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Tippi Hedren, Alfred Hitchcock et... Andy Warhol

Mystère de la foi

D 1er novembre 2016     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Alfred Hitchcock et Tippi Hedren sur le tournage de Marnie.
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Hitchcock présente Pas de printemps pour Marnie

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On le sait, pour Sollers, Hitchcock suffit. Dans L’École du Mystère, il consacre un chapitre à Tippi Hedren, l’actrice préférée du réalisateur (avec sans doute Ingrid Bergman et Grace Kelly). Aussi lucide sur les obsessions sexuelles d’Hitchcock que celui-ci l’est sur l’hystérie féminine, il n’en fait pas moins de lui un « saint ». Inattendu ? Comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie, ou d’une Manon et d’une Fanny. Comme la rencontre entre Andy Warhol et Alfred Hitchcock.

TIPPI

Le génial cinéaste jésuite Alfred Hitchcock a tenté, toute sa vie, de comprendre et de représenter l’hysté­rie féminine. On lui doit, sur ce sujet capital, des chefs­ d’œuvre, comme Pas de printemps pour Marnie, avec son actrice préférée, Tippi Hedren. Elle est grande, blonde, toujours impeccablement coiffée, très jolie, frigide, névrosée à mort, impassible, impénétrable. C’est une voleuse et une menteuse professionnelle. Elle pique de l’argent chez ses employeurs, ouvre des coffres-forts, s’éclipse sur la pointe des pieds, fascine un type qui veut savoir, se refuse à lui de toutes ses forces, crie, se convulse, effet garanti. Du coup, il l’épouse.

Le voyage de noces infernal, en bateau, est une grande réussite. Hitchcock, embarrassé par son propre corps disgracieux massif, était très amoureux de Tippi et la harcelait sans trêve. Il la fait attaquer par des mouettes folles dans Les Oiseaux, il ne la lâche pas, il la broie. Dans Marnie, on entre dans une analyse sauvage. Le mari, psy improvisé, est une sorte de Freud sportif, implacable, sauf que c’est lui qui paye, et elle qui vole. Il la couvre, l’entretient luxueusement, c’est un saint du Capital, il se déclasse pour percer l’énigme. C’était quoi ? Un pro­blème d’enfance avec sa mère, point final.

On en apprend chaque jour davantage sur cette région interdite. Une Noire américaine, Henrietta Lacks, dans les années 50 du 20ème siècle, a eu un cancer du col de l’utérus (notez le mot col). On prélève ses cellules pour les étudier, et on s’aperçoit, avec stupé­faction, qu’au lieu de disparaître au bout d’un cer­tain temps elles continuent à se reproduire toutes les 24 heures (notez ce temps), bref qu’elles sont immor­telles. On fait travailler ces cellules encore aujourd’hui dans tous les laboratoires de la planète. C’est au point que, si on pouvait empiler sur une balance toutes les cellules produites par les premières depuis le début de l’expérience, on atteindrait le poids de 50 millions de tonnes (notez ce chiffre). Henrietta ! La femme la plus lourde du système solaire ! Morte d’un papillomavirus ! Fleur d’utérus !

Hitchcock n’a sûrement pas été au courant de cette performance cellulaire, qui n’est peut-être pas la seule. Comment filmer des virus, des particules en action, des grossesses évoluant comme des cancers, des électrons baladeurs, des bosons ? Dans Marnie, il s’en tient à un conflit entre une blonde (Tippi) et une brune, Diane Baker, qui joue sous le nom de Lil. Lutte éternelle entre les blondes froides et les brunes chaudes (Baker est très belle). Le type du film préfère la blonde négative à la brune qui ne demande que lui. Il a tort, mais, sans cette erreur comme source dramatique, il n’y aurait pas de film. Ce qui ne veut pas dire, même si Manon est brune, que toutes les blondes sont des Fanny. Il y a des Fanny blondes assommantes, mais charmantes.

