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Guerre et paix des sexes

Contributions à l’Université Européenne d’éte, Université Paris Diderot, sept. 2006

D 1er mars 2010     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Un livre est le point de départ de cet article « Guerre et paix des sexes », publié en 2009 chez Hachette. Il s’agit d’un collectif à l’initiative de Julia Kristeva, les contributions des intervenants à l’Université Européenne d’été qui s’est tenue, sur ce thème à l’Université Paris Diderot en septembre 2006, où l’on trouve les signatures d’Axel Khan, Philippe Sollers, François Meyronnis, Marie Darrieusecq et d’autres. [1]

Point de départ qu’est venu renforcer l’actualité littéraire avec deux livres de femmes sur l’identité féminine auourd’hui. Celui, d’une part, d’Elisabeth Badinter, Le conflit "La femme et la mère" qui a déclenché une polémique. Celui, d’autre part, de la jeune romancière Valentine Goby avec Des corps en silence (Deux femmes en résistance contre la fin du désir amoureux. Toutes deux refusent le silence des corps, chacune à sa façon)

Et deux livres d’hommes qui témoignent chacun à sa façon, de la permanence de la masculinité à l’égard de la femme (au moins pour sa majorité). Djian avec Incidences et Olivier Gisbert avec Un très grand amour.

En contrepoint final, flashback sur l’identité masculine et féminine dans la première moitié du siècle dernier, chez les Nambikwara du Brésil central, visités alors par Levy-Strauss.

Voila le programme ! Une question qui meut les hommes et les femmes, qui ne cessent de l’explorer sans jamais en faire le tour, le ressort des ressorts de la vie, donc de la mort, du sexe et de l’amour.

QUATRIEME DE COUV.

Nous le sentons tous : une nouvelle période historique commence. Depuis quand, déjà ? Le 11 septembre ? La Chute du mur de Berlin ? La Révolution française ? A moins que ce ne soit depuis la Belle Epoque, qui a réinventé Sodome et Gomorrhe ? Ou l’invention de la pilule ? Ou encore mieux, l’invention de la technique ? Mais laquelle ? Celle qui réchauffe le globe ? Celle du feu, de la hache, de la canne à pêche, du métier à tisser ? L’époque ne cesse d’être nouvelle, de promettre, d’inquiéter. Et on se demande chaque fois : sera-t-elle plus fertile en justice sociale ou en frappes chirurgicales ? En richesses ou en famines ? En spectacle ou en intentions universalistes ? Quel visage aura la nouvelle barbarie après « Human bomb » ? Après les totalitarismes, la Shoah, les bombardements toujours aveugles et toujours justifiés, peut-on espérer un peu de solidarité en voie de développement ? Qui intègrerait le « deuxième sexe », comme on disait au siècle dernier, « à parité », comme on en rêvait au siècle dernier...

TABLE

1. INTRODUCTION

JULIA KRISTEVA, Le 11 septembre du World Trade Sex ... p. 7

2. IDENTITÉS ET SEXUALITÉS

AXEL KAHN , Différenciation et individuation sexuelles : de la sociobiologie aux spécificités de l’esprit humain ... p. 29

CATHERINE BERNARD, Pour une androgynie dissidente : postérité de Virginia Woolf ... p. 33

MONICA ZAPATA, Guerre ou trêve : le travesti dans la littérature et le cinéma hispaniques ... p. 39

NATHALIE PIÉGAY-GROS , La parole des bonnes ... p. 47

RAYMONDE COUDERT, Le MLF et après ... p. 61

3. FEMMES ET MONDES

RAINIER LANSELLE, Le malentendu, comme de juste. Contribution à partir de la Chine classique ... p. 73

4. POLITIQUE ET LIBERTÉ DES FEMMES DANS LA MONDIALISATION

MERYEM CHADID, Parcours d’une Astronome. Expédition au Pôle Sud ... p. 83

MICHÈLE SORIANO, Anamorphose du genre dans la littérature latino-américaine ... p. 86

MARIA PALAZZESI, Différence sexuelle et citoyenneté : au-delà de l’égalité ... p. 99

DANIÈLE BRUN, La sexualité infantile est-elle sexuée ? ... p. 108

5. PLURALITÉ DU FÉMININ

PAUL-LAURENT ASSOUN, Masculin et féminin à l’épreuve de la psychanalyse : le genre impossible... p. 121

MARIE DARRIEUSSECQ, Quelqu’une ... p. 128

ELISABETTA RASY, « Masculin/Féminin - Roman/Narration » ... p. 133

6. STRATÉGIES SINGULIÈRES ET COLLECTIVES

ANNE PAUPERT, Christine de Pizan et la « guerre des sexes » à la fin du Moyen Âge ... p. 139

FRANÇOISE VILAIN, Temps partiel, temps précaire, temps libre ... p. 160

GRISELDA POLLOCK, Orphée et Eurydice : Le temps / l’espace / le regard traumatique ... p. 162

CÉLINE MASSON, Féminin/masculin dans l’art contemporain ... p. 173

7. QUE VEUT UN HOMME  ?

PHILIPPE SOLLERS, Que veut un homme ? ... p. 181

FRANÇOIS MEYRONNIS, Le troisième sexe ... p. 183

8. LIAISON ET DÉLIAISON DES SEXES

MONIQUE COURNUT-JANIN, Le féminin chez l’autre. Enjeux ... p. 191

CARINE TREVISAN, Sexualité et barbarie. À propos d’En attendant les barbares, de L. M. Coetzee ... p. 197

