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Sollers sur tous les fronts

D 15 décembre 2007     A par Philippe Chauché - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Reçu cet article d’un lecteur, Ph. Chauché. Article laudateur mais témoignant, indéniablement, de sa qualité de lecteur de Sollers. C’est à ce deuxième titre que lui ouvrons, volontiers, les colonnes de « la Tribune des lecteurs »
V.K.

A propos de l’auteur
Philippe Chauché a pour passion le théâtre, le verbe, la discussion autour d’un verre. Il hante Les Translatines, le festival de théâtre
annuel de Bayonne-Anglet-Biarritz. Tenté aussi par l’écriture, vous l’avez peut-être rencontré autour d’Avignon - son port d’attache - pour une lecture de sa pièce "Trois femmes écoutent" ou "Suerte", une autre de ses créations, A moins que ce ne soit Séville ou Madrid, d’autres lieux d’ escales régulières.

pileface

Les prix littéraires viennent d’être décernés, et mis à part Yannick Haenel et son Cercle du bonheur et du corps en mouvement, (prix Décembre), les autres tiennent bien leur place dans cette France de plus en plus moisie, où la littérature fait de la littérature pour le plus grand bonheur des éditeurs, des libraires et des lecteurs, qui ne savent plus lire. On peut donc passer à autre chose, c’est à dire à la littérature, à la musique, à la peinture, à la philosophie, à la poésie, et donc à la vie. Ce qui est réjouissant en cette fin d’année, c’est la présence vivifiante d’un écrivain bordelais, chinois, espagnol, italien, parisien, new yorkais et vénitien. Un écrivain du siècle, et finalement de tous les siècles, qui avance en pleine lumière. Son nom : Philippe Sollers.

L’homme d’une Curieuse solitude, de Paradis I et II, de Femmes, mais aussi des Folies Françaises, de Studio ou encore du Secret et d’une Vie Divine, un écrivain divinement vivant, ce qui est en ces temps inacceptable, ajoutez à cela que cet homme poursuit sa guerre du goût sous les lueurs des projecteurs des plateaux télévisés, devant les caméras et les micros, doublement inacceptable.
Présence de Sollers en ce mois de décembre.

L’Infini N° 100

Discrète présence dans la permanence de sa revue l’Infini. Le numéro cent est là devant vous, un numéro très chinois,

« que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent »

que cent romans s’écrivent, qu’ils naissent ici, sous la protection de Cézanne, Marcelin Pleynet :

« Que j’accomplisse ce qui se trouve dans l’éternité... la mer... le soleil... les îles... Venise, l’enveloppe rose. Le Dieu qui fait tout pour les mortels est aussi celui qui donne la grâce. Que la grâce me soit donnée. »

, dans une autre géographie européenne de la littérature vivante, Jacqueline Risset,  :

« Ce soir Messian : Abîmes des oiseaux, quatrième mouvement du Quatuor pour la fin des temps (clarinette pensive, transparente, agile : abîme du temps, joie des oiseaux) entendu dans le concert sur la place au-dessus de la mer - mer soyeuse et silencieuse, bruissements de voix et rires au loin, bruit régulier du train dans les collines, le tout se mêlant sans les troubler aux notes des musiciens éclairés plus bas, sur le parvis. »

musicienne dantesque, on est curieux de savoir si le Festival d’Avignon qui se prépare à la Divine Comédie aura l’élégance (la qualité de ce qui est d’élite) d’inviter celle qui en offrit une vivifiante traduction, dans les instants éclairs de la raison du goût, Vincent Roy et Saint-Evremond :

« Les voluptueux reçoivent une impression sur les sens qui va jusqu’à l’âme... »

Regardez bien cette photo de Sollers à Venise au début de L’Infini...

« on ne se baigne pas deux fois dans ces eaux là. »

L’Infini est une étoile où brillent Sollers et ses invités, invités qui savent se tenir, autrement dit qui savent écrire, le savoir permet de saisir l’enjeu de la "guerre du goût" que le vibrant bordelais arbore au revers de sa veste d’Européen - Gascon.

