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Le siècle de La N.R.F

et... Tel Quel, L’Infini, La Revue Littéraire.

D 14 février 2009     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


© Photos archives gallimard. A gauche, Jacques Rivière, Jean Schlumberger, Roger Martin du Gard et André Gide à l’abbaye de Pontigny en 1922. A droite, encore jeune, Gaston Gallimard.


Histoire de La NRF

Du 4 au 8 août 2008, sur France Culture, Fanny Jaffray consacrait une série de cinq émissions à La NRF [1] .

Extraits :

1. La fondation : la formation de « l’esprit NRF ».

Avec Michel Murat et Didier Alexandre.
Et les voix de Paul Claudel (1951) et André Gide (1949).

2. L’entre-deux-guerres, l’âge d’or de La NRF ? Jean Paulhan.

Avec Claire Paulhan et Antoine Compagnon.
Et les voix de Jean Paulhan, André Breton, Albert Thibaudet.

3. La Collaboration : les heures sombres de La NRF. Drieu la Rochelle.

Avec Gisèle Sapiro et Jacques Lecart


La quatrième émission était consacrée à la résurrection de la revue le 1er janvier 1953 après dix ans d’absence (sabordée en juillet 1943 par Drieu, elle fut interdite en 1944 pour "intelligence avec l’ennemi").

La résurrection d’une « Nouvelle NRF »

4. Les années 50 et 60 (44’).

Avec Philippe Sollers et Angie David, écrivain, secrétaire de rédaction de La Revue Littéraire.

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Angie David et Philippe Sollers

Marcel Arland et Jean Paulhan. Dominique Aury.

Blanchot, Michaux, Céline.
Retour sur Jean Paulhan.
La lutte entre les auteurs.
Le pacte de Gaston Gallimard.
Quels sont les écrivains qui sont chargés d’en cacher d’autres.
Les petites notes de Paulhan.
La vraie rupture : 1968.
Retour sur Tel Quel.
Etc.

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5. La NRF, d’hier à aujourd’hui.

Avec Pierre Assouline et Joseph Macé-Scarron

Crédit : France Culture.

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Février 2009

Le siècle de la NRF

par Christine Rousseau

Répétition générale chez Gallimard : avant le centième anniversaire, qui aura lieu en 2011, la maison d’édition célèbre La Nouvelle Revue française, créée en 1909. Outre colloques et expositions, une série d’ouvrages paraissent parmi lesquels celui d’Alban Cerisier, l’archiviste maison et responsable du développement numérique, qui revient avec force détails sur l’histoire de l’une des plus prestigieuses revues littéraires du XXe siècle.

" Ici, la littérature a tous les droits. Rien ne lui est opposable. Ni la religion, ni la politique, ni les moeurs, ni la morale, ni la tradition, ni la mode. La parole des écrivains y est impunie parce qu’insoumise et irresponsable. (...) Sans prévention d’école ni de parti. " Ainsi Alban Cerisier résume-t-il en préambule cet "esprit NRF" auquel furent attachés tous les directeurs : de Jacques Copeau à Jean Paulhan, de Jacques Rivière à Georges Lambrichs, Jacques Réda, Bertrand Visage, Michel Braudeau.

Pour autant, cette foi en une littérature "dégagée" et autonome n’a jamais prémuni La NRF contre les querelles du temps. Et ce dès sa fondation, marquée par le "faux départ" de 1908 qui provoque la scission entre Eugène Montfort et le groupe emmené par André Gide, où se trouvaient aussi Jean Schlumberger, André Ruyters, Jacques Copeau, Marcel Drouin et Henri Ghéon. Ces derniers sont peu ou prou quadragénaires, progressistes, protestants pour la plupart et issus de la haute ou de la moyenne bourgeoisie.

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Février 1909. Le numéro 1

Sitôt la rupture consommée, ils lancent le 2 février 1909 le premier numéro de La Nouvelle revue française à la légendaire couleur sable, avec filets rouges et noirs. Au sommaire, on trouve Francis Carco, Francis Jammes, Paul Claudel, Charles-Louis Philippe, Jules Romains, Jean Giraudoux. Quant à la ligne éditoriale, elle est établie par Jean Schlumberger selon des principes clairs : purification des moeurs littéraires, bon usage de la langue, autonomie de l’art et renouvellement du roman - ce dernier point illustré par la prépublication de La Porte étroite, de Gide. La direction est assurée par un "triumvirat de façade" formé par Ruyters, Copeau et Schlumberger, grand pourvoyeur de fonds avec Gide, lequel gouverne en sous-main. A leurs côtés, Pierre de Lanux assure le secrétariat. Si le groupe doit à ce secrétaire étourdi une fâcheuse dispute avec Saint-John Perse (qui coûte sa place à Lanux), ils lui sont redevables de l’arrivée d’un jeune homme fortuné : Gaston Gallimard.