FRANCIS MARMANDE, Et Quand l’homme ne veut rien ... p. 205
SOPHIE DE MIJOLLA-MELLOR , Le séducteur comme passeur ... p. 212

9. TEMPS DES FEMMES

ROLAND COUTANCEAU, Temps de violences/temps d’égalité ... p. 223

FRANÇOISE BARRET-DUCROCQ, La pensée de la différence des sexes à l’épreuve de l’égalité politique en Grande-Bretagne ... p. 231

ANNE SIMON, Vénus ouvertes : procréation et avortement chez les romancières contemporaines ... p. 242

10. MUTATIONS

FLORENCE GUIGNARD, Devenir femme, devenir mère. Questions d’identifications ? ... p. 253

VALÉRIE DONAT, La femme comme travailleur atypique en Italie ... p. 259

TANIA VAISBERG, Haine et compassion dans et face à la violence domestique ... p. 275

Liste des intervenants

Index des noms

Haut des onglets

De la dualité qui meut le monde...

(en guise de préambule)

Guerre et paix des sexes, chacun à la recherche de sa complétude de l’un premier. Peut-être ? mais force est de constater que la dualité est fort répandue dans la nature. Pour pouvoir faire la paix, il faut bien qu’il y ait guerre. Banalité certes, principe de dualité. Principe premier du moteur à deux temps qui meut les choses du monde physique et du vivant.

Pour la matière, la physique parle de matière et d’antimatière mais prenons un plutôt quelque chose de notre quotidien immédiat, l’exemple de l’électricité, ce flux d’électrons négatifs [2] qui n’a de cesse de courir vers une anode positive. Eh bien l’électronique qui contrôle tout aujourd’hui, le vol des avions, notre voiture, les appareils ménagers et ludiques, le téléphone portable, le GPS et l’ordi de base, etc. ne savent pas, s’en passer [3]. Il faut un pôle positif et un pôle négatif (et une différence de potentiel ! Une analogie : le fleuve coule parce qu’il y a une différence de hauteur entre l’amont et l’aval.)
Pour la nature humaine, le concept chinois a remplacé le plus et le moins par le Yin et le Yang, traditionnellement associés au masculin et au féminin complété par le concept du Dao

LE DAO : « Il nous permet d’entretenir la nostalgie de quelque chose qui serait d’avant la division du sujet, d’une totalité holistique(sic), siège d’un relationnel pur et inentravé. Telle est, on le sait, la vision induite par cette grande chose qui n’a pas de nom, qu’on désigne sous le nom de la Voie, le Dao, ce grand tout harmonisé, où dans un continuum se poursuit sans fin l’interaction bien régulée des existants. [...] Et comme le Dao n’est pas autre chose que résultant d’une alternance entre deux pôles, d’un vaste coït entre yin et yang, la scène première de l’harmonie serait celle de la parfaite complémentarité, de la congruence des sexes » dit, avec ironie, Rainier Lanselle , in Guerre et paix des sexes [4]

Notre propos avec cet article est d’explorer les pôles féminin et masculin ...enfin quelques uns de ses attributs. C’est en effet une exploration sans fin, qui a commencé il ya longtemps dans le temps, on en a même perdu la trace, et que chacun tente avec plus ou moins de bonheur. Les philosophes, les écrivains, les théologiens, les psychanalystes... s’y essaient sans cesse et chacun, chacune de nous le vit et l’expérimente.

Julia Kristeva : Le 11 septembre du World Trade Sex

Julia Kriseva présente aujoud’hui sur son site, une version revue par rapport à la version de sa contribution à l’Université d’été, publiée dans le livre. C’est cette version revue et corrigée qui est reprise ici :

11 septembre : il y a cinq ans déjà, une catastrophe mondiale bouleversait les hommes et les femmes à travers le monde. Des conflits, auparavant disséminés, se conjuraient pour déclarer la guerre totale. On veut croire que ça se calme, mais c’est toujours en cours, cela ne peut même qu’empirer. Après l’Iraq et le Liban, la guerre atomique. Certains y pensent. Tout de même, et si la guerre des religions n’était que de l’intox, comme la guerre des sexes ? La guerre ? Quelle guerre ? On rentre de vacances, comme tout le monde, du moins en France. Ce n’est pas la paix ? Allons ! Il n’y a pas de paix ! La vérité, c’est la guerre, ainsi disait déjà le prophète Jérémie. Alors ? La guerre ou la paix ? On n’en sait rien, on en est là.

En ce 11 septembre 2006, je pourrai vous tenir le même discours sur n’importe quel « phénomène » : il n’est pas impossible que ce soit la guerre, il est possible que ce ne soit pas la paix. Et pour ce qui concerne les sexes, c’est pareil, c’est comme ça ! Vous l’aurez compris : quelque décennies de pratique psychanalytique ne m’ont pas rendue optimiste, ni pessimiste d’ailleurs, c’est comme ça. La guerre et la paix des sexes remontent au moins à Toumaï... Mais savez-vous que l’homme de Neandertal aurait disparu parce qu’il n’était pas assez guerrier ? Peut-être n’y a-t-il pas eu assez de guerres entre l’homme et la femme, qui leur auraient permis de mieux s’ajuster l’un à l’autre, en se confrontant, sinon en s’affrontant ? A moins qu’ils n’aient été trop pacifistes pour avoir une descendance ? Maurice Godelier et Axel Kahn nous le diront. Mais je parierais qu’Homo Sapiens, notre ancêtre, a pour sa part toujours cultivé sa différence sexuelle, pour le meilleur et pour le pire. Pourtant, c’est depuis peu que l’homme et la femme essaient de s’avouer ces choses-là avec quelque franchise : les Français n’ont-ils pas poussé l’audace jusqu’à déclarer ces liaisons « dangereuses » ? La devise de la Merteuil - « Ce sera la guerre » - a été reprise, non sans méprise, par les féministes. Freud lui- même n’aurait pas démenti ces excès, qui écrivait que « la plus pulsionnelle des pulsions est la pulsion de mort ».