Guerres secrètes

Présence de Sollers en ce mois de décembre suite. Sollers et ses Guerres secrètes, le pluriel est essentiel, comme est pluriel Sollers et comme est pluriel également Ulysse. Mon nom est personne, autrement je suis partout à la fois, mon pluriel devient "personne" ceux que cela trouble doivent lire ce livre magnifique, vif, musical, profond, intélligent. Ulysse-Sollers, Joyaux-Homère, Homère joyau de l’écriture, Sollers joyau de la pensée et de l’acte - pour lire mes pensées regardez ce que je vis et ce que je fais - mais attention nous sommes là dans d’autres actes fondateurs, très éloignés il va s’en dire des actes promus en lois par le système de surveillance qui a cours ces temps-ci en France. Loin, bien loin des lois "people", des lois de contrôle par l’ADN, (l’Apparition Du Néant) loin, trés loin des leçons permanentes que nous imposent les nouveaux amis de la "Terreur" moderne, trés loin également, et il faut le marteler des sectateurs incultes d’un "altermondialisme" unificateur. Lisons :


« "J’ai vu l’enfer des femmes la-bas..." nous dit Rimbaud. Les vivants qui sont morts, qui sont d’une "vivacité pérenne" après leur mort, sont en général des personnages-oeuvres. Ils ont tous écrit quelques chose. Ces morts-là sont dans la vivacité pérenne. (c’est moi qui souligne) Il n’ont pas à être vivants, ils sont dans la vie constante. »

Sollers plonge dans le corps du poème, le corps, pas le coeur, c’est important, dans le corps, autrement dit dans la pulsation, dans la rythme, dans la musicalité du texte, et donc dans son sens, et sa partition cachée, c’est son propos depuis fort longemps, et dans ce plongeon vital il délivre Homère du piège que lui ont tendu et continuent de lui tendre les "chiens de garde" de la Terreur. On n’est finalement pas Girondin pour rien. Ce qui en passant est également mon cas. On ne "vient pas au monde" par hasard dans une ville où la Garonne, le Vin, Mauriac et Hölderlin se croisent.

« Ainsi, encore une fois, j’aurai gravi la colline des grappes/ Avant que la lumière ne descende aux lointains d’or / Ah ! quelle aise est la mienne ! Je tends avec fierté (Comme si mes bras étreignaient d’infini) jusqu’au nuages / Mes mains jointes, pour rendre grâce, avec une noble émotion, / A celui qui les crée, de m’avoir donné un coeur. / Pour partager l’heur des heureux, pour contempler le triomphe de l’automne, / Quand ils élèvent au-dessus d’eux la précieuse grappe avec / Une stupeur sereine, et qu’ils hésitent longtemps encore à confier / La baie brillante aux mains du pressureur - comme le vieillard / Emu dans ses boucles d’argent devant la vigne vendangée / ... »

(La Tek - Fragment-).

J’ai une nouvelle fois traversé la ville qui dormait, une nouvelle fois activité ma mémoire vivre de l’ordinateur céleste qui m’accompagne. Une fée attentive, généreuse, rare, brillante, lumineuse, musicienne m’accompagne, le monde change sous les feux de tes yeux, et j’en suis heureux.

De Kooning vite

Présence de Sollers donc, une nouvelle fois. Ce peintre à un visage, un regard, une main agile. Cet homme est beau, vite il surgit, vite il peint, vite il disparaît. Rien ne peux le contraindre. De Kooning vite délivre la peinture des emprises du malheur.

De Kooning vite, donc :

« La seule arme que vous avez, dans ce match, est vous montrer sans cesse non localisable. Le fameux "non-environement" de de Kooning n’est pas plus bouddhiste qu’einsteinien, c’est ça... Changez de position. Tout le temps. Cavalier des échecs. Ca veut vous assigner, voilà tout. Résidence surveillée. Contrôle judiciaire. Surveillance des bornes et des dimensions du récit. Bien entendu, Woman a fait scandale." Les peintres sont scandaleux, pour le vérifier, regardez l’intérieur de Woman Springs 1966, prétez l’oreille à Screams of Chidren come from Seagulls, 1975. vos couleurs ont une bien étrange pulsation, votre mouvement frappe directement au muscle, votre musique est troublante. A bon ? La peinture vient de tout cela ? Peut-être ! Regardez où j’en suis avec la liberté, de peindre, de vivre, de jouïr, d’être ici et ailleurs en même temps. Le bordelais s’est assis au fond du musée, dans l’ombre il se projette sur les toiles. Un vampire ? Cela serait trop simple. Un curieux ? Si vous voulez ! Un capricieux. Tiens donc, les caprices de la couleur musicale sont l’écho, des caprices de l’écriture.
Voilà, c’est la Différence qui s’en charge une nouvelle fois, belle idée. »

Un Vrai Roman / Mémoires

"Et maintenant, Roman", c’est daté du 5 novembre 2007. Je viens de terminer Un Vrai Roman / Mémoires de Sollers. Quatrième escale.