Récemment, un jésuite américain, pour contredire un biographe de Hitchcock, a publié ses souvenirs dans le Wall Street Journal. Il raconte qu’il allait, à 22 ans, avec un autre jésuite plus âgé, rendre visite, le samedi après­ midi, au cinéaste. À sa grande surprise, ce criminel endurci d’imagination leur demandait de célébrer la messe chez lui. Inutile de parler de cinéma, leur disait­-il, il n’y a plus que des robots, allons à la messe. Vous voyez la scène, jamais évoquée par personne d’autre : Sir Alfred Hitchcock, l’auteur de I Confess (La Loi du silence), à genoux, répondant « à l’ancienne », c’est-à­ dire en latin, au prêtre. Pas du tout gâteux, avec toute sa tête remplie d’horreurs de cinéma, il pleurait. Une photo de l’époque montre Andy Warhol, autre catho­lique bizarre (enterrement solennel à Saint-Patrick, à New York), à genoux devant Hitchcock. Voilà deux saints méconnus du 20ème siècle, et d’ailleurs les derniers tableaux de Warhol, sur le modèle de Léonard de Vinci, sont des « Cènes », Last Supper. Personne n’en parle, pas besoin de se demander pourquoi. Mystère de la foi.


Andy Warhol et Alfred Hitchcock le 26 avril 1974 au Parc Lane Hotel, à New York.
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Ce genre de détails échappe, en général, à la police de l’Histoire. C’est ici qu’il faut célébrer un grand homme, préfet de la Seine, qui a marqué de son nom une innovation prodigieuse : Poubelle. Grâce lui soit rendue ! Gloire aux éboueurs ! Aux clochards chercheurs ! Aux déchiffreurs de déchets, aux fouilleurs ! Tous les matins, en descendant ma poubelle promise au broyage, je pense avec émotion à ce dur labeur. J’ai aussi une ten­dresse particulière pour ma corbeille à papier, et pour son osier (mot merveilleux, une oseraie étant une plan­tation d’une sorte de saule, aux rameaux tressables). Corbeille, si tu pouvais parler ! Raconter tes bouteilles vides d’eau minérale, tes journaux, tes magazines, tes pages d’écriture déchirées (tiens, un fragment utilisé de Nietzsche), et même 10 romans bazardés après en avoir flairé deux ou trois pages ! Quelle joie de voir ces élégants et solides Noirs en costumes vert fluo balan­cer tous ces bavardages dans leurs camions, en dansant pour suivre le nettoyage ! Quel magnifique et indépas­sable spectacle d’art contemporain ! 500 ou 600 romans publiés chaque année ! Adressés au préfet Poubelle !

Fanny n’aime pas ce genre de sarcasme. Elle me trouve misanthrope et peu démocrate, et ce n’est que trop vrai. Passons sur ma misogynie évidente, mais posons la bonne question : Où en est la misandrie ? Pourquoi toutes les critiques de Fanny me donnent­ elles l’impression qu’elle est misandre ? Pour les igno­rants du grec, gyne veut dire femme, et andros, homme. Menos signifie mois, et pausis, cessation, d’où ménopause, cessation de l’ovulation chez les femmes, et andropause, baisse de l’activité sexuelle chez l’homme. Misandrie : haine de l’homme, grec misein, haïr. On vous parle sans arrêt d’androgynie et d’homophobie, mais pourquoi ce silence platonicien sur la gynandrie ? Elles ont droit, elles aussi, à une reconnaissance d’identité, il est temps de transcender les genres ! En tout cas, l’andros, tous les observateurs en conviennent, est désormais en réces­sion, et très déprimé. Il file un mauvais coton, il prend un air de Fanny. C’était fatal : la roue tourne.

L’École du Mystère, Gallimard, 2015, p. 99-103.

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Dr Jekill et Mr. Hyde ?

Regardez cette photographie. Le regard d’Hitchcock dit tout.

Alfred Hitchcock and Tippi Hedren in 1963.
Photo : Getty Images. Zoom : cliquez l’image.

Et maintenant regardez cette scène du film Les oiseaux. L’analyse du montage montre que, dans la seule séquence de la cabine téléphonique, il y a au moins cinquante plans en une minute ! Comme « cut up », personne n’a fait mieux.