[...]

II. « On » naît, mais « je » deviens

Les débats qui ont imposé que la différence sexuelle est inséparable de la pensée et de la politique modernes font apparaître un deuxième paramètre : la différence biologique s’accompagne de différences psychiques qui entraînent des différences culturelles - dans le comportement, le désir, les réalisations imaginaires et symboliques des deux sexes.

Conditionnées par le programme biologique et le destin physiologique, nous naissons homme ou femme, aboutissements de la chaîne de la vie, et du mode de reproduction de nos ancêtres mammifères. Cependant puisque nous sommes des mammifères parlants, le destin symbolique est aussi déterminant, sinon plus que l’ADN pour la constitution de notre identité, y compris sexuelle. Cette empreinte formatrice du pacte symbolique - telle que l’impose une société historiquement donnée - détermine le « genre » homme ou femme, avec et par le « sexe » biologique.

« On » naît femme. Mais « on » devient un « je » féminin, un sujet-femme : construction longue et plus complexe que celle du sujet-homme, j’y reviendrai. Cette construction symbolique du sujet féminin reconquiert une relative indépendance du sexe biologique, indépendance que l’existentialisme militant de Simone de Beauvoir (1908-1986) ne lui a pas permis de déplier comme l’avènement intrapsychique dans le sujet-femme. Sa lutte pour l’émancipation de la « condition féminine » s’appuie cependant, dans Le Deuxième sexe, sur l’exemple d’incomparables aventurières comme Thérèse d’Avila, Théroigne de Méricourt ou Colette. En définissant le bonheur des femmes, comme celui des hommes modernes, en « termes de liberté », Beauvoir a contribué néanmoins mieux que personne à émanciper le corps féminin, et à ouvrir la question de la parité sociale et politique des deux sexes. Elle reste donc la pionnière dont la mémoire nous accompagnera tout au long de cette semaine. D’illustres biologistes nous donnerons ici les dernières nouvelles de la sexuation biologique. Je m’en tiendrai, pour ma part, à l’empreinte symbolique qui la parachève.

Du mythe fondateur du « meurtre du Père », que Freud restitua dans Totem et Tabou, aux variantes de la paternité idéale illustrées par les diverses autorités symboliques dans les sociétés patriarcales - chamans, prêtres, souverains ou présidents -, le pouvoir des hommes, confondu à celui du langage et de la capacité symbolique, a réservé aux femmes la place du foyer : de la reproduction et de l’intime. Minorée, souvent déniée, opprimée ou asservie, cette exclusion du féminin de la sphère du pouvoir symbolique et politique - dont nous vivons aujourd’hui l’évolution et le malaise - signe les premières étapes de la « guerre et de la paix des sexes ». Elle aurait pu donner lieu à une schizophrénie catastrophique et mettre à mal la survie de l’espèce, si elle n’avait été accompagnée d’une contrepartie fondamentale. Sans autorité mais non sans puissance, sans représentation politique mais non sans impact imaginaire, deux figures féminines compensent ce réglage schizophrénique inventé par Homo sapiens sous toutes les latitudes : la mère reine du foyer, garante majeure et douloureuse de la reproduction de l’espèce, et la sorcière aux désirs indomptés. Les mythes, dans leur diversité à travers le monde, témoignent de l’irrémédiable emprise que cette féminité« clivée », « interdite » et cependant redoutée exerce sur ces grands enfants que sont les hommes et les femmes de tous les temps. Les formations religieuses, de leur côté, ne cessent de proposer des compromis, pour reconnaître et mater, freiner et flatter ces « puissances de la nature » démoniaques, célébrées, déifiée, mais généralement exclues du magister sacral.
[...]

L’évolution des techniques et des m ?urs démocratiques ont ajouté à la charge de la reproduction et du foyer, qui incombe traditionnellement et pour l’essentiel toujours aux femmes, le droit, voire la contrainte, d’accéder aux divers métiers. Puis, grâce à la contraception, décisive, il est devenu possible pour une femme de choisir la maternité elle-même et, dans la foulée, de mieux choisir la vie, en passant par sa vie professionnelle. Cumul de gratifications, de risques et de charges suivi d’appels à la répartition des obligations familiales (loin d’avoir reçu les réponses escomptées) : nous appelons cette cataracte émancipation.

