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Cycle Kafka (III) - Autour de la Société Franz Kafka à Prague

Les lieux à la mémoire de Franz Kafka à Prague

D 19 avril 2018     A par Viktor Kirtov - C 5 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Nous poursuivons notre cycle Kafka avec ce troisième volet, commencé avec le thème initial « Franz Kafka, un homme de son temps et du nôtre »
et que nous gardons en fil rouge.

C’est ainsi que nous débutons ce nouveau billet avec une citation de Kafka par Philippe Sollers lors de sa participation à l’émission « On n’est pas couché » ce dernier samedi. On parlait alors de fin de vie, de souffrance liée à la maladie quand Sollers cita Kafka :

Exemple qui complète d’autres citations de Kafka par Yannick Haenel, Jean-Jacques Schuhl, Yann Moix évoquées dans nos autres billets de ce cycle Kafka. Elles témoignent que nos contemporains peuvent encore s’y référer, parce qu’il a abordé des thèmes qui touchent l’universel humain,

Notre propos aujourd’hui sera centré sur« La Société Franz Kafka », cette institution qui avec Max Brod, l’ami éditeur, a beaucoup fait pour promouvoir son œuvre. Et autour de ce focus nous évoquerons les autres lieux de Prague créés pour honorer sa mémoire, post mortem (nous consacrerons un autre billet aux lieux de Prague que Kafka a fréquenté de son vivant)..

Ici, nous nous rendrons dans ces lieux emblématiques - pour les curieux de Kafka -, que sont aujourd’hui :
- Au premier chef, la Société Franz Kafka à Prague
- Le Musée Franz Kafka
- La statue que lui a érigée cette Société, dans un lieu chargé d’histoire face à la Synagogue espagnole
- La tête monumentale et animée de Kafka en acier inoxydable par David Cerny aux abords d’un centre commercial moderne.
- Sa tombe dans le nouveau cimetière juif.

Dans ces lieux, nous avons fait provision de quelques livres pour nourrir aussi notre déambulation dans les textes de ou sur Kafka :.


ZOOM... : Cliquez l’image.

LA SOCIETE FRANZ KAFKA A PRAGUE


Les locaux de la Société Franz Kafka à Prague. © Photos Viktor Kirtov, mars 2018.

Au lendemain de la chute du mur de Berlin (1989) et la révolution de velours en Tchéchoslovaquie (1989), un grand vent de liberté a soufflé sur la République tchéchoslovaque, sous domination soviétique depuis la fin de la sonde guerre mondiale. Nait alors à Prague, en 1990, la Société Franz Kafka qui vise à sortir Kafka de la chape de plomb dont l’avait recouvert le régime communiste qui goûtait modérément ses écrits comme Le Procès, le Château etc.
Les Tchèques allaient pouvoir se réapproprier Kafka.

Avec un premier objectif mêlé d’enthousiasme et d’utopie associés à la liberté retrouvée qui rendait tout possible : il fallait rétablir dans la conscience générale, la grande importance de la pluralité culturelle en Europe centrale où les Tchèques, les Allemands et les Juifs avaient vécu ensemble pendant des siècles.

Même si ces trois communautés se sont méprisées au cours de l’Histoire et notamment du temps de Kafka.
Les Tchèques méprisaient les Allemands qui les « occupaient » alors depuis quatre siècles de règne de la dynastie des Habsbourg sur l’Empire austro-hongrois dont Prague, capitale du Royaume de Bohème faisait partie. La langue officielle était l’Allemand, et l’élite aux commandes, bien que minoritaire était allemande. De quoi frustrer les revendications identitaires et linguistiques des Tchèques qui montaient en puissance. (Un peu comme les Catalans aujourd’hui vis-à-vis du pouvoir espagnol ).

Les Juifs étaient entre le marteau et l’enclume, subissant le double mépris des Tchèques pour leur judéité et pour avoir adopté l’allemand comme langue maternelle. C’était le cas des commerçants juifs aisés (comme les parents de Franz Kafka qui à force de travail étaient sortis du ghetto et s’étaient hissés dans une classe bourgeoise, de langue allemande, pro-pouvoir allemand en place, même s’il ne s’agissait que de petite bourgeoisie). La langue allemande, outre qu’elle était la langue de la bourgeoisie juive, avait une autre qualité, elle était la langue administrative celle qui donnait accès aux emplois publics . (Franz Kakfa, après ses études de droit, est devenu fonctionnaire d’un organisme, un peu l’équivalent de notre sécurité sociale, qui aurait été dédiée à l’assurance des ouvriers contre les accidents du travail). Ce mépris des Tchèques nationalistes à l’égard de sa communauté, les Tchèques juifs de langue allemande a été mal vécu par Kafka.

C’est dire que l’avènement de la république tchécoslovaque en 1918 qui abolissait la dynastie des Habsbourg, redonnait aux Tchèques leur pleine identité avec l’adoption du tchèque comme langue officielle, n’ouvrit pas une ère favorable à la promotion des œuvres de Kafka écrites en langue allemande. Même si Max Brod, l’ami éditeur de Franz Kafka allait s’employer à publier son œuvre dans les années 1920, bien que non terminée - un grand "work-in-progress" fait de fragments, journal etc. Max Brod, conscient de leur valeur littéraire ne suivit pas les prescriptions de Franz Kafka de les détruire. Ainsi, purent être publiés Le Château, des extraits de La Lettre au père etc. des écrits qui auraient manqué à la Bibliothèque universelle s’il les avait détruites. Malgré tout, ces publications ne touchèrent qu’un cercle restreint d’initiés.

L’occupation nazie 1939-1945 n’allait pas non plus ouvrir une ère plus favorable pour Kafka.
Pas plus que la domination soviétique qui suivit jusqu’en 1991 !.

Ainsi, jusque-là, les Tchèques n’avaient accordé que peu d’intérêt pour Kafka et la Société Kafka a grandement oeuvré pour changer cet état de chose.

Les premiers objectifs


- Publication des œuvres de Franz Kafka ´ en traduction tchèque. Il les a écrites en allemand comme nous savons. D’où ce challenge de la Société Franz Kafka de le traduire en tchèque, pour que les Tchèques se réapproprient leur grand écrivain. Franz Kafka est un Tchèque, un des leurs. Kafka, un nom fort répandu parmi les Juifs des régions tchèques de l’ancien Empire des Hasbourg. Son père Hermann Kafka était originaire de la Bohème du Sud.


- Création d’un prix littéraire international portant le nom de Kafka,


- Eriger un monument de Kafka à Prague.

Tous ces objectifs sont aujourd’hui atteints.