Tippi Hedren vient de publier un livre de Mémoires. Sur la couverture, une photographie la représente à trente ans telle qu’elle était au moment du tournage de ses films avec Hitchcock. Est-ce le choix de l’éditeur ? Est-ce l’image que l’actrice, qui a aujourd’hui 86 ans, veut finalement qu’on garde d’elle ? Étrange, non ? On lit dans le New York Post du 29 octobre cet article que je traduis librement.

Tippi Hedren : Alfred Hitchcock m’a agressé sexuellement

Par Raquel Laneri

Il s’avère que la peur et le dégoût que vous voyez dans les yeux de Tippi Hedren quand elle est attaquée par des oiseaux vicieux dans le « The Birds » étaient réels.


“Tippi : A Memoir” by Tippi Hedren (William Morrow).
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Pendant les six mois que l’actrice a passé à faire le film en 1963, Hedren a souffert le constant harcèlement sexuel, l’intimidation et la cruauté entre les mains du réalisateur Alfred Hitchcock, écrit-elle dans ses mémoires, "Tippi" (William Morrow). C’est la première fois qu’elle écrit sur les expériences qui ont inspiré le film de 2012 The Girl [film médiocre. A.G.].

Travailler avec le célèbre réalisateur avait, au début, semblé une chance. Hedren, alors âgée de 31 ans, venait de New York s’installer à Los Angeles, une mère célibataire divorcée avec une carrière de mannequin en déclin et une fille de 5 ans — Melanie Griffith, qui deviendrait aussi actrice. Hitchcock avait vu Hedren dans une publicité télévisée pour une "réclame" pour un substitut de repas.

Du jour au lendemain, elle obtint un contrat de cinéma de cinq ans — plus des cours d’art dramatique avec Hitch et son épouse, la monteuse Alma Reville — et un rôle vedette dans Les Oiseaux, la suite que le réalisateur avait prévue pour Psycho.

Mais l’intérêt de Hitchcock pour sa muse s’est rapidement transformé en obsession.

Avant même que le tournage ne commence, le metteur en scène a prévenu les partenaires de Hedren, en particulier le beau Rod Taylor, de ne pas s’approcher de « The Girl », écrit-elle. Sur le plateau, à chaque fois que Hitch voit Hedren rire ou parler avec un homme, il se tourne vers elle, « glacial », en la fixant avec un « regard inexpressif, inébranlable. Même si elle parle à un groupe de personnes de l’autre côté du plateau. »


Photo : Everett Collection.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

C’est si malsain que l’autre vedette du film, sa partenaire Suzanne Pleshette tire l’ingénue de côté et lui dit : « C’est tellement triste, parce que, je le promet, faire des films n’est pas toujours comme ça. »

Les avances de Hitch se font plus pressantes. Il raconte à Hedren avoir eu une érection en dirigeant une scène entre Cary Grant et Grace Kelly dans To Catch a Thief [La main au collet, 1955]. Hedren écrit que le réalisateur demandait à son chauffeur de rôder autour de sa maison, qu’il avait fait analyser son écriture et qu’il lui avait demandé de « le toucher ».

Une fois, le grand réalisateur s’est vraiment jeté sur elle et a essayé de l’embrasser à l’arrière de sa limousine.

« C’était un moment terrible, horrible », écrit-elle. Mais elle n’a rien dit à personne parce que « le harcèlement sexuel et le harcèlement étaient des termes qui n’existaient pas » au début des années 1960. D’ailleurs, elle ajoute : « Qui de nous deux était plus précieux pour le studio, lui ou moi ? »

Puis vient la scène finale, où des nuées d’oiseaux attaquent violemment le personnage de Hedren. Le plan avait été d’utiliser des créatures mécaniques, mais Hitchcock, prétend-elle, lui a « menti » et a préféré utiliser des animaux vivants.

« Même le plus grand dresseur du monde ne peut contrôler chaque mouvement d’un animal, surtout quand il est sous stress », écrit-elle. « Il était brutal, laid et implacable. »

La torture dure cinq jours avant qu’un oiseau ne l’a pique trop près de son œil et ne laisse Hedren « brisée ».