La revendication libertaire a pris, au XXe siècle, la forme d’une guerre des sexes, exacerbant la différence entre les désirs des hommes et des femmes jusqu’aux extrêmes de la peur, de l’inhibition et de l’hostilité. Cette étape va s’atténuant, au profit de nouvelles formes de coexistence, qui empruntent la voie d’un retour protecteur aux modèles conformistes, assortie d’une « paix » qui n’est autre que celle du refoulement. Telle est la situation dans presque tous les pays du monde, sous la pression des guerres, des crises économiques et de la paupérisation qui entravent, quand elles ne les suppriment pas, tout élan et toute expression émancipateurs. Telle est aussi, pour beaucoup, la situation dans les démocraties dites avancées, sous la menace du terrorisme et des épidémies, parmi lesquelles le fléau du sida, et en réaction aux extrémismes militants. Pourtant, ce tournant dans la coexistence entre les deux sexes s’élabore, essentiellement sur la reconnaissance et le respect de la bisexualité psychique de chacun : féminin et masculin de l’homme, masculin et féminin de la femme - le couple moderne qui dure est un ménage à quatre. Par ailleurs, l’identité sexuelle « traditionnelle » et le modèle familial « classique » sont transgressés par des « néoréalités », sinon massives du moins assez profondes pour susciter un intérêt légitime et faire débat, notamment sur l’homoparentalité.

Ces néoréalités sexuelles et familiales sont-elles seulement, si j’ose dire, une remise en question du modèle sexuel et familial spécifique à certaines civilisations et à certaines périodes historiques ? L’anthropologie est là pour attester que les sociétés humaines se construisent aussi sur d’autres schémas familiaux, intégrant, par exemple, les homosexualités, sans crier à la « race maudite ». Dans cet esprit, le « couple bourgeois » lui-même, cristallisé sous la plume de Rousseau (1717-1778), dans La Nouvelle Héloïse et l’Emile, comme la « formule miracle » garantissant tout à la fois le lien parents-enfants et le lien Etats- citoyen, est apparu d’emblée intenable, et a été contesté, on le sait, sur le mode de la débauche, de la perversion et du crime : Sade (1740-1814) n’a pas manqué de l’annoncer aussitôt, dans le dos de Rousseau ! Mais nous n’en sommes plus là. Avec l’affranchissement sans précédent des désirs singuliers des hommes et des femmes, favorisé par la civilisation occidentale malgré et à travers ses ambiguïtés et ses capacités de répression, et avec le développement des diverses techniques, notamment reproductives, la voie est ouverte à une remise en question radicale de l’immémoriale différence des sexes elle-même, quelles qu’ont pu être ses variantes antérieures. Apocalyptique ou prométhéenne, cette tendance suscite la désapprobation des codes moraux et des religions qui veulent sauvegarder les compromis antérieurs entre les sexes qu’ils ont consacrés. Serait-ce une nouvelle décadence, suicidaire ? Je n’en exclus pas l’éventualité. Mais je soutiens que c’est la liberté élucidée, et non la contrainte imposée qui permettra de nouveaux ajustements des différences sexuelles, aujourd’hui en dérèglement et recomposition. En crise, sinon en panne, l’harmonisation sera longue et pénible, mais elle est indispensable, et à mes yeux la seule souhaitable, car la seule attentive à la créativité des uns et des autres, au développement d’un débat respectueux de l’intérêt général. Il n’y a pas d’autre fondement à l’architecture morale, dont a besoin l’humanité globalisée, que ce « corpus mysticum » dont rêvait Kant à la fin de la Critique de la Raison pure : une union raisonnée des lois morales avec la liberté de soi, de la liberté de soi avec celle du tout autre.

Nous voici ramenés à l’altérité qui, après Kant et avec Freud, est à penser non plus de manière abstraite, mais sous la forme de l’altérité fondamentale du sujet vivant : sujet sexué féminin, sujet sexué masculin. Comment se constituent-ils ? Sont-ils encore possibles ? Selon quel code de coexistence ? Un double mouvement s’esquisse dans cette remise en cause des modèles antérieurs. Soit, libéré des contraintes de la procréation et de l’asservissement économique qu’elles ont imposé aux femmes pendant des millénaires, nul n’entend « céder sur son désir », et c’est la guerre des sexes inéluctable : « Les deux sexes mourront, chacun de son côté », écrivait déjà Vigny, repris par Proust. Et jusqu’à Lacan déclarant : « Il n’y a pas de rapport sexuel ». Moins lyrico-pathétiques, et entre autres crises physiques ou morales, les dépressions féminines, les impuissances masculines et la décomposition des liens familiaux, malgré le happy end promis par les familles recomposées, témoignent de cette conflictualité à vif. Soit la différence s’efface dans l’unisexe qui masque le polymorphisme revendiqué des désirs. « Je suis homme et femme, clame le spectateur gâté de la Staracadémie universelle. Un troisième sexe qui est tout, c’est-à-dire rien, Ange ou androgyne, je veux tout et je revendique tous les droits. » Une troisième voie s’emploie à infléchir ces deux tendances, qui essaie d’éviter, et la paix du refoulement, et la guerre des désirs à mort. C’est cette possibilité d’un monde duel que nos réflexions, tout au long de la semaine, s’efforceront de dégager, sans en masquer les impasses, sans catastrophisme ni angélisme. Je préfère croire que cette option peut se développer selon des voies multiples. Je ne suivrai ici que celle que je connais ; la seule qui, par sa finesse et sa complexité, me paraît capable de fédérer les approches philosophiques et scientifiques, propres à élucider la paix et la guerre des sexes : je veux parler de la découverte freudienne de l’inconscient, dont les percées s’accompagnent de résistances et de rejets sans fin.D’abord, quelques généralités avant d’entrer dans le vif de la rencontre singulière, non de l’homme et de la femme, mais d’un homme et d’une femme.
 ? Je vous proposerais d’abord quelques rappels historiques et théoriques ;

 ? je m’arrêterais ensuite sur la part de la biologie et de la psychanalyse dans l’approche de la sexualité humaine ;

 ? j’aborderai, pour différencier la sexuation masculine et féminine, la castration côté homme et le changement d’objet côté femme ; et je terminerai par un bref voyage dans la singularité, que je donne comme le trait génial de la sexualité féminine et masculine.

