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Venetian Centre for Baroque Music

Donna Leon, Cecilia Bartoli, Philippe Sollers...

D 8 mars 2011     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le « Venetian Centre for Baroque Music » est né et sa première saison musicale s’ouvrira en juin.
Ce que tout le monde attendait et ce que personne n’avait jusque là réalisé, un Centre de recherche et de diffusion dédié au Baroque Vénitien.
« L’idée est de rétablir la musique baroque vénitienne à Venise » déclare Olivier Dexa, son directeur artistique. Incroyable, les opéras de Monteverdi ou Vivaldi étaient moins joués chez eux que partout ailleurs.

Ainsi, vont-ils pouvoir retrouver leur plein droit de cité dans la Cité des Doges. Et dans le Conseil honoraire de cette nouvelle institution, de fervents défenseurs de cette musique : Donna Leon, Cecilia Bartoli, Philippe Sollers...

Ajout dessin

Digne historienne d’Art plus connue du grand public pour sa série de romans policiers avec pour héros, le commissaire Brunetti, et pour cadre Venise, l’Américaine Donna Leon y vit depuis plusieurs dizaines d’années. Si vous aimez Venise, lisez les romans de cette amoureuse de la Sérénissime, la vraie héroïne de ses romans à côté de Brunetti.
Sa nomination comme présidente du Conseil honoraire n’est pas une surprise pour ceux qui connaissent son amour de l’opéra baroque. Son amour de Venise, son cursus et sa notoriété internationale on fait le reste pour la désigner comme porte drapeau de ce nouveau centre aux couleurs vénitiennes.

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Cecilia Bartoli (photo Sophie Zhang)

Que Cecilia Bartoli, la mezzo-soprano qui défend, si haut, les couleurs de Vivaldi ait adhéré à ce projet avec l’énergie et la fougue qui lui sont connues n’étonnera pas non plus.

Pas plus, qu’elle ait souhaité entraîner son ami Philippe Sollers dans l’aventure. Ce dernier l’a révélé dans plusieurs interviews, c’est Cecilia Bartoli qui, là, a été sa marraine - lui, que l’on a, un temps, qualifié de parrain des lettres ! Mais en musique, c’est Cecilia qui mène le bal.

Dans ses Réponses à des questions de Jacques Henric (Artpress, 375, février 2011) Philippe Sollers a raconté comment la « charmante et géniale » Cecilia Bartoli l’a « exfiltré dans ce nouveau Venise ».

« ...Le même jour encore, je reçois une lettre dont je vous cite les passages principaux : « Cher Monsieur, Nous venons de créer à Venise une nouvelle institution dévolue au répertoire musical baroque vénitien de Monteverdi à Vivaldi. Comme vous le savez peut-être, jusqu’ici ce répertoire faisait le tour du monde sans être réellement présent dans la lagune. Ce ne sera à présent plus le cas, grâce au Venitian Center Music, dont vous trouverez une présentation dans le dossier ci-joint. Je sais à quel point vous appréciez Cecilia Bartoli ; celle-ci a décidé de rejoindre notre board afin de nous apporter son soutien. » Je vois qu’en effet la charmante et géniale Cecilia Bartoli en profite pour m’exfiltrer dans ce nouveau Venise où il faut tout de même souligner que rien n’existait avant cette année-ci à propos d’une musique qui depuis 20 ans fait le tour du monde. Cecilia a enregistré des airs de Vivaldi et personne ne s’attendait à l’extraordinaire succès rencontré, puisque l’album frise aujourd’hui le million d’exemplaires vendus dans le monde entier. Donc, ce nouveau Centre va entrer en activité l’été prochain, et pour « les activités scientifiques, je poursuis ma citation, en collaboration avec la Marciana (la bibliothèque de Venise), nous travaillons en partenariat avec la jeune Fondation Casanova ». Il n’y avait pas non plus, jusqu’alors, la moindre Fondation Casanova à Venise. Dans la nouvelle science, chaque chose vient à son tour, et c’est son excellence... Je continue : « Je connais évidemment (c’est un type très jeune qui m’écrit) votre amour pour Venise et étant passionné de littérature, j’ai été "élevé" avec vos livres. J’ai été longtemps l’administrateur d’un orchestre que nous avions nommé Les Folies françaises, en référence à Couperin, bien sûr, mais aussi à votre roman. Je suis en train de dévorer Discours Parfait comme je l’avais fait de La Guerre du Goût et Éloge de l’infini, mais je viens à vous aujourd’hui afin de vous demander si vous nous feriez la joie de rejoindre notre Comité d’honneur... ». Ce comité est composé de gens de toutes nationalités, et je vois avec intérêt que je suis le seul écrivain français convoqué.

Je vous montre les lieux où vont résonner les concerts : vous voyez ici l’église de la Pietà, ici vous avez un palais avec un plafond de Tiepolo, là la grande salle de San Rocco, vous aurez aussi la Casa Rezzonico, et enfin la salle de concert du Palazzo Zeno. On va pouvoir oublier le sinistre musée Pinault d’art contemporain, lequel aggrave le Guggenheim d’où on peut pratiquement tout jeter dans la lagune [1]. Paradoxe admirable de Venise : il y aura, demain, des endroits où se rassembleront hors-tourisme ce qu’il faut bien appeler, à la Stendhal, des happy few, ces heureux, peu nombreux, qui en vérité sont en grand nombre. Ils viendront de tous les continents, y compris de Chine.