Petit rappel pour les lecteurs, premier arrêt : L’Infini n°100, seconde escale : Les Guerres secrêtes, troisième mouvement : De Kooning vite et enfin pour ce soir : Un Vrai Roman / Mémoires.

Traversée du temps, un écrivain comme une flèche vrille l’espace. Ecrivain de l’escale - les ports, Bordeaux, Ré, Paris (et oui Paris est un port, vous en doutiez ? Vérifiez par vous-même, île des Cignes, plus loin vers Notre Dame, la pointe occidentale de l’ïle de la Cité (Il y a temps de déchirer et temps de rejoindre, temps de se taire et temps de parler.. G Debord - In Girum Imus Nocte), Venise, New York, Barcelone et j’en oublie sûrement ! Nous voilà dans ce Roman, ce roman particulier, ce roman du je, ce roman de l’écriture et donc de la vie permanente. Passe les femmes, passe les écrivains, traverse les rues libérées (souvenez-vous de ce mois de mai, souvenez-vous et dites ce souvenir, l’urgence est là aujourd’hui car les falsificateurs élus, (comment pourraît-il en être autrement !), écrit des romans, des essais sur les peintres (et oui !), des textes qui gifflent le nihilisme dominant, le sérieux est là, le rire s’installe, le doute s’insinue, la douleur parfois, l’amour de l’amour toujours, les femmes courtoises, intelligentes, les femmes qui écrivent autre chose (et c’est heureux) que leurs histoires de femmes, participe du spectacle avec un art toujours renouvellé de le retourner, ce n’est peut-être par innocent que notre écrivain sache ce qu’il en est du tennis ! Et tout cela est un Roman, c’est bien-là le danger, s’exposer pour mieux s’extraire, de montrer pour mieux se cacher, avancer dans la lumière lorsque on vous veut proie dans l’ombre !

Retour aux rues d’Avignon, sombres ce soir, retour au présent actif, et la lumière revient, elle a les yeux verts et ne craint pas les tempêtes.

Ph. Chauché

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2 Messages

  • V.K. | 15 décembre 2007 - 17:43 1

    Quand Marc’O est en manque, il revient poster un nouveau commentaire.
    Goût sûr, oreille fine, sensible aux sifflantes, petit florilège de quelques uns de ses passages antérieurs :

    Marc’O : On peut aussi considérer, chère F., que vous n’avez pas d’oreille et que littéralement vous n’entendez pas ce que vous lisez. (A propos de « Cercle » de Haenel dont F. faisait l’éloge)

    Marc’O : "Encore faut-il avoir le talent pour !" Je ne vous le fais pas dire...

    Marc’O : Mon avis sur les bonnes feuilles du bouquin ? Style super-démodé, écriture hyper-ringarde. Non décidément, je préfère les Mémoires de Voltaire ou ceux de Guy Debord. Chacun ses goûts.

    Maso ? Pourquoi fréquenter assez régulièrement ce site - qui dit ce qu’il n’aime pas entendre - qui présente des textes qu’il abhorre ? C’est parce que Marc’O ne sait pas combien il ressemble à Sollers ! Non pas en tout, je le rassure, seulement aussi paradoxal que lui.

    Il y avait aussi ce message, toujours actuel et toujours indépassable :

    Cher Marc’O,
    Vous semblez vouloir être le poil à gratter de ce site, l’équivalent de ce brave Jourde qui fait carrière sur le dos de Sollers, et comme le vieux Polac, lui dans Charlie Hebdo, vous ici, régulièrement un bon mot, un propos ironique. Bof... Quelle est l’Origine de votre problème Marc ?
    Laurent


  • Marc’O | 15 décembre 2007 - 15:34 2

    Bravo M.Chauchin, vous avez réellement toutes les qualités pour intégrer le club des sollersiens ! Je relis encore une fois votre article pour être sûr...décidément oui, rien ne manque, tout est là, c’est un festival ! Dans l’attente de vous lire, à bientôt. Viva la libertà !