse. Ainsi, sa citation et commentaire de
« Le Chant du voyageur de nuit »
de Zarathoustra
dans « Une vie divine » :
« Homme, prête l’oreille !
Que dit le minuit profond ?
« Je dormais, je dormais -,
« - Le monde est profond,
« Et plus profond que le jour ne l’a cru.
« Profonde est sa douleur-,
« Et sa joie-plus profonde encore que ce qui lui crève le c ?ur :
« La douleur dit : Passe !
« Mais toute joie veut l’éternité-,
« -Veut la profonde, profonde éternité ! »
L’éternité « profonde » de la joie est autre chose que ce que l’on a entendu jusque-là par « éternité ». C’est une profondeur dans la douleur qui crève le c ?ur, une profondeur dans la profondeur. On se trompe à chaque instant sur le fond, et c’est alors le monde aplati, « deuil » (je souligne ...le premier mot après le fond « aplati » ...le fond de la fosse mortuaire...), mélancolie, dépression, désolation, résignation, souffrance. Passe ! Pourquoi ne pas « passer » (c’est Sollers qui souligne), en effet, puisque tout passe ?
"Passer" ! On sent l’odeur de mort. Et la joie qui est douleur ! Mais, au final, procédé sollersien coutumier, il conclut par une pirouette et brouille la piste qui aurait pu être trop claire :
Mais la joie ne veut pas passer, elle veut la profondeur de la douleur elle même dans l’éternité : la nuit est aussi un soleil.
Même « la nuit est un soleil » lu avec le même filtre pourrait être interprété comme un pied de nez supplémentaire tant sa description de la nuit était lumineuse de clarté.
Allons donc ! Digression inopportune. Interprétation hasardeuse, Hors sujet...
Revenons donc au texte. "Lisez-moi, dit parfois Sollers, agacé, tout y est dit" :
[Nietzsche :]« Maintenant, je suis seulement ce que je suis ». Celui qui vous parle est donc
maintenant seulement ce qu’il est. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’habite pas ailleurs, dans l’ensemble de toutes les
phrases qui ont été écrites dans ce livre.
Pile ou face ? Les deux ! Et pourquoi seulement deux ? Toutes !
D’après Qui suis-je
Interview-monologue confiée à Jacques Henric
Art Press, février 2006.
L’extrait dans son contexte.