« Je me suis assise sur le sol, incapable de bouger, et j’ai commencé à sangloter d’épuisement », écrit-elle.

Après cela, l’actrice a d’horribles cauchemars et commence à broyer du noir. Quand un docteur dit à Hitchcock que Hedren a besoin de prendre une semaine de congé, il refuse jusqu’à ce que le docteur dise, « vous essayez de la tuer ? »

La performance de Hedren dans The Birds lui vaut beaucoup d’éloges, et, chose choquante, elle continue à faire un autre film avec Hitchcock, Marnie, juste un an plus tard. Mais peu de choses ont changé.

Sur ce film, Hedren dit que le réalisateur avait installé une porte secrète qui reliait son bureau à sa loge et avait demandé aux responsables du maquillage de créer un masque du visage de l’actrice — pas comme un accessoire pour le film, mais juste pour lui.

Finalement, il se présenta dans sa loge et « mit ses mains sur moi. C’était sexuel, c’était pervers » écrit-elle. « Plus je le combattais, plus il devenait agressif. »

Bien que Hitchcock ait eu Hedren sous contrat pour deux autres années, elle n’a pas tourné d’autre film avec le réalisateur, qui est mort en 1980.

L’actrice a continué à faire 50 films après Marnie, même si elle admet qu’il n’y en a pas eu d’aussi enrichissants que les deux qu’elle a faits avec Hitch.

« Je me suis engagé depuis lors à veiller à ce que, même si Hitchcock a peut-être ruiné ma carrière », écrit Hedren, âgé de 86 ans, « je ne lui ai jamais donné le pouvoir de ruiner ma vie. »

Raquel Laneri, New York Post, 29 octobre 2016.

Note : L’article de Wikipedia développe largement ces informations [1]. L’OBS a rendu compte du livre de Tippi Hedren en s’appuyant sur cet article du New York Post [2]. Le site du journal l’a complété par un clip sur le harcèlement sexuel et le viol aujourd’hui. Louable, bien sûr, mais était-ce bien le sujet ? Hitchcock n’était-il qu’un banal prédateur sexuel ? Ce n’est pas ce que dit Tippi Hedren de ce drôle d’oiseau.

*

Tippi Hedren sur Alfred Hitchcock

Si la vie de Tippi Hedren ne semble pas avoir été brisée, sa carrière ne pouvait que pâtir de sa rencontre avec Hitchcock, car force est de reconnaître que les films qui restent d’elle sont ses premiers, c’est-à-dire Les oiseaux et Marnie. D’ailleurs on ne lui parle que de ça et elle ne parle que de ça. Comment pourrait-il en être autrement ? Ainsi, cinquante ans plus tard, en 2007 et en 2012. « The girl », qui est restée très belle, parle avec précision et montre qu’elle ne manque pas d’humour. C’est en anglais, mais ça vaut le détour.

en 2007 (sur Les oiseaux)

et en 2012

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Robert Boyle, le storyboard des Oiseaux

Cinéma Cinémas - Spécial Hitchcock - 1984
Par Claude Ventura, Olivier Guiton et Philippe Garnier.

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Voici le témoignage complet du prêtre jésuite Mark Henninger auquel Sollers fait allusion dans L’École du Mystère. Étonnant, non ?

La fin surprise d’Alfred Hichcock

par Mark Henninger

Quand j’étais un jeune garçon et regardais à la télévision la série en noir et blanc "Alfred Hitchcock présente", j’ai le souvenir d’avoir été immédiatement captivé par les neuf traits de crayons caricaturant le profil rond du célèbre réalisateur. Le thème musical espiègle mettait dans l’ambiance tandis qu’Hitchcock apparaissait en silhouette à partir du bord droit de l’écran, puis entrait au centre, remplaçant la caricature. "Bonsoir". Puis suivaient ses introductions si drôles, si différentes de toute autre chose à la télévision.

