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Sollers et la peinture
Marc Devade, membre du groupe supports-surfaces, membre du Comité de rédaction de Tel Quel, l’un des fondateurs de PEINTURE, cahiers théoriques a laissé une oeuvre importante, exigeante, rigoureuse, réalisée en une quinzaine d’années. De lui et de sa dernière période, Marcelin Pleynet dit : Marc Devade peint en 1981 une première série d’huiles sur toile intitulée Riverrun dont le titre est tiré du premier mot de Finnegans Wake de Joyce : " riverrun, past Eve and Adam’s, from swerve of shore to bend of bay, brings us by a commudius vicus of recirculation back to Howth Castle and Environs." " erre revie, pass’Evant notre Adame, d’erre rive en rêvière, nous recourante via Vico par chaise percée de recirculation vers Howth Castle et Environs. " (traduction Philippe Lavergne, Gallimard, 1982) ![]() Riverrun, 1981, aquarelle sur papier, 41x50 cm Il fait également une autre série Nel Mezzo . Il s’agit là encore des premiers mots de La divine comédie de Dante : " Nel mezzo del cammin di nostra vita " Au milieu du chemin de notre vie ![]() Nel mezzo, mai 1981, huile sur toile, 200x250 cm cm. Dans La divine comédie (Desclée de Brouwer, 2000), Sollers commente ainsi le mezzo : " Ce milieu du chemin de la vie a toujours été commenté de façon physique (...) Je crois qu’il faut être attentif au terme mezzo. Ce milieu que l’on va retrouver dans le paradis, très loin, est plus qu’un âge du corps. On peut dire qu’un certain nombre de génies sont morts à cet âge. Lautréamont est mort beaucoup plus jeune. Pour chaque cas, il faudrait envisager ce qui a lieu dans le rapport de ces très différents "génies" à leur vie considérée sous l’angle de la naissance et de la mort. Le titre de la troisième série Echo des lumières reprend les premiers mots de Paradis (Le Seuil, 1981) de Philippe Sollers : "voix fleur lumière écho des lumières cascade jetée dans le noir chanvre écorché filet dès le début c’est perdu plus bas je serrais ses mains fermées de sommeil et le courant s’engorgea redevint starter le fleuve " ![]() Echo des lumières, 2 avril 1982, huile sur toile, 130x135 cm ![]() Echo des lumières, juin 1983, 129x194 cm, Courtesy Galerie Piltzer, Paris Marc Devade est mort en 1983, l’année d’Echo des lumières, deux ans après la publication de Paradis. Il avait quarante ans. Photos prises à partir du catalogue de la rétrospective Devade, Musée de Coblence, Musée des Beaux-Arts de Tourcoing, 2003. Retour sur Marc Devade, un révolutionnaire oublié Première rétrospective consacrée à l’un des fondateurs du groupe Supports/Surfaces ![]() Archives A.G. Devade a été communiste et maoïste. Son discours sur l’art a pris un coup de vieux, au moins dans sa formulation, pour preuve cette définition de la peinture (publiée en 1973) : Simplicité austère La rétrospective du musée de Tourcoing, la première qui soit consacrée à Marc Devade, propose de revoir ou de découvrir sa peinture hors de tout contexte théorique. Ce qui frappe d’emblée, c’est cette rigueur et cette austère simplicité qui la détachent à la fois de la tradition picturale française et des réalisations contemporaines des artistes de Supports/Surfaces : ceux-ci multiplient les gestes artisanaux, font des pliages, des noeuds et des empreintes sur toiles libres. Devade ne déconstruit pas le tableau comme peuvent le faire Claude Viallat ou Daniel Dezeuze. Il passe même alors pour le plus conventionnel des peintres du groupe. Il est ailleurs, absorbé par ce que font, aux Etats-Unis, des artistes comme Frank Stella, Kenneth Noland, Jules Olitski ou Morris Louis... et une bonne part de ses oeuvres sont assimilables à des travaux d’apprentissage de la peinture à partir de ces modèles américains. Son abstraction n’a pas toujours eu la même teneur. En un premier temps, une géométrie minimum partage ou sous-tend les couleurs à l’encre disposées en bandes verticales et en carrés. Puis le passage des couleurs diluées l’emporte sur les plans. Les toiles deviennent des champs chromatiques. Elles tendent vers la monochromie ou le noir et blanc. Les plus strictes sont paradoxalement les plus habitées. On peut y oublier l’exercice d’école, ou le processus, et y trouver non pas de ces contenus existentiels à la Rothko mais un certain repli mystique. Devade a employé de l’encre sur toile entre 1972 et 1979, puis de l’huile. En changeant de médium, il a donné du corps à la couleur, qui ne sera plus imprégnée dans la toile. Cette réincarnation de la peinture a peut-être quelque chose à voir avec la sympathie de l’artiste pour les mystiques. On peut penser aussi que la maladie, cette relation forcée du peintre à son corps subissant des années de dialyse, a joué sur le devenir de l’oeuvre. Les derniers tableaux, ceux de la suite Echo des lumières, de 1982-1983, sont des diptyques tendus comme le cuir d’une couverture de livre, mais striés comme des pages de cahier. L’image de l’écrit gravé dans la couleur organique, mélange de noir et de bleus sombres, ou de verts, et parfois de bruns, de rouges et de noir, recoupe celle d’une respiration, et d’une aspiration. Geneviève Breerette, Le Monde du 23.01.04. Voir aussi les articles sur Louis Cane
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