Le choucas, logo de la Société Franz Kafka

La Société a adopté comme logo, le choucas, ce corvidé proche du corbeau - la signification littérale de Kafka en tchèque - que le père de Franz avait déjà adopté comme emblème de sa maison de commerce de mercerie en gros. Dans « Franz Kafka/ Souveniirs et Documents », par Max Brod [1] , idées/Gallimard, 1945, cette mention : « Cet oiseau à la tête massive et à la queue abondante servait d’emblème à la firme Herman Kafka, il est reproduit sur ses enveloppes que Franz, dans sa jeunesse, utilisait souvent pour m’écrire »

Mais c’est surtout un symbole de morbidité pour Franz, qui associe toujours le cri des choucas aux ruines. Il écrit ainsi dans le Journal de 1910 :

« J’aurais dû être ce petit habitant des ruines qui prête l’oreille aux cris des choucas » [2]

ou dans le récit intitulé Un vieux parchemin :

« On ne peut pas parler avec les nomades […]. Pour se comprendre entre eux, ils crient comme les choucas… On ne cesse d’entendre ces cris de choucas. Nos mœurs et nos coutumes sont aussi incompréhensibles qu’indifférents »
(Un vieux parchemin, Récits, p.489)

Ce réseau symbolique est associé à la mort, la ruine, l’absence de communication et à la solitude du pariaauquel Kafka s’identifie, toute sa vie durant :

Prix littéraire international Franz Kafka

Le Prix international Franz Kafka, a été créé en 2001 par la Société Franz Kafla en collaboration avec la ville de Prague.

Il vise à récompenser « la création littéraire exceptionnelle du point de vue artistique d’un auteur contemporain, dont l’oeuvre s’adresse à des lecteurs sans tenir compte de leur origine, de leur ethnie et de leur culture, comme l’œuvre de Franz Kafka. » L’association composée d’un jury international reverse 10 000 $ (7 000 euros), remet un diplôme et fait don d’une statuette de bronze (miniature du monument de Kafka à Prague, créé par Jaroslav Róna).

· DOTATION:10 000 $

LAUREATS  : Philip Roth en a été le premier lauréat en 2001 et notre compatriote Yves Bonnefoy en 2007.


Philippe Roth, « Exit le fantôme »

Yves Bonnefoy
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· 2001 :Philip Roth
· 2002 :Ivan Klíma
· 2003 :Péter Nádas
· 2004 :Elfriede Jelinek
· 2005 :Harold Pinter
· 2006 :Haruki Murakami
· 2007 :Yves Bonnefoy
· 2008 :Arnošt Lustig
· 2009 :Peter Handke
· 2010 :Václav Havel
· 2011 :John Banville
· 2012 :Daniela Hodrová
· 2013 :Amos Oz
· 2014 :Yan Lianke
· 2015 :Eduardo Mendoza
· 2016 :Claudio Magris
· 2017 :Margaret Atwood

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LE SURPRENANT MUSEE KAFKA, quartier Mala Strana

Pour atteindre ce musée, il vous faut quitter la vieille ville, passer le pont Charles, vous débouchez alors dans le quartier Mala Strana, littéralement le Petit Côté, à proximité de la rivière Vltava, en contrebas de la colline du château. Même si Kafka n’évoque jamais directement sa ville de Prague, dans ses romans, elle y est omniprésente. Kafka parle de la « colline du château » qui s’offre à nos yeux, en bordure de la Vltava, côté vieille ville.

A la sortie du Pont Charles, à droite, vous allez trouver la rue Cihelna et au 2b, se situe le musée.
N’hésitez pas à franchir un portail contemporain, modeste, ouvrant sur une vaste cour entourée de constructions basses récentes, sans étage. Au fond, le local du musée. A gauche, un bar-restaurant avec terrasse et parasols. A droite, un petit bâtiment classique, aux murs roses – Prague comporte beaucoup de bâtiments aux façades colorées , il accueille la boutique du musée, avec sa librairie, un lieu magnétisme pour nous. Au milieu de la cour, une étonnante sculpture de l’artiste tchèque contemporain David Cerny attire l’œil.

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La modeste entrée sur la cour du Musée, quartier Mala Strana

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Au fond de la cour intérieure, le musée proprement dit. Photo Viktor Kirtov 03/2018

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La photo de Kafka, la meilleure icone marketing d’identification de la ville à son glorieux écrivain.

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La boutique du musée, dans un bâtiment séparé.

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Les pisseurs de David Cerny dans l’enceinte du musée

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La cour du Musée Kafka avec les pisseurs de David Cerny et le restaurant-bar à gauche.

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Une curieuse installation est présente dans l’enceinte du musée, œuvre d’un artiste provocateur David Cerny. Deux hommes nus en bronze, plus grands que nature, nus et pénis en érection urinent nonchalamment dans un bassin, qui -à la forme de la République tchèque… Les visiteurs semblent plutôt amusés qu’offensés, mais voient-ils dans la forme du bassin, la République tchèque ? Pas sûr.

L’œuvre est aussi une animation cinétique. Un mécanisme électronique anime les hanches des deux pisseurs. Aidés de la main ils lèvent et descendent leur pénis qui émet un filet d’eau, dessinant dans le bac, non des cercles, mais des lettres de citations d’hommes célèbres. C’était peut-être l’intention du concepteur, mais ces messages nous ont échappé. Même si le mécanisme a été conçu pour permettre aux visiteurs de composer leur propre message à partir d’un SMS émis à partir de leur mobile…

Quel lien avec Franz Kafka ?

L’histoire ne le dit pas. Notons toutefois que ces statues ne sont pas dotées d’un sexe rabougri comme on le voit souvent sur les statues classiques romaines, il s’agit là d’un sexe aux dimensions plus flatteuses qui pourrait rassurer Kafka dont on sait qu’il entretenait une relation pathologique avec son corps, un sentiment d’irréalité, mais aussi de honte et d’extrême pudeur. Il n’aimait pas son corps et sexualité était pour lui quelque chose de foncièrement sale. Attraction et répulsion du sexe selon les moments, son journal révèle, en effet, qu’il fréquentait les bordels de Prague, et aussi lors de son voyage à Paris avec Max Brod. Ses correspondances avec ses fiancées successives montrent un homme peu enclin aux jeux sexuels. Doute-t-il parfois de sa virilité ? Ce monument en forme d’exorcisme aux complexes de Franz Kafka ? L’artiste ne le confirme pas.

Deux hommes qui pissent sur leur pays, est-ce aussi choquant pour des Praguois que ce peut l’être pour nous ?

En recherchant sur ce thème , voici ce que nous avons trouvé :

1) les mères tchèques font encore naturellement uriner les enfants dans les caniveaux.

2) il existerait aussi un idiome tchèque sur le thème de « pisser sur quelqu’un » dont nous n’avons pas de traduction ad-hoc, mais qui semblerait plus fataliste que véritablement subversif. Ce qui fait remonter à ma mémoire, un souvenir de collégien, quand notre prof de physique se lamentant de notre passivité face à ses cours et lançait son leitmotiv favori : « c’est comme si je pissais dans un violon ! »

INCONTOURNABLE DAVID CERNY

ZOOM... : Cliquez l’image.

Aujourd’hui, l’art contemporain tchèque, c’est David Cerný ! Omniprésent et controversé, l’artiste provocateur a posé sa marque sur Prague où plus d’une dizaine de ses œuvres monumentales vous interpellent dans nombre d’endroits stratégiques de la capitale tchèque . Il s’est fait connaître en 1991 en repeignant en rose un char russe qui rendait hommage à la libération de la ville par l’Armée rouge en 1945 (mais ce sont aussi des chars des pays du Pacte de Varsovie qui ont mis fin en 1968, à la tentative de libéralisation du régime connue sous le nom de « Printemps de Prague »,) .