Il y aura donc, désormais, un contre-Venise qui sera un contre-poison, et je dois dire qu’après des années où j’aurai ramé seul, dans ma gondole spéciale, dans le secret le plus parfait de ce que je pouvais développer sur cette scène, on assistera à la formation de jeunes musiciens, de jeunes chanteurs, de jeunes chercheurs de partitions. Je rappelle qu’Ezra Pound, vers 1939, se demandait où il y avait des partitions de Vivaldi... Le Temps... On peut maintenant écouter sa musique vocale qui était totalement méconnue. Cecilia, avec sa gorge, son souffle, son énergie, a ressuscité cette merveille. C’est une révolution. »

Philippe Sollers
Artpress, 375, février 2011

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Philippe Sollers sur son ponton à Venise (Photo Sophie Zhang)

Livia, une amoureuse de Venise, qui s’égare parfois dans le siestere pileface, nous avait signalé, la première, la création de ce Centre.
Elle en a, depuis, rendu compte sur son blog « Mes carnets vénitiens ».

Vous y trouverez la quintessence de ce qui a été publié sur cet événement, ainsi que ses promenades dans Venise. Elle vit à Montréal, elle aime la Sérinissime, y vient et y revient année après année. Elle est de bonne compagnie, elle est belle, elle aime Vivaldi. Faîtes un bout de chemin avec elle et offrez lui un’ ombra (comme Brunetti les aime. Elle aussi.) et des crostini, ou un spritz (je préfère) dans un bar vénitien.

Avec tout ce beau monde réuni pour faire pétiller Venise dans votre verre de spritz, si vous n’avez pas envie de vous y rendre [2], en juin, pour le premier événement musical du Venetian Centre for Baroque Music, c’est que nous n’avons aucun avenir dans la pub (gratuit ! Parce que l’amour, c’est gratuit).

Mes carnets vénitiens avec l’intégrale d’une interview d’ Olivier Dexa, directeur artistique du Centre.

Cécila Bartoli et Vivaldi sur pileface

Donna Leon et le commissaire Brunetti sur amazon

Site officiel du Venitian Centre for Baroque Music (en construction)


Note : Sollers « exfiltré » par Cecilia Bartoli dans ce nouveau Venise

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Dessin de Benoît Monneret

Exfiltrer : "Organiser le retour d’un agent secret qui a été envoyé à l’étranger".
...exfiltré ! C’est bien le mot qu’il a utilisé. Pas infiltré ...exfiltré ? Pourquoi ce langage d’agent secret ? N’est-ce pas étrange ?
Moins, si l’on se souvient que Philippe Sollers est l’auteur d’un roman Le Coeur absolu, l’histoire de la société secrète du Coeur absolu, fondée en 1984 à Venise. Ses membres ? S., écrivain, scénariste, spécialiste d’Homère et de Dante. Liv, vingt-sept ans, comédienne. Sigrid, son amie, philosophe. Marco et Cecilia, deux jeunes musiciens. Buts de cette société de plaisirs - la sortie du Temps, la vie comme féerie. Ses moyens : un langage, des comportements et des jeux qui sont révélés dans le cours du livre.


Article V des statuts :

« Un candidat qui ne serait pas amateur de musique sera automatiquement récusé. L’hymne de la Société est le Quintette avec clarinette de Mozart. Un candidat doit faire la preuve de sa vue et de son oreille. Il doit aimer, par exemple, L’Asperge de Manet, et être capable de faire au moins deux remarques intéressantes sur un papier collé de Picasso. Il doit connaître le plus grand nombre possibles de Mémoires et avoir lu, et bien lu : Juliette ou les prospérités du vice, Généalogie de la morale, Souvenirs d’égotisme, Sodome et Gomorrhe, Rigodon. Femmes et Portrait du Joueur sont facultatifs, mais insidieusement conseillés.
[...]
Lu et approuvé : Sigrid Brodski (philosophe), Cecilia Fornari (musicienne), Marco Leonardo (musicien), Liv Mazon (comédienne), Ph. S. (écrivain). »

Cécilia était déjà là. Et c’est Cécilia qui organise son exfiltration, son retour à Venise, sa patrie de coeur, du "Coeur absolu".

Il faut se méfier des mots que lance Sollers, c’est rarement le fait du hasard, et ce roman Le Coeur absolu est, par ailleurs, très codé. On peut trouver un exemple de décryptage - qui bien que non orienté dans le présent contexte de Cecilia et la musique, illustre notre propos : se méfier des mots de Sollers.


[1non, non, pas tout !

[2...au moins l’envie, à défaut de pouvoir la réaliser

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1 Messages

  • V.K. | 14 septembre 2012 - 11:51 1

    Les joyaux du paradis

    par Donna Leon

    Tiens tiens... Titre en clin d’oeil à Philippe Sollers, nous signale Dominique Brouttelande !

    Et ce que ne dit pas le titre, le roman est né de la complicité pour la musique baroque de Cecilia Bartoli avec Donna Leon. Toutes deux ont décidé de la mettre au centre de leur oeuvre de rentrée, en choisissant un génie peu connu de cette musique, un mystérieux prêtre-compositeur Agostino Steffani (1654-1728),

    La collaboration de ces deux femmes est un événement : le roman Les Joyaux du paradis et le disque Mission (Decca) sortent simultanément dans le monde entier.

    Faux crâne, col romain, imperméable, borsalino... Pour évoquer la figure d’Agostino Steffani, Donna Leon et Cecilia Bartoli ont pris la pose.Crédits photo : Decca / Uli Weber

    Le trio complice du Venetian Centre for Baroque Music reconstitué : Donna Leon, Cecilia Bartoli et Philippe Sollers en arrière plan.

    Mission sur amazon.fr

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    Liens

    Cecilia Bartoli et Donna Leon mènent l’enquête (LeFigaro.fr/musique) : Interview</u>.

    Le site de Donna Leon

    Le site de Cecilia Bartoli