Olivier Bellamy Martha Argerich
Olivier Bellamy
MARTHA ARGERICH
L’enfant et les sortilèges
Buchet-Chastel, 2010
Le livre sur amazon
Olivier Bellamy qui interviewe Sollers dans son émission « Passion Classique » sur Radio Classique est aussi l’auteur d’un livre sur Martha Argerich, une biographie alerte et vivante qui nous fait entrer dans l’univers de Martha Argerich, un génie musical exceptionnel révélé dès l’âge de trois ans. En exergue du livre, cette phrase de Charles Baudelaire :
« Le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté »
Puis le début du livre : « Dans le milieu de la musique classique, elle est Martha, simplement, et tout le monde sait de qui il s’agit. On la désigne par son seul prénom comme c’est l’usage pour les déesses, les enfants, les religieuses ou les filles de joie. »
...
Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser la biographie de Martha Argerich ? Comment a-t-elle accueilli cette idée ?
J’ai rencontré Martha Argerich en 2000 lorsqu’elle était venue jouer avec Nelson Freire au Festival de La Roque d’Anthéron. J’étais très impressionné, mais elle a été très gentille. Voyant que j’avais réussi à établir le contact avec elle, ma rédactrice en chef au Monde de la Musique, Nathalie Krafft, m’a confié la mission d’obtenir une interview. Mission impossible. Mais « Impossible n’est pas français » comme dit le proverbe. Il m’a fallu deux ans ! Au lieu de me contenter de ce titre de gloire, qui a fait l’admiration de mes confrères et la joie de mes lecteurs, j’ai voulu aller plus loin. Quand je lui ai suggéré l’idée d’un livre d’entretiens, elle s’est mise en colère : « Je ne m’intéresse pas à moi, je m’intéresse aux autres ! » Je suis revenu à la charge plusieurs mois plus tard. C’était chez elle à Bruxelles, à six heures du matin, après le réveillon de la Nouvelle Année. Après le départ de tous les invités, nous nous sommes retrouvés tous les deux. Je lui ai proposé d’écrire un livre sur elle en interrogeant ses amis, ses filles, ses partenaires musicaux... L’idée l’a amusée et elle m’a dit : « Si tu veux. »
L’intégrale de l’interview, ici.
Crédit : pianobleu.com
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Martha Argerich, Robert Schumann
Martha Argerich en 1977 pour une interprétation du premier mouvement du
Concerto en La mineur pour Piano et Orchestre Op.54 de Robert Schumann (15’)
« A onze ans, Martha fit ses débuts au teatro Colon dans le Concerto de Schumann, ?uvre qui allait devenir son autoportrait musical. Le chef d’orchestre, sans doute jaloux de l’effervescence qu’elle provoquait dans le public, l’a reçue brutalement : "Il y a un passage dans ce concerto où tous les pianistes se trompent. Ne me faîtes pas ce coup là !" a-t-il lâché d’un ton rogue. A une enfant ! Juste avant le concert... Mais Matha était habituée à la rudesse avec Scamamuzza [1] »
Olivier Bellamy, Martha Argerich, p. 43.
« Celui qu’elle aurait souhaité rencontrer, c’est Schumann. "Il me fait monter les larmes aux yeux"
Gulda [2], lui était obsédé par Mozart, dont il sentait la présence partout à Vienne[...] Pour taquiner Martha, il lui disait : "Ce n’est pas ta faute, Argerich, si Schumann n’était pas argentin !"
p.62.
Le temps des concours
« Non seulement Martha Argerich est arrivée première au concours Busoni [3], mais la salle l’a acclamée debout lors de la finale. Chacun avait conscience d’assister à la naissance d’un talent extraordinaire, qui ne ressemblait en rien à tout ce qui existait auparavant. La reine de la fête paraissait désorientée par ce triomphe, comme s’il s’adressait à quelqu’un d’autre. Son air timide et mal à l’aise sur les photos eappelle celui d’une certaine Maria Callas à l’époque de ses premiers succès.
Dix jours plus tard, elle enchaînait sans états d’âme et de manière tout à fait stupéfiante avec le concours de Genève. [...] Personne ne se serait risqué à remettre son titre en jeu aussi vite. Et comment se préparer en si peu de temps à un nouveau programme ?
Le concours de Genève n’était pas un concours provincial [...]. Quand il a apprit que la pianiste argentine maintenait sa candidature à Genève, Cesare Nordio, le président du concours Busoni, s’est mis très en colère : « Vous ne pouvez pas nous faire ça ! ». Effectivement, si Martha ne remportait pas la première place à Genève, le palmarès de Bolzano s’en trouvait de facto dévalorisé. A l’instar des artistes, les concours ont aussi un ego à ménager.
[...Lors de la dernière épreuve] Martha avait retenu le Concerto en la mineur de Schumann qu’elle n’avait pas joué en concert depuis l’âge de onze ans. A la fin, le public et même les membres du jury (cas unique dans les annales du concours) se sont levés comme un seul homme pour l’acclamer..
Premier prix « femme » attribué à Martha Argerich. [...] Martha fut en outre nommée « personnalité la plus marquante du concours [4]par les Jeunesses musicales.
[...] Le même jour, un journaliste l’a accostée alors qu’elle buvait un verre à la terrasse du Café lyrique au milieu d’une joyeuse bande. « D’où vous vient votre dextérité ? » a demandé le reporter. La pianiste était bien incapable de répondre. Est-ce que le mille-pattes sait quelle patte il lève en premier ? La réplique ne s’est pas fait attendre : « Vous savez, j’ai eu un professeur très vieux, qui avait les dents écartées et qui envoyait des postillons sur le clavier. Pour éviter d’avoir les doigts mouillés, j’étais obligée d’aller vite. » [belle insolence d’une fille de tempérament, de 16 ans, en 1957 !]
p. 79-84
Olivier Bellamy
Martha Argerich
Voir aussi sur pileface : « Accord parfait, Martha Argerich »
Martha Argerich, la biographie.