Plus ICI

Avons lu dans un entretien de l’artiste dans un journal américain dont nous n’avons plus la source qu’il aurait aussi avancé, comme explication à son œuvre, une certaine forme de passivité de ses concitoyens à subir les dominations étrangères au cours de leur Histoire (sous toute réserve - l’artiste aime aussi la provocation gratuite, sans exégèse). Notons cependant que Jan Palach, étudiant tchèque s’est immolé par le feu sur la place Venceslas à Prague le 16 janvier 1969. Par ce suicide public, Jan Palach souhaitait protester contre l’indifférence de la population à l’invasion de son pays par les forces du Pacte de Varsovie en août 1968. Cette invasion avait mis fin brutalement au Printemps de Prague, et aux réformes d’Alexander Dubcek dont l’objectif était l’humanisation du système socialiste tchèque.

A l’intérieur du Musée

Prague rend hommage à Kafka dans un musée qui lui est entièrement dédié. Sa vie et son oeuvre y sont présentées dans les photographies, manuscrits, lettres, journaux intimes, dessins et objets du quotidien. Animations vidéo et audio. Jeux d’ombres et de lumière. Pénombre ambiante pour mettre en valeur les documents les plus précieux présentés en fac-similé grand format dans des vitrines éclairées par des projecteurs.

Un manuscrit de son Journal : Entrée du 3 janvier 1912.


Facsimilé d’un manuscrit original détenu par l’Université d’Oxford .(Bodlean Library).
Université d’Oxford (Bodlean Library).

détentrice d’une collection de manuscrits autographes de l’écrivain

Un aperçu du catalogue de cette collection ICI

Voici une traduction du manuscrit ci-dessus par Laurent Margantin, toute récente, elle date du 20 janvier 2018. Laurent Margantin s’est attelé à un travail qui mérite d’être salué, la traduction complète du Journal – Max Brod, l’ami de Franz Kafka en avait censuré quelques parties – travail qu’il partage en accès libre sur Internet, work in progress, qu’il poursuit à son rythme.

« Il est très facile de distinguer chez moi une concentration sur l’écriture. Quand il fut clair dans mon organisme que l’écriture était pour mon être la voie plus profitable, tout se rassembla en un seul point et laissa inoccupées toutes les autres facultés qui étaient dirigées en priorité vers les joies du sexe, de la nourriture, de la boisson, de la réflexion philosophique. Je maigrissais de tous ces côtés. C’était nécessaire parce que mes forces étaient si limitées dans leur totalité que c’était seulement toutes ensemble qu’elles pouvaient servir à peu près au but de l’écriture. Naturellement, je n’ai pas trouvé ce but tout seul et délibérément, il s’est trouvé lui-même, et aujourd’hui, la seule chose qui puisse l’empêcher de se réaliser, mais radicalement, c’est le bureau. En tout cas, je n’ai pas le droit de me lamenter si je ne supporte aucune femme à mes côtés, si je comprends presqu’autant de choses à l’amour qu’à la musique, devant me contenter de saisir au vol ses effets les plus superficiels, si j’ai dîné à la Saint-Sylvestre de quelques salsifis avec des épinards et bu avec cela un ¼ de Ceres, et si j’étais incapable de participer dimanche à une lecture par Max de ses travaux philosophiques ; ce qui compense tout cela apparaît clairement. Puisque mon développement est à présent achevé et qu’il n’y a plus rien à sacrifier autant que je puisse m’en rendre compte, je n’ai donc plus qu’à évacuer de cet ensemble le travail de bureau pour commencer ma vraie vie, dans laquelle mon visage pourra enfin vieillir naturellement au même rythme que mes travaux. »

© Franz Kafka, traduction Laurent Margantin

20 janvier 2018

Les dessins de Franz Kafka

Transcription de la légende
Durant son année à l’Assicurazioni Generali (1907-1908) [son premier emploi au sein de ce grand groupe d’assurances italien], Frank Kafka se sentait plus dessinateur qu’écrivain [Avant de s’inscrire en étude de Droit, il avait, effectivement, suivi pendant quelques mois des cours de dessin]. Dans une lettre à Felice Bauer, il écrit [non sans humour] : « En d’autres temps, j’ai été un grand dessinateur mais j’ai appris le dessin au sein de l’institution académique sous la direction d’une femme peintre médiocre qui causa la perte de tout mon talent. ». Des dessins de Kafka, quelques cinquante nous restent. Le style en est clairement expressionniste. L’animation projetée au sein de ce musée est basée sur les dessins reproduits ici. C’est un tribut à la descente quotidienne de l’âme de Kafka dans les abysses de la page blanche.
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Le silence presque total de la critique, quant aux dessins de Franz Kafka et à l’intérêt qu’il porte, (dans son journal), aux arts visuels, théâtre, cinéma, peinture, est à l’origine de ce livre.

Ils ont été publiés de manière sporadique, au gré des éditions allemandes, anglaises, américaines ou françaises, introduits dans le corps des écrits sans rapport avec eux. Cet ouvrage se donne pour propos de renouer avec les commentaires de Max Brod qui, du vivant de Kafka, conviait le public à reconnaître en son ami le double talent d’écrivain et de dessinateur et à voir un parallélisme entre ses dessins et ses récits.

Cet ouvrage rassemble et recense les dessins éparpillés comme toute l’oeuvre de Kafka à la suite de la guerre, puis à la mort de Max Brod. Une grande partie d’entre eux demeure inaccessible à ce jour par la volonté des exécuteurs testamentaires. La question de leur accès pèse lourdement sur la réception qui en est faite. Quelque 50 dessins seulement nous sont connus. C’est peu.

Analysés, comparés, classés, ils font néanmoins apparaître une étroite parenté de style avec les courants artistiques allemands, l’expressionnisme de Nolde ou Meidner, le blaue Reiter de Kandinsky, fart abstrait de Klee. En tant que dessins d’écrivain, ils ont surtout pour particularité de prendre place dans la page écrite du journal ou des cahiers, dans le corps du récit, et entretiennent un lien organique avec le texte pour l’illustrer, l’anticiper, le préparer, montrer, à la façon de la peinture chinoise, une analogie graphique entre trait d’écriture et de dessin.

Plus de dessins de Kafka

UN MYSTERIEUX CAVALIER A COTE DE LA SYNAGOGUE ESPAGNOLE


Le mystérieux cavalier Franz Kafka regarde d’en haut touristes et Pragois.

Cette statue de Franz Kafka est située rue Dusni à la lisière de l’ancien quartier juif Josefov de Prague, devant la Synagogue espagnole que l’on aperçoit sur la droite,.

En bronze, elle mesure 3,75 mètres de hauteur et pèse 700 kilos.

C’est une statue « équestre » mais l’écrivain ne monte pas à cheval, il est assis sur les épaules d’un géant sans bras ni tête, représenté par ses seuls vêtements vides de corps ? La statue pourrait évoquer le golem, où le déchirement et désarroi présents dans l’œuvre kafkaïenne comme le précise ci-après son créateur.