Embauché en 1911 pour s’occuper du comptoir d’édition (créé pour arrimer des auteurs tels que Saint-John Perse, Larbaud ou Claudel, dont L’Otage sera l’un des premiers textes édités par la maison), Gaston Gallimard va très vite devenir incontournable pour le groupe des six, peu versé dans la gestion et les stratégies commerciales. Il fera des Editions de La NRF (future maison Gallimard) le socle sur lequel appuyer son pouvoir, au point de transformer dans les années 1930 la revue en "antichambre" de la maison.
Un an après cette arrivée, une autre recrue de choix fait son entrée à La NRF. Il s’agit de Jacques Rivière. Simple secrétaire, il devient le plus fidèle soutien de Jacques Copeau, fondateur en 1913 du Théâtre du Vieux Colombier (la " filiale dramatique de La NRF " selon Thibaudet). Outre un article marquant sur "Le Roman d’aventures" en 1913, on doit à Rivière d’avoir "rattrapé" Proust qui avait été refusé par Gide et Schlumberger pour Du côté de chez Swann, finalement paru chez Grasset. A cette époque, la revue compte comme collaborateurs Claudel, Suarès, Verhaeren, Larbaud, grand introducteur de littérature anglo-saxonne, mais aussi Thibaudet ou Alain-Fournier.

Après la première guerre mondiale - époque à laquelle la revue cesse de paraître - débute véritablement l’"ère" Rivière, à la suite d’un "coup d’Etat" de Gaston Gallimard, qui le préfère à Gide. Sous l’impulsion de Rivière et de son secrétaire, Jean Paulhan, La NRF trouve un nouveau souffle. Si la ligne du "juste milieu" entre anciens et modernes demeure, Jacques Rivière se montre cependant frileux devant les avant-gardes - contrairement à Paulhan, proche des surréalistes, Breton et Aragon en tête.
En 1925, à la mort de Rivière, Paulhan prend tout naturellement la tête de la revue. Malgré ses relations délétères avec Gaston Gallimard, La NRF entre pleinement dans son âge d’or.

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Aury, Paulhan, Arland
Années 50.
Archives Gallimard

Rassembleur s’il en est, Paulhan, fin lecteur — peu de grandes plumes lui échapperont — sait avec brio concilier les contraires, offrir une plus large place aux "inclassés" tels Artaud ou Ponge, mais aussi ouvrir la revue aux "documents". Signe des temps, l’arrivée en 1927 de Julien Benda, auteur de La Trahison des clercs, marque un tournant "politique". Même si La NRF tente d’échapper aux "ismes" de toute sorte et de demeurer au-dessus de la mêlée, au moins jusqu’aux accords de Munich, en 1938. Car, en 1940, l’heure des choix sonne pour Paulhan et surtout pour Gaston Gallimard, qui va "sacrifier" la revue aux Allemands afin de sauver sa maison. Ces derniers nomment alors Pierre Drieu La Rochelle à la tête de La NRF. Alban Cerisier revient sur cette période sombre et analyse finement les rapports complexes entretenus par le trio Drieu, Gallimard, Paulhan.
A l’heure de l’épuration, Gaston Gallimard, aidé de Paulhan, parviendra à maintenir la maison d’édition, au prix d’une nouvelle mise à mort de la revue, qui sera interdite de parution en 1944.

Il faudra attendre dix ans pour voir renaître de ses cendres La NRF et ce dans un contexte de politisation extrême. Le 1er janvier 1953, sous les tirs de barrage d’un Mauriac très hostile (il est alors critique à la revue de droite La Table ronde), La NRF revient en force avec l’un de ses plus gros tirages : 35 000 exemplaires. Un succès éphémère, puisque ces chiffres s’effritent quelques mois plus tard.

Malheureusement, Alban Cerisier, si prolixe pour évoquer l’âge d’or, expédie un peu vite cette période, qui est aussi celle de la première émission littéraire télévisée, où surgit un nouvel espace de consécration. De même, il passe trop rapidement sur l’écueil rencontré par La NRF lors des années 1960-1970, face à l’émergence des sciences humaines et du structuralisme. Contrairement à la revue phare du moment, Tel Quel, La NRF refusa d’accompagner ces mouvements.

De même, s’il s’attarde un peu sur l’ouverture au Nouveau Roman entreprise par Lambrichs (directeur de 1977 à 1987), il ne dit rien ou presque de La NRF de Jacques Réda (1987-1995) ni de celle de Michel Braudeau, actuel directeur de la revue. Il n’évoque pas non plus les bouleversements du paysage éditorial et l’arrivée d’Internet, qui change considérablement la donne. Là peut-être se situe la limite de cette histoire "officielle" de l’âge d’or de La NRF, dont le dernier chapitre reste à écrire, hors les murs.

Christine Rousseau, Le Monde du 13.02.09.

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Lire :

La Nouvelle Revue Française, un cabinet de curiosités et un étalage de gourmandises : Gallimard.

Interview du rédacteur en chef actuel de la NRF : Michel Braudeau.

et un entretien avec Alban Cerisier sur Gallimard et le livre à l’ère du numérique.

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[1Élève à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et agrégée de lettres classiques, critique à nonfiction.fr, Fanny Jaffray est productrice de l’émission "La NRF, cent ans de littérature".

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