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Les Éclats divins de Ligne de risque

D 7 mai 2011     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le numéro 26 de Ligne de risque est paru. Quatorze ans déjà que la revue animée par François Meyronnis et Yannick Haenel trace son sillon. Le rythme s’est ralenti (quatre numéros seulement depuis le n° 22, Éclats divins I, décembre 2005), les interrogations demeurent. Qu’en est-il des textes sacrés ? Comment, dans un « temps apocalyptique », ouvrir les « stocks d’études » dont parlait Rimbaud, recueillir « la mémoire de l’immémoriel », accéder à ce « Lieu où se tient la parole » ? La « littérature » est-elle encore le nom qui permet de trouver ce lieu ? Quelle littérature ? Que se passe-t-il dans le français ?

Rimbaud : « et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule. »

Vagabonds, dans Illuminations.

Au sommaire :
Éditorial par François Meyronnis et Yannick Haenel
Rudiments tantriques, Entretien avec André Padoux
Destruction divine par Frédérika Amalia Finkelstein [1]
L’indestructible (extrait) par Anne Miché [2]
Le destin français, Entretien avec Philippe Sollers
Tout autre (extrait) par François Meyronnis [3]
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Comment ? Vous n’êtes pas abonné ? Il n’est pas trop tard.

Abonnement pour deux numéros : 20 ?. Abonnement de soutien : à partir de 40 ?
(à l’ordre de Ligne de risque)
Ligne de risque, 2 bis, rue de l’Église, 92170 Vanves.
e-mail : ligne de risque
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Deux extraits de l’entretien avec Philippe Sollers

I. «  Le français, dans son destinal, est la langue d’une guerre civile permanente. Le rapport de la France avec la catholicité romaine est depuis les rois, et surtout depuis la Révolution française, une pierre d’achoppement. Sous la débilité générale, assistée par le spectacle médiatique, cette guerre semble avoir disparu, mais ce n’est qu’une illusion grossière. Elle persiste, et continue à agiter les esprits, produisant parfois des effets cocasses. »

II. «  Le français doit-il s’ouvrir à d’autres aires civilisationnelles ? C’est-à-dire au chinois, à l’arabe, à l’hébreu, au sanskrit, traditions qui sont aussi précieuses que la tradition occidentale ? Je pense, quant à moi, que le français est un delta, et que, par conséquent, toutes les grandes langues viennent à lui. Elles ne peuvent pas faire autrement que de venir se faire traduire en français. Sinon, elles végètent dans des zones protégées, et finalement archaïques. Le français les attend, il ne demande que ça. Prenez Paradis, et vous verrez : cela se vérifie à chaque ligne.
Ah, s’il y avait une langue française encore capable de se souvenir du latin et du grec ! N’espérez rien de vivable sans latin et sans grec. Sans eux, impossible d’accueillir les autres traditions. Je suis bien obligé de vous avouer que c’est le latin et le grec qui me font tenir debout. La possibilité nouvelle de la langue française implique de revoir en priorité ce qu’elle doit au latin et au grec. À défaut, le français ne peut s’ouvrir qu’à sa néantisation. Entre nous, cela ne me paraît pas souhaitable.
En se tournant vers le français, les autres langues ont accès à l’essence de leur liberté.
 »

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Note


André Padoux en 2008 © Basarab Nicolescu Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Né en Chine en 1920, André Padoux a été directeur de l’Institut français en Inde. Il est l’auteur de Comprendre le tantrisme. Les sources hindoues [4]. Dans un précédent entretien avec Ligne de risque, Philippe Sollers avait évoqué un autre livre d’André Padoux, L’énergie de la parole, cosmogonies de la parole tantrique [5]. A cette occasion, en commentaire d’un article sur le roman de Sollers H [6], je m’étais risqué à un rapprochement entre l’écriture des romans, H et Paradis, et les différents niveaux de la Parole dans le tantrisme selon André Padoux.
Je republie cette note.