Ces émotions d’enfance me sont revenues quand au début de l’année 1980, j’entrai dans sa maison de Bel Air, et le vis assoupi sur une chaise dans un coin de son salon, vêtu d’un pyjama noir et blanc.
À l’époque, j’étais un étudiant diplômé en philosophie de l’UCLA (University of California, Los Angeles), et j’étais (et suis encore) un prêtre jésuite.
Un jeudi, Tom Sullivan, un confrère prêtre, qui connaissait Hitchcock, me dit que le lendemain, il irait entendre Hitchcock en confession. Tom me demanda si le samedi après-midi suivant, je pourrais l’accompagner pour célébrer une messe dans la maison d’Hitchcock.
J’étais abasourdi, mais bien sûr, je dis oui. Ce samedi, quand nous découvrîmes Hitchcock endormi dans le salon, Tom le secoua doucement. Hitchcock se réveilla, regarda autour de lui, et baisa la main de Tom, en le remerciant.
Tom dit : "Hitch, c’est Mark Henninger, un jeune prêtre de Cleveland".
"Cleveland ?" dit Hitchcock. "Scandaleux !"
Après quoi nous avons bavardé pendant un moment, puis nous avons traversé un couloir depuis le salon jusqu’à son bureau, et là, avec sa femme, Alma, nous avons célébré une messe paisible. En face de moi, il y avait les volumes reliés de ses scénarios de films, "Les oiseaux", "Psychose", "La Mort aux trousses" et d’autres.

Hitchcock avait été loin de l’Église pendant un certain temps, et il faisait les réponses en latin, à l’ancienne. Mais la chose la plus remarquable est qu’après avoir reçu la communion, il pleura silencieusement, les larmes coulant sur ses grosses joues.

Tom et moi sommes retournés plusieurs fois, toujours le samedi après-midi, parfois ensemble, mais je me souviens y être allé une fois tout seul. Je restais un peu sans voix avec des gens célèbres et trouvais cela un peu gênant de bavarder avec Alfred Hitchcock, mais nous l’avons fait, agréablement, dans son salon. À un moment, il a dit : "Allons entendre la messe".

Il avait 81 ans et avait du mal à se déplacer, alors je l’aidai à se relever et le soutins le long du corridor. Comme nous marchions lentement, je sentais que je devais dire quelque chose pour rompre le silence, et le mieux que je trouvai fut : "Eh bien, Mr Hitchcock, avez-vous vu de bons films récemment ?"
Il s’arrêta et me dit avec emphase : "Non. Quand je faisais des films, c’étaient sur des gens, pas des robots. Les robots sont ennuyeux. Venez, allons à la messe" .
Il est mort peu de temps après ces visites, et ses funérailles eurent lieu à l’église catholique Good Shepherd (du Bon Pasteur) à Beverly Hills.

Alfred Hitchcock est revenu dans l’actualité récemment, à travers un portrait de lui apparemment peu flatteur, dans une nouvelle production hollywoodienne.
Certains de ses biographes n’ont pas été tendres non plus. La religion, elle aussi, fait l’actualité, elle est souvent présentée sous un jour peu flatteur, parce que les croyances qui s’affrontent sont en cause dans les guerres et le terrorisme. La violence conduit certaines personnes à rejeter entièrement la religion. Pour beaucoup, qui ne connaissent la religion que de cette manière — de seconde main, dans les médias, de loin — une telle réaction est dans une certaine mesure compréhensible.

Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que la religion est une affaire intensément personnelle. Saint Augustin a écrit : "Magnum Mysterium mihi" — Je suis un grand mystère pour moi.
Pourquoi exactement Hitchcock demanda-t-il à Tom Sullivan de lui rendre visite, ce n’est pas clair pour nous et peut-être n’était-ce pas tout à fait clair pour lui. Mais quelque chose a murmuré dans son cœur, et les visites ont répondu à un profond désir humain, un vrai besoin humain. Qui de nous est sans ces besoins et désirs ?

Certaines personnes trouvent suspect ces retours tardifs vers la religion, un signe de faiblesse ou de quelqu’un qui "perd la tête". Mais rien ne concentre l’esprit autant que la mort. C’est une longue tradition qui remonte à l’antiquité des memento mori, "souviens-toi que tu dois mourir". Pourquoi ? Je pense qu’en faisant face à la mort, on peut enfin voir sobrement, clairement ou non, des vérités manquées pendant des années, ce qui finalement est important.