[...]

III. La psychanalyse débiologise la différence sexuelle qu’elle reconnaît

Tributaire de la pensée grecque et du message juif et chrétien, la psychanalyse freudienne s’approprie, dans un double mouvement, l’ontothéologie - la tradition philosophique et religieuse. D’une part, à l’intérieur du champ complexe des sciences humaines qui la précèdent et l’accompagnent, elle considère que l’« être parlant » ou le « sujet » se constitue dans le lien symbolique avec l’autre, à commencer par les liens de désirs dans la langue maternelle. D’autre part et plus radicalement, en posant que le sujet parlant est sexué, la psychanalyse reprend les données de la biologie, et en premier lieu la différence sexuelle et son substrat, que Freud appelle « pulsionnel » (Triebe), pour opérer une véritable incision dans l’entendement. Freud ouvre l’autre scène de l’inconscient : la scène des pulsions et des désirs, des processus primaires et du travail du rêve, se trouve creusée par la psychanalyse dans le lieu même de l’Ego cogito, non moins que dans celui du mystique Ego affectus est - on l’a beaucoup dit. Ce qu’on dit moins, c’est que la découverte de l’inconscient ne dédouble ni le Verbe ni la Raison - langage d’homme et langage de femme, raison d’homme et raison de femme - mais qu’en tenant compte de la sexuation des sujets parlants, elle singularise à l’extrême chaque sujet sexué-et-parlant. Car ma place dans le triangle familial n’est pas la même si je suis homme ou femme ; et c’est ce contexte intersubjectif, d’emblée traversé par la différence sexuelle innée et recréée de mes parents, qui module mon désir ainsi que mes capacités de dire, écrire, chanter, conduire un avion ou créer une rose. Le désir du sujet sexué et pour le sujet sexué, dit en substance la psychanalyse, est cette alchimie - indécidable et cependant de plus en plus connaissable - qui fait de mon sexe biologique un « genre », dit-on. Un « sujet sexué », dirai-je, d’une incommensurable singularité (le « genre » - à déconstruire, indéfiniment - faisant partie de cette incommensurable singularité elle-même).

En d’autres termes, la théorie psychanalytique de la sexualité, telle que je l’entends et la pratique, est une théorie de la coprésence de la sexualité et de la pensée. La frustration optimale, la séparation mère/enfant, la position dépressive, le manque, l’identification primaire, la sublimation, l’idéalisation, l’acquisition de l’Idéal du moi et du Surmoi sont quelques-unes des étapes du positionnement du sujet, dans ce tressage d’énergie et de sens, d’excitabilité et de loi, qui caractérise la sexualité humaine selon la perspective analytique. La phase phallique en constitue l’expérience nodale, que j’ai appelée pour cette raison un « kairos phallique », pour évoquer la « rencontre » mythique ou la « coupure » destinale contenu dans le mot grec.

Je tiens à m’attarder sur cette rencontre car les étapes que j’ai énumérées, banalisées par certains et obscures pour d’autres, n’ont pas manqué d’être perçues comme discriminatoires pour les femmes. A la suite de la maturation neurobiologique et des expériences de séparation optimales avec l’objet, le stade phallique devient l’organisateur central de la coprésence sexualité-pensée dans les deux sexes.

[...]

Le pénis, on le sait, est investi par les deux sexes pour devenir le phallus - le signifiant de la privation, du manque à être, mais aussi du désir, y compris du désir de signifier. Visible et narcissiquement reconnu, érectile et chargé d’une forte sensibilité érogène, détachable et donc « coupable », susceptible de perte, le pénis devient le support de la différence, l’acteur privilégié du binarisme 0/1 fondant tout système de sens (marqué/non-marqué), le facteur organique, et donc réel et imaginaire, de notre ordinateur psychosexuel.
Chez la fille aussi, une rencontre décisive (un kairos) a lieu entre la maîtrise des signes et l’excitation sexuelle, pour souder son être de sujet pensant et désirant. Non plus l’excitation orale ou anale qui domine le bébé, mais, avec ou sans la perception du vagin, l’excitation clitoridienne s’impose à cette période où, contrairement au garçon, la fillette change d’objet.

La question ouverte par la psychanalyse - qu’est-ce qu’un sujet homme ? Qu’est-ce qu’un sujet femme ? - se complexifie. Si les désirs des unes sont concentriques, centripètes, ombiliqués à la stabilité du foyer et à la protection de cette aurore de la sublimation amoureuse qu’est l’enfant ; les désirs des autres sont fugueurs, centrifuges, pistant inlassablement les « mille e tre » proies du « grand seigneur méchant homme », ce Don Juan sommeillant en tout homme. Serait-ce seulement les contraintes de la perpétuation de l’espèce qui les rassemblent ? Des contraintes qui survivent très mal à la maîtrise de l’excitation, de la fertilité, de la procréation elle-même ? Ou au contraire, existerait-il une complémentarité biopsychique des désirs, des intérêts, des accomplissements individuels et collectifs ?