Elle est l’œuvre du sculpteur Jaroslav Róna et lui a été inspirée par la nouvelle Beschreibung eines Kampfes (Description d’un combat) de Kafka qui conte, notamment, la promenade dans Prague d’un homme perché sur les épaules d’un autre. Jaroslav Rona explique :

« J’ai voulu que la statue exprime le déchirement, la division intérieure que l’on trouve dans les textes de Kafka. Alors j’ai décidé de faire deux personnages. Je me suis inspiré de sa nouvelle ’Description d’un combat’. C’est l’histoire de deux personnes, qui font connaissance dans une soirée, quelque part près de Petrin à Prague. Ils se promènent, traversent le pont Charles et dans la Vieille Ville, celui qui s’appelle K. monte soudainement sur les épaules de son interlocuteur jusqu’à présent admiré. Il l’apprivoise et le prend pour un cheval. Ils traversent des paysages imaginaires, qui naissent dans l’esprit du cavalier. »

Un projet de la société Franz Kafka, qui a réussi à le mener à bien avec le soutien financier et organisationnel de la ville de Prague et de la Nova Foundation. La statue a été inaugurée le 4 décembre 2003, l’année marquant les 120 ans de la naissance de l’écrivain écrivain.

L’idée de construire un monument de Kafka à Prague est née dans la société Franz Kafka peu après sa création en 1990 L’idée d’ériger le monument a pris des contours plus précis après que le projet eut reçu l’appui de la société "Prague-la ville européenne de la culture 2000 ". Et cette année-là a également vu un concours d’art, une exposition d’affiches (tenue dans la Galerie Franz Kafka alors, la place de la vieille ville de Prague), et la publication d’un catalogue d’exposition.

Organisé par la société Franz Kafka, le concours d’art a invité sept grands artistes tchèques à participer au projet, (les maquettes préparées pour la compétition sont aujourd’hui conservées dans les locaux de la société Franz Kafka, dans la pièce qui abrite également la bibliothèque Kafka). Le Projet Jaroslav Róna été sélectionné au deuxième tour par huit des 11 jurés, tandis que les trois autres jurés l’avait placé en deuxième ou troisième place.

Le lieu d’implantation du monument entre l’église du Saint-Esprit et la synagogue espagnole-a été choisi en coopération avec les responsables de la ville à Prague.

« Description d’un combat » (l’œuvre de Kafka qui a inspiré le sculpteur)

Trad. de l’allemand par Claude David. Avant-propos de Pietro Citati

Collection Folio bilingue (n°119), Gallimard

Parution : 19-02-2004

288 pages + 8 p. hors texte, 11 ill., 108 x 178 mm

« Description d’un combat » a la particularité d’être le premier texte de Kafka. Ecrit en 1904,

C’est probablement vers la fin de 1904 que Kafka entreprit la première de ses œuvres qui nous soit conservée, la Description d’un combat (Beschreibung eines Kampfes). C’est un récit en plusieurs parties, dont deux morceaux ont été publiés sous pseudonyme, en 1909, dans la revue Hyperion de Franz Blei (1871-1942), mais auquel Kafka semble avoir encore travaillé en 1910 et en 1911.

Le thème du combat constitue un élément fondamental de toute la création littéraire de Kafka, traduisant le conflit intime de son existence et sa lutte sourde et tenace contre toutes les formes du pouvoir.

L’extrait :

II DIVERTISSEMENTS OU COMME QUOI IL EST PROUVÉ QU’IL EST IMPOSSIBLE DE VIVRE

1 Chevauchée

Avec une habileté qui ne m’était pas coutumière, j’avais bondi déjà sur les épaules de mon compagnon et je le mis au petit trot grâce à quelques coups de poing dans le dos. Et, comme il se montrait encore un peu rétif, piaffait et parfois restait sur place, je lui assenai quelques coups de botte dans le ventre, afin de lui donner du nerf. J’y réussis et nous arrivâmes assez vite au cœur d’une vaste région, encore inachevée, sur laquelle le soir régnait.

La route ou je chevauchais était pierreuse et montait fort, ce qui justement m’agréait. Je m’évertuai à la rendre plus escarpée et plus pierreuse encore. Dès que mon compagnon trébuchait, je le tirais en l’air par les cheveux ; dès qu’il soupirait, je lui administrais quelques coups de poing sur la tête. J’éprouvais combien cette chevauchée nocturne était salubre, dans l’humeur où je me trouvais, et, pour la rendre plus échevelée encore, je fis souffler sur nous en longues rafales un fort vent debout. J’exagérai alors sur les larges épaules de mon compagnon le mouvement du galop et, en me cramponnant des deux mains à son cou, je rejetais la· tête loin en arrière et observais les nuages aux formes multiples qui, plus faibles que moi, voguaient lourdement dans le vent. Je riais et tremblais d’exaltation. Mon veston gonflé d’air accroissait mon pouvoir. En même temps, je resserrais les mains, comme si j’ignorais que je risquais ainsi d’étrangler mon compagnon.

Quand le ciel me fut caché par les branches courbées des arbres que je faisais croître le long de la route, je me tournai vers lui et lui dis, porté par l’exaltation de ma course : « J’ai mieux à faire que d’écouter constamment des propos amoureux. Qu’est-il venu faire avec moi, ce bavard enamouré ? Ils sont tous heureux et le sont d’autant plus qu’ils mettent les autres au courant. Ils croient passer une bonne soirée et se réjouissent déjà de la vie qui les attend dans l’avenir. »

Ce fut à ce moment que mon compagnon tomba et, lorsque je l’examinai, je lui découvris une grosse blessure au genou. Comme il ne pouvait plus m’être utile, je l’abandonnai sur les cailloux. Je me contentai de siffler quelques vautours pour lui servir de gardiens. Du haut des airs, ils accoururent docilement et, le bec grave, se posèrent sur son corps.

Nota ; Le « Je » qui s’exprime ici, abuse de son pouvoir et en jouit sadiquement, sans égard pour son compagnon, qui sous la maltraitance et l’effort démesuré va chuter et se blesser sévèrement au genou. Devenu inutile, le compagnon est abandonné « sur les cailloux » et cyniquement le narrateur « siffle quelques vautours pour lui servir de gardiens ».
Comment ne pas voir là, une charge violente contre toute forme de pouvoir oppresseur inhumain, sans la moindre considération pour l’individu, taillable et corvéable à merci, Et jetable. Univers kafkaïen ? Ou thème toujours actuel parce qu’universel : Kafka, un homme de son temps et du nôtre… notre fil rouge.


Il existe deux versions de
Description d’un combat. Max Brod, son exécuteur testamentaire offrira dans le tome VIII des Oeuvres les deux manuscrits de Description d’un combat. Les deux textes divergent à partir du chapitre « Promenade », c’est-à-dire le chapitre qui suit « Chevauchée » que nous venons de reproduire ci-dessus. La version publiée ici est le manuscrit A sans doute écrit entre 1904 et 1907

2 Promenade

Sans me faire de soucis, je poursuivis ma route.