Peser sa vie avec son lot de blessures subies et infligées dans une telle perspective, et chercher la réconciliation avec un Dieu que l’on a connu et qui pardonne, me semble profondément humain. La réaction extraordinaire d’Hitchcock en recevant la communion était le visage de l’humanité et de la religion réelles, loin des manchettes... ou des cinéastes et des biographes d’aujourd’hui.

Un des biographes de Hitchcock, Donald Spoto, a écrit que Hitchcock lui avait fait savoir qu’il "n’avait permis à aucun prêtre ... de lui rendre visite, ou de célébrer une messe informelle chez lui". Que, dans ses derniers jours, le réalisateur ait délibérément et avec succès fait croire à des gens de l’extérieur exactement le contraire de ce qui s’est passé, voilà qui est du pur Hitchcock.

Le texte original dans The Wall Street Journal : Alfred Hitchcock’s Surprise Ending.


Andy Warhol, La Cène. 1986.
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A paraître le 8 novembre 2016

WARHOL.HITCHCOCK

Traduit de l’Anglais (États-Unis) par Pierre Guglielmina
80 pages - 11x18 cm - ISBN : 979-10-96535-00-2
Couverture avec rabats, cahiers cousus.
Prix TTC : 9 €
Editeur : MAREST Éditeur - Diffusion : POLLEN difusion

Andy Warhol interviewe Alfred Hitchcock


Andy Warhol, Portrait d’Alfred Hitchcock. 1983.
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Marest Éditeur est une maison d’édition créée en 2016 par Pierre-Julien Marest. Le monsieur, critique de cinéma pour Télérama & fondateur des Éditions Clairac, avait édité Dark City, d’Eddie Muller et, en coédition avec Rivages, les deux romans de Sterling Hayden, Voyage et Wanderer. Le Warhol/Hitchcock est la première publication de cette nouvelle maison. Suivront les volumes 1 & 2 de Hitchcock par Hitchcock. To be continued... Un vendredi 26 avril 1974, Andy Warhol est avec Alfred Hitchcock au Parc Lane Hotel, à New York. Dans un échangé éclairé, deux artistes décident de parler.

Conversation Pop-Art

Alfred Hitchcock reste le Maître du Suspense. Interviewé par Andy Warhol pour sa revue Interview Magazine, en avril 1974, l’artiste le plus emblématique de la pop culture et le cinéaste légendaire entrent dans une conversation. Si tout semble les opposer, des points d’attaches tissent des liens. Il est question de cinéma, bien entendu mais d’une manière nouvelle de le penser, de le fabriquer... Les deux monstres sacrés s’interrogent aussi sur les grands magasins, sur la prolifération des enfants de stars à Hollywood, pour enchaîner sur Jack l’Éventreur.


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Andy Warhol : Since you know all these cases, did you ever figure out why people really murder ? It’s always bothered me. Why ?

Alfred Hitchcock : Well I’ll tell you. Years ago, it was economic, really. Especially in England. First of all, divorce was very hard to get, and it cost a lot of money.

Andy Warhol : But what kind of person really murders ? I mean, why.

Alfred Hitchcock : In desperation. They do it in desperation.

Andy Warhol : Really ?….

Alfred Hitchcock : Absolute desperation. They have nowhere to go, there were no motels in those days, and they’d have to go behind the bushes in the park. And in desperation they would murder.

Andy Warhol : But what about a mass murderer.

Alfred Hitchcock : Well, they are psychotics, you see. They’re absolutely psychotic. They’re very often impotent. As I showed in “Frenzy.” The man was completely impotent until he murdered and that’s how he got his kicks. But today of course, with the Age of the Revolver, as one might call it, I think there is more use of guns in the home than there is in the streets. You know ? And men lose their heads ?

Andy Warhol : Well I was shot by a gun, and it just seems like a movie. I can’t see it as being anything real. The whole thing is still like a movie to me. It happened to me, but it’s like watching TV. If you’re watching TV, it’s the same thing as having it done to yourself.