Qu’est-ce qui leur permet de vivre ensemble, malgré et avec leurs différences ?

De plus larges extraits, ici

Axel Khan - Différenciation et individuation sexuelles : de la sociobiologie aux spécificités de l’esprit humain

[...] La société humaine est considérée comme un cas particulier des sociétés animales. Puisque les stéréotypes comportementaux d’Homo sapiens sont produits de l’évolution, ils sont gouvernés eux aussi par les gènes, et représentent les astuces inventées par ceux-ci pour se répandre avec l’efficacité maximale. [...]

Dans le monde de nature, le but des mâles et des femelles, gouvernés par leurs gènes, est d’assurer à ces derniers le succès optimal. Leur intérêt pour y parvenir diverge souvent. C’est pourquoi, lorsque la femelle peut subvenir seule à l’élevage du petit, l’intérêt du mâle est de la quitter bien vite et de féconder d’autres reproductrices auxquelles il transmettra à nouveau ses gènes. En revanche, si la mère seule ne peut assurer la survie de sa progéniture, il devient essentiel pour le reproducteur de la seconder. Le film La marche de l’empereur illustre cette indispensable coopération des partenaires reproducteurs afin, dans une nature hostile, de préserver la vie de leur descendant unique, porteur de la moitié des gènes de papa et de maman.

Afin que la femelle consacre tous ses efforts aux petits de son sang, beaucoup de reproducteurs (les lions par exemple) s’empressent de tuer la progéniture issue de la fécondation par un autre mâle. Afin de contrecarrer ce mauvais coup, dans lequel elles perdent leur investissement propre dans ces lionceaux de leurs lignages, les mères développent chez certaines espèces des stratégies ingénieuses. Certaines multiplient les partenaires mais trouvent le moyen de sélectionner leur sperme à leur insu, privilégiant la fécondation de leurs ovules par les spermatozoïdes du mâle de rang hiérarchique supérieur. Chez Homo, la période de fécondité est masquée. Dans l’un et l’autre cas, les différents mâles s’étant accouplés avec de telles partenaires ne peuvent savoir s’ils sont ou non pères des petits et, dans le doute, les préservent.

La guerre des sexes se manifeste également à un niveau infra-comportemental. Certains gènes reçoivent un « sceau parental » tel que seule la version transmise au f ?tus par le père ou la mère est active. En règle générale, les gènes d’expression maternelle préservent la femelle d’une croissance exagérée des individus de sa portée, ce qui la mettrait en péril et l’empêcherait de procréer ultérieurement. En revanche, le sort de la reproductrice est indifférent pour les intérêts du mâle qui transmet des gènes commandants, au contraire, la croissance maximale de la progéniture, quels qu’en soient les risques pour sa partenaire.

Et l’homme et la femme dans tout ça ?...

Un extrait plus long de la contribution d’Axel Khan, ici

Marie Darrieusecq : Quelqu’une

I. Le français, langue masculine

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Jean-Luc Mourène, Adorante, 2005

Dès l’école primaire, on m’a appris qu’il y avait deux genres en français : le masculin et le féminin ; que le masculin dominait la phrase ; mais qu’il y avait aussi un genre neutre. Je n’ai jamais vraiment pu repérer ou isoler ce genre neutre, il ressemblait toujours étrangement au masculin.

En français, dans une phrase standard, on commence par le sujet. Le sujet commande le verbe. Le verbe est suivi par des compléments, temps, lieu, manière... ou le sujet par des attributs. Tous ces ajouts déboulent en fin de phrase comme les moraines d’un glacier.

Le masculin domine toute la phrase. Si le sujet comprend un seul élément masculin et plusieurs éléments féminins, ce n’est pas le nombre qui prime, c’est le genre : les sujets féminins n’ont aucune incidence sur l’accord du verbe. S’il y a un homme et trois femmes dans une phrase, la phrase s’accorde au masculin. De même s’il y a cinq cents millions de femmes. « Les cinq cent millions de filles et le garçon sont contents  ». Mais il y a pire : s’il y a cinq millions de femmes et un chien, la phrase s’accorde aussi au masculin : « Les cinq cents millions de femmes et le chien sont contents  ».

C’est un peu blessant pour une petite fille de grandir dans cette langue, et d’apprendre à l’école qu’il n’y a rien que de très normal dans cet accord-là.

En anglais le genre est moins marqué : « the girls and the boy are happy », « the dog and the 500000 women are happy ». Il y a aussi des langues, assez rares, comme le basque, où le genre n’est pas marqué du tout par la grammaire.

Le basque, mon autre langue maternelle, ne donne en effet aucune indication de genre.

Le genre n’existe pas en basque. On peut parler d’un être humain pendant une heure, sans savoir s’il (si elle) est homme ou femme, et en restant ainsi très discret sur les rapports entretenus avec elle ou lui. Tout ce que le genre implique d’emblée en français, les conventions sur les hommes, les femmes, et leurs relations, toute cette codification a priori tombe. Alors qu’en français c’est dès les premiers mots, dès les premiers accords, que la musique sexuée se fait entendre.

Laguna en basque est l’ami ou l’amie, on le ou la découvre peu à peu dans ce qui est dit d’elle ou de lui, sans que nos a priori puissent intervenir trop vite.

Françoise Lhéritier remarque de plus qu’en français on commence les phrases par le masculin : on dit « le garçon et la fille sont contents  » plus facilement que « la fille et le garçon sont contents  ». C’est une des choses auxquelles je fais attention quand j’écris.