H, "Les coulisses du Paradis"

note du 7 février 2007

Dans le 11ème entretien avec Ligne de risque intitulé "Les coulisses du Paradis" et publié dans Poker en 2005, Sollers évoque un livre d’André Padoux, L’énergie de la parole, qui traite de la dimension mystique de la vâk, de la parole, dans la tradition indienne, védique. Il revient sur la lettre H :

«  Avec la lettre H, voici l’union rituelle du yoga tantrique. Le dynamisme propre à cette lettre est lié au va-et-vient des yeux de l’adepte à ceux de sa partenaire pendant l’échange sexuel. La partenaire, grave question, avec tout ce que vous imaginez de romances, d’impasses, de ratages — bref d’enlisement sexuel sur fond d’illusion. Suzette aurait pu être ma partenaire, Lou aussi, et Anna... Qui est la partenaire ? La mère des enfants ? Eh non. Le dynamisme que procure la lettre H est sans limites : l’adepte va et vient sans arrêt. Sa sexualité ne connaît aucune borne. Un mystique commente : " La pensée totalement immergée dans la joie la plus intense, émettant ce son de façon ininterrompue, dans le bonheur de l’union, avec une femme au corps harmonieux. Les maîtres du yoga, à l’esprit totalement détaché, atteignent ainsi à l’union suprême." J’ai connu, de manière indubitable, cette immersion de la pensée dans la joie intense. C’était après avoir pris des substances, et dans la compagnie de femmes au corps harmonieux. J’ai été ainsi emmené dans les parages de la "Voyante". »

Selon Sollers, André Padoux distingue dans la Parole "quatre quarts" : au plus haut degré, la "parole suprême", "entièrement différente du langage humain, et qui l’enveloppe", la "parole voyante", la "Moyenne" ou l’"Intermédiaire" et l’"Etalée" (la plus vulgaire, qui sert à "communiquer") .
Sollers nous parle de la "Voyante" en ces termes :

«  Elle inclut tout ce qui a trait à l’organique dans le langage : la gorge, le palais, la glotte, la langue, etc... Elle est avant tout une vibration. Elle résonne dans le son. Énergie de la volonté, et non plus de repos (...), elle soutient le désir de connaissance. Ce n’est plus un murmure intérieur, mais un murmure subtil. La "Voyante" a la rapidité de la foudre. Elle se déplace à l’instant. Elle est également ce qui porte la mémoire (...) »

Cet entretien s’appelle, rappelons le, "Les coulisses du Paradis". Évoquant la lettre H, Sollers ne parle pas de son roman H. On ne peut éviter d’y penser.
H a été écrit juste avant Paradis.
Il n’est peut-être pas excessif de penser que Paradis touche à la « parole suprême ».

«  La "parole suprême" est " émerveillement indifférencié, et comparable à un signe de tête intérieur". La parole à son état suprême : salut dans la clarté. Elle est, cette parole, "éveillé, indestructible, éternelle" : elle configure un "Je absolu" dont une tête en liberté [allusion au roman éponyme de François Meyronnis] pourrait faire l’expérience. Avec cette parole suprême, nous sommes avant la manifestation (...) Avec la parole suprême, vous frayez dans une dimension qui ignore l’inertie. Le corps humain s’inclut en elle, devenant immédiatement résurrectionnel — et cela sans avoir à produire un cadavre, encore moins un squelette à balayer. » [c’est moi qui souligne. A.G.]

Sollers a dit souvent avoir écrit Paradis dans un état de «  grand repos ».

Le passage de H à Paradis serait celui de la "parole voyante" (on pense aussi au "voyant" de Rimbaud), encore prise dans "l’énergie de la volonté" sans repos, au repos (mais un repos — paradoxal — qui refuserait l’inertie) de la "parole suprême". Il marquerait, pour la première fois, dans le roman [7], le "saut", le « salut dans la clarté », hors de la « métaphysique de la volonté » (Heidegger), la sortie du nihilisme.

*

[1"A propos de" Glenn Gould.

[2"A propos de" Guy Debord.

[3"A propos de" Bernard Lamarche Vadel.

[4Paris, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », 2010, 368 p.
Cf. l’article de Catherine Clémentin-Ojha.

[5Cf. Editions fata morgana, 1994.

[6Cf. H, 1973 (1).

[7J’ajouterai aujourd’hui (8 mai 2011) : en français.

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