Alfred Hitchcock : Yes. Yes.

Dans la peau de...

Un long entretien qui est l’occasion pour Alfred Hitchcock de déployer tout son humour décalé, chic, et sans jamais tarir d’anecdotes de tournages. Andy Warhol apparaît tantôt nerveux, tantôt fébrile... Le montage de l’interview choisi, reproduit au plus proche de celui de l’époque, plonge le lecteur au sein d’une pièce de théâtre, parfois ubuesque. Warhol et Hitchcock, comme deux profilers, n’hésitent pas à emprunter les us et coutumes d’un meurtrier, et à s’imaginer les crimes qu’ils commettraient...Cet entretien ne se limite pas à la lumineuse rencontre de deux artistes majeurs. Le regard d’Andy Warhol apporte un éclairage nouveau sur l’œuvre de l’auteur de Sueurs Froides, révélant les obsessions intimes de l’interviewer comme de l’interviewé.

LIRE : Entretien avec Pierre-Julien Marest, l’éditeur de Warhol/Hitchcock.
The Andy Warhol Foundation
Alfred Hitchcock


Andy Warhol, Portrait d’Alfred Hitchcock. 1983.
Ce portrait est évidemment inspiré de la série « Hitchcock présente... »

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1 Messages

  • A.G. | 7 décembre 2016 - 11:25 1

    J’avais un peu anticipé... Le dernier numéro de L’Infini (137, automne 2016) publie la préface de Pierre Guglielmina à l’édition de Warhol-Hitchcock qui vient de sortir. Et, le 15 novembre, Géraldine Mosna-Savoye présentait le livre dans ses deux minutes papillons quotidiennes.

    Alfred Hitchcock est déjà un personnage en soi, alors imaginez une rencontre entre lui et Andy Warhol…
    Cette rencontre a eu vraiment lieu, et précisément le vendredi 26 avril 1974.
    Ce vendredi, Andy Warhol se déplace jusqu’au Park Lane Hotel à New-York, il vient d’exposer les quatre portraits qu’il a faits de Mao à Paris. Hitchcock pour sa part présente son dernier film,
    Frenzy, et enchaîne les interviews à cette occasion. Warhol est aussi venu pour ça, pour interroger Hitchcock, et on peut tout attendre d’une telle rencontre entre les figures de l’art contemporain et du cinéma classique américain.
    On peut tout en attendre… ou rien justement : Warhol lui-même panique, il va « mettre son magnétophone en marche », mais confesse « qu’il ne sait pas quoi dire ». De fait, au fil de la retranscription de l’interview, ce sont moins des questions qui apparaissent que des listes de mots : La taverne de la Jamaïque, Daphné du Maurier, Copié l’histoire, Docteur Syn, ou encore Covent Garden, Franzy, Couleurs, marché. Mais il n’en faut pas moins pour lancer Hitchcock sur l’âge des revolvers, sur le porno ou encore sur le jeu d’un acteur comme Charles Laughton qui réussit à pleurer quand l s’imagine petit garçon en train de faire pipi sur lui…
    Cette interview peut apparaître comme une fausse interview, un remake d’interview, une sorte de répétition d’interview, comme si la vraie était sans cesse différée. On peut aussi y voir une sorte de conversation dont le fil n’est jamais distinct, dont le sujet est moins ce dont on parle que ceux qui parlent. Mais Hitchcock et Warhol sont le contraire des beautés froides dont ils parlent, froid mais déchaînés. En fait, ils sont juste là, ils ne font qu’étaler des mots, mais comme le dit Warhol, ce ne sont que des mots, mais ils sont déjà fascinants, dans tout leur absolu et absurde.

    *

    Livre/ Warhol.Hitchcock : critique

    Résumé : Le vendredi 26 avril 1974, Andy Warhol retrouve Alfred Hitchcock au Park Lane Hotel, à New York. S’ensuit un échange éclairé, que l’on peut résumer ainsi : deux artistes décident de parler.

    Il est toujours intéressant de découvrir la première publication d’une nouvelle maison d’édition. On y trouve souvent en germe la future identité ainsi que les traits qui détermineront les choix éditoriaux à venir. Ainsi de ce Warhol.Hitchcock, premier jalon de Marest Éditeur, créé par Pierre-Julien Marest, déjà fondateur des Éditions Clairac, spécialiste de littérature policière et à qui l’on doit la traduction du Dark City d’Eddie Muller ainsi que celle de deux romans de Sterling Hayden. Entre les précédentes œuvres de fiction publiées et cet entretien avec Alfred Hitchcock, on pourrait formuler l’hypothèse qu’il existe un lien, tissé par une certaine conception littéraire de l’écriture. L’interview du réalisateur par Andy Warhol, traduite et présentée par Pierre Guglielmina, n’a rien du classique question/réponse auquel le lectorat est habitué. Il s’agit plutôt d’une pièce de théâtre en un acte et trois scènes. Ça commence dans la suite d’un hôtel new-yorkais, ça continue à la table d’un restaurant et ça se termine devant un ascenseur. Ça bouge aussi, c’est physique, plastique, scénographique en un sens. Warhol s’active autour d’Hitchcock, prend des clichés, enregistre la conversation, la réécrit, y ajoute ses propres idées qui prennent la forme de mots-clés annonçant les thèmes à venir. Hitchcock s’exprime beaucoup, reprend le caractère caustique qu’on lui connaît assez bien. Mais, comme dans ses films, l’humour dissimule quelque chose de plus sombre, une dimension que l’on sent poindre à travers une certaine lassitude. L’enregistrement est réalisé en 1974, deux ans après la sortie de Frenzy, son avant-dernier film qui marquait le grand retour de Hitch dans son Angleterre natale. Le monde a changé, les sixties sont passées par là. L’effondrement des majors a sonné le glas d’une époque, d’une manière de faire les films, d’une façon de représenter les choses.

    La conversation apparaît alors comme un choc entre deux visions artistiques. La question de la nudité est, on le sent, moins sensible pour Hitchcock que la capacité à suggérer (sacro-saint principe du suspense : « Il se pourrait que… »), voire à détourner le sens (le fameux MacGuffin dont le cinéaste rappelle ici l’origine). Warhol, lui, expose, au sens littéral du terme. En 1974, il revient de sa période maoïste, il est un artiste du changement. Ses séries de gros plans moquent de façon frontale l’industrialisation de l’art tout en revisitant le principe des icônes. Il y a donc un lien entre le cinéma et lui, entre les milliers de photogrammes que l’on monte pour faire un film et les dizaines de portraits (presque) identiques que l’on accole pour former une oeuvre unique. Warhol parle moins qu’Hitchcock mais sa présence s’affirme entre les lignes. Comme le cinéaste refusait les simplicités du champ-contrechamp (sauf à la télévision) pour leur préférer un découpage plus réflexif, Warhol fragmente le rythme, passe d’un sujet à un autre, rend la conversation vivante, organique.

    On comprend mieux le sens de la couverture proposée par l’éditeur. Sur le célèbre profil du cinéaste, Warhol décal(qu)e un tracé rouge, défaussant la perspective, dédoublant la superposition de l’avant et de l’arrière-plan, produisant un véritable travelling compensé du bout de son crayon. Car les deux hommes partagent le goût pour la défiance, s’appuyant sur la forme pour mieux dénoncer le fond. Ainsi de la présence importante de L’Ombre d’un doute dans leur conversation, film sans doute le plus critique du réalisateur. Le dialogue prend finalement la valeur d’un work in progress qui pourrait se prolonger longtemps après la fin de l’enregistrement. Le commentaire proposé par Pierre Guglielmina en ouverture doit être lu après l’entretien. Le traducteur analyse brillamment la conversation, revient longuement sur certaines de ses parties, et n’hésite pas à en interpréter les réflexions à travers des références savantes. Ce premier essai se révèle donc être un coup de maître pour les éditions Marest et l’on peut attendre beaucoup de leur prochaine publication : une réédition en deux volumes du Hitchcock par Hitchcock prévue pour le début de l’année 2017. (Jacques Demange le 30 novembre 2016, cinéchronique)