II. L’accord au féminin tend-il à disparaître ?

...
Un extrait plus long de la contribution de M. Darrieusecq, ici

Philippe Sollers : Que veut un homme ?

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Les liasons dangereuses, film de Stephen Friers (1988)

C’est le thème qu’animait Philippe Sollers. Un thème sur lequel il était attendu. L’auteur de Casanova l’admirable, des « lettres de Sophie » dans Portrait du Joueur allait-il rouvrir ses carnets de notes ? Eh bien, non ! Sollers n’est jamais là, où on l’attend. Mais il n’était pas ailleurs, ce jour là. Sa contribution de deux pages est courte dans la forme et le fond. C’était l’Université de Julia, pas la sienne. Julia qu’il a laissée, semble t-il, occuper la scène, se limitant à un "service minimum", contribution que vous pourrez lire dans le livre.

François Meyronnis : le troisième sexe

Dans sa section, Philippe Sollers avait toutefois recruté François Meyronnis. Et quand l’homme commence par déclarer :

« Il y a depuis toujours un grand remuement autour de l’identité sexuelle. Pour l’avouer franchement, cette ébullition bavarde ne m’a jamais beaucoup intéressé. Elle engendre même chez moi un énorme ennui. »,

ai craint le pire.
Que veut un homme ? Que veut François Meyronnis ?
Entreprise de sabotage du colloque ? Non, rien de cela. Vous allez peut-être découvrir un François Meyronnis qui ne vous est pas familier ?

Le troisième sexe :

Homme ou femme - il y a, depuis toujours, un grand remuement autour de l’identité sexuelle. Pour l’avouer franchement, cette ébullition bavarde ne m’a jamais beaucoup intéressé. Elle engendre même chez moi un énorme ennui.

J’ai le sentiment étrange - figurez-vous - de n’appartenir à aucune généralité ; d’être non seulement un écart par rapport au genre mais aussi par rapport à l’espèce.

Ce préjugé, mon appartenance à l’espèce humaine, ne m’a jamais convaincu ; et plus j’avance en âge, et moins il me convainc. Alors, depuis une position aussi décentrée, que dire des relations entre hommes et femmes ? - D’abord, revenons à quelques évidences.

La première, qu’entre les hommes et les femmes, il y a une faille. D’ailleurs le mot : « sexe » ne signifie rien d’autre que séparation. De cela, les sociétés humaines s’arrangent comme elles peuvent. Plutôt mal, en somme. Il y a des bricolages, on ravaude au jour le jour. Rien de très brillant, et ce n’est pas concluant, oh pas du tout !

De la guerre sexuelle, les humains proviennent tous - sur ce point, je ne m’excepte pas du lot. Nous avons été engendrés dans son chaudron, quoi qu’on en dise. Avec un certain bruit et une certaine fureur...

En vérité, dès qu’il y a du masculin et du féminin on constate un achoppement. D’où cette guerre perpétuelle, lardée de paix fourrée.

Photo Zaïda Kersten (clic sur image pour ZOOMER)

Qu’on se rappelle le prologue de l’Iliade. L’épopée commence par une querelle de ménage sur l’Olympe. Entre Zeus et Héra, ça barde ! Héphaistos, le dieu forgeron, en sait quelque chose. Sa boîterie vient de là - de l’hostilité entre son père et sa mère. Dans le couple divin, il y a du tirage - cela ne date pas d’hier.

Entre les sexes, ça clopine méchamment : on sort bien peu souvent de la guerre et de la boîterie. Sur ce fond calamiteux, l’espèce se reproduit, clopin-clopant. Bref, entre hommes et femmes, ça corpore et ça parlote - en traînant la patte.

Avez-vous souvent lu du François Meyronnis sur ce ton ?
Plus, ici


Dans l’actualité littéraire

Parmi les titres de l’actualité littéraire des deux dernières émissions de La Grande Librairie (France 5)

Deux livres de femmes qui posent la question de l’identité féminine en 2010, Elisabeth Badinter avec
Le conflit "La femme et la mère" et Valentine Goby avec Des corps en silence.

Que l’on pourrait résumer sous le sigle « l’identité féminine en question ? » Les femmes en explorent de nouvelles frontières ou reviennent à l’intérieur des anciennes...

Et deux livres d’hommes témoignent à leur façon de l’identité masculine. Là, pas de nouvelles frontières pour l’identiité masculine traditionnelle qui campe sur ses postions : permanence du désir de la femme et de la sexualité.

Pour le premier, le titre est explicite, et a valeur de programme : la femme ne doit pas s’effacer devant la mère, ce qui déclenche la polémique chez les plus jeunes générations, celles justement qui sont plus soumises aux messages publicitaires célébrant les thèmes de « la femme et l(?enfant ». Derrière les clichés, une des questions sous-jacentes est le rôle de la maternité dans la l’identité féminine. Et, question pas tellement subsidiaire « cesserait-on d’être femme, parce qu’on refuse la maternité ? »

Le deuxième titre Des corps en silence, la jeune romancière Valentine Goby passée par Sciences Po, l’enseignement et l’humanitaire, croise ici le parcours de deux femmes, une du début du siècle dernier et une contemporaine. Deux femmes qui n’acceptent pas le silence des corps quand le désir amoureux s’en va, mais en induisent un programme d’action différent.

