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Correspondance Paulhan-Ponge - LETTRE 569

D 12 juillet 2005     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Sollers dans la correspondance Jean Paulhan-Francis Ponge
 [1]

LETTRE 569


Dimanche. [mai ? 1957] [2]

Tu vas déjà mieux, mon petit Jean, j’espère ? - Je voudrais en être sûr.
(Oui, les mauvais sujets sont une chose admirable : je ne m’en dedirals pas facilement.)

<>


(Ah ! quelle grave erreur ce serait, il me semble, de se mettre à refuser Joyaux ! Il me paraît [évident] qu’il faut publier ses deux textes au contraire ; et ensemble, comme il nous les a présentés, à raison. J’écris en ce sens à Marcel [Arland].

Tout le bruit que, peut-être cela pourrait faire, la revue, certes, ne peut qu’y gagner (tout autant qu’elle perdrait, au contraire, en se décidant autrement.) [(comme, si elle en décidait autrement, y perdre )]

Je t’embrasse fort

FRANCIS.

[Je n’y pensais plus, mais voici que j’ai un peu de peine, peut-être, que tu ne m’aies jamais rien dit de l’abricot (ni, même, de la Nlle Araignée ; je songe, cela est bien vrai, à quelques corrections à y faire : vous pourriez peut-être me la renvoyer. [3]
 ?)]

Ah ! Pauvert vient de m’apprendre [me dire (hier)] avoir reçu de toi - voici quelque temps - un mot le félicitant d’éditer ce Malherbe. [4] Je te reconnais bien là, mon petit Jean ! - Merci.

F.

De René, les mêmes (Plutôt bonnes) nouvelles. (Il parle aussi de galets gravés.)


Francis Ponge écrivit en effet à Marcel Arland la lettre suivante, dont le brouillon nous a été communiqué par Francis Ponge ajoute, en note, Claire Boaretto :

« Dimanche.

En toute affection, cher Marcel, laissez-moi vous le dire : je crois que vous auriez tort de refuser Joyaux.
Il me paraît peu croyable, à vrai dire, que vous demeuriez insensible aux qualités exceptionnelles que révèlent ces textes.
Quant aux risques éventuels que leur publication comporterait (désabonnements), ils me semblent de peu d’importance en comparaison d’avantages (du même genre) certains.
La revue ne retrouvera de longtemps, j’en ai peur, l’accasion de damer le pion, si magistralement, sur leur terrain même - à toute une espèce de publications, comme Bizarre, les Cahiers de pataphysique, Le Surréalisme même, dont je pense autant de mal que vous, croyez-le, mais qui doivent pourtant présenter quelque charme (et quelque justification positive, il serait déraisonnable de ne pas l’admettre), puisque une bonne partie de la jeunesse s’y plaît.
L’Introduction aux lieux y serait accueillie d’emblée, je suppose malgré le son grave et plein qu’elle rend), mais - et voici justement le point - pas le II (qui conviendrait plutôt à Cayrol.)
Eh bien, il me paraissait évident que la nrf, seule, était capable de reconnaître, sous chacun de ces textes, ce qui, quant à moi m’a sauté aux yeux : la classe extraordinaire de leur auteur. Son avenir. Nous nous trouvons en présence, cher Marcel, j’en ai la conviction, d’un garçon tel qu’il n’en apparaît pas souvent dans les Lettres (il me faut souvenir d’Aragon, de Malraux jeunes, pour en trouver l’équivalent). Et sans doute cela peut tourner mal ou bien, mais de ces deux textes (et qu’ils nous soient présentés ensemble y ajoute certes) constituent par eux-mêmes un événement, un acte : une ?uvre enfin, valable (mieux que valable, j’ai dit ce que j’en pense : magistrale), dont nous ne pourrons avoir à nous repentir.
Bref, je vous en conjure, mon cher ami, reconsidérez cela ; acceptez de donner
à ces deux textes ensemble leur chance ! Tout le bruit que, peut-être, cela pourra faire, la revue n’en recevra qu’honneur et profit. Elle ne peut qu’y gagner, croyez-moi ; plus qu’y perdre. Vraiment, c’est beaucoup en pensant à elle que j’espère, sûr que, par amitié pour moi, vous voudrez y réfléchir a nouveau.
- Quoi qu’il en soit, je vous serre fort les mains,

FRANCIS PONGE. »

Après divers atermoiements, Marcel Arland finira par confirmer, à la mi-juin, qu’il ne donne pas suite. Jusqu’à cette date la correspondance Ponge-Paulhand fait état des espoirs et des doutes de Ponge.

Bien que l’issue en soit négative, ces échanges de courrier sont intéressants à plusieurs titres :

1. Ponge a reconnu en Sollers, une personnalité et un potentiel littéraire dignes des plus grands. Et ceci, avant l’article élogieux de Mauriac saluant la publication du Défi, dans son "bloc-note" du Figaro ("Philippe Sollers. J’aurai été le premier à écrire ce nom. Trente pages pour le porter, c’est peu. C’est assez").
Et puis avec la parution de Une curieuse solitude, cette fois, c’est Aragon qui ceint de lauriers une tête si bien faite. Ces deux figures du paysage littéraire de l’époque que les commentateurs ont pris l’habitude de citer dès qu’il s’agit de restituer les débuts littéraires de Sollers.
Le rôle de Jean Cayrol, est aussi souligné comme le découvreur de talents, celui qui publiera son premier texte Le Défi, dans sa revue Ecrire.
Celui de Ponge, par contre, passe à la trappe des formules toutes faîtes, resservies d’article en article. Les extraits de la correspondance Ponge-Paulhan restituent la forte impression que lui a faîte Sollers et son rôle pro-actif, à ses tout débuts, pour le faire publier.

2. Etonnant, non, que Ponge, qui en a déjà beaucoup vu - il approche de la soixantaine - n’hésite pas engager son crédit personnel - sa crédibilité - pour quelqu’un qui n’est alors qu’un jeune inconnu et n’a encore rien publié.

3. Etonnant, aussi que cette foi manifestée aussi par des Mauriac puis des Aragon et Barthes qui, à leur tour, n’hésiteront pas à utiliser les formules les plus sublimées pour faire l’éloge de Sollers.


[1JEAN PAULHAN-FRANCIS PONGE, Correspondance Tome II 1946-1968, Gallimard, 1986 - Edition critique annotée par Claire Boaretto

[2Nous reproduisons la lettre effectivement envoyée à Paulhan. Nous indiquons entre crochets les variantes - importantes - que présente le brouillon conservé par Francis Ponge.

[3La N.N.R.F. avait demandé un texte à Ponge ; il avait envoyé L’abricot et La nouvelle araignée.
La nouvelle araignée paraîtra dans la N.N.R.F. en juillet 1957 (n° 55).

[4Peine perdue, Pauvert n’éditera pas Pour un Malherbe. Celui-ci paraîtra chez Gallimard en 1965.

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