Selon mon désir, les pierres disparurent et le vent tomba. Je marchais d’un bon pas, et, comme la route descendait, je relevais la tête, raidissais le corps et me croisais les bras derrière la tête. Comme j’aime les forêts de pins, je traversais des forêts de pins et, comme il ne me déplaît pas de contempler silencieusement le ciel étoilé, les étoiles montèrent lentement, paisiblement pour moi dans le ciel déployé, comme elles ont d’ailleurs coutume de le faire. J’apercevais seulement des nuages allongés que le vent, soufflant à leur hauteur, déplaçait dans les airs.[…]

Nota : En total contraste, avec « La chevauchée », le narrateur poursuit ici, une promenade sereine, en harmonie avec la nature, et finit par déclarer :

C’est ainsi que je jouais avec ma vie future et je tentais obstinément d’oublier. En même temps, en clignant des yeux, je regardais le ciel, qui était d’une couleur particulièrement heureuse. Il y avait longtemps que je ne l’avais pas vu ainsi ; j’en fus ému et je me remémorai certains jours, où j’avais cru déjà le voir ainsi. Je cessai de me boucher les oreilles, j’ouvris tout grands les bras et les laissai retomber parmi les herbes.

J’entendais au loin quelqu’un sangloter doucement.

Le vent se leva et une multitude de feuilles sèches, que je n’avais pas vues auparavant, s’envolèrent dans un froissement. Des fruits encore verts tombèrent sans raison des arbres. D’affreux nuages s’élevèrent derrière une montagne. Les vagues du fleuve grincèrent et reculèrent sous le vent.

Je me levai d’un bond. Mon cœur me faisait mal, car il me semblait maintenant impossible de jamais sortir de mes souffrances. Je m’apprêtais à faire demi-tour pour quitter ce pays et retrouver ma vie d’autrefois, quand une pensée me vint à l’esprit : « Comme il est étrange que, de nos jours encore, des personnes de qualité, pour franchir un fleuve, usent d’un procédé si incommode. La seule explication est qu’il doit s’agir d’une ancienne coutume. » Je secouai la tête, tant j’étais étonné.

Nota : La section II commencée avec « 1. La chevauchée » se poursuit ainsi avec « 2. Promenade » et ensuite sur 67 pages avec les chapitres :
3. Le gros homme
a) Allocation au paysage
b) Début de la conversation avec l’homme en prière
c) Histoire de l’homme en prière
d) Suite de la conversation entre le gros homme et l’homme en prière
4. Fin du gros homme

A découvrir dans le texte pour entrer dans l’univers onirique et fantastique de l’écrivain, ses coqs à l’âne, ses labyrinthes, ses rêves éveillés, sa dialectique déroutante où l’absurde dévoile cependant des horizons qui ne le sont peut-être pas, des fragments de vérité insoupçonnée derrière la montagne, le dialogue intérieur qui se confond avec l’extérieur, les interconnections souterraines de toutes ces histoires parallèles - en séquence dans le récit -, entre fables, contes et journal intime dont le point commun est qu’elles sont vécues par le même narrateur, qui y exprime son « je » - posture, nous l’avons vu, peu fréquente dans ses nouvelles. Perdez vos repères pour entrer en apesanteur – entre rêve et réalité - dans le monde de Kafka. C’est une expérience à vivre !

DAVID CERNY SCULPTE KAFKA... ET LE METAMORPHOSE !

Une autre œuvre de l’artiste David Cerný, cet immense buste de Kafka situé dans une zone moderne à proximité du centre commercial Quadrio. Ce Tchèque que nous avons déjà rencontré au musée Franz Kafka ne recule devant aucune envie, niaucune folie. Ainsi, quand il a voulu rendre hommage au célèbre et étrange auteur de LaMétamorphose il a décidé d’ériger une représentation de Franz Kafka en tout point incroyable : elle est argentée, elle est immense… et, surtout, elle est en perpétuelle métamorphose ! Une oeuvre intelligente, belle et très impressionnante !

L’oeuvre, érigée en 2014, pèse 45 tonnes (dont 38 tonnes en mouvement !) Il s’agit, en effet, d’une statue mobile composée de « couches » (c’est l’une des signatures de l’artiste… disons en plus de son sens de la provocation). Chaque élément tourne, formant et déformant la statue pour la configurer regardant dans une direction différente. Elle mesure 11m de haut et comporte 42 couches mobiles animées par 42 moteurs.

Autant de chiffres qui ne vous diront pas grand chose avant d’avoir vu la statue en action. Alors, regardez, et admirez le travail [3]


LA TOMBE DE KAFKA DANS LE NOUVEAU CIMETIERE JUIF


ZOOM... : Cliquez l’image.

La tombe, œuvre de l’architecte L. Ehrmann a la forme d’un cristal hexagonal.

Trois noms inscrits sur la pierre tombale,

Dr FRANZ KAKA
1883-1824

HERMANN KAFKA
1854-1931

JULIE KAFKA
1856-1934

La petite plaque à la base est dédiée aux trois sœurs de Kafka, toutes mortes dans des camps de concentration nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Sur le mur d’en face, une plaque commémorative a été posée à la mémoire de Max Brod, son grand ami et diffuseur de son œuvre, enterré en Israël.

Ainsi Kafka, dont l’œuvre témoigne d’une singulière solitude, est-il enterré dans le même caveau que ses parents, et en particulier avec son père, trouvant dans la mort, la paix qu’ils n’ont pas trouvé de leur vivant et dont la Lettre au père témoigne :

La Lettre au père

Un texte de quelques 90 pages écrit en 1919, publié dans son intégralité, tardivement en 1952 (près de 15 ans après le Journal). En novembre 1919, Franz Kafka, alors âgé de 36 ans, veut épouser Julie Wohryzek. Le père de Kafka, Hermann, dans les termes les plus crus, dénonce la mésalliance. Le mariage est annulé. « Je ne crois pas que tu m’aies jamais aussi profondément humilié », écrit le fils au terme de la lettre qu’il compose à la suite de ce choc. Le réquisitoire contre le père est redoutable : un rappel circonstancié de l’incompréhension mutuelle, remontant de la petite enfance jusqu’à ces épousailles manquées. Quatre ans, plus tard, Franz succombera de sa tuberculose.
La Lettre au père de Kafka est devenue un « classique » du XXe siècle ; elle a représenté pour de nombreux commentateurs une véritable clé pour l’analyse de ses oeuvres.

Très cher père,

Tu m’as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d’habitude, je n’ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m’inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence.

Et si j’essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplète, parce que, même en écrivant, la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension.

En ce qui te concerne, les choses se sont présentées très simplement, du moins pour ce que tu en as dit devant moi et, sans discrimination devant beaucoup d’autres personnes. Tu voyais cela à peu près de la façon suivante : tu as travaillé durement toute ta vie, tu as tout sacrifié pour tes enfants, pour moi surtout ; en conséquence, j’ai « mené la grande vie », j’ai eu liberté entière d’apprendre ce que je voulais, j’ai été préservé des soucis matériels, donc je n’ai pas eu de soucis du tout ; tu n’as exigé aucune reconnaissance en échange, tu connais « la gratitude des enfants », mais tu attendais au moins un peu de prévenance, un signe de sympathie ; au lieu de quoi, je t’ai fui depuis toujours pour chercher refuge dans ma chambre, auprès de mes livres, auprès d’amis fous ou d’idées extravagantes ; je ne t’ai jamais parlé à coeur ouvert, je ne suis jamais allé te trouver au temple, je n’ai jamais été te voir à Franzensbad, d’une manière générale je n’ai jamais eu l’esprit de famille, je ne me suis jamais soucié ni de ton commerce, ni de tes autres affaires, j’ai soutenu Ottla [sa sœur dont il se sentait le plus proche] dans son entêtement et, tandis que je ne remue pas le petit doigt pour toi (je ne t’apporte même pas un billet de théâtre), je fais tout pour mes amis. Si tu résumes ton jugement sur moi, il s’ensuit que ce que tu me reproches n’est pas quelque chose de positivement inconvenant ou méchant (à l’exception peut-être de mon dernier projet de mariage), mais de la froideur, de la bizarrerie, de l’ingratitude. Et ceci, tu me le reproches comme si j’en portais la responsabilité, comme s’il m’avait été possible d’arranger les choses autrement ! disons en donnant un coup de barre !, alors que tu n’as pas le moindre tort, à moins que ce ne soit celui d’avoir été trop bon pour moi.

Cette description dont tu uses communément, je ne la tiens pour exacte que dans la mesure où je te crois, moi aussi, absolument innocent de l’éloignement survenu entre nous. Mais absolument innocent, je le suis aussi. Si je pouvais t’amener à le reconnaître, il nous serait possible d’avoir, je ne dis pas une nouvelle vie, nous sommes tous deux beaucoup trop vieux pour cela, mais une espèce de paix ! d’arriver non pas à une suspension, mais à un adoucissement de tes éternels reproches.

L’intégrale de la Lettre (pdf) ICI


Lettre au père n’est pas une fiction littéraire ; elle n’en est pas moins l’imaginaire d’un procès qui n’aura pas lieu. Cette lettre ne fut jamais lue par son destinataire. Kafka l’avait remise à sa mère pour qu’elle la remette à son père, mais sa mère, après en avoir pris connaissance, la rendit à Franz.

…«  Parlez maintenant ou taisez-vous à jamais » demande l’officiant lors d’une cérémonie de mariage. Son père avait des objections majeures- de son point de vue - quant au nouveau projet de mariage de Franz. Il les lui a dîtes violemment (Kafka utilise même le mot « méchant » à cette occasion, dans sa lettre, même s’il précise que c’est une exception). C’est ce qui a déclenché cette lettre de son fils - l’écriture étant son moyen le plus naturel d’expression - mais sa mère a jugé que le fils devait plutôt se taire à jamais.

…Seule la mort pouvait les unir dans une même paix.

Vous pouvez la partager dans ce nouveau cimetière juif de Prague, celui qui a succédé à l’ancien cimetière juif du quartier juif de la vieille ville – où 12000 stèles témoignent d’autres vies - à proximité de la statue « équestre » de Franz Kafka, juché sur les épaules d’un ami. Errance dans la ville, à la poursuite de ses fantômes. Le combat d’une vie.
Il peut maintenant reposer là, en paix avec lui-même et avec les autres.

VOIR AUSSI

...les autres billets de ce cycle Kafka :
- Cycle Kafka (I) : un homme de son temps et du nôtre
- Cycle Kafka (II) : La Métamorphose

oOo

[1ami et éditeur post mortem du Journal de Kafka

[2Kafka, Récits, Œuvres Complètes II, Paris, Gallimard, 1980, p. 124.

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5 Messages

  • Viktor Kirtov | 10 juillet 2018 - 18:32 1

    Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous –

    Franz Kafka, sur la lecture, dans une magnifique lettre à Oskar Pollak, datant de 1904.

    Crédit : https://www.facebook.com/severine.jouve.58


  • Viktor Kirtov | 21 juin 2018 - 20:23 2

    par Linda Lê
    www.en-attendant-nadeau.fr

    Qui, s’étant promené entre l’île Kampa, Josefov et Malá Strana, ne se souvient pas de cette phrase de Kafka dans une lettre de décembre 1902 à Oskar Pollak : «  Prague ne nous lâchera pas. Ni l’un ni l’autre. Cette petite mère a des griffes. Il faut se soumettre, ou bien… Nous devrions mettre le feu aux deux bouts, au Vyšehrad et au Hradschin, alors peut-être pourrions-nous partir  » ?


    Karel Capek, Contes d’une poche et d’une autre poche. Trad. du tchèque par Barbara Faure et Maryse Poulette. Éditions du Sonneur, 502 p., 24,50 € Jaroslav Hašek, Les aventures du brave soldat Švejk. Trad. du tchèque par Benoît Meunier. Édition de Jean Boutan. Gallimard, coll. « Folio », 439 p., 8,30 €


    Capitale magique de l’Europe selon André Breton, Prague, qui « vous attrape avec ses brumes, ses maléfices, son miel empoisonné », écrit Angelo Ripellino dans Praga magica, n’en finit pas d’envoûter le voyageur. Elle attire dans ses filets les amoureux de cette « fabrique d’Absolu » qu’est la littérature de Karel Capek : au cours de sa brève mais riche et intense vie (il est mort en 1938, à l’âge de quarante-huit ans), il aura mêlé satire et utopie, drame prophétique et farce tragique, récits apocryphes et légendes faustiennes, tout en prétendant que les plus beaux textes sont ceux que l’on n’aura jamais écrits.

    Prague, cependant, tout en possédant des sortilèges dont Karel Capek et son frère Josef, brillant illustrateur qui devait périr dans un camp nazi, l’ont pourvue, est aussi l’inquiétante ville du Golem et celle, burlesque et joyeusement apocalyptique, du brave soldat Švejk, extraordinaire invention de Jaroslav Hašek (né comme Kafka en 1883 et mort en 1923 en laissant inachevé son chef-d’œuvre sur les aventures de Švejk le bouffon égaré dans la Grande Guerre). Švejk, c’est un peu la rencontre de Georg Grosz et de Charlot. L’apparition de ce propre à rien sans cervelle dans le roman de Hašek est saluée dès la première scène par une exclamation : « Et voilà. Ils nous ont tué Ferdinand », qui n’est pas sans rappeler la note lapidaire du 3août 1914 dans le Journal de Kafka : « L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. – Après-midi piscine. »


    Le bar praguois où Jaroslav Hašek écrivit « Les aventures du brave soldat Švejk » © Matt Janicki

    Jusqu’à maintenant, le si fameux roman de Hašek était connu en France par la traduction, faite dans l’entre-deux-guerres, de Jindrich Horejsi, qui imposa la graphie « Chvéïk », de sorte que la traduction, faite, elle, dans les années 1970, que nous devons à Claudia Ancelot, des Nouvelles aventures et des Dernières aventures de notre clown praguois, conserve la même graphie pour son nom. Il est peut-être temps de redécouvrir l’œuvre, avec tous ses registres de langue, ses germanismes, ses étrangetés langagières, son argot plus ou moins vieilli, grâce à la nouvelle traduction de Benoît Meunier, dont l’édition des Aventures du brave soldat Švejk, précédée d’une préface substantielle de Jean Boutan, s’enrichit des illustrations de Josef Lada datant des années 1920 et donnant au livre l’aspect d’un vrai roman populaire.

    Le hasard des publications permet de découvrir deux visages de la capitale de la Bohême, celle du cocasse et pourtant si terrible roman de Hašek, et celle, facétieuse, pleine de hantises, des Contes d’une poche et d’une autre poche de Karel Capek, qui se fait l’émule de Chesterton.


    Karel Capek

    Auteur prolifique, Karel Capek a conté de façon incisive la révolte des robots dans R.U.R., de manière désopilante et effrayante une Guerre des salamandres, de façon drolatique la vie d’un plagiaire (La vie et l’œuvre du compositeur Foltyn), de manière somptueusement décadente une histoire d’immortalité (L’affaire Makropoulos), pour ne citer que ses œuvres les plus connues. Dans Contes d’une poche et d’une autre poche, où des cartomanciennes, des voyants, des graphologues côtoient des cambrioleurs-poètes, où des malfaiteurs opèrent avec la même habileté que les escrocs au mariage, où des chrysanthèmes bleus ne sont pas sans évoquer la fleur bleue des romantiques allemands, où des demoiselles des postes accusées à tort prennent leur revanche d’outre-tombe, où des barons vivant de chantages sévissent avec la même régularité que les auteurs de lettres anonymes, c’est un Capek lecteur (de son propre aveu) de Dickens et des Mille et Une Nuits, mais aussi d’Andréev et de Hamsun, qui nous entraîne à la découverte d’une Bohême insolite, Capek s’offrant le plaisir d’ouvrir des parenthèses qui intriguent, charment, donnent le frisson ou mettent à l’épreuve notre capacité de juger sans œillères.

    Si Capek excelle à nous plonger dans les brouillards de l’ambiguïté, Hašek n’a pas son pareil pour parler de l’idiotie. Les premières lignes des Aventures du brave soldat Švejk nous apprennent qu’il a été réformé pour crétinisme profond quelques années auparavant. Il y aurait, si cela ne semblait antinomique avec un livre aussi ubuesque que celui de Hašek, toute une étude à écrire sur la bêtise chez Švejk le débiteur de fadaises (le souhait de Hašek n’était-il pas que le mot « Švejk » devienne « une nouvelle insulte dans la couronne fleurie des invectives » ?) Le lecteur se contenterait de se demander s’il n’y aurait pas un rapprochement à faire entre la bêtise de Švejk et celle d’Ah Q, le « héros » de Luxun.

    Mais attardons-nous plutôt sur la biographie de Hašek, qui paraît avoir inventé en Švejk un parfait double romanesque. Commis dans une droguerie, rédacteur d’une revue de vulgarisation pour éleveurs et zoophiles (où il dissertait sur l’alcoolisme chez les animaux), marchand de chiens (« d’ignobles bâtards dont il falsifiait les pedigrees », est-il dit de Švejk dès la première page du roman, tandis que son créateur est allé même jusqu’à ouvrir un institut cynologique dans la banlieue praguoise où, aidé d’un complice zélé, il attrapait les chiens errants vendus ensuite comme des bêtes de race), leader politique (du « parti du progrès dans les limites de la loi » qui, tenant réunion dans des tavernes, mettait en garde contre le radicalisme et prônait un certain « hâtons-nous lentement », jugé de meilleure tactique), avant de devenir, au lendemain de la révolution d’Octobre, un commissaire bolchevique, au dire d’Angelo Ripellino, qui prend un plaisir évident à relater dans le moindre détail les événements de la vie de celui qui disait être « écrivain de sa majesté impériale et royale, père des pauvres d’esprit et voyant parisien patenté ».

    Si l’on veut imaginer quelle a été l’existence de ce prince des vauriens, il suffit de se reporter à quelques épisodes fameux des Aventures du brave soldat Švejk, même s’il est certain que légendes, rumeurs, contes à dormir debout ont circulé partout dans la Bohême à propos de son extravagant et farfelu héros national. Comment il partit à la guerre, comment il devint l’ordonnance du premier-lieutenant Lukáš, comment il fut envoyé dans un asile d’aliénés (où un pensionnaire se prenait pour le septième volume d’une encyclopédie), comment il se retrouva à la prison militaire, comment il servit la messe avec l’aumônier militaire (car « la Grande Guerre, cette vaste boucherie, ne pouvait pas avoir lieu sans la bénédiction des prêtres… Des quatre coins de l’Europe, les hommes partaient à l’abattoir comme des moutons, suivant docilement, outre leurs bouchers d’empereurs, de rois, de potentats et autres chefs de guerre, des prêtres de toutes les confessions possibles »).


    Jaroslav Hašek

    Si Hašek et son alter ego romanesque ont tant fasciné, c’est aussi parce que, à l’image de quelques libertaires célèbres, il a été un de ces coureurs de tavernes, un de ces anarchistes révoltés amis des parias, dit Angelo Ripellino, qui en fait le représentant le plus fantaisiste de la Prague protectrice des saltimbanques et des vagabonds. Son héritier pourrait bien avoir été Bohumil Hrabal, le Hrabal de Moi qui ai servi le roi d’Angleterre et des Palabreurs. Quant aux automates de Karel Capek le visionnaire, ils semblaient annoncer les temps glaciaires où Prague serait conduite à sa perte.

    La promenade dans les rues de la capitale de la Bohême, en compagnie de nos deux orpailleurs qui ne cherchaient peut-être que l’or du temps, s’achève. Elle renvoie le flâneur aux années durant lesquelles, tout en sentant venir le vent mauvais, Prague savait rire des lubies de ses plus fameux habitants et élaborer des antidotes à l’esprit de sérieux, qui souvent mène au pire.

    Crédit : https://www.en-attendant-nadeau.fr/


  • Viktor Kirtov | 5 mai 2018 - 11:05 3

    Par Laurent MARGANTIN


    sur amazon.fr
    Publié en janvier 2018 : Franz Kafka, Un artiste de la faim, A la Colonie pénitentiaire, Le Terrier, nouvelles traductions de Laurent MARGANTIN, éditions Numériklivres.

    Germaniste de formation auteur et traducteur, ainsi qu’une familiarité avec Kafka depuis pas loin de dix ans sont à la source de ces nouvelles traductions.

    « j’écris également des récits, en ligne - sur mon site Oeuvres ouvertes - d’abord, puis j’en fais parfois un livre numérique/papier. »
    L. M. 

    Extrait de son intervention No 3 sur sa chaîne vidéo


    LITERATURCAFÉ (3) : Extrait FRANZ KAFKA

    Laurent MARGANTIN nous commente, ici, son travail de traduction - notamment celle du Terrier, ultime nouvelle de Kafka écrite quelques mois avant sa mort - « un travail de traduction qui s’apparente à un travail d’écriture à part entière. »

    Un commentaire que l’on peut rapprocher de celui de la philosophe Barbara Cassin qui vient d’être élue à l’Académie française. En 2016, elle avait été nommée commissaire de l’exposition « Après Babel traduire », présentée au MuCEM de Marseille et déclarait : « Chaque langue est comme une vision du monde, et chaque traduction est aussi une réappropriation d’une œuvre. »

    *

    VOIR AUSSI

    Sur son site Œuvres Ouvertes :



    http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?rubrique103

    Work-in-progress : ajout d’une entrée chaque semaine, en libre accès.

    *

    Sa chaîne vidéo Literaturcafé sur YouTube


    chaîne vidéo Literaturcafé

    « Je me permets de vous signaler une vidéo que je viens de mettre en ligne, où je rends hommage à un grand traducteur de Kafka : Georges-Arthur Goldschmidt »

    L. M.
    LITERATURCAFÉ (9) : BON ANNIVERSAIRE MONSIEUR GOLDSCHMIDT

    Une vidéo intéressante pour découvrir l’univers de G-A. Goldschmid et aussi sa réflexion sur la langue allemande. Une bouffée d’oxygène pour les neurones.

    oOo


  • Viktor Kirtov | 26 avril 2018 - 18:09 4

    Désolé pour cette faute d’orthographe que me suis m’empressé de corriger.

    Sur les dernières heures de Franz Kafka je sollicite votre éclairage

    JPEG - 18.1 ko
    sur amazon.fr
    Gallimard 1945, réédité 1962

    Et puisque j’ai la chance de pouvoir m’entretenir avec un spécialiste de Kafka, aimerais recueillir votre propre éclairage des dernières heures de vie de Franz Kafka, le 3 juin 1924, ce jour où n’en pouvant plus de souffrance, Kafka, implorant de la morphine auprès de Robert Klopstock lui a dit « Tuez-moi, sinon vous serez un assassin » – (pour nos lecteurs, Klopstock, le dernier ami de Kafka, rencontré dans un sanatorium en 1921, étudiant en médecine, qui avec Dora Diamant, le dernier amour de Kafka l’assisteront dans ses dernières heures de vie au sanatorium de Kierling, près de Vienne, un lieu d’accueil en phase terminale)

    La relation qu’en fait Max Brod, dans sa biographie de Kafka, s’appuyant sur les témoignages sollicités auprès de Robert Klopstock, me laisse craindre qu’elle soit aussi incomplète, soit du propre fait de Robert Klopstock ou des deux. Elle est seulement allusive sur le rôle actif de Klopstock pour honorer la promesse qu’il avait faîte à Kafka - rappelée par Max Brod - et est étrangement muette sur Dora Diamant après avoir appelé Klopstock, à l’aide.

    Extrait de Franz Kafka par Max Brod

    C’est alors que commença la lutte pour la morphine. Franz disait à Klopstock : « Vous me l’avez toujours promis depuis quatre ans. Vous me torturez, vous m’avez toujours torturé. Je ne vous parle plus. Je mourrai tout de même. » On lui fit deux injections. A la deuxième il dit : « Ne trichez pas, vous me donnez un antidote. » Puis il prononça les paroles que j’ai déjà citées :« Tuez-moi, sinon vous êtes un assassin. » On lui donna du pantopon, il en fut heureux : « C’est bien ainsi, mais davantage, davantage, vous voyez bien que cela n’a pas d’effet. » Puis il s’endormit lentement. Ses dernières paroles furent pour sa sœur Elly. Klopstock lui tenait la tête. Kafka, qui avait toujours une peur extrême de contaminer quelqu’un, dit en regardant son ami qu’il prenait pour sa sœur : « Allons, Elly, pas si près, pas si près » - et comme Klopstock se redressait un peu : « Oui, comme ça, c’est bien.

    Auparavant, il avait fait signe assez brusquement à l’infirmière de s’en aller. « Avec une brusquerie qui ne lui était pas accoutumée », me dit Klopstock. Puis il arracha de toutes ses forces le pneumothorax et le lança dans la chambre : « Ne me torturez plus maintenant, à quoi bon prolonger. Comme Klopstock s’éloignait pour nettoyer la seringue, Franz lui dit : « Ne vous en allez pas. » Son ami répondit : « Mais je ne m’en vais pas. » Franz repartit d’une voix grave : « mais moi, je m’en vais pas. »

    Dans cette relation, Dora Diamant qui veillait son Franz, jour et nuit, n’est mentionnée (un peu avant cet extrait) que pour avoir « appelé Klopstock dans la chambre, à 4 heures du matin, « parce que Franz « respirait mal ». Klopstock perçut le danger et réveilla le médecin, qui fit une injection camphrée. ».
    Ai lu dans d’autres relations des dernières heures de Kafka que celui-ci serait mort vers midi.
    Un "blanc" concernant Dora entre 4 heures du matin et midi l’heure du décès.
    Un blanc incompréhensible à ces heures décisives !
    ...Dora avec qui Franz a vécu, à Berlin, de septembre 2013, à avril 2014, jusqu’à son hospitalisation, qui a illuminé ses derniers mois de vie, aucune mention de Max Brod pour ces dernières heures entre quatre heures du matin et midi, Dora si aimante, si attentionnée, comment les a-t-elle vécues ? Max Brod est muet, même s’il ajoute un passage d’une lettre de Klopstock, écrite le 4 juin de Kierling, le lendemain du décès de Kafka, comme pour réparer ce manque…

    « La pauvre Dora – hélas nous sommes tous de pauvres gens, mais y-a-t-il au monde une pauvreté comparable à la nôtre -, elle dort un peu, mais même dans son sommeil elle ne cesse de murmurer… on ne distingue que : Mon aimé, mon aimé, mon tendre Franz ! […] Voir Franz qui est seul, si absolument seul, et nous qui n’avons rien à faire nous restons ici, et nous le laissons là-bas [dans la chapelle mortuaire], seul dans les ténèbres, nu, oh ! mon tendre Franz, mon Franz aimé », et ainsi de suite sans interruption.

    D’autres relations font état que Klopstock aurait envoyé Dora poster les derniers courriers de Franz pour l’éloigner et l’épargner ainsi, au moment de l’agonie finale suite à son geste (?) de piqûre libératrice…

    Ai aussi lu, rapporté dans la presse allemande, un témoignage très tardif d’une infirmière qui aurait été présente lors de l’agonie de Franz et celui-ci, dans un sursaut de vie, aurait réclamé Dora, alors à la Poste. On alla la chercher, en hâte. Elle avait des fleurs pour Franz et il serait mort dans ses bras… la senteur des fleurs apportant un peu de romantisme à une mort sordide…

    Quand tout n’est pas dit, ainsi de la relation de Max Brod, alors comble-t-on, à tort ou à raison, le vide laissé.
    Le manque ! Comme celui qu’exprime Dora Diamant et que Max Brod n’a pas omis. Reconnaissons lui d’avoir conclu par cet extrait postmortem qui comporte aussi la mention « Seul qui connaît Dora peut savoir ce qu’est l’amour » que l’on retrouve gravée sur la tombe de Dora Diamant ,en Angleterre : « Who knows Dora, knows what love means ».


  • Laurent Margantin | 25 avril 2018 - 17:31 5

    Merci de mentionner ma traduction du Journal de Kafka. Juste une faute à corriger svp : MargAntin avec un A :-)