Dans ces deux livres, c’est une forme de glissement des plaques tectoniques des soubassements de l’identité féminine qui est à l’ ?uvre et révélée.
Quant aux deux livres d’hommes, cités Incidences de Philippe Djian et Un très grand amour de Franz-Olivier Gisbert, ils témoignent, aussi, à leur façon de l’identité masculine. Mais là, pas de glissement observé quant à la permanence du désir pour la femme et la sexualité. L’identité masculine campe sur ses positions traditionnelles en matière sexuelle. En témoigne, cet extrait de dialogue entre François Busnel et Franz-Olivier Giesbert lors de l’émission La Grande Librairie :


- « Page 22, votre personnage dit : « ...Voila ma tragédie je suis un homme autrement dit
le seul animal de la création qui a sa queue devant et ne cesse de courir après. »
...c’est vous ou pas ?
- Bien oui, c’est moi ! [...] Vous avez trois hommes sur le plateau je suis sûr qu’ils sont tous pareils. Bien oui, hélas ! [...] Le sexe c’est la crucifixion de l’homme... »

Influencé par le commentaire élogieux de François Busnel à "La Grande Librairie", ai acheté "Incidences" de Philippe Djian. Suspense psychologique, tourne-page, jusqu’à la dernière, jusqu’à la dernière ligne. Lecture fluide. Musique légère, stylé sans chi-chi, qui colle au rythme du récit, comme la peau colle au corps et se plie à toutes ses extravagances, une démonstration par l’exemple de la force du style (plus que de l’histoire qui n’est là qu’en faire-valoir et ne prétend pas rivaliser avec les maîtres du polar. L’objectif de Djian n’est pas là, il l’a dit pendant l’émission).
Il est un écrivain, habité par l’écriture, même si son personnage en doute : la grande symbolique de la faille - en couverture du livre - qui traverse le livre de bout en bout dans toutes ses dimensions géographique, psychologique, et sexuelle,
"Incidences" ou Djian le déjanté... m’a fait passer un moment haletant !

Les Nambikwara (Brésil central)

(CLAUDE LEVI-STRAUSS, Tristes Tropiques ) [5]

Claude Lévi-Strauss (1908-2008), anthropologue et ethnologue. Agrégé de philosophie, docteur ès lettres, il part en 1935 à l’université de Sao Paulo et dirige plusieurs expéditions ethnologiques au Brésil. Il a publié Tristes Tropiques en 1955.

« ...L’attitude nambikwara envers les choses de l’amour peut se résumer dans leur formule : tamindige mondage, traduite littéralement, sinon élégamment : « Faire l’amour, c’est bon. » J’ai déjà noté l’atmosphère érotique qui imprègne la vie quotidienne. Les affaires amoureuses retiennent au plus haut point l’intérêt et la curiosité indigènes ; on est avide de conversations sur ces sujets, et les remarques échangées au campement sont remplies d’allusions et de sous-entendus. Les rapports sexuels ont habituellement lieu la nuit, parfois près des feux du campement ; plus souvent, les partenaires s’éloignent à une centaine de mètres dans la brousse avoisinante.

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Couverture "Tristes Tropiques" poche

Ce départ est tout de suite remarqué, et porte l’assistance à la jubilation ; on échange des commentaires, on lance des plaisanteries, et même les jeunes enfants partagent une excitation dont ils connaissent fort bien la cause. Parfois un petit groupe d’hommes, de jeunes femmes et d’enfants se lancent à la poursuite du couple et guettent à travers les branchages les détails de l’action, chuchotant entre eux et étouffant leurs rires. Les protagonistes n’apprécient nullement ce manège dont il vaut mieux, cependant, qu’ils prennent leur parti, comme aussi supporter les taquineries et les moqueries qui salueront le retour au campement. Il arrive qu’un ’deuxième couple suive l’exemple du premier et recherche l’isolement de la brousse.

Un plus large extrait, ici

Son Eminence M. Phallus

Julia Kristeva, l’avait introduit en commençant sa conférence. Guest star de ce colloque, la fin lui revient. En chanson :



Le phallus célébré par Pierre Perre
(crédit )

Quant à Jacques Dutronc il le chante aussi :

« ...Moi j’ai un piège à fille, un piège tabou
Un joujou extra qui fait crac boum hu
Les filles en tombent à mes genoux »

De l’homme de Toumaï évoqué par Julia Kristeva à l’homme contemporain, le sexe, même combat ! Les armes de base n’ont pas évolué, seule l’orchestration s’adapte aux techniques du jour. La guerre et la paix des sexes peut ainsi finir, masterisée en chanson ou à bord d’une Volvo.

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"La vie offre plus qu’une Volvo" (publicité, 2010)

SUR AMAZON :

Guerre et paix des sexes

Elizabeth Badinter Le conflit
Valentine Gobi Des corps en silence
Philippe Djian Incidences
Franz-Olivier Giesbert Un très grand amour

Claude Lévi-Strauss Tristes Tropiques


[1une trentaine d’intervenants au total, durant cinq jours)

[2leur charge électrique est négative

[3tant que les « puces » que l’électronique utilise restera basée sur l’utilisation de cette matière que l’on appelle les semi-conducteurs et dont le silicium est un exemple

[4« Le malentendu, comme de juste. Contribution à partir de la Chine classique ». Rainier Lanselle est Maître de conférences au département des langues et civilisations d’Asie orientale à l’Université Paris Diderot et membre de l’Association « Psychanalyse en Chine ». ».

[5Terres humaines, poche p